France-Barbarie 2016

France-Barbarie 2016

Le Point du 21 juillet 2016 a fourni à ses lecteurs une occasion de lire les délires de trois intéllectuels français: Dominique Moïsi, Pascal Bruckner et Bernard-Henry Lévy.  Ces récits constituent des documents historiques.

Dominique Moïsi:  “Vivre à l’ombre de la menace terroriste doit renforcer un sentiment d’insécurité qui vous pousse tout à la fois à regarder plus attentivement la réalité autour de vous et à un sentiment collectif plus fort…Je suis surpris que, dans le débat français qui a suivi la tragédie de Nice, on ait si peu fait référence à l’exemple israélien. […] Il faut se méfier des ‘bolchéviques de l’Etat de droit’. […] L’ennemi est intelligent, même si ses exécutants (ses petites mains du crime) ne le sont pas. Il nous connaît et nous comprend mieux que nous ne le connaissons et ne le comprenons. Il sait où, quand et comment nous frapper, quand nous baissons un peu la garde pour souffler après un effort intense.” (Le Point, 21 juillet 2016, p. 38-39)

Pascal Bruckner: “Défilés, grèves incessantes, émeutes à Paris, Nantes, Rennes, le spectacle d’un pays sorti de l’Histoire qui fait joujou avec les arrêts de travail comme si on était encore dans les années 60.  […] Il est bon de participer à la coalition internationale [contre le terrorisme] …mais il faut aussi rapatrier la guerre: à savoir mener sur notre territoire une guerre de l’ombre juridique, policière, secrète, au lieu de se contenter d’une présence rassurante, mais inefficace, de soldats en armes dans les rues, Il faudra sans doute, et de manière préventive, traîter en ennemis potentiels les 1000 ou 5000 suspects radicaux qui sont identifiés. […] D’autres pays confrontés au terrorisme peuvent également nous inspirer: le Maroc, l’Algérie, et bien sûr Israël. […] Le terrorisme contemporain […] veut faire du chiffre et se tient dans l’obsession du calcul […] Ces tueurs prétendent incarner la race supérieure qui va éliminer la vermine que nous sommes …Ils peuvent nous éliminer, car nous ne comptons pas plus que des cafards ou des rats. […] Les grands théoriciens du djihadisme sont des théologiens tout à fait informés. La violence de l’acte sera d’autant plus radicale que les kamikazes ont péché avant, ont forniqué, pris de la drogue, bu de l’alcool. Il faut alors se repentir en versant le sang. Ils ont lu un seul livre, le Coran, car le Coran renferme tous les livres et les rend inutiles. […] Nous [la France] sommes la nation athée et impie par excellence.” (Le Point, 21 juillet 2016, p. 40-42)

Bernard-Henry Lévy: “Daech, c’est le califat plus Twitter. C’est l’ubérisation d’un terrorisme de proximité et de masse. C’est l’influence sans contact, par contagion et suggestion éclair. Stade suprême d’un nihilisme né dans les boues et les brumes du XXe siècle et parvenu au terme de sa folle course. On peut être un soldat de la nouvelle armée et n’avoir jamais été ni recruté, ni formé, ni même approché. […] Quoi? Un islamiste qui n’allait pas à la mosquée? qui ne faisait pas le ramadan? qui dansait la salsa? qui buvait des bières? Eh oui. Can l’islamisme, on ne le répétera jamais assez, n’est pas une religion, mais une politique. Ce n’est, plus exactement, une version de l’islam que pour autant que c’est, d’abord, une variante de cette forme générique de politique qui s’appelle, depuis un siècle, le fascisme.”

Italie: Le Livre (du coup d’état) Blanc

Le Livre (du coup d’état) Blanc

Manlio Dinucci

Pendant que les projecteurs médiatiques étaient braqués sur Sanremo (festival de la chanson, ndt), où s’est exhibée même Roberta Pinotti (ministre italienne de la « défense », ndt) chantant les louanges des missions militaires qui « ramènent la paix », le Conseil des ministres a approuvé le 10 février le projet de loi qui permettra la mise en application du « Livre Blanc pour la sécurité internationale et la défense » sous signature de la ministre Pinotti, déléguant au gouvernement « la révision du modèle opérationnel des Forces armées ». Révision, dans le sens « amélioratif», de celui opéré dans les guerres auxquelles l’Italie a participé depuis 1991, en violant sa propre Constitution.

Après être passé pendant 25 années d’un gouvernement à l’autre, avec la complicité d’un parlement presque totalement consentant ou inerte qui ne l’a jamais discuté en tant que tel, il est maintenant sur le point de devenir loi de l’Etat. Un coup d’état blanc, qui est en train de passer sous silence.

Aux Forces armées se trouvent assignées quatre missions, qui renversent complètement la Constitution. La défense de la Patrie établie par l’Article 52 se trouve reformulée, dans la première mission, comme défense des « intérêts vitaux du pays ». D’où la seconde mission : « contribution à la défense collective de l’Alliance Atlantique et au maintien de la stabilité dans les aires incidentes sur la mer Méditerranée, pour la tutelle des intérêts vitaux ou stratégiques du pays ». La répudiation de la guerre comme instrument d’atteinte à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des conflits internationaux, établie par l’Article 11, est remplacée dans la troisième mission par la « gestion des crises en dehors des aires d’intervention prioritaire, afin de garantir la paix et la légalité internationale ».

Le Livre Blanc démolit ainsi les piliers constitutionnels de la République italienne, qui se trouve reconfigurée comme puissance s’arrogeant le droit d’intervenir militairement dans les aires donnant sur la Méditerranée – Afrique du Nord, Moyen-Orient, Balkans- en soutien de ses propres intérêts économiques et stratégiques, et, en dehors de ces aires, partout dans le monde où sont en jeu  les intérêts de l’Occident représentés par l’Otan sous commandement USA.

La Loi cadre entrée en vigueur en 2016 est fonctionnelle à tout cela : elle institutionnalise les missions militaires à l’étranger, constituant pour leur financement un fonds spécifique auprès du Ministère de l’économie et des finances. Enfin, comme quatrième mission, on confie aux Forces armées sur le plan intérieur la « sauvegarde des libres institutions », avec des « devoirs spécifiques en cas d’extraordinaire nécessité et urgence », formule vague qui se prête à des mesures autoritaires et à des stratégies destructrices.

Le nouveau modèle accroît fortement les pouvoirs du Chef d’état-major de la défense y compris sous le profil technico-administratif et, en même temps, ouvre la porte des Forces armées à des « dirigeants provenant du secteur privé » qui pourront assumer les charges de Secrétaire général, responsable de l’aire technico-administrative de la Défense, et de Directeur national des armements. Charges clé qui permettront aux puissants groupes de l’industrie militaire d’entrer avec des fonctions dirigeantes dans les Forces armées et de les piloter selon leurs intérêts liés à la guerre.

L’industrie militaire est définie dans le Livre Blanc comme « pilier du Sistema Paese[1]» parce qu’il « contribue, à travers les exportations, au rééquilibre de la balance commerciale et à la promotion de produits de l’industrie nationale dans des secteurs à haute rémunération », en créant « des emplois qualifiés ».

Il ne reste plus qu’à réécrire l’Article 1 de la Constitution, en précisant que notre république, autrefois démocratique, est fondée sur le travail de l’industrie guerrière.

Edition de mardi 14 février 2017 de il manifesto
https://ilmanifesto.it/il-libro-del-golpe-bianco/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Peut-on juridiquement qualifier un État de « régime » ?

Peut-on juridiquement qualifier un État de « régime » ?

Je tiens à appeler votre attention sur l’infraction commise le 15 novembre 2016, lors de la séance officielle de la Troisième Commission, dans le cadre de la procédure d’adoption du projet de résolution sur la situation des droits de l’homme en République arabe syrienne (A/C.3/71/L.24), relevant du point 68 c) de l’ordre du jour :

– Pour des raisons politiques bien connues, les auteurs de ce projet de résolution ont employé une terminologie qui constitue une violation de la Charte des Nations Unies et de ses buts en faisant référence, dans ce texte, à la République arabe syrienne sous l’appellation « régime syrien ». Ce terme illégal est utilisé à cinq reprises, à l’alinéa 12 et aux paragraphes 7, 10 et 24.

– En réponse à cette grave violation, j’ai sollicité l’avis du conseiller juridique du Secrétariat pour déterminer la légalité de l’utilisation de cette expression dans des résolutions de l’ONU lorsque l’on se réfère à un État Membre.

– Toutefois, l’avis rendu par le conseiller juridique s’est révélé choquant, et même contraire à la Charte et à ses buts et principes. Le représentant du Secrétariat à la session a transmis oralement l’avis du conseiller juridique adjoint en ces termes :

« Il faut, premièrement, rappeler que l’emploi du terme “régime syrien” n’est pas nouveau et a déjà été constaté dans des résolutions adoptées par la Commission et par l’Assemblée générale, ce qui constitue un précédent.

Deuxièmement, le Représentant permanent syrien a soulevé la question de savoir s’il était légal de recourir à ce terme dans le libellé des résolutions ; or, le Secrétariat est d’avis que cette question n’est pas d’ordre juridique, ni ne soulève d’autres questions d’ordre juridique. Sur la base de cette précision fournie par le Secrétariat, nous [le Secrétariat] recommandons à Madame la Présidente de poursuivre l’examen du projet de résolution. ».

– Je voudrais à cet égard qu’il soit pris acte de notre réserve concernant l’intégralité de l’avis reçu du conseiller juridique adjoint, que nous rejetons. Je vais démontrer ici la nullité de cet avis juridique et le fait qu’il constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies et de ses buts et principes :

– Le paragraphe 1 de l’article 2 de la Charte dispose que l’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses Membres.

– Conformément à ce texte fondateur, le principe de l’égalité souveraine de tous les États Membres doit être respecté. Dans la pratique, cela signifie qu’il incombe à tous les États Membres et à l’ONU de s’adresser ou de se référer à un autre État Membre uniquement par son nom officiellement reconnu. L’engagement d’utiliser le nom officiel de chaque État Membre témoigne en effet du respect envers son peuple et son gouvernement, ainsi que de l’adhésion au principe de l’égalité souveraine.

– Il va sans dire que le terme « régime » est de nature purement politique, et que l’objectif derrière son utilisation est de faire preuve, d’un point de vue politique, d’un manque de respect envers certains États et gouvernements. Ainsi, l’emploi de ce terme dans les documents officiels de l’ONU reflète la politisation des tâches et des résolutions de l’Organisation qui contribue aux fins politiques de certains États connus de tous. Par conséquent, nous estimons qu’il est du devoir de l’ONU de prendre ses distances par rapport à ce comportement politique honteux. Faute de quoi, elle inspire d’elle-même la suspicion et la méfiance quant à sa crédibilité, à son impartialité et à son intégrité.

– Le recours au terme « régime » dans la résolution est donc clairement une violation des buts et principes de la Charte.

– De ce fait, l’avis du conseiller juridique adjoint est inexact, scandaleux et dépourvu de fondement juridique. En outre, il constitue une violation manifeste de la Charte.

– Par ailleurs, l’emploi du terme « régime » dans de précédentes résolutions de la Troisième Commission ou de l’Assemblée générale ne signifie en aucun cas qu’il constitue un précédent fiable. Il faut impérativement être conscient que cet avis du conseiller juridique adjoint représente une menace réelle pour la réputation, l’indépendance et l’intégrité de l’ONU. En prenant hâtivement parti, le conseiller juridique adjoint a placé l’ONU en position d’adversaire et de juge, plutôt que de maintenir son rôle et son indépendance en tant que principal organe international chargé de promouvoir et de protéger les principes de la justice, de l’égalité et de l’état de droit.

– Une violation de la Charte des Nations Unies est, fatalement, une affaire grave sur le plan juridique ; tel est le cas en l’occurrence.

– Par conséquent, je demande au conseiller juridique adjoint de rétracter immédiatement cet « avis juridique », qui a été présenté hier à la séance de la Troisième Commission.

– Je signale cette violation grave afin que la responsabilité en soit assumée et que des mesures efficaces et appropriées soient prises dans les meilleurs délais. Dans le cas contraire, cette infraction marquera le début d’une ère nouvelle pour l’ONU, qui verra certains États Membres instrumentaliser l’organisation internationale pour atteindre des objectifs politiques en ayant recours à ce genre de procédés, détruire les relations entre les États et menacer la légitimité internationale multilatérale.

– J’appelle le Secrétaire général à user de son influence afin que soit rétracté l’avis rendu par le conseiller juridique adjoint et présenté à la séance de la Troisième Commission, le mardi 15 novembre 2016.

– En outre, je demande la publication d’un avis juridique fondé sur le premier paragraphe de l’article 2 de la Charte, estimant que celui-ci constitue une référence pour la désignation des États Membres dans les documents de l’ONU, notamment ses résolutions.

– Si le Secrétaire général en décide autrement, je demande à recevoir une lettre officielle du Secrétariat, dans laquelle figure l’avis rendu par le conseiller juridique adjoint au sujet de l’emploi du terme « régime » dans les résolutions de l’ONU, en vue de prendre des mesures juridiques qui respectent la souveraineté de la République arabe syrienne et de tous les États Membres, garantissent la bonne application de la Charte des Nations Unies et empêchent le recours à tout précédent illégal violant la Charte.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre comme document officiel de l’Assemblée générale.

Source : A/C.3/71/8

L’Italie base USA pour l’Afrique

L’Italie base USA pour l’Afrique

Manlio Dinucci

Pendant que les projecteurs politico-médiatiques sont braqués sur la Syrie, au centre d’une colossale psyop pour faire apparaître les agressés comme des agresseurs, reste cependant dans l’ombre ce qui arrive dans d’autres parties du Moyen-Orient et en Afrique.

Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Koweit et Emirats -qui depuis cinq ans mènent la guerre en Syrie avec des forces terroristes infiltrées et maintenant accusent le gouvernement syrien de crimes de guerre en sponsorisant l’exposition photographique Caesar présentée demain à Rome- continuent à massacrer des civils au Yémen. Participe à la guerre le Commandement central USA avec des attaques « antiterrorisme », officiellement documentés, effectués au Yémen avec des drones et des chasseurs-bombardiers.

Restent plus encore dans l’ombre, dans les médias, les opérations militaires USA en Afrique. Elles sont menées par le Commandement Africa (Africom), qui a en Italie deux importants commandements subordonnés.

Le U..S. Army Africa (Armée USA pour l’Afrique), dont le quartier général est à la caserne Ederle de Vicence (Vénétie), «fournit le commandement de mission et emploie des forces pour le théâtre opératif », en fournissant en même temps de l’assistance militaire aux partenaires africains pour établir « sécurité et stabilité » dans le continent.  Les U.S. Naval Forces Europe-Africa (Forces navales USA pour l’Europe et l’Afrique), dont le quartier général est dans la base de Capodichino à Naples, sont constituées par six task force formées par les navires de guerre de la Sixième Flotte basée à Gaeta (Latium). Leur « aire de responsabilité » couvre la Russie, l’Europe et l’Afrique (sauf l’Egypte qui entre dans celle du Commandement central), y compris la moitié de l’Atlantique du Pôle Nord à l’Antarctique. Elles sont sous les ordres de l’amirale Michelle Howard, qui est en même temps à la tête du Commandement de la force conjointe alliée (Jfc-Naples), quartier général à Lago Patria (Naples).

Avec ces forces, y compris les chasseurs des porte-avions et les drones armés basés à Sigonella (Sicile), les USA sont en train d’intensifier les opérations militaires en Afrique. Les raids aériens, effectués depuis le mois d’août en Libye sous le prétexte d’arrêter l’avancée de l’Isis (dont la menace a été largement agrandie), servent en réalité le plan de reconquête et de recolonisation de la Libye, où opèrent depuis longtemps des forces spéciales étasuniennes et européennes.

Mais ce n’est là que la pointe émergée du « grand jeu » africain. Parmi ses nombreuses « missions », l’Africom est en train de construire au Niger une base de drones armés, officiellement en fonction « antiterrorisme ».  Elle sert aux opérations militaires que les USA conduisent depuis des années, avec la France, dans l’Afrique du Sahel, surtout au Mali, Niger et Tchad. Pays parmi les plus pauvres du monde (avec un taux d’analphabétisme qui au Niger est de 70% chez les hommes et 90% chez les femmes), mais très riches en matières premières -coltan et or au Mali, uranium au Niger, pétrole au Tchad- exploités par des multinationales étasuniennes et françaises qui redoutent la concurrence des sociétés chinoises, lesquelles offrent aux pays africains des conditions beaucoup plus favorables.

Une autre opération militaire étasunienne, avec drones et forces spéciales, est en cours en Somalie, pays de première importance géostratégique.

En même temps, la U.S. Army Africa pénètre dans le continent avec des programmes de « coopération à la sécurité » dont le véritable objectif est de former des élites militaires au service des USA. Dans le même objectif les navires de guerre des U.S. Naval Forces Africa parcourent les côtes africaines pour fournir de « l’assistance à la sécurité maritime ».

On ne néglige pas non plus l’assistance spirituelle : l’aumônier du navire d’assaut amphibie Wasp a célébré en vidéoconférence (1) depuis la Méditerranée la Sainte Messe pour les marins du navire de guerre San Antonio engagé dans une mission en Afrique.

Edition de mardi 4 octobre 2016 de il manifesto
http://ilmanifesto.info/italia-base-usa-per-lafrica-2/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

(1)  Dorothée Olliéric n’y a pas assisté parce qu’elle était déjà embarquée -tenue «guérilla  opex »- sur le porte-avions Charles de Gaulle, d’où elle nous fait partager son enthousiasme sur combien il y a d’avions, de marins, de tonnes de vivres, savonnettes etc. (jamais : combien ça nous coûte ?!), comme elle n’y manque pas à chaque fois que notre ministère dit de la Défense le sort pour aller le mettre au service des USA, cette fois-ci au large du Levant, officiellement  « à la re-conquête (sic) de Mossoul ». Note de la traductrice.

État d’exception avec état d’urgence

État d’exception avec état d’urgence

Alors que le gouvernement autorise certaines manifestations et pas d’autres, il apparaît que l’état d’urgence ne répond pas à une nécessité, mais à une volonté d’imposer un régime autoritaire. L’analyse des textes et de leur application ne laisse aucun doute.

Le 10 mai, le Sénat a voté, à une large majorité, le projet de loi augmentant de deux mois la durée de l’état d’urgence. Au lendemain des attentats de Paris, celui-ci avait déjà été prolongé de trois mois par la loi du 20 novembre 2015 [1]. Depuis, une nouvelle période de trois mois s’est ajoutée et vient à échéance ce 26 mai. Ainsi, le gouvernement a beaucoup de mal de sortir de l’état d’urgence malgré le vote, ce 5 avril 2016 par le Sénat, de la loi de réforme pénale « renforçant la lutte contre le terrorisme et le crime organisé ». Cette législation donne un débouché pénal aux dispositifs légaux d’espionnage des ressortissants français, contenus dans les différentes réformes mettant fin à la vie privée des Français, dont la dernière loi sur le renseignement [2]. Elle inscrit, dans la norme, des mesures liberticides normalement autorisées par l’état d’urgence : espionnage des citoyens et limitation de la liberté d’aller et venir des « retours de Syrie ».

Lire plus

Evaluation critique de la Cour Pénale Internationale (1998 – 2002 – 2016)

|6 avril 2016
La Cour Pénale Internationale, « un pas de géant », selon l’éminent juriste Luigi Condorelli, qui porte un jugement positif dès 1999, un an à peine après l’adoption du Statut de Rome. La doctrine juridique occidentale, comme les forces politiques européennes, ont quasi-unanimement applaudi à la création de la CPI. Depuis 2002, date de son entrée en fonction, elles n’ont pas manifesté de critiques sur son fonctionnement (1).

Les motivations favorables à une justice criminelle internationale permanente sont de « nature éthique », affirme-t-on. Elle serait née d’une « prise de conscience » de l’horreur de certains conflits et de la volonté d’en finir avec l’impunité des responsables de crimes de masse. Cette brusque mutation est exprimée par le Docteur B. Kouchner et le juriste M. Bettati, suivis de nombreux juristes français (2), lorsqu’ils dénoncent « les assassins qui coulent des jours tranquilles à l’abri des souverainetés et à l’ombre du principe de non ingérence » : le « Bien », incarné par les puissances occidentales, doit triompher du « Mal » (espace « gris » du reste du monde) et la justice internationale devient un outil de paix, car « sans justice, pas de paix véritable » ! De nombreuses ONG occidentales, souvent nourries par les États eux-mêmes et des fondations privées, arguent du nécessaire respect du droit humanitaire (ce qui est incontestable) et de son rôle préventif (ce qui est très incertain).

Un nouveau messianisme occidental s’est ainsi développé, succédant aux précédents (celui de la « mission civilisatrice » de la colonisation, par exemple) : « l’Occident traite les droits de l’homme, écrit A. Supiot (3), avec la Cour Pénale Internationale entre autres, comme un « Texte révélé par les sociétés « développées » aux sociétés « en voie de développement », comme s’il s’agissait pour ces dernières de « combler leur retard » et se convertir à la modernité !

Ce chœur quasi-unanime en faveur de la CPI, y compris à l’origine dans de nombreux pays africains, témoigne d’un idéalisme ne prenant pas en compte les réalités politiques et les rapports de force dans la société internationale.

C’est l’évolution du contexte international des années 1990 qui est la clé explicative de l’apparition d’une justice universelle internationale permanente. En premier lieu, se produit la disparition de l’URSS, longtemps vigoureusement opposée à ce type de juridiction (4). Les puissances occidentales sont en position de force et ont pour objectif de conforter définitivement la société unipolaire qui leur est favorable. Les États socialistes survivants et la Russie post-communiste sont très affaiblis ; les guerres de décolonisation étant achevées, la question des droits de l’homme peut être « l’arme absolue » pour assurer une hégémonie légitimée. Le droit humanitaire apparaît comme un instrument de « déverrouillage » de ce qu’il y a de trop contraignant dans le droit international général « classique », notamment son noyau dur qui est la Charte des Nations Unies, (en particulier, les principes de l’égale souveraineté des États et de la non ingérence).

La mondialisation libérale a besoin d’une société internationale sans frontière où peuvent s’épanouir les firmes transnationales. L’OTAN, en capacité de se constituer en substitut de l’ONU devient porteur des valeurs occidentales « humanistes », protectrices des droits humains (5). Les grandes puissances occidentales jouent un rôle d’États-pilotes avec l’assistance des organes de l’Union Européenne et de certains États du Sud comme la Tunisie de Ben Ali, en faveur d’une justice pénale internationale, couronnement du « nouvel » ordre, tout en prenant toutes les précautions pour ne pas faire courir de risque à leurs ressortissants (6).

Ainsi, la relance de la question d’une Cour Permanente, au sein des Nations Unies, n’est pas le résultat d’un besoin subit d’humanité, mais d’un nouveau rapport de force permettant d’envisager une « gouvernance globale », et notamment une juridiction pénale suprême dans l’ordre international.

C’est ainsi, qu’après une longue mise en sommeil du projet de juridiction pénale permanente depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Commission du droit international des Nations Unies se met au travail en axant ses préoccupations sur la répression du trafic de stupéfiants et du terrorisme, à partir de 1993-1994. Mais en 1998, le statut de Rome de la CPI est adopté à l’issue d’une négociation inter-étatique (alors que les tribunaux pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie avaient été créés par le Conseil de Sécurité) : il s’agit désormais de sanctionner les crimes de masse, plus de vingt ans après l’adoption des Protocoles de 1977 sur le droit de la guerre et sur la sanction des criminels de guerre par les tribunaux nationaux.

En 1998, la voie conventionnelle (en lieu et place de la voie onusienne) s’explique par le fait que les Grandes Puissances n’avaient aucune volonté de créer une juridiction pouvant s’imposer à elles ! Il s’agissait de sanctionner les crimes des « autres », tout comme l’usage répétitif du chapitre VII de la Charte (axé sur la « punition ») et l’abandon du chapitre VI (sur la négociation) permettent aux Grandes Puissances de réprimer les « autres » États, sans que leur responsabilité soit effectivement engagée.

Le monde occidental a gagné la « guerre froide ». Il s’agissait d’institutionnaliser cette victoire.

1. Contradictions et confusion du contexte international

L’évaluation de la CPI est impossible si on isole le phénomène de l’évolution générale des relations internationales. Il est nécessaire de prendre en considération le « temps long ». Il permet de comprendre, comme on l’a vu, la naissance de la juridiction. Il permet aussi de saisir la fonction réelle qu’elle prétend assurer depuis 2002 au cœur d’un processus général.

La phase actuelle est celle de la déconstruction du droit international général, c’est aussi celle de la tentative d’imposition d’un néo-fédéralisme assimilant les États (toujours souverains en droit) à des « landers » ou à des régions, dotés de compétences limitées. Tout le processus de la construction européenne est basé sur cette pression progressive en faveur d’une fédéralisation des États membres.

Dans le reste du monde, comme au XIX° siècle, l’approche occidentale est encore celle de la division d’un monde entre États « civilisés » (on dit aujourd’hui « développés »), plus ou moins organisés en « saintes alliances », et les autres États et peuples qu’il s’agit de contrôler d’une manière ou d’une autre.

La Charte des Nations Unies, déjà pour les États-Unis surtout, ne compte plus vraiment. Il en est de même pour les États-Nations jugés archaïques. Le monde occidental fait l’impasse sur la fracture sociale abyssale qui sépare les peuples du Nord et du Sud, mais aussi les populations du Nord et la poignée d’hyper-privilégiés (les « 1.800 » milliardaires du monde) du Nord et du Sud. L’objectif prioritaire est le démantèlement de la souveraineté nationale, sans laquelle il n’est pas de souveraineté populaire (7).

Pour l’Occident, en définitive, les institutions de la « globale gouvernance » doivent devenir l’échelon le plus élevé des pouvoirs et l’individu leur seul sujet de droit dont il convient d’assurer une promotion formelle.

La CPI devient le symbole d’un monde garant des droits de l’homme et assurant la fin de l’impunité des criminels qui leur portent atteinte. Elle se présente même si les États-Unis n’ont pas adhéré au statut de 1998 comme le symbole d’un nouveau monde démocratique et humain. Néanmoins, cette CPI fonctionne dans un environnement radicalement contradictoire avec ses prétentions. Elle se veut compatible avec des phénomènes qui sont des sanctions collectives comme les embargos frappant la masse des gouvernés plutôt que les intérêts de quelques gouvernants, et particulièrement les populations les plus démunies. Les États-Unis, leurs alliés et leurs juristes valorisent la sanction par la CPI des violations individuelles des droits de l’homme, tout en manifestant la plus grande indifférence à l’égard des droits sociaux, économiques et culturels qui rendent impraticables les droits civils et politiques. Ce soutien à la CPI est contredit aussi par un phénomène aussi radicalement illicite que Guantanamo, qui malgré le discours officiel des autorités américaines, depuis bientôt huit ans, fonctionne toujours (8).

Plus globalement, le droit fondamental qu’est le « droit au droit » n’est pas reconnu puisqu’il y a irrespect généralisé du droit international et du droit humanitaire, notamment à l’occasion des interventions armées.

Avec les années 2000, la confusion s’est accrue : la Russie tend à redevenir une puissance qui compte, la Chine et les puissances émergentes pèsent d’un poids grandissant. A la société unipolaire « rêvée » par l’Occident, dont la CPI était un élément constitutif, succèdent les prémisses d’une société multipolaire.

Mais comme dans toute phase séparant ce qui meurt et ce qui naît, le processus est chaotique : coexistent, en effet, des normes et des pratiques prétendument nouvelles de la première phase et le retour de normes et de pratiques de la période de la société bipolaire, complétées par des innovations de la société multipolaire en train de naître.

Certaines forces occidentales s’efforcent d’inventer des normes, qualifiées dans le plus grand flou de « nouvelles coutumes », bien que non acceptées par l’ensemble de la société internationale. Les juristes le plus souvent tendent à les accepter comme telles, bien qu’avec une certaine réticence. C’est le cas avec, par exemple, « la responsabilité de protéger » les populations civiles contre leur propre État, sous prétexte de préoccupations humanitaires, en réalité pour justifier l’ingérence. On crée l’incertitude sur la juridicité des normes au mépris du principe de souveraineté. On favorise le développement d’un droit des affaires d’origine privée s’imposant dans les relations économiques transnationales. Quant à la CPI, elle-même, elle connaît des dysfonctionnements, sources d’un discrédit croissant dans le Sud.

2. Les pathologies de la CPI.

La CPI est une institution grevée de paradoxes et de contradictions de toutes natures.

L’étrangeté la plus visible est que les États-Unis, qui n’ont pas ratifié le statut de 1998 sont partie prenante de facto du fonctionnement de la Cour : ils menacent de poursuites ou poussent à la poursuite de certaines personnalités et ressortissants de divers États qui n’ont pas leur faveur, tout en organisant systématiquement la protection de leurs propres nationaux (notamment par une série d’accords bilatéraux).

Il en est de même pour la Russie et la Chine, qui ce représente 3 des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité, dont le rôle est déterminant dans la procédure de la Cour (saisine ou dessaisissement) (9).

Cela conduit nécessairement la CPI à ne s’en prendre jamais aux « vainqueurs » (comme à Nuremberg en 1945) ni aux alliés des « Grands », pour ne poursuivre que les ressortissants des « vaincus » et des États faibles ou isolés (10).

Une seconde « curiosité » est le champ de compétence de la Cour. Conformément à l’idéologie néolibérale, les droits économiques et sociaux n’ont pas la même « qualité » que les droits civils et politiques. Selon cette logique, il est évident qu’il ne pouvait être question d’élargir la compétence de la Cour aux crimes économiques et sociaux dont le coût humain est plus massif, bien que plus diffus, que les crimes de guerre et autres commis contre l’Humanité. Rien ne devrait empêcher l’existence d’une Chambre sociale permettant de sanctionner les individus responsables d’un endettement sans retombée sociale, du chômage, de la violation des droits sociaux, et plus généralement de la misère. L’impact de la guerre sociale ne relève pas de la justice criminelle internationale.

La compétence de la Cour comprend, dans le statut de 1998, le crime d’agression. Toutefois, cette disposition n’est pas entrée en vigueur et nul ne sait si, dans les prochaines années, elle entrera en vigueur. Un groupe de travail spécial explore le sujet, mais le fait que l’agression soit susceptible d’atteintes particulièrement aux capacités des grandes puissances qui réunissent tous les moyens pour être des « agresseurs privilégiés », conduit à penser que la question à toutes les chances de s’enliser. Si la CPI vise à combattre l’impunité de certains criminels, elle ne va pas, en droit, jusqu’à mettre en œuvre la répression des criminels qui sont de surcroît des « agresseurs » !

Un autre paradoxe est le mode de financement de la Cour. Le financement est assuré par les contributions des États occidentaux (surtout l’Allemagne et la Grande Bretagne), plus le Japon et par quelques fondations privées comme celle de G. Soros (11) et non pas l’ONU. L’indépendance financière de la juridiction n’est en rien garantie. On ne sait notamment pas quel est le degré d’indépendance du Parquet, en raison des liens s’établissant durant le mandat de ses membres avec divers intérêts.

La promotion de la Cour dans les pays du Sud est aussi assurée par des organisations privées, comme par exemple, « Avocats sans frontières » ou l’Institut Arabe des droits de l’homme. Cette médiatisation de la CPI, très politisée, se confronte ainsi aux courants critiques qui se développent à son encontre.

C’est le cas sur le continent africain depuis quelques décennies. L’Union Africaine estime que la CPI est avant tout un outil supplémentaire des Puissances mondialisatrices pratiquant la politique des « deux poids, deux mesures ». Le juge danois Harhoff (du Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie) faisant écho à Juan Ping, ancien ministre du Gabon, au premier ministre éthiopien et à d’autres personnalités africaines en la matière, a énoncé le fait que des « pressions massives et assidues sont exercées sur les magistrats internes », ajoutant que ces « tribunaux ne sont pas neutres et obéissent aux ordres des grandes puissances, les USA et Israël en particulier » (12). L’Union Africaine se prononce pour le retrait du statut de Rome (art. 73) sans résultat.

La Cour Africaine, créée à Arusha, est elle-même dans la dépendance du financement occidental. Seuls six États ont ratifié le Protocole de 2008, alors que quinze sont nécessaire. La lucidité critique africaine est ainsi plus collective qu’individuelle !

Plusieurs affaires, toutefois, peuvent déclencher un mouvement de retrait. Tout d’abord, le procès du vice-président kényan William Ruto. Lors de la XIV° Assemblée des États parties de la CPI (novembre 2015), l’Afrique du Sud et le Kenya ont menacé de se retirer, soutenus par divers autres États, malgré la défense de la Cour par des États de l’Union Européenne et de certaines ONG financées par l’Union Européenne. La Chambre d’appel de la CPI a annulé le 12 janvier 2016 la décision autorisant l’utilisation rétroactive de témoignages à charge, fragilisant fortement le dossier de la Procureure (13). Le recul du Parquet est survenu après le retrait des charges contre le Président Kenyata. Le Parquet, en effet, établit le plus souvent son dossier essentiellement sur des témoignages fortement contestables.

Il en est de même pour le procès Gbagbo qui a débuté en février 2016. La règle de la primauté des juridictions nationales sur la compétence de la CPI fonctionne à ce propos de manière aléatoire. On peut s’interroger sur le fait que la justice ivoirienne s’est avérée régulièrement compétente pour juger et condamner à une lourde peine Madame Gbagbo, alors que L. Gbagbo a été déféré à la CPI, de même que Blé Goudé (sans doute pour alourdir les responsabilités de son ancien Président), comme s’il s’agissait de faciliter la tâche du régime Ouattara qui souhaitait se débarrasser d’un procès « encombrant ». On s’interroge sur les critères consistant en « l’absence de volonté » ou « l’incapacité » locale de mener à bien l’enquête et les poursuites ? Qu’en est-il, pour la Cour, de son appréciation de « l’impartialité » des tribunaux nationaux ? Ainsi, il apparaît que la Cour a une compétence plus ou moins large, plus ou moins « subsidiaire » selon des opportunités politiques confuses !

On constate aussi que la CPI tend à fonctionner quasi-exclusivement à charge à l’encontre des prévenus. C’est ainsi par exemple, que parmi les témoins ou les ONG sollicités, on s’abstient de prendre en considération ceux qui sont à priori « suspects », tandis que les autres sont appelés à fournir des éléments de « preuve » ! Le « tri » effectué entre les témoignages semblent parfaitement arbitraire dans l’affaire L. Gbagbo (14). Les moyens de la défense ne sont pas en mesure de rivaliser avec ceux de l’accusation : des dizaines de juristes, dont les avocats français, proches de F. Hollande, J.P. Benoit et J.P. Mignard et le Parquet (doté d’une trentaine de millions d’euros servant à rémunérer des enquêteurs, des consultants, etc. font face à la petite équipe de défenseurs bénéficiant d’un budget très limité (environ 76.000 euros) (15).

Enfin, épreuve de vérité, la Palestine, 123° État membre du Statut de Rome (au 1er avril 2015) a saisi la Cour contre divers ressortissants israéliens pour leurs comportements criminels. Il est en effet difficile de contester les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité de militaires et de leurs commanditaires israéliens commis par l’occupant israélien. Le doute est permis sur l’acceptation même par la CPI de sa compétence pour juger de la requête palestinienne (16) ! Les armes d’Israël sont nombreuses : la priorité de ses juridictions nationales, le recours au Conseil de Sécurité pour éventuellement suspendre la procédure sous prétexte de ne pas gêner les négociations de paix, etc. L’issue de l’affaire Gbagbo, mais surtout celle du recours palestinien, fera la démonstration de ce qu’il en est réellement de la CPI et du niveau de gravité des pathologies dont elle est atteinte.

3. Le fonction ambiguë de la justice politique

L’efficacité d’une justice politique internationale ne peut être évaluée seulement sur la base de ses qualités juridiques : une approche politique est essentielle.

L’ordre interne des États n’a fourni nulle part un « modèle » de justice politique exemplaire. L’Histoire fait la démonstration que les tribunaux politiques d’exception comme la justice ordinaire lorsqu’elle statue en matière politique, servent les intérêts tactiques et stratégiques des gouvernements qui les administrent. La France a fait l’expérience de différentes juridictions (tribunaux militaire, Haute Cour de Justice, Cour de Sûreté de l’État, Cour de Justice de la République, etc.) Elles ont fait preuve soit d’un excès de rigueur soit d’un excès d’indulgence, dans les deux cas infondés. En Algérie, on se souvient du caractère expéditif des décisions des tribunaux militaires frappant les militants du FLN. En France, lorsque la justice ordinaire intervient contre des syndicalistes ou des militants anarchistes puis communistes sous la III°, la IV° et la V° République, elle participe davantage à la lutte des classes et à une politique d’intimidation qu’à l’application de la loi républicaine. En 2016, la condamnation à 9 mois de prison ferme de syndicalistes de la CGT pour « séquestration » non violente des directeurs des ressources humaines d’une entreprise (Goodyear) aux lendemains d’une vague de licenciements en est le plus récent témoignage.

A la différence des justiciables de faible « surface sociale », les responsables de l’appareil économique échappent le plus souvent à des peines lourdes (ce fut le cas, en France par exemple, pour la collaboration des chefs d’entreprise, à quelques exceptions près, avec le nazisme).

Quant aux tribunaux d’exception, à la Libération par exemple, il n’ont fait que servir les intérêts du nouveau pouvoir dans le « climat » du moment : pour des faits de collaboration avec les nazis, la peine de mort était prononcée en 1945 alors que quelques mois plus tard les condamnations étaient pour les mêmes délits très légères !

En bref, la justice politique sert avant tout à légitimer par une voie formellement légale l’élimination momentanée des adversaires du pouvoir établi. Elle n’a que très rarement décidé des grandes mutations de l’Histoire nationale (17).

La justice criminelle internationale n’a donc pas de référence dans le droit interne. Son émergence dans l’ordre international est peut-être prématurée : il ne règne dans la société internationale que peu de valeurs communes et les intérêts contradictoires rendent impossible toute notion d’intérêt général clair.

Les finalités communément admises que poursuit la CPI ne peuvent donc être qu’ambiguës :

Selon certains, il ne pourrait y avoir de paix et de réconciliation sans justice. La réalité est plus complexe. La justice internationale rend ses jugements longtemps après les faits criminels : rien ne permet de démontrer que leur impact pacifie la société concernée. Les Cambodgiens, par exemple, de nombreuses années après les massacres pratiqués par les Khmers Rouges, étaient plus préoccupés d’élévation de leur niveau de vie, du maintien de la paix civile par une « réconciliation » plus ou moins boiteuse, que d’une justice ne frappant qu’un petit nombre de responsables très âgés alors qu’ils dirigeaient un système global (qui d’ailleurs en son temps était soutenu par les États-Unis et la Chine !). Le coût élevé de la procédure a pu même être considéré comme excessif au regard des problèmes sociaux du pays (18).

Il faut ajouter que le processus de réconciliation après un conflit ne peut être le même d’une société à une autre : la voie juridictionnelle n’est qu’une voie modeste parmi d’autres. C’est ainsi, par exemple, qu’en Libye elle paraît à priori totalement inadaptée, y compris s’il advient que l’un des fils de M. Kadhafi est poursuivi devant la CPI. Le rapprochement entre les autorités de Tripoli et de Tobrouk, et plus globalement entre les factions qui émiettent le pouvoir dans l’ensemble du pays, ne peut être réalisé par des voies répressives contre les criminels de guerre qui, à l’évidence, ne manquent pas en Libye. Ce n’est d’ailleurs pas la voie choisie par l’ONU qui favorise des négociations politiques.

Dans certains cas, l’extrême longueur des procédures devant la justice criminelle internationale peut finir par grandir celui qui est poursuivi et condamné. Ce pourrait être le cas de L. Gbagbo en Côte d’Ivoire et dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. L’opinion peut se retourner contre les autorités à l’origine de la poursuite et contre la juridiction qui a prononcé la condamnation. A long terme, l’Histoire montre que les condamnations les plus lourdes peuvent auréoler les condamnés et fabriquer des martyrs. Il en a été ainsi, par exemple, pour les militants des mouvements de Libération nationale condamnés par les tribunaux des colonisateurs. Il peut en être ainsi demain pour les condamnés de la CPI.

On répète aussi que l’existence d’une justice criminelle internationale jouerait un rôle préventif : par la menace qu’elle fait peser sur les responsables politiques et militaires, elle les dissuaderait des pratiques criminelles et génocidaires. On constate depuis 2002, date de l’entrée en vigueur de la CPI, qu’il n’y a aucun progrès humain dans les conflits qui se sont produits. Mais surtout, l’argument de la dissuasion peut se retourner en son contraire. Les responsables, pour éviter des poursuites qui sont toujours plus faciles contre des vaincus qu’à l’encontre des titulaires du pouvoir, sont amenés à s’y maintenir par tous les moyens et à prolonger au maximum leur fonction dirigeante (comme on le voit couramment en Afrique), ce qui favorise la répression des rivaux. De plus, cette « menace » est discriminatoire : elle ne joue pas pour les alliés des Puissances « protectrices », or les dictatures protégées ne manquent pas, ni les pseudo-démocraties comme Israël à l’ombre du « parapluie » étasunien !

La justice politique internationale pose aussi la question de sa capacité effective à juger des crimes de masse. On peut légitimement douter de l’unique responsabilité, voire de la responsabilité principale de quelques personnalités politiques ou militaires, fussent-elles des dirigeants suprêmes et des cadres supérieurs (voir les problèmes soulevés par le dirigeant serbe Milosevic, par exemple, négociateur des Accords de Dayton avec ceux qui allaient le faire traduire en justice).

La controverse a déjà eu lieu avant Nuremberg lorsque les Soviétiques souhaitaient sanctionner un très grand nombre d’Allemands, co-responsables de l’avènement et des pratiques génocidaires du nazisme (19). Les Américains s’y sont opposés pour imposer exclusivement la poursuite d’un très petit nombre de dirigeants. Dans l’esprit des dirigeants occidentaux, l’Allemagne était déjà en Europe l’État-tampon nécessaire vis-à-vis de l’URSS.

Devant le Tribunal de Tokyo, chargé à l’initiative des États-Unis de juger les criminels de guerre japonais, les prévenus et les condamnés ont été très peu nombreux. Les États-Unis avaient notamment pris soin de ne pas poursuivre l’Empereur Hiro-Hito, doté durant la Seconde Guerre mondiale d’une autorité « divine » sur tout le peuple japonais, afin de pouvoir utiliser son influence pour contrer le communisme.

La justice politique, lorsqu’elle est « intelligente », prévoit toujours à l’avance les conséquences de ses sentences affectées d’un coefficient « utilitaire » pour la suite….

La justice criminelle internationale, à l’occasion de ses premières expérimentations, a fait la démonstration qu’elle ne pouvait être que sélective, c’est-à-dire arbitraire, son organisation et son fonctionnement ne pouvant être « hors sol » et dépendant nécessairement des rapports de force et des arrière-pensées du moment.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, il n’est pas concevable que la CPI puisse juger et condamner des ressortissants américains, russes ou chinois. Il ne semble pas même possible que les ressortissants des pays qui leur sont alliés soient poursuivis, sauf si les Puissances les considèrent désormais non fiables ou « inutiles » !

Or, les Puissances dominantes sont détentrices des moyens les plus susceptibles de réaliser des crimes de guerre : c’est le cas, par exemple, avec leur capacité de bombardements aériens, provoquant des morts civils en grand nombre. Il est vrai qu’un État en dépit de ses forces extérieures limitées est capable d’avoir une pratique criminelle dans l’ordre interne. Toutefois, le fait que ses ressortissants soient les seuls à pouvoir être poursuivis par la justice internationale assimile celle-ci à une forme « d’ingérence humanitaire », pratique illicite mais fréquente des Grandes Puissances à l’encontre de la souveraineté nationale des petits et moyens États, au nom d’un humanitarisme sélectif.

Aussi, dans les conditions de notre époque, la question fondamentale et non résolue est celle de la souveraineté nationale et de son articulation avec la justice criminelle internationale. Le Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie est une illustration de la confusion qui règne : le Conseil de Sécurité a exercé une fonction judiciaire incertaine en créant cette juridiction ad hoc, alors qu’il a renoncé à exercer sa fonction pacificatrice en la laissant à l’OTAN, qui est de plus intervenue en 1999 pour le Kosovo sans autorisation de ce même Conseil de Sécurité, au mépris de la Constitution de la Fédération Yougoslave !

La CPI, pour exister, a dû prendre des précautions vis-à-vis du principe de souveraineté. Elle n’est statutairement qu’une juridiction complémentaire et subsidiaire des tribunaux nationaux qui ont la primauté. Le Procureur de la Cour ne peut s’auto-saisir qu’à la condition qu’intervienne un organe collectif, la Chambre préliminaire (chambre d’accusation).

Les États sont tenus de coopérer avec la Cour et en particulier de lui remettre les personnes poursuivies, mais à défaut aucune sanction n’est prévue.

De nombreux États sont conscients que la justice criminelle internationale est instrumentalisée : elle tend à se constituer en outil de légitimation de l’ordre international existant, dans le cadre d’un « fondamentalisme occidentaliste » qui nourrit en retour les autres fondamentalismes (20).

La Belgique en a fait l’expérience, lorsque l’un de ses tribunaux a été saisi en 2003 afin de juger des officiers supérieurs américains, le Général Franks et des adjoints, objet d’une plainte pour crimes de guerre contre des Irakiens et des Jordaniens. Sous les pressions américaines, la législation belge a été modifiée rendant impossibles ces poursuites (21).

La France (juin 2015) a fait, pour sa part, un cadeau au Maroc. Le Parlement a voté (malgré l’opposition des Communistes et des Verts) un protocole judiciaire franco-marocain permettant à Paris d’abandonner sa « compétence universelle » si des ressortissants marocains ont commis des actes de torture pratiqués au Maroc !

Toutefois, la « compétence universelle » des tribunaux nationaux a permis la mise en cause de Pinochet. Sans que les résultats aient été sa condamnation, l’opinion a été sensibilisée à la répression dont il avait été responsable au Chili depuis 1973.

Les tribunaux de Guantanamo, premiers tribunaux américains pour crimes de guerre depuis la Seconde Guerre mondiale, créés après les attentats du 11 septembre 2001, afin de juger les « ennemis combattants » non américains, ne bénéficient en rien des protections juridiques de droit commun accordées aux citoyens américains. Ils ne sont évidemment pas un « modèle » de justice politique nationale !

Néanmoins, les tribunaux nationaux, quelle que soit l’issue des procédures, offrent le spectacle édifiant de l’état réel de la justice politique. L’opinion, si elle est capable de s’approprier le droit, peut jouer un rôle afin de faire progresser une justice véritable.

Au contraire, la CPI, très éloignée des citoyens (malgré les manifestations de solidarité avec certains prévenus comme L. Gbagbo) n’est susceptible de subir que de pressions étatiques.

En conclusion, l’expérience de la CPI « sert à approcher, sans l’atteindre, une représentation juste du monde » par sa finalité officielle, la lutte contre l’impunité. Mais, en tout état de cause, la route de la justice internationale ne s’arrête pas à la CPI. Elle est encore très longue (22).

Parmi les crimes de masse non encore pénalisés, il y a les multiples crimes économiques, comme par exemple, l’évasion fiscale (qui prive les États de possibilités d’investissement), la spéculation financière internationale (qui est source de « dettes odieuses », illicites mais que les peuples remboursent néanmoins), la surexploitation des matières premières et la maîtrise des prix du marché par les grandes firmes (du style Areva au Niger) etc.

Ces crimes non encore juridicisés ont un coût humain qui va au-delà des massacres ponctuels se produisant dans les conflits armés. Dans un monde non consensuel où l’Occident et ses alliés « communient » exclusivement dans les valeurs du marché et les droits de l’homme » civils et politiques en oubliant toujours le social et aspirent à un fédéralisme universel (23), comme le dénonce Alain Supiot (24), une authentique justice criminelle internationale demeure une utopie difficilement accessible.

Mars 2016

Robert Charvin

Agrégé des Facultés de Droit

Professeur Emérite à l’Université de Nice – Sophia-Antipolis (France)

Notes :

1) Cf. M. Perrin de Brichambaut, in Leçons de droit international. Presses de sciences politiques et Dalloz. 2002, p. 343 et s.

F. Bouchet-Saulnier. Dictionnaires pratique de droit humanitaire. La Découverte. 2013.

2) Très peu nombreux sont les juristes européens qui se sont manifestés à contre-courant, y compris dans les milieux progressistes (voir par exemple, les approbations de M. Chemillier-Gendreau dans Le Monde Diplomatique, 12 décembre 1998). On peut citer en revanche P.M. Martin, par exemple, de l’Université de Toulouse (Recueil Dalloz-Sirey, n°36, 1998), qui est très critique.

3) A. Supiot. Homo juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du droit. Seuil. 2005)

4) Il faut noter cependant que sous la direction de M. Gorbatchev, la position soviétique avait évolué. Des juristes soviétiques, comme le professeur Blichenko, n’avait plus d’opposition radicale à la création d’une Cour pénale permanente.

5) Pourtant, dès sa naissance, l’OTAN et les États-Unis ont financé des opérations à l’intérieur des États se réclamant du socialisme et contre les Partis communistes occidentaux et divers syndicats (par exemple, avec le soutien direct des « Stay Behind », véritables groupes de combat « dormant » qui ont participé à des attentats et à des complots, comme ceux, par exemple, du « Gladio » en Italie, au financement d’une fraction de la CGT française à l’origine de la création de F.O.

6) Un argument-clé a été de considérer comme « injuste » des risques de poursuite pénale contre des militaires dont la cause humaniste serait fondamentalement « juste » (positions défendues par les États-Unis et la France).

7) Certains opposent souveraineté populaire, jugée « positive » dans une optique démocratique et souveraineté nationale, jugée nocive, parce que facteur de « nationalisme ». Or, sans l’indépendance nationale, grâce à la souveraineté étatique, quels que soient les risques pour les citoyens, il ne peut y avoir dans le monde contemporain de réelle souveraineté populaire : on le constate en Europe même, par exemple, avec la situation du peuple grec : la politique interne du gouvernement, choisie par les citoyens, n’a pas pu et ne peut toujours pas se développer car elle est soumise aux décisions des instances de l’Union Européenne. Il y a « souveraineté limitée » comme l’Occident ’y compris la doctrine dominante de l’époque) la dénonçait en 1968 lorsque l’URSS l’imposait à la Tchécoslovaquie.

8) Le Centre de détention de Guantanamo, combattu par B. Obama durant ses deux mandats, mais sans résultat jusqu’à ce jour, atteint les sommets de l’illicéité. Au nom de l’antiterrorisme, toute légalité est récusée. La règle est le combat du crime par le crime, expression d’une dégénérescence du droit très accentuée. Le camp, installé sur le territoire de Cuba, loué depuis 1905 à raison de 4.000 dollars par an, refusés par La Havane, est une prison « délocalisée » où sont incarcérés des nationaux de différents pays, arrêtés dans plusieurs pays avec la collaboration des polices locales et transférés clandestinement avec de multiples complicités « officielles ». La détention – sans jugement – est sans limite pour des « combattants ennemis », catégorie a-juridique inventée par les États-Unis unilatéralement. Les autorités de Washington ont récusé les demandes successives des Nations Unies, du Parlement européen et même de la Cour Suprême des États-Unis (verdict du 28 juin 2004). Amnesty International qualifie en 2005 Guantanamo de « Goulag moderne » (le rapport dénonce aussi les nombreuses prisons du même type installées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan, notamment). Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis ont enseigné au monde entier que les droits de l’homme pouvaient s’interpréter « à la carte », avec de grandes variantes selon les cas. Divers États européens obéissent à ce modèle.

Cf. M.A. Combesque. « Violence et résistances à Guantanamo ». Le Monde Diplomatique. Février 2006.

9) Il faut mentionner Israël et l’Inde qui n’ont pas cru non plus devoir ratifier le statut de la CPI.

10) Dans le procès en cours contre L. Gbagbo et Blé Goudé (ce dernier « opportunément » transféré par Abidjan à La Haye), toute juridiction réellement impartiale devrait poursuivre aussi A. Ouattara et G. Soros actuellement en fonction.

Voir L. Gbagbo et F. Mattei. Pour la vérité et la justice. Côte d’Ivoire : révélations sur le scandale français. Éditions du Moment. 2014.

R. Charvin. Côte d’Ivoire 2011. La bataille de la seconde indépendance. L’Harmattan. 2011.

11) G. Soros affirme vouloir combattre les « sociétés fermées », autrement dit souveraines et cela sans la moindre légitimité.

12) Cité in L. Gbagbo et F. Mattei. Pour la vérité et la justice… op. cit. p. 255.

13) Voir la plaidoirie occidentale favorable à la CPI (E. Orenga – V. Rambolamanana. « Retour sur les travaux de la XIV° Assemblées des États parties de la C.P.I : qui sont les grands gagnants ? » In La Revue des droits de l’Homme. Mars 2016.

14) Cf. Mon témoignage personnel (R. Charvin) « écarté » par le Parquet, en tant que membre d’une Commission d’Enquête de deux mois sur les événements liés aux élections présidentielles de 2011 en Côte d’Ivoire, qui dénonçait notamment l’arbitraire complet régnant dans la partie Nord du pays, occupé par des forces rebelles (soutenues par le Burkina Faso de Compaoré – aujourd’hui réfugié en Côte d’Ivoire et naturalisé Ivoirien ! – et par la France).

C’est ainsi, par exemple, que plus de 1.000 civils ont été massacrés par ces « rebelles » pro-Ouattara au camp de réfugiés de Duékué lors de leur offensive qui devait se terminer par la prise d’Abidjan (avec la complicité de l’ONUCI et des troupes françaises).

15) Consulté par M° Altit, l’un des principaux défenseurs de L. Gbagbo, j’ai dû moi-même payer les frais d’un voyage à Paris pour le rencontrer, puis pour constituer le dossier rapportant les résultats de la Commission d’enquête à laquelle j’avais participé.

Demandeur d’une visite à la prison de La Haye pour établir le contact avec l’accusé, aucune réponse ne m’a été faite (le questionnaire à remplir pour la demande de visite exigeait notamment de préciser mon appartenance politique !).

16) Cf, par exemple John Aasu. Professeur à l’Université de Naja-Naplouse. La compétence territoriale de la Cour Pénale Internationale dans le cas de la Palestine, in Un Autre Monde, numéro spécial « Palestine : 70 ans ! » (revue de Nord-Sud XXI). 2016.

17) Cf. R. Charvin. Justice et politique (préface de R.J. Dupuy). LGDJ. 1968.

18) En France, le régime de Vichy n’a été remis en mémoire des Français que plusieurs dizaines d’années après la fin de la guerre. On s’est gardé durant cette longue période de rappeler l’histoire des années 1940-1945 : il s’agissait de « favoriser la réconciliation des Français » par l’amnésie.

19) Comment dissocier, par exemple, les dirigeants de l’industrie lourde, les cadres du parti du Centre Catholique, complices directs de l’accession à la Chancellerie de Hitler ? Comment la masse des citoyens ressortissants de l’un des pays les plus développés et les plus cultivés, l’Allemagne, ayant soutenu activement le régime nazi pratiquement jusqu’à sa défaite, peuvent-ils être considérés comme innocents ?

20) Voir A. Supiot. Homo Juridicus (voir notamment la Pologne, p. 7-30). Éditions du Seuil. 2005.

21) Cf. Nuri Albala. « La compétence universelle pour juger les crimes contre l’humanité : un principe inacceptable pour les plus puissants », in N. Anderson et autres. Justice internationale et impunité, le cas des États-Unis. L’Harmattan. 2007, p. 217 et s. Voir aussi J. Fermon. « Compétence universelle : le cas de la Belgique ou le droit du plus fort, quand les États-Unis font la loi en Belgique », in A. Anderson et autres. La justice internationale aujourd’hui. Vraie justice ou justice à sens unique. L’Harmattan. 2009.

22) En sens contraire, un philosophe africain, enseignant à l’Université Catholique de Lyon R. K. Koudé (« L’ingérence internationale : de l’intervention humanitaire à la dissuasion judiciaire » in Institut des Droits de l’Homme de Lyon. Vingt ans de l’IDHL. Parcours et réflexion. Université Catholique de Lyon. 2005, p. 116 et s.), applaudit à la fois à l’ingérence directe humanitaire et à l’action de la CPI, forme judiciaire de l’ingérence, contre les « forteresses de la souveraineté étatique ». L’article est significatif de l’occidentalisme des certains intellectuels non occidentaux.

23 ) On constate dans les structures semi-fédérales de l’Union Européenne que les atteintes concrètes aux valeurs démocratiques (racisme, xénophobie, interdictions de certains partis progressistes et réduction du pluralisme politique, comme c’est le cas en Hongrie, Pologne, Lettonie, etc.) ne suscitent aucune réaction de la part des instances européennes, ni l’utilisation de l’article 7 du Traité de Lisbonne permettant des sanctions et la suspension de l’État coupable des droits de participation au fonctionnement de l’Union Européenne, ni évidemment l’ouverture de poursuites pénales contre les dirigeants responsables. La justice politique ne semble concerner pour chaque État que les « autres » ……

24) A. Supiot. Homo juridicus. op. cit.

Source : Investig’Action


L’OTAN et la crise ukrainienne

L’OTAN et la crise ukrainienne

Interview de Daniele Ganser, historien et polémologue suisse, 4 août 2014.

« Dans le conflit ukrainien, on peut observer la relation entre le pétrole, le gaz et l’OTAN dans toute sa splendeur » (Deutsche Wirtschafts Nachrichten)

Selon Daniele Ganser, spécialiste dans le domaine de l’OTAN, nous assistons en Ukraine à la prochaine étape de l’extension de cet organisme. L’Allemagne devrait suivre le pas parce que les Américains disposent du commandement en chef et veulent empêcher la naissance d’un nouvel axe Moscou-Berlin. Les USA dressent à cette fin les Etats européens les uns contre les autres – afin de continuer à les contrôler.

L’OTAN est la plus grande et la plus puissante alliance militaire depuis nombre d’années. Les « Deutsche Wirtschafts Nachrichten » ont parlé avec l’historien et le spécialiste en matière de l’OTAN, Daniele Ganser à propos de la structure de celle-ci, du rôle de l’Allemagne dans l’organisation, de son influence dans l’UE et de son implication dans le conflit de l’Ukraine.

Deutsche Wirtschafts Nachrichten : Le Danois Rasmussen démissionne bientôt en tant que Secrétaire général. Son successeur sera probablement le Norvégien Stoltenberg. Quelle est selon vous, l’influence des Européens au sein de l’OTAN ?

Daniele Ganser : Je pense que l’influence des Européens au sein de l’OTAN est petite, parce que celle-ci est menée par les USA. On le voit à travers le fait que les Européens peuvent toujours désigner le Secrétaire général et celui-ci apparaît très souvent dans les médias en Europe. C’est pourquoi, on a l’impression que le Secrétaire général est la personne la plus importante de l’OTAN. Toutefois, ce n’est pas vrai ! La personne encore beaucoup plus influente au sein de l’OTAN est le SACEUR (Commandant suprême des forces alliées en Europe) et c’est toujours un général américain. Ce commandement militaire est encore plus puissant que le poste officiel de Secrétaire général. L’ancien Président Nixon l’a formulé une fois de cette façon : « Le seul organisme international qui n’ait jamais fonctionné, c’est l’OTAN, tout simplement parce qu’il s’agit d’une alliance militaire et que nous étions aux commandes ».

Par quelles voies l’OTAN impose-t-elle ses intérêts à l’UE ?

L’OTAN a ses ambassadeurs dans tous les pays membres. Ce sont des ambassadeurs envoyés par chaque pays afin d’être informés des projets de l’OTAN dans les étapes suivantes. Les voies sont opérationnelles de telle façon que l’OTAN – et en premier les USA – disent : C’est comme ça et maintenant vous devez faire ça. Cela était ainsi en particuliers lors du 11-Septembre et de la Guerre contre l’Afghanistan. La plupart du temps, les Européens obéissent tout simplement. Ils n’ont jamais dit : Nous devons nous développer indépendamment. Une politique extérieure et de sécurité européenne commune ne fonctionne pas vraiment. On est toujours indécis : doit-on aller en Irak avec les Américains ? Les Anglais l’ont fait, pas les Français. Ou bien doit-on bombarder avec les Américains la Lybie, pays membre de l’OPEC ? Les Français l’ont fait, pas les Allemands. Les USA réussissent très bien à dresser les différents pays européens les uns contre les autres. En ce moment, on se sert de l’Allemagne contre la Russie, bien sûr pour des intérêts américains. C’est l’ancien système du « divide et impera » – « diviser pour régner ». Ce n’est pas dans l’objectif de Washington que l’UE et la Russie coopèrent et construisent un grand espace économique, disposant en plus des plus grandes réserves de pétrole et de gaz. Ce ne serait pas dans l’intérêt des Etats-Unis.

En raison du manque de transparence, il est difficile de savoir comment se présente le financement de l’OTAN en détail. Des députés néerlandais ont dû le constater récemment. Savez-vous quelque chose de concret à ce sujet ?

Non, parce que l’OTAN n’est effectivement pas une organisation transparente. Je partage cette frustration des députés néerlandais, parce que je me suis efforcé d’obtenir des informations sur les armées secrètes de l’OTAN. On a simplement ignoré mes questions et on ne m’a fait part de rien. Quelques personnes pensent que l’OTAN est une organisation démocratique et transparente. Cependant, ce n’est pas le cas. C’est une organisation militaire qui tente continuellement à garder ses secrets. Le budget du Pentagone est finalement pertinent pour le financement et il comprend environ 700 milliards de dollars par an ou deux milliards par jour. Alors la question est bien sûr de savoir si ici une journée du Pentagone équivaut à une journée de l’OTAN et comment on calcule cela. Mais ce sont des opérations comptables et on peut calculer cela de différentes manières.

Quel rôle joue l’OTAN dans le conflit en Ukraine ?

Mon avis est que la guerre en Ukraine est centrée autour de l’OTAN et du gaz naturel. L’OTAN a depuis 1990 entrepris un mouvement en direction de l’Est. La première étape a été de retirer en Allemagne la RDA au Pacte de Varsovie et de l’accueillir dans l’OTAN. Pour cela, on a eu besoin à cette époque de l’accord de Gorbatchev. C’est-à-dire que cette fusion entre la RFA et la RDA – qui est très précieuse et que je salue beaucoup – n’était possible qu’avec l’acceptation de la Russie, de la reprise de l’Allemagne réunie, par l’OTAN. Mais les Russes ont aussi affirmé leur refus d’une extension de l’OTAN. Et Gorbatchev a dit que l’OTAN le lui avait garanti.

Cependant, l’OTAN n’a pas tenu parole. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été accueillies dans l’OTAN, de même la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Slovénie, la République Tchèque et la Slovaquie. Plus tard ont suivi encore l’Albanie et la Croatie. Si vous le considérez du point de vue russe, alors l’OTAN a rompu sa parole et maintenant, elle tente encore de prendre les éléments manquants – l’Ukraine et la Géorgie – et d’encercler ainsi la Russie.

Dans les médias occidentaux, on dit toujours : les Russes sont complètement irrationnels et se comportent bizarrement. Mais en fait ils se comportent comme un joueur d’échecs qui déplacement après déplacement, perdent ici une tour, là un cavalier et là encore un pion. Les Russes se sentent harcelés. Et cette extension de l’OTAN n’est aucunement mentionnée par les médias occidentaux, pas même prise en compte. On peut communiquer ceci tout simplement en prenant une carte de l’OTAN en 1990 et une de 2014.
Enlargement Nato Map

S’agit-il de la part de l’OTAN uniquement d’un encerclement militaire de la Russie ou bien en veut-elle aussi aux ressources de ce pays ?

C’est la même chose. L’Arabie Saoudite et la Russie se partagent la première place au niveau international quant à l’exploitation du pétrole. Les Russes produisent environ 10 millions de barils par jour. Les Saoudiens produisent également environ 10 millions de barils par jour. La Russie est au niveau de sa superficie le plus grand pays de la terre et dispose de très grandes réserves de gaz naturel. La lutte mondiale pour les réserves de pétrole et de gaz naturel est aussi une lutte contre la Russie. Poutine ne veut en aucun cas que l’Ukraine adhère à l’OTAN. Du point de vue russe, la chute de Ianoukovytch a été orchestrée par les services secrets occidentaux. Qu’on le voit ou non comme Poutine, cela ne joue aucun rôle. Mais pour lui, il est légitime de dire : quand l’hiver viendra, je pourrais aussi vous couper le gaz. Ou bien je peux dire : Vous me devez davantage d’argent pour le gaz. Cela veut dire que dans le conflit ukrainien on peut observer la relation entre le pétrole, le gaz et l’OTAN dans toute sa splendeur.

Quels sont les indices montrant que le coup d’Etat en Ukraine a été orchestré par les services secrets occidentaux ?

Ce que nous savons jusqu’à présent est que 2014 est l’année de la destitution de Ianoukovytch et de l’installation au pouvoir de Poroschenko. C’est un fait. Et si l’on observe un peu de plus près, alors on voit les finesses. Quand est-il destitué ? Il est renversé en février 2014. Et maintenant, on en vient au nœud du débat, c’est-à-dire à l’aggravation des protestations par les tireurs d’élite de Maïdan. Il est intéressant de constater : les tireurs d’élite – selon les informations en ma possession – tiraient aussi bien sur les manifestants que sur les policiers. Cela est très inhabituel. Ici, on peut très bien penser que c’était une action des services secrets pour précipiter l’Ukraine dans le chaos. Ce que nous avons ici comme indice, c’est l’entretien téléphonique entre Urmas Paet, ministre des Affaires étrangères de l’Estonie et Catherine Ashton, Haute représentante des Affaires étrangères de l’UE. Dans cet entretien, il est question que derrière les tireurs d’élite de Maïdan ne se cache pas Ianoukovytch, mais quelqu’un de la nouvelle coalition. Celle-ci est le groupe autour de Klitschko, Jazenjuk et Poroschenko, qui est arrivé au pouvoir après le coup d’Etat.

S’il s’avère que Poroschenko est venu au pouvoir grâce aux tireurs d’élite, alors nous avons donc affaire avec un putsch du gouvernement sans nous en apercevoir. Cela allait si vite que l’on doit vraiment avouer : nous sommes trop bêtes pour le comprendre réellement. Il se peut que Poutine soit moins stupide et ait vu ceci correctement. Je ne veux pas dire que l’on doit croire Poutine aveuglément, car lui aussi possède son agenda. La question à laquelle nous devons répondre dans l’histoire économique et aussi dans l’histoire contemporaine : s’agit-il d’un évènement comme en 1953 lorsque la CIA, le service secret américain, et le MI6, le service secret britannique ont renversé le gouvernement de Mossadegh en Iran, parce qu’il voulait nationaliser le pétrole ? A l’époque, on a déguisé des agents en terroristes, qui ont commis des attentats et ainsi déclenché un chaos dans tout le pays. On appelle cela la « stratégie de la tension », donc on crée volontairement un chaos et des tensions pour renverser de cette manière un gouvernement, cela fonctionne, c’est prouvé historiquement.

Les derniers mois, l’OTAN a intensifié les manœuvres. A la suite d’une manœuvre de l’OTAN dans plusieurs Etats européens la sécurité aérienne est même tombée en panne. Est-ce qu’il s’agit là seulement de présence militaire ou est-ce qu’il y a d’autres raisons pour les mouvements des troupes ?

Que ce soit du côté de la Russie ou de l’OTAN je ne peux qu’affirmer qu’il y ait une augmentation de la présence militaire. Mais contrairement à l’opinion de beaucoup de commentateurs, je pense que nous ne nous trouvons pas au bord de la troisième guerre mondiale comme au temps de la crise de Cuba en 1962. Pourtant, nous sommes dans un climat de méfiance. Moscou et Washington se méfient l’un de l’autre, et Berlin est coincé entre les deux.

En Allemagne se trouvent plusieurs bases militaires de l’OTAN, dont la base aérienne américaine Ramstein et le centre de commandement Africom à Stuttgart. Quel est le rôle actuel et futur de l’Allemagne dans la stratégie de l’OTAN ?

L’Allemagne est dans l’OTAN une jeune associée parce que les USA commandent l’OTAN. Du point de vue des USA, l’Allemagne est un pays occupé. Certes, cela fait mal en lisant cela en tant que lecteur allemand, mais c’est la situation actuelle. Les Etats-Unis ont des bases militaires en Allemagne et le téléphone mobile de la chancelière Merkel est mis sur écoute par le service secret militaire américain NSA. Et lorsque les Américains disent : nous partons vers l’Hindou Kouch, les soldats allemands doivent s’y rendre et abattre les Afghans bien qu’ils n’aient jamais eu de problèmes avec eux auparavant. Cela veut dire que malheureusement l’Allemagne a pris la position d’un vassal. Et on a de la peine en Allemagne à se libérer de cette position.

La raison est toute simple : les USA sont l’empire. Un empire se distingue toujours par le fait qu’il est la plus grande économie nationale du monde, mesuré au PIB. Ce sont les USA. Il a le plus grand nombre de porte-avions et la force aérienne la plus puissante quant au nombre, au type et à la modernité. Ce sont également les USA. Il détient la monnaie de réserve mondiale. C’est le dollar, donc encore une fois les USA. Et finalement, les USA disposent du plus grand nombre de bases militaires dans le monde, donc pas seulement à Guantànamo, à Diego Garcia et en Afghanistan, mais aussi à Ramstein etc. Ce qui importe en outre : l’empire domine les médias et veille à ce qu’ils informent de manière bienveillante. Voilà donc la position de l’Allemagne : elle se trouve dans une position inférieure dans l’empire américain, et la plupart des médias allemands n’osent pas parler ouvertement de ce fait. La Suisse n’est d’ailleurs pas mieux lotie se trouvant également sous la pression de l’empire US, mais au moins nous ne sommes pas membre de l’OTAN et nous n’avons pas non plus de bases militaires américaines – nous les Suisses ne voulons pas de cela.

En revanche, la Suisse est, tout comme la Finlande, membre d’un stade préliminaire de l’OTAN …

… du « Partnership for Peace », c’est vrai. C’est vivement critiqué en Suisse, et à juste titre, car nous ne voulons en aucun cas devenir membre de l’OTAN. Cela veut dire que certains politiciens le veulent bien, mais pas la population suisse. Lors d’une votation le Non emporterait largement, car les citoyens suisses rejettent les guerres d’agression de l’OTAN. L’opinion publique par rapport aux Etats-Unis a tourné en mal ces dernières années.

Les USA apparaissent comme des menteurs parce qu’ils mènent dans le monde entier des guerres économiques. Ils ont écouté les transferts de données du monde – surtout les données SWIFT – à l’aide du service secret américain NSA et abusent de ces données au détriment des banques suisses UBS et Credit Suisse. Ils dénigrent les Suisses parce que des banques suisses ont aidé en effet des citoyens américains à frauder le fisc ce qui n’était pas juste. Mais en même temps les Suisses observent avec étonnement que la fraude fiscale aux USA – soit en Delaware soit en Angleterre, par des trusts – est toujours possible. C’est pourquoi les Suisses ne comprennent pas que les USA jouent aux redresseurs de torts contre la fraude fiscale tout en négligeant les failles dans leur propre pays. C’est pourquoi l’opinion publique est ici de plus en plus anti-américaine.

Le 11-Septembre 2001 joue aussi un rôle-clé par rapport à l’OTAN car à ce moment-là la clause de défense mutuelle d’après l’article 5 est entrée en vigueur. Est-ce que la clause de défense mutuelle est toujours en vigueur ?

C’est une question intéressante. On devrait la poser à l’OTAN. Après le 11-Septembre, il y eu un large débat là-dessus. En tout cas, la clause de défense mutuelle a été proclamée après le 11-Septembre, cela c’est clair. Les Américains sont venus en Europe et ont dit : c’était comme cela, et maintenant on y va dans l’Hindou Kouch. Puis 9/11 était une histoire fixe qu’on pouvait avaler ou pas. En outre, c’était le premier cas de défense mutuelle de l’OTAN dans l’histoire. Là aussi, le rôle de l’empire se manifeste. La plus importante souveraineté d’interprétation dont l’empire dispose est d’interpréter lui-même chaque événement historique. Les attentats du 11-Septembre sont contestés parmi les historiens – il existe différents avis à ce sujet. Mais dès qu’un historien ne lève la tête qu’un tout petit peu, il est hué comme théoricien conspirateur. Et cela signifie que nous n’avons pas le droit de dire : attention, lors de la mise en vigueur de l’article 5, certaines questions se posent. L’OTAN ne veut pas en parler. Elle ne veut pas de débats critiques au sujet du 11-Septembre et de l’Opération Gladio. Elle essaie simplement de supprimer ces sujets. Mais je crois, qu’elle n’y arrivera pas à long terme parce que nous vivons à l’époque de l’information. Les gens sont de plus en plus en mesure de s’acquérir différentes perspectives par rapport à un thème, et ça c’est bien.

******************

Daniele Ganser est historien et chercheur dans le domaine de la paix. Il analyse les thèmes de l’énergie, de la guerre et de la paix d’une perspective géopolitique. Il met l’accent sur l’histoire internationale contemporaine depuis 1945, les services secrets, les unités spéciales, la stratégie de guerre secrète et la géostratégie ainsi que le pic pétrolier et des guerres de ressources. Son livre « Nato-Geheimarmeen in Europa – Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung » a été publié en 2005 (« Les Armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest » a été publié en 2011) et traduit en dix langues.

Attentats de Madrid : l’hypothèse atlantiste

Attentats de Madrid : l’hypothèse atlantiste

par Mathieu Miquel

Après les attentats de Madrid (2004) comme après ceux de Londres (2005), la Justice a écarté la thèse Al-Qaida et soutenu que les crimes avaient été perpétrés par des terroristes islamistes autonomes. Une moitié de la presse espagnole a contesté ce verdict et exploré diverses pistes intérieures. Mathieu Miquel, qui avait retracé les événements, l’enquête judiciaire et le procès dans un précédent article, étudie ici l’hypothèse d’une opération des réseaux stay-behind de l’OTAN.

Réseau Voltaire | 6 novembre 2009

Cet article est la suite de « 11 mars 2004 à Madrid : était-ce vraiment un attentat islamiste ? »

Tout porte à croire que la version officielle de l’attentat du 11 mars 2004 à Madrid, selon laquelle il s’agirait d’un attentat islamiste sans lien avec Al-Qaïda, est une mystification [1]. Se pose alors la question des véritables coupables. Une enquête sérieuse devrait adopter une démarche systématique : dresser la liste exhaustive des pistes, puis suivre chacune d’elles en cherchant indices et mobiles. L’objet de cet article est d’examiner l’une de ces hypothèses : celle d’une opération montée sous faux drapeau par des services secrets atlantistes. Avant cela, présentons brièvement l’ensemble des pistes qui devraient être explorées si l’enquête était rouverte.

Le grand public connaît généralement deux hypothèses sur les auteurs de l’attentat : Al Qaeda, incriminé par le discours dominant, et ETA, que José Maria Aznar aurait accusé pour justifier de sa politique basque. Les journalistes espagnols ont exploré au moins quatre autres pistes, portant sur des services secrets qui auraient monté l’opération sous faux drapeaux. Les six hypothèses sont donc les suivantes :

– 1. Des islamistes : C’est la thèse retenue par tous les médias dominants, à l’exception de quelques uns en Espagne comme El Mundo. En français, le principal livre disponible au sujet de l’attentat La Manipulation : Madrid, 11 mars reprend ce point de vue [2]. Notons que son auteur, Jean Chalvidant, est membre du comité éditorial de la revue néo-conservatrice Le Meilleur des mondes [3], explicitement créée en lien avec la Foundation for the Defense of Democracies [4]pour servir de porte-voix aux néo-conservateurs en France et contrer l’influence du Réseau Voltaire et de ses amis [5]. Malgré toutes les incohérences qu’on a exposées dans l’article précédent, cette thèse a été entérinée par la Justice. Il faut souligner qu’il existe un décalage sur deux points importants entre les conclusions de la Justice et l’idée généralement admise dans l’opinion publique. Premièrement le commando n’a pas de lien avec Al Qaeda [6]. Et deuxièmement l’attentat n’a pas été commis en représailles à la participation de l’Espagne à l’invasion de l’Irak, puisque les préparatifs lui sont antérieurs.

– 2. ETA : Après 30 ans de terrorisme et plusieurs centaines de victimes, l’organisation indépendantiste basque était donnée moribonde suite à des années de coups de filets policiers. Elle est cependant apparue comme le coupable habituel et était condamnée en « une » des quotidiens et des journaux télévisés, avant que les éléments pointant vers un attentat islamiste ne prennent le pas sur cette piste. L’arrivée au pouvoir de José Luis Zapatero, plus favorable à l’autonomie des provinces espagnoles, aurait pu être l’objectif de l’attentat.

– 3. Les services secrets marocains : La majorité des inculpés ont la nationalité marocaine. Or les relations hispano-marocaines ont connu plusieurs épisodes d’extrême tension, le dernier en date étant la dispute de la souveraineté de l’îlot Persil en 2002, qui a impliqué les troupes des deux côtés. La chute d’Aznar au profit de Zapatero, jugé plus conciliant et opportunément brouillé avec les États-Unis, aurait bénéficié au Maroc.

– 4. Un secteur des services secrets espagnols proche des socialistes : La première conséquence spectaculaire de l’attentat a été l’accession au pouvoir de Zapatero, alors que les sondages le donnaient largement battu. La suspicion qui a entouré la manière dont était menée l’enquête pousse certains journalistes à penser que le plus haut personnage de l’État est derrière ce crime (bien qu’il n’ait pris ses fonctions que 5 semaines après l’attentat). C’est vers cette thèse hautement subversive que penche à demi-mot Luis del Pino, qui est l’une des références de l’investigation journalistique sur cet attentat, avec le journaliste d’El Mundo Fernando Mugica [7].

– 5. Des services secrets opposés à la « coalition des volontaires » intervenue en Irak : La seconde conséquence spectaculaire des attentats est le retrait des troupes espagnoles d’Irak, promesse de Zapatero lors d’une élection qu’il ne s’attendait vraisemblablement pas à gagner. Or ce retrait apparaît comme un revers pour la « coalition des volontaires », même si on verra qu’il est plus symbolique qu’effectif. Certains investigateurs suspectent donc les puissances opposées à cette coalition sous hégémonie états-unienne, comme la « vieille Europe » franco-allemande, la Russie ou la Chine [8].

– 6. Des services secrets partisans de la « guerre au terrorisme » : Ils auraient bénéficié du soutien d’un secteur de l’appareil d’État espagnol, au moins au moment d’orienter l’enquête dans une autre direction. C’est sur cette thèse, également défendue par le journaliste Bruno Cardeñosa [9], que nous allons nous centrer dans la suite de cet article, en commençant par exposer les indices qui relient l’attentat aux États-Unis, dont le gouvernement était le principal promoteur de la doctrine de « guerre au terrorisme ».
Les faits : l’implication d’un service secret militaire

Le sac de Vallecas et les empreintes dans la Kangoo : des pièces à conviction, falsifiées par des éléments de l’appareil d’État, qui suggèrent un lien outre-Atlantique

Un premier lien entre l’attentat et les États-Unis apparaît fin mars 2004 avec une mystérieuse photo de la bombe du sac de Vallecas. C’est le seul cliché connu à ce jour de la pièce centrale de l’enquête, objet de tant de controverse. Dans la nuit du 11 au 12 mars 2004 un agent de la police scientifique s’était rendu sur les lieux où les démineurs désactivaient la bombe de Vallecas, afin d’en réaliser un reportage photographique conformément à la procédure. La bombe n’étant pas encore neutralisée, il resta à distance, confia son appareil à un démineur et aperçut plusieurs flashs. Une fois l’engin désactivé il tenta de s’en approcher avec son appareil mais à son grand étonnement les démineurs lui en barrèrent l’accès. Puis un haut fonctionnaire de la police lui demanda de leur remettre la pellicule, dont on n’a depuis plus aucune trace [10].

En ce mois de mars 2004 aucune photo de la bombe de Vallecas n’était donc parue. Ce flou était renforcé par les explications contradictoires avancées par les médias sur la non explosion de la bombe. On a dit que les terroristes avaient oublié d’activer la carte SIM, puis qu’ils s’étaient trompés en programmant l’explosion à 7 heures 30 du soir et non du matin, ou encore que la puissance électrique fournie par le téléphone était insuffisante pour la déclencher, versions toutes démenties par la suite. L’explication la plus rocambolesque était celle qui était alors avancée pour l’arrestation de Jamal Zougam, le seul poseur de bombe supposé qui ait été incarcéré. La coque du téléphone aurait été ébréchée et la petite pièce de plastique manquante aurait été retrouvée chez lui. Concernant la composition de la bombe, la majorité des médias parlait alors d’un modèle Triumph de Motorola et non d’un Trium de Mitsubishi [11], que retiendra finalement la version officielle.

Le 30 mars la chaîne de télévision états-unienne ABC News diffusa la seule photo de la bombe connue à ce jour, reprise par tous les médias espagnols sans remise en question. Elle venait combler le vide causé par la disparition de la pellicule de la police scientifique, et redonna de la crédibilité à cette preuve gagnée par le flou. Mais le cliché pose de nouvelles questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponses. Qui a pris cette photo ? Dans quelles circonstances ? Et pourquoi est-elle apparue aux États-Unis, loin des médias espagnols qui suivaient l’affaire étroitement ? Intrigué, Luis del Pino interrogea les correspondants d’ABC en Espagne, à qui on attribuait le cliché, mais ils nièrent en être les auteurs et ignoraient comment la direction américaine de la chaîne se l’était procuré [12].

Le 6 mai 2004 les regards se tournent à nouveau vers les États-Unis quand Newsweek révèle qu’un avocat états-unien, Brandon Mayfield, a été arrêté dans l’État d’Oregon quelques jours plus tôt. Ses empreintes digitales ont été trouvées sur l’emballage des détonateurs découverts dans la Kangoo que les terroristes sont censés avoir utilisé. Tout au long du mois de mai, et face aux doutes affichés par le New York Times, l’hebdomadaire mentionnera des sources policières assurant de la fiabilité de la preuve. Ainsi le 17 mai, « Un haut responsable du contre-terrorisme US à dit à Newsweek que l’identification de l’empreinte est irréfutable » [13]. Le FBI avait identifié l’empreinte peu après l’attentat et avait alors mis Mayfield sous surveillance. C’est la crainte de fuites dans la presse qui aurait forcé à procéder à une arrestation discrète. Mais coup de théâtre le 20 mai, la police espagnole annonce qu’elle a de son côté identifié l’empreinte comme celle d’Ouhnane Daoud, un Algérien résidant en Espagne. Les autorités US prennent acte et le jour même Mayfield est relâché, avec, fait rare, les excuses publiques du FBI, puis une indemnisation. Quant à Daoud, il est toujours en fuite à ce jour, ce qui empêche d’évaluer la fiabilité de son identification.

Force est de remarquer l’opportunité de l’identification de Daoud, passé inaperçu pendant les 2 mois suivant l’attentat, mais qui est identifié dans les semaines suivant l’arrestation de Mayfield. Le profil de ce dernier éveille également la suspicion. Avocat discret et sans grande activité, converti à l’islam, il avait défendu dans une affaire de droit familial un États-unien accusé par la suite de terrorisme. Mais c’est son lien avec l’armée US qui attire le plus l’attention : Mayfield est officier de réserve après avoir passé 8 ans sous les drapeaux dont une année dans une unité de renseignement [14].

Les deux indices qu’on a évoqués portent sur les deux principales preuves matérielles du dossier : le sac de Vallecas et la Kangoo. Avant de poursuivre notre investigation, ouvrons une parenthèse pour apporter quelques éléments de réflexion à ce qui peut apparaître comme une contradiction. Nous avons vu à quel point les pièces de l’enquête sont bancales : sac de Vallecas, Kangoo, mais aussi témoignages, données téléphoniques, etc. L’observateur est forcément étonné du fait que des protagonistes —quel qu’ils soient— puissent faire preuve d’un tel amateurisme au moment de fabriquer de fausses pistes. Plusieurs investigateurs, dont Luis del Pino [15], ont proposé l’explication suivante à ce paradoxe : le sac de Vallecas et autres preuves auraient été fabriquées précipitamment car « on » avait prévu que l’enquête se base sur les deux bombes non explosées qui ont été trouvées dans les trains ce matin-là. « On » aurait délibérément monté ces deux bombes de manière défectueuse, et « on » leur aurait fait porter des indices soigneusement choisis. Ceux-ci devaient permettre à la police de bâtir une enquête d’apparence solide. Mais de manière inattendue les deux engins ont explosé au cours de la procédure de désactivation des démineurs, détruisant les indices qu’« on » y aurait mis. Pour parer à cet imprévu « on » aurait du improviser les pièces que nous connaissons, d’où leur imperfection. Le sac de Vallecas apparaît ainsi dans un commissariat à l’intérieur d’un lot d’effets personnels pourtant préalablement fouillés, et qui aurait dû se trouver à la morgue comme tout les autres lots. Dans le même temps des éléments accusant les islamistes apparaissent dans la Kangoo une fois qu’elle a été transportée au commissariat, alors que les fouilles sur place n’y avaient rien détecté.

Cette hypothèse des deux « bombes-leurres » est confirmée par les témoignages au procès des démineurs qui ont neutralisé l’une d’elles. Ils ont découvert l’engin sur le quai et non dans le train. Et même si un policier municipal a témoigné avoir trouvé ce sac dans un wagon et l’avoir transporté à cet endroit, il est improbable qu’elle ait été laissée sans surveillance et que les démineurs l’aient « redécouverte » là. Surtout, l’aspect intact du sac contenant la bombe les a fait douter qu’il puisse provenir du train, car tous les objets qui sortaient des wagons portaient des traces dues aux chocs, à la fumée, etc. [16] Ces éléments suggèrent que ce sac a été placé sur le quai peu après les explosions, et non qu’il se trouvait dans le train comme les autres bombes. L’apparente contradiction entre le caractère bancal des pièces de l’enquête et l’implication d’un service secret trouve, avec cette hypothèse, une explication possible.

L’activation et la nature des explosifs : amateurisme ou matériel militaire ?

Poursuivons notre analyse, ajoutons deux éléments qui confirment que l’attentat a été l’œuvre d’une organisation de type militaire et non d’une bande de délinquants. Premièrement les 10 bombes ont vraisemblablement été activées à distance par des systèmes de radiocommande, et n’ont pas été programmées à l’avance avec la fonction réveil de téléphones portables comme le soutient la version officielle. En effet 3 trains ont explosé alors qu’ils étaient à l’arrêt dans les stations d’Atocha, El Pozo et Santa Eugenia, le quatrième explosant en dehors d’Atocha où il attendait le départ du premier train. À moins d’y voir une extraordinaire coïncidence, on peut en conclure que les terroristes voulaient que les bombes sautent dans les gares. Or ce résultat est extrêmement difficile à obtenir en programmant à l’avance l’heure d’activation. D’abord parce que les téléphones portables supposément utilisés ne permettent pas un réglage fin de l’horloge et du réveil : on peut régler les minutes mais pas les secondes. Et ensuite parce que les trains de banlieue ne sont pas rigoureusement ponctuels. En l’occurrence certains trains étaient en retard ce jour-là, celui d’El Pozo avait par exemple « une paire de minutes de retard » selon la déposition de son conducteur [17]. Les explosions n’ont donc pas été programmées à l’avance mais déclenchées « en direct ». Les moyens de radio transmission que cela implique suggèrent une opération sophistiquée, hors de portée de la bande de petits délinquants désignée par la version officielle. Ceci étant, pourquoi voulait-on que les trains explosent dans les stations ? La raison pourrait être qu’ils soient plus facilement et discrètement accessibles, ce qui corroborerait l’hypothèse des deux « bombes-leurres » introduites après les explosions.

Deuxièmement tout porte à croire que les bombes étaient chargées d’explosifs militaires, « qui coupent », et non de dynamite minière, « qui mord », comme on l’a montré dans l’article précédent. Dans l’explication qu’il a donnée au juge d’instruction, le chef des démineurs de Madrid évoque même l’explosif militaire C4 [18]. On rappellera au passage que c’est ce type d’explosif que la police allemande avait intercepté sur des agents états-uniens qui tentaient de l’introduire discrètement au sommet du G8 de juin 2007 [19].

La matrice de l’opération est donc bien militaire, comme le confirma Salvador Ortega, pionnier de la police scientifique en Espagne, interviewé par Bruno Cardeñosa quelques jours après l’attentat. Interrogé sur les aspects non élucidées par l’enquête en cours, il répondit qu’il manquait « certains auteurs matériels et la tête pensante. Parce que derrière ces faits, des éléments très sophistiqués ont participé, qui étaient sans doute sous la direction de quelqu’un des services de renseignement et militaire. Parce qu’en plus ça a été une opération très coûteuse » [20].

CMX 2004 : simulation ou couverture de l’OTAN ?

Ayant démontré que des éléments non-identifiés de l’appareil d’État ont falsifié des pièces à conviction pour orienter l’enquête sur une fausse piste et couvrir une opération de type militaire, il est légitime d’envisager que les attentats de Madrid aient pu être commis par un service secret militaire.

D’après l’ancien officier de renseignement de l’US Army Eric H. May [21], « la façon la plus simple de faire un attentat sous faux drapeau est d’organiser un exercice militaire simulant exactement l’attentat que l’on veut commettre » [22]. Or, comme lors des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et ceux du 7 juillet 2005 à Londres, les attentats de Madrid ont coïncidé avec une simulation d’attaque terroriste [23]. Du 4 au 10 mars 2004, l’OTAN réalisait son exercice de gestion de crise annuel, intitulé CMX 2004 [24], et au matin du 11 mars de vraies bombes explosaient à Madrid.

Le scénario mis au point cette année-là par l’Alliance atlantique était justement une vaste attaque terroriste d’Al Qaeda à travers les pays occidentaux. En Espagne, la présidence du gouvernement, le ministère de la Défense et le CNI (les services secrets) ont pris part à l’exercice. On ne sait cependant pas s’il incluait des manœuvres dans la capitale espagnole car les données qui s’y rapportent sont confidentielles. Dans une des rares évocations de cette simulation dans la presse, El Mundo écrit : « La similitude du scénario élaboré par l’OTAN avec les évènements survenus à Madrid fait froid dans le dos, et elle a impressionné les diplomates, militaires et services de renseignements qui ont participé à l’exercice à peine quelques heures plus tôt » [25]. Les détails de CMX 2004 étant classés, on ne sait malheureusement pas où s’arrête cette similitude.

Le départ précipité d’une importante équipe de la CIA

Une autre coïncidence troublante est l’escale en Espagne d’un des avions clandestins de la CIA. Ces avions ont depuis été rendus célèbres suite au scandale des enlèvements et des prisons secrètes en Europe, utilisés dans le cadre du programme état-unien des « restitutions extraordinaires » [26]. Le Boeing 737 immatriculé N313P atterrit le 9 mars 2004 à l’aéroport de Palma, sur l’île espagnole de Majorque, et en repart le 12 mars, lendemain de l’attentat [27]. Cet appareil est le plus gros utilisé pour ces vols secrets, et le principal avion cité dans le rapport du Conseil de l’Europe de 2006. Palma y est pour sa part décrite comme une « plate-forme charnière de la CIA dans le programme des restitutions » [28]

Primés pour leur enquête sur ces vols de la CIA, des journalistes du quotidien local El Diario de Mallorca furent reçus sur les ondes de la Cadena SER, la radio la plus écoutée d’Espagne. En guise de conclusion à l’interview ils lancèrent : « Le 11 mars 2004 le Boeing 737 de la CIA était à Palma. Le lendemain il est partit précipitamment parce qu’il a modifié son horaire de décollage. Il avait annoncé se rendre en Suède mais il est allé à Bagdad » [29]. À quoi était dû ce décollage précipité, seulement quelques heures après l’épisode de la découverte du fameux sac de Vallecas ? Outre cette hâte, c’est la présence même de l’avion en territoire espagnol au moment de l’attentat qui attire l’attention. Selon la commission du Parlement Européen sur les vols de la CIA, 125 vols secrets de l’agence états-unienne se sont posés sur un aéroport espagnol de 2001 à 2005 [30] (soit une période d’environ 1500 jours). Ces escales étant généralement d’un ou deux jours [31], la simultanéité des deux évènements constitue une coïncidence qui mérite d’être notée.
L’OTAN, un suspect aux lourds antécédents

Dans un pays qui, depuis son retour à la démocratie, a connu plusieurs tentatives de coups d’État militaires, il n’est pas envisageable que les forces nostalgiques du franquisme aient pu mener à bien une opération comme les attentats de Madrid sans être immédiatement démasquées. Il est par contre possible qu’un service secret militaire étranger ait pu ourdir cette opération, et au besoin recruter du personnel dans cette mouvance espagnole toujours sensible au mythe de la Reconquête.

Un rappel historique est ici indispensable. Comme dans toute l’Europe Occidentale, une structure secrète chapeautée par l’OTAN est implantée en Espagne depuis l’après-guerre [32], alors même qu’en raison de son régime politique, cet État n’a rejoint l’Alliance atlantique qu’en 1982. Dans un ouvrage de référence, Les Armées secrètes de l’OTAN [33], l’historien suisse Daniele Ganser décrit ces réseaux, qualifiés de stay-behind (c’est à dire pouvant être activés en arrière de la ligne de front lors d’une occupation ennemie) et connus sous le nom générique de l’unité italienne Gladio (le Glaive). Il établit notamment comment ils ont commis des attentats terroristes sous faux drapeaux dans le cadre de la « stratégie de la tension ». L’objectif était de justifier un renforcement de l’appareil sécuritaire et d’empêcher l’accession par la voie démocratique des communistes au pouvoir en suscitant la peur des « rouges ». L’Espagne jouait « un rôle crucial dans le recrutement des agents du Gladio », et leur servait également de refuge. Elle abrita par exemple Stefano Delle Chiaie, « le plus connu des terroristes membres des armées secrètes qui combattirent le communisme en Europe et dans le monde pendant la Guerre froide », à son actif « un bon millier d’opération sanglantes, dont environ 50 assassinats ». Le réseau agissait « contre les militants communistes et anarchistes, notamment parmi les mineurs des Asturies et les nationalistes catalans et basques » (on retrouve ici le milieu des mines Asturiennes auquel appartient Emilio Trashorras, le principal témoin à charge contre El Chino et sa bande, et par ailleurs indicateur de la police). L’homme de confiance de Franco, l’amiral Carrero Blanco, grand architecte des services secrets, était « son officier de liaison avec la CIA », et l’appareil de renseignement « l’un des meilleurs alliés de la CIA en Europe » [34].

Bien qu’ils aient été conçus pour encadrer la Résistance lors d’une invasion soviétique, rien ne permet de penser que les réseaux stay-behind ont été démantelés depuis l’effondrement du bloc de l’Est. Le commandement US en Europe (EuCom) et l’OTAN maintiennent par ailleurs en Espagne la base navale et de renseignement de Rota et la base aérienne de Moron. Enfin, le commandement Sud de l’OTAN était en train d’installer le quartier général de ses troupes terrestres à Madrid au moment des attentats [35].

Il est à noter que les services secrets de la Navy et de l’Air Force, respectivement le NCIS et l’OSI, ont joui pendant la période qui nous intéresse d’une étonnante liberté d’action en territoire espagnol. En avril 2002 José Maria Aznar et George W. Bush réformaient la convention bilatérale de défense entre leurs deux pays. Cet accord légalisa pour la première fois la présence en Espagne de ces deux services secrets états-uniens, dotés également de prérogatives policières. La rédaction délibérément confuse du texte leur donna une grande marge de manœuvre : « les autorités compétentes des deux pays devront établir les normes régulatrices sur les agissements en Espagne du NCIS et de l’OSI ». En février 2006 « l’affaire Pimienta » mit en évidence l’absence de normes régulatrices. Le NCIS avait enlevé en territoire espagnol Federico Pimienta, déserteur des Marines, sans le moindre contrôle de la part des autorités policières ou judiciaires espagnoles. C’est seulement suite à la polémique engendrée par ce viol flagrant de la souveraineté espagnole que seront rédigées des normes telles que « l’accréditation préalable des membres du NCIS et de l’OSI par les autorités espagnoles » et « la communication préalable aux autorités espagnoles de toute opération » [36].
La recherche du mobile

Dans la cas où l’Alliance atlantique serait impliquée dans des attentats comme ceux de Madrid, la décision stratégique de recourir à l’action secrète aurait dû être avalisée par le Comité de coordination des Alliés dans un but précis. La conception tactique de chaque opération, y compris celle de Madrid, aurait pu être prise par les seuls États-Unis et Royaume-Uni, sans en référer aux Alliés.

JPEG – 19.4 ko
Le général James L. Jones était le suprême commandeur de l’OTAN en 2004. Il est aujourd’hui conseiller de Sécurité nationale du président des États-Unis.
©OTAN

En d’autres termes, si les responsables des services secrets alliés avaient donné leur accord pour une mise en scène de la « guerre au terrorisme », le général James Jones (SACEUR) [37], l’ambassadeur Nicholas Burns (USA) [38] et l’ambassadeur Peter Ricketts (UK) [39] auraient pu décider à l’insu du gouvernement espagnol de frapper Madrid, éventuellement en requérant des éléments de l’appareil d’État espagnol pour réaliser l’opération.

La décision de recourir au terrorisme aurait dû être liée à la stratégie générale de l’Alliance et non pas à des intérêts politiciens, même si des intérêts politiciens immédiats auraient pu fausser l’évaluation de la pertinence d’une opération particulière. De ce point de vue, c’est une erreur que d’interpréter une implication des services secrets atlantiques en fonction des élections législatives espagnoles ou de l’élection présidentielle états-unienne. L’arbre cache la forêt.

L’Alliance s’interdit d’intervenir dans la vie politique des États membres dès lors que les compétiteurs sont tous atlantistes (Parti populaire et socialiste espagnols, Parti républicain et démocrate états-uniens). Sa vision est beaucoup plus large. De plus, il est erroné de considérer comme négatifs pour l’Alliance la perte du pouvoir en Espagne par le Parti populaire (dont Aznar n’avait pas souhaité briguer une nouvelle candidature) et le retrait des troupes espagnoles d’Irak. En effet, le gouvernement socialiste est un partenaire privilégié pour les travaillistes au pouvoir au Royaume-Uni. Une semaine après son élection, Zapatero déclarait que sa « priorité absolue était la lutte contre le terrorisme ». D’autre part le contingent espagnol en Irak n’était que le neuvième en terme d’effectif : 1 300 hommes, soit moins d’1 %de l’ensemble des troupes. En outre, son retrait a été compensé par un engagement accru en Afghanistan.

De nombreux auteurs espagnols se sont interrogés sur les raisons qui ont poussé les terroristes, quels qu’ils soient, à agir lors des élections législatives. Ils ont mit en évidence comment les réactions des protagonistes locaux ont été guidées par leurs intérêts propres. Cependant, cela ne nous renseigne pas sur l’intention des terroristes. Dans le cas où l’opération aurait été commanditée par l’OTAN, le contexte électoral permettait de renforcer la théorie du « clash des civilisations » : des musulmans sans lien avec Al-Qaeda veulent détruire la démocratie et les institutions occidentales. C’est précisément cette version qui a été retenue par la Justice espagnole à propos des attentats de Madrid comme par la Justice britannique à propos des attentats de Londres [40].

Si la décision de mettre en scène un terrorisme islamique a été prise par le Comité de coordination des Alliés, elle aurait pu être mise en œuvre les 15 et 20 novembre 2003 à Istanbul, le 11 mars 2004 à Madrid et le 7 juillet 2005 à Londres [41]. Pour être valide, notre hypothèse devrait pouvoir rendre compte de l’ensemble de ces crimes.

Les objectifs de l’OTAN dans cette période, étaient-ils susceptibles de motiver une telle intervention ?

En 2004, l’Alliance atlantique est en pleine réorganisation. D’un côté, elle semble en expansion : elle s’apprête à accueillir de nouveaux membres ; elle est engagée à stabiliser le Kosovo ; elle assure la sécurité de navigation en Méditerranée et au large de la Corne de l’Afrique ; elle s’est déployée en Afghanistan et commence à le faire en Irak ; elle met sur pied une Force d’intervention rapide, capable de défendre ses intérêts n’importe où dans le monde. De l’autre, elle traverse une grave crise : alors qu’en 2001, pour la première fois de son histoire, ses membres ont offert leur assistance à un des leurs victime, selon eux, d’une agression étrangère, elle s’est déchirée sur le même thème en 2003. La France et la Belgique ont nié que l’Irak représentait une menace terroriste pour les États-Unis, tandis que la Turquie a interdit aux États-Unis d’utiliser son espace aérien et les bases OTAN de Turquie pour attaquer l’Irak.

En pleine croissance l’Alliance est menacée d’éclatement. Ses membres désunis s’engagent « à la carte » en Irak. Le seul moyen de souder les rangs est d’initier de nouvelles actions communes dans la « guerre au terrorisme ».

Le renforcement du contre-terrorisme chez les Alliés

JPEG – 16.1 ko
Pour le quotidien français {Le Monde}, les attentats de Madrid démontrent qu’Al-Qaeda menace l’Europe. Le journal décline son mot d’ordre du 11 septembre 2001 sous le titre « Nous sommes tous des Madrilènes » (édition du 13 mars 2005).

En premier lieu, l’Alliance durcit son contrôle des populations en étendant en Europe les dispositions de l’USA Patriot Act. Le sociologue Jean-Claude Paye décrit de la manière suivante la réaction de l’Union européenne au 11-Mars, dans le chapitre d’introduction de son ouvrage La Fin de l’Etat de droit :

« À l’occasion des attentats du 11 mars 2004 en Espagne, on a vu apparaître sur nos écrans de télévision un ensemble de spécialistes du terrorisme construire un amalgame entre Al-Qaeda, I’ETA et divers réfugiés politiques, faisant du “terrorisme” un terme générique devant se substituer à l’ensemble des situations concrètes.
Une des mesures unanimement réclamée, pour conjurer ce péril multiforme, fut la mise en place immédiate du mandat d’arrêt européen. Le mandat d’arrêt européen permet une remise quasi automatique, par un État membre, d’une personne demandée par une autorité judiciaire d’un autre État membre. Par rapport aux procédures d’extradition ce mandat supprime tous les contrôles politiques et judiciaires portant sur le fond et la légalité de la requête, ainsi que les recours possibles contre celle-ci. La demande est ainsi inconditionnellement satisfaite et légitimée par les autres pays, quelle que soit sa légalité ou sa conformité aux principes d’un état de droit. Le mandat devait entrer en vigueur le premier janvier 2004. Adoptée au niveau de l’Union Européenne et déjà intégrée dans la plupart des législations nationales, cette mesure peinait cependant à se mettre en place. Une des premières conséquences des attentats du 11 Mars est la fin des dernières résistances à l’utilisation de cette procédure ainsi que le renforcement des mesures incontrôlables, prises dans le cadre de la coopération judiciaire et policière entre les pays européens. On peut ainsi craindre une accélération du processus de suspension des garanties constitutionnelles, mis en place au lendemain du 11 Septembre.
Les premières mesures envisagées portent sur le renforcement de la coopération policière et judiciaire. Une « capacité de renseignement » aura pour fonction d’analyser les renseignements fournis par les services secrets et les polices des États membres. Il s’agit également d’adopter des législations permettant aux enquêteurs de plusieurs pays de travailler en équipes communes et de ratifier une convention d’entraide judiciaire en matière pénale. Il est également prévu de favoriser les échanges de données : empreintes digitales et relevés biométriques. Le Conseil des chefs d’État et de gouvernement veut également aboutir avant 2005 à la mise en place de passeports et de cartes d’identité contenant des données telles que la photographie de l’iris de l’œil et les empreintes digitales. Les transporteurs aériens seraient également dans l’obligation de communiquer aux autorités douanières et policières européennes un ensemble d’informations sur leurs passagers. Cette mesure était déjà en cours, au bénéfice des autorités américaines pour les vols transatlantiques.
Ces différentes mesures, tels les passeports ou cartes d’identité avec puce électronique contenant des données biométriques, sont en discussion depuis longtemps. Les attentats sont simplement une occasion de surmonter les résistances à de telles mesures liberticides. Si l’on se réfère aux attentats de Madrid, l’efficacité de ces dispositions est largement aléatoire, puisque les personnes arrêtées étaient installées en Espagne depuis longtemps et ne traversaient pas les frontières. Elles ne pouvaient être repérées par de tels moyens. Par contre, ces dispositions sont parfaitement adéquates à une gestion policière des populations. L’organisation Statewatch a montré que, sur les 57 mesures prévues par le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement des 25 et 26 mars 2004, 27 propositions n’ont rien ou très peu à voir avec le terrorisme. Elles ont pour objet d’assurer la surveillance, non de groupes déterminés, mais de l’ensemble des populations à travers le contrôle des communications » [42].

Jean-Claude Paye montre que ce contrôle des populations se fait au profit d’institutions des États membres de l’Union européenne, mais aussi des États-Unis. « Le développement de la coopération transatlantique dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dévoile le caractère organique du droit pénal dans la formation de la structure impériale. L’Union européenne se place sous l’hégémonie américaine en ce qui concerne l’organisation du contrôle des populations. Quant aux États-Unis, leurs exigences portent plutôt sur la capacité de leurs institutions policières ou judiciaires de contourner les structures formelles des pouvoirs exécutifs et judiciaires européens » [43]

L’extension de la « guerre au terrorisme » en Afrique

Le général Jones, suprême commandeur de l’OTAN et par ailleurs patron des forces états-uniennes en Europe (EuCom), s’attèle à créer un commandement ad hoc des forces états-uniennes pour l’Afrique (AfriCom). Pour justifier ce déploiement qui inquiète les Africains, il ne cesse de dénoncer le péril terroriste sur ce continent. Ce même argumentaire servira à engager l’OTAN en Afrique. On observera que, dans cette perspective, l’étrange décision du Tribunal suprême d’attribuer les attentats de Madrid à des terroristes islamistes sans lien avec Al Qaeda fait l’affaire, puisque ces islamistes sont originaires d’Afrique du Nord.

Lors de sa tournée africaine de juillet 2003, le président Bush prévient : « Nous ne laisserons pas les terroristes menacer les peuples africains, ni utiliser l’Afrique comme base pour menacer le monde » [44]. Les responsables américains multiplient les déclarations assurant de l’implantation d’Al Qaeda dans le désert du Sahel, discours mis en doute par de nombreux observateurs. Début mars 2004 c’est le commandant en chef adjoint des forces armées US en Europe (Eucom, qui supervise alors aussi l’Afrique) qui avertit : des membres d’Al Qaeda tentent de s’établir « dans la partie Nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres » [45].

Les 23 et 24 mars 2004, à l’initiative des États-Unis, une réunion sans précédent des chefs d’états-majors de huit pays nord-africains et du Royaume-Uni a lieu au siège de l’EuCom à Stuttgart. À cette époque tous les regards sont tournés vers l’Afrique du Nord et notamment le Maroc, où le GICM (groupe islamique combattant marocain) est suspecté d’être derrière l’attentat de Madrid. Il est décidé de lancer le TSCTP (trans-saharian counterterrorism partnership), ambitieux plan de formation des armées africaines à la lutte anti-terroriste par les États-Unis [46]. Ces plans d’entraînement permettent à ces derniers de mettre le pied sur le sol africain en encadrant discrètement les armées locales. Le choix de cette stratégie de déploiement répond à un besoin de faire baisser les pertes militaires engendrées par les invasions en Afghanistan et en Irak.

L’attentat de Madrid était arrivé à point nommé pour que Washington et Londres imposent le TSCTP aux huit pays africains. Il avait créé un climat d’incertitude, dû notamment à une rumeur qui annonçait le prochain débarquement de l’armée US dans le Nord de l’Afrique, à l’instar des invasions d’Afghanistan et d’Irak. Cette rumeur, qui s’avèrerait fausse, était entretenue par plusieurs journaux espagnols, algériens et marocains [47]. L’important quotidien espagnol La Razon écrivait par exemple le 21 mars 2004 : « Des unités des forces spéciales états-uniennes et des troupes militarisées de la CIA sont attendues dans les prochains jours dans la région du Sahel (Sahara Nord). Elles participeront à la plus grande opération antiterroriste menée par les États-Unis depuis la guerre d’Irak. On prévoit que les combats durent plusieurs semaines. Les armées des pays de la zone, qui ont déjà accepté d’ouvrir leur espace aérien à l’US Air Force, participeront aux combats sous commandement américain (…) Le début de l’opération militaire, décidé à la suite des attentats de Madrid le 11 mars pourrait coïncider avec (…) le 26 mars prochain » [48]. Cette rumeur de débarquement a des airs de manœuvre d’intoxication visant à forcer la main aux dirigeants africains concernant le TSCTP. L’arrivée de formateurs militaires états-uniens et britanniques pouvait en effet apparaitre à leurs yeux comme un moindre mal, en comparaison d’un débarquement de l’armée US dans leurs pays.

Quoi qu’il en soit, l’OTAN en tant que telle n’a pas souhaité s’impliquer dans le TSCTP. Les États membres n’ont consentis à envoyer des troupes en Afrique qu’à partir de 2005, en appui aux opérations de l’Union africaine au Soudan et en Somalie. L’attentat de Madrid, présenté comme une punition d’Aznar pour son implication dans la guerre d’Irak (ce qui fut démenti longtemps après par la Justice), a permis d’intégrer indirectement le conflit irakien dans la « guerre contre le terrorisme » dans la continuation logique du discours mensonger du secrétaire d’État US Colin Powell au conseil de sécurité des Nations Unies [49]. La vague de grands attentats islamiques en Europe s’est quant à elle interrompue avec l’opération avortée de Barcelone, en janvier 2008 [50].
Conclusion

Au terme de cette analyse, nous pouvons affirmer que la décision du Tribunal suprême répond à des exigences politiques et non à la réalité. Des éléments de l’appareil d’État espagnol sont intervenus pour falsifier des pièces à conviction et orienter l’enquête sur une piste fabriquée, celle des islamistes. Les attentats ont été commis par une organisation militaire disposant de complicités dans l’appareil d’État. L’OTAN, dont le passé terroriste est établi, avait le savoir-faire, les moyens logistiques et le mobile pour réaliser cette opération. Elle devrait être considérée comme le suspect principal si une nouvelle enquête judiciaire devait être entreprise.
Mathieu Miquel
<:ver_imprimer:> <:recommander:recommander:> Facebook Twitter Delicious Seenthis Digg RSS

[1] « 11 mars 2004 à Madrid : était-ce vraiment un attentat islamiste ? », par Mathieu Miquel, Réseau Voltaire, 11 octobre 2009.

[2] La Manipulation : Madrid, 11 mars, par Jean Chalvidant, Cheminements éd., 2004. L’auteur a présenté son argumentaire sur son blog.

[3] Site de la revue Le Meilleur des mondes.

[4] « Les trucages de la Foundation for the Defense of Democracies », Réseau Voltaire, 2 février 2005.

[5] Cf. le premier numéro de la revue.

[6] Verdict en appel du procès de l’attentat, pages 581-582.

[7] Fernando Mugica est le précurseur de la critique de la version officielle dans la presse, auteur d’une quarantaine d’articles intitulés « les trous noirs du 11 mars » publiés par El Mundo. S’il n’a jamais dit clairement quelle piste il privilégiait, il écrivit dans son article du 11 mars 2005 intitulé « Las piedras de Pulgarcito » : « Le travail de terrain effectué pour un ami, écrivain à succès, en vu d’un possible roman, m’a amené à enquêter à la fin de l’automne 2003 sur toutes les données entourant l’attentat du 11 septembre aux États-Unis (…) Je ne vais pas révéler mes conclusions sur le 11 septembre, mais je peux affirmer que sans ce travail préalable, les trous [noirs du 11 mars] n’auraient jamais vu le jour. »

[8] Cette thèse est notamment défendue par Ernesto Mila dans son livre 11-M los perros del infierno (Pyre, 2004), dans lequel il donne également un témoignage de l’intérieur des milieux d’extrême droite sur la stratégie de la tension durant la Guerre froide.

[9] Bruno Cardeñosa a également écrit sur les mystifications du 11 septembre, voir « Le 11 septembre, vu d’Espagne », par Sandro Cruz, Réseau Voltaire, 13 septembre 2004.

[10] Témoignage au procès de cet agent de la police scientifique, témoin protégé 17054, 3 mai 2007.

[11] C’est notamment le cas d’El Pais, dans ses éditions du 13, 14, 19 et 24 mars 2004

[12] « Historia de la mochila numero 13 », par Luis del Pino, El Mundo, 19 mars 2006

[13] « An American Connection », par Michael Isikoff, Newsweek, 17 mai 2004

[14] Ibid. et « Arrest in Bombing Inquiry Was Rushed, Officials Say », par Sarah Kershaw et David Johnston, New York Times, 8 mai 2004

[15] Los enigmas del 11M, par Luis Del Pino, (Libroslibres éd, 2006), chapitre 11 « Atando cabos ».

[16] Témoignage au procès d’un de ces démineurs, témoin protégé 54868, 19 mars 2007

[17] Acte d’inculpation du procès de l’attentat, page 4

[18] Acte d’inculpation du procès de l’attentat, page 53.

[19] « La police allemande déjoue une tentative d’attentat états-unienne contre le G8 », Réseau Voltaire, 11 juin 2007

[20] 11-M Claves de una conspiracion, par Bruno Cardeñosa (Espejo de tinta, 2004), page 123.

[21] Son portrait : « Capitaine Eric H. May », par Alan Miller, Réseau Voltaire, 9 juin 2009

[22] « False Flag Prospects, 2008 – Top Three US Target Cities », par Eric H. May, Globalresearch.ca, 23 fevrier 2008

[23] « Attentats de Londres : le même scénario se déroulait simultanément sous forme d’exercice ! » et « Ces exercices de simulations qui facilitent les attentats », Réseau Voltaire, 13 juillet et 13 septembre 2005.

[24] Communiqué de presse de l’OTAN, 1er mars 2004

[25] « La OTAN simuló un atentado en Europa con 200 muertos », par Carlos Segovia, El Mundo, 14 mars 2004

[26] « La CIA « directement responsable » des « restitutions extraordinaires » de prisonniers en Europe, selon les députés européens », Réseau Voltaire, 14 juin 2006

[27] « La investigación halla en los vuelos de la CIA decenas de ocupantes con estatus diplomático », par Andreu Manresa, El Pais, 15 novembre 2005

[28] Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe, rapport du sénateur Dick Marty au Conseil de l’Europe, Réseau Voltaire, 12 juin 2006. Voir la partie intituéle « La « toile d’araignée » mondiale ».

[29] « El Diario de Mallorca gana el premio Ortega y Gasset de periodismo », Cadena Ser, 12 avril 2006, interview disponible en écoute en ligne

[30] « Un informe de la Eurocámara eleva a 125 los vuelos de la CIA que hicieron escala en España », El Mundo, 15 juin 2006

[31] « La investigación halla en los vuelos de la CIA decenas de ocupantes con estatus diplomático », par Andreu Manresa, El Pais, 15 novembre 2005

[32] « Stay-behind : les réseaux d’ingérence américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 août 2001.

[33] Les Armées secrètes de l’OTAN, par Daniele Ganser (Demi-lune, 2007). Ce livre est publié en feuilleton par le Réseau Voltaire.

[34] Les Armées secrètes de l’OTAN, par Daniele Ganser (Demi-lune, 2007), chapitre 7.

[35] Site officiel du CC-Land-Madrid.

[36] « Defensa rechaza que los servicios secretos de EE UU actúen por su cuenta en suelo español », 16 avril 2006, et « España autorizará a los espías de EE UU a actuar bajo supervisión en territorio nacional », 18 fevrier 2007, par Miguel Gonzalez, El Pais.
On notera que, durant la période 2004-08, les États-Unis ont signé de nombreuses conventions avec leurs alliés afin que leurs services secrets puissent agir à leur guise dans ces États. A titre d’exemple pour la France : « La France autorise l’action des services US sur son territoire », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 8 mars 2004.

[37] Le général Jones, qui a refusé par deux fois de devenir secrétaire d’État adjoint dans l’administration Bush, a été nommé conseiller de sécurité nationale de l’administration Obama.

[38] Aujourd’hui en semi-retraite, l’ambassadeur Burns est au cente d’une polémique : selon des documents rendus publics par le Hamas, il aurait été l’un des principaux organisateurs de l’empoisonnement du président Yasser Arafat.

[39] Peter Ricketts, ancien président du Comité joint du Renseignement, est devenu secrétaire général du Foreign Office.

[40] « Attentats de Londres : le rapport officiel écarte la piste « Al Qaïda » », Réseau Voltaire, 10 avril 2006.

[41] « Londres renoue avec la stratégie de la tension », par Thierry Meyssan ; « Attentats de Londres : Rachid Aswat est un agent britannique », Réseau Voltaire, 13 juillet et 5 septembre 2005

[42] La Fin de l’État de droit, par Jean-Claude Paye (La Dispute, 2004), pages 13 à 15.

[43] Ibid, page 12.

[44] « Activisme militaire de Washington en Afrique », par Pierre Abramovici, Le Monde Diplomatique, juillet 2004

[45] « Enquête sur l’étrange « Ben Laden du Sahara » », par Salima Mellah et Jean-Baptiste Rivoire, Le Monde Diplomatique, février 2005

[46] Présentation du TSCTP sur le site du commandement des forces états-uniennes en Afrique.

[47] Voir notamment les articles « Des soldats US dans le Sahel », par Lounés Guemache dans le quotidien algérien Liberté, 17 mars 2004 ; « EE UU lanza en el Sahara una gran operación antiterrorista tras los atentados del 11-M », par Pedro Canales, La Razon, 21 mars 2004 ; « Les USA se préparent à mener une grande opération contre le terrorisme au sud du Sahara » dans le quotidien marocain Al Ahdath al Maghribiya, 22 mars 2004.

[48] « EE UU lanza en el Sahara una gran operación antiterrorista tras los atentados del 11-M », par Pedro Canales, La Razon, 21 mars 2004

[49] « Discours de M. Powell au Conseil de sécurité de l’ONU », Réseau Voltaire, 11 février 2003.

[50] « Comment la DGSE a déjoué une nouvelle vague d’attentats d’Al-CIA en Europe », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 février 2008.

UN GA resolution 52/53 on Jerusalem (1998)

UNITED NATIONS

General Assembly

Distr. GENERAL

A/RES/52/53

28 January 1998

Fifty-second session

Agenda item 37

 

RESOLUTION ADOPTED BY THE GENERAL ASSEMBLY

[without reference to a Main Committee (A/52/L.54 and Add.1)]

 

52/53. Jerusalem

 

The General Assembly,

Recalling its resolutions 36/120 E of 10 December 1981, 37/123 C of 16 December 1982, 38/180 C of 19 December 1983, 39/146 C of 14 December1984, 40/168 C of 16 December 1985, 41/162 C of 4 December 1986, 42/209 D of 11 December 1987, 43/54 C of 6 December 1988, 44/40 C of 4 December 1989, 45/83 C of 13 December 1990, 46/82 B of 16 December 1991, 47/63 B of 11 December 1992, 48/59 A of 14 December 1993, 49/87 A of 16 December 1994, 50/22 A of 4 December 1995 and 51/27 of 4 December 1996, in which it determined that all legislative and administrative measures and actions taken by Israel, the occupying Power, which have altered or purported to alter the character and status of the Holy City of Jerusalem, in particular the so-called « Basic Law » on Jerusalem and the proclamation of Jerusalem as the capital of Israel, were null and void and must be rescinded forthwith,

Recalling also Security Council resolution 478 (1980) of 20 August 1980, in which the Council, inter alia, decided not to recognize the « Basic Law » and called upon those States which had established diplomatic missions at Jerusalem to withdraw such missions from the Holy City,

Having considered the report of the Secretary-General, 1/

1. Determines that the decision of Israel to impose its laws, jurisdiction and administration on the Holy City of Jerusalem is illegal and therefore null and void and has no validity whatsoever;

2. Deplores the transfer by some States of their diplomatic missions to Jerusalem in violation of Security Council resolution 478 (1980) and their refusal to comply with the provisions of that resolution;

3. Calls once more upon those States to abide by the provisions of the relevant United Nations resolutions, in conformity with the Charter of the United Nations;

4. Requests the Secretary-General to report to the General Assembly

at its fifty-third session on the implementation of the present resolution.

68th plenary meeting

9 December 1997

Note

1/ A/52/467.

La question de Jérusalem et ses aspects juridiques

Journal de Genève, 18.10.96

La question de Jérusalem et ses aspects juridiques

par Elias Davidsson

Le conflit concernant Jérusalem est de nouveau à l’ordre du jour des institutions internationales et des médias. Selon les accords entre le gouvernement israélien et l’autorité palestinienne, des négociations sur le statut permanent de la ville ont commencé. La question de Jérusalem réside au cœur même du conflit historique entre le mouvement sioniste et le peuple palestinien. Jérusalem constitue aussi un enjeu important pour des centaines de millions de chrétiens et de musulmans dans le monde.

Une solution durable de la question de Jérusalem devrait donc tenir compte des intérêts et aspirations de toutes les parties interessées. Les trois approches principales pour résoudre la question de Jérusalem sont les suivantes:

• Une solution négociée directement entre les Israéliens et Palestiniens.

• Le recours à un arbitrage international, tenant compte des aspirations des juifs, musulmans et chrétiens du monde.

• Une solution ratifiée, imposée et garantie par la communauté internationale, qui se baserait sur le droit international et les résolutions de l’ONU.

Solution négociée

Une négotiation bilatérale reflète par sa nature même, les rapports des forces entre les interlocuteurs, leurs options respectives et les moyens qu’ils possèdent pour faire pression sur la partie adverse. Vu la disparité énorme – militaire, économique et politique – entre Israël et ses interlocuteurs palestiniens, de véritables négociations entre ces parties ne peuvent avoir lieu. Israël transforme quotidiennement – par des confiscations de terres, aménagements de colonies sur place, constructions de routes pour les colonies juives, etc. – les termes de référence des négociations futures et peut à tout moment cesser de négocier, sans encourir des sanctions de la part de ses interlocuteurs. Quant aux Palestiniens, ils ne possèdent aucun moyen effectif pour faire pression sur Israël à la table des négociations. Ils se trouvent désormais en situation de quémandeurs qui dépendent en tout du bon-vouloir d’Israël. Cette relation asymétrique à outrance se reflète d’une manière encore plus dramatique sur le terrain. Or un « arrangement » fait sous ces conditions ne peut être équitable, et ne peut donc durer.

Arbitrage international

La deuxième approche a le mérite de considérer à titre égal les aspirations et sentiments des tenants des trois religions monothéistes. Quoique louable, cette approche ne peut qu’être subjective. Quelle instance humaine aurait donc la compétence, l’autorité morale et la sagesse nécéssaire pour soupeser équitablement les sentiments qu’éprouvent les juifs, les chrétiens et les musulmans du monde envers Jérusalem? Et comment transformer cette appréciation en solution juste et durable?

Solution sur la base du droit international

La troisième approche a le mérite de se fonder sur des principes universellement reconnus et admis du droit international, et sur un consensus bien établi de la communauté des Etats qui préconise une solution « juste et durable » du conflit. Cette base est certainement la plus objective et probablement la plus équitable des trois approches.

Étant donné le danger à long terme d’une conflagration globale entre les tenants des grandes religions monothéistes, et dans l’éventualité où le statut de Jérusalem ne se règle guère sur la base du droit et de la justice, il est nécéssaire et urgent que la communauté des Etats prenne ce problème en main, et qu’elle se charge de faire appliquer le droit international et les résolutions de l’ONU sur cette question.

C’est pourquoi l’étude des aspects juridiques de la question de Jérusalem (et plus largement celui de la Palestine), s’impose à tous ceux qui s’intéressent à la résolution de ce conflit.

Statut  juridique actuel de Jérusalem

L’Etat d’Israël contrôle actuellement, physiquement et administrativement, la ville de Jérusalem entière. Durant la guerre de  juin 1967, Israël conquit Jérusalem-Est, dont la vieille ville, et l’annexa trois semaines plus tard. Le 30 juillet 1980, défiant la communauté internationale, Israël proclama une loi déclarant Jérusalem sa « capitale éternelle ». Les gouvernements d’Israël, qu’ils soient de droite ou de gauche, affirment régulièrement qu’il n’est pas question de négocier ce principe. Israël a en outre étendu le territoire sous jurisdiction municipale de Jérusalem à un tiers de la Cisjordanie, éspérant par cette mesure soustraire ces territoires à une souveraineté palestinienne future. En gonflant de façon démesurée le mythe du rôle historique central de Jérusalem pour les juifs du monde, les dirigeants sionistes essayent de dissimuler un de leurs handicaps majeurs: l’absence d’une base juridique qui justifierait un contrôle juif sur Jérusalem. Ce contrôle ne s’appuye actuellement que sur la conquête militaire.

C’est pourquoi les décisions et actions de l’Etat d’Israël concernant le statut de Jérusalem et sa définition territoriale, sont considérées comme nulles et non avenues par la communauté internationale. Le Conseil de sécurité de l’ONU a maintes fois déclarées nulles et non avenues les mesures juridiques, administratives, physiques et démographiques introduites par Israël dans les territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem, et affirmé l’applicabilité des Conventions de Genève de 1949 à ces territoires. Des changements démographiques, tels qu’Israël les a introduits et imposés dans les territoires occupés, y compris Jérusalem, sont définis par les Conventions de Genève comme des crimes de guerre. La politique de l’Etat d’Israël a toujours été de réduire au maximum le nombre de résidents chrétiens et musulmans de Jérusalem en les poussant au départ.

L’occupation de Jérusalem en 1948

Pour comprendre le nature des changements démographiques radicaux effectués à Jérusalem par Israël, il faut remonter à 1948. A cette date, et grâce à une immigration massive de juifs européens vers la Palestine (facilitée par le Mandat Britannique), la population arabe de Jérusalem, très longtemps majoritaire dans la ville, s’est vue réduite à la parité avec les juifs. La majorité de la population arabe de Jérusalem vivait dans les 15 quartiers résidentiels de la partie moderne de la ville et possédait environ 40% des terres, maisons et commerces de cette partie. En 1948 les forces armées sionistes saisirent douze de ces quartiers, vidés de leur population arabe qui, terrorisée, avait fui la ville en apprenant le destin tragique des habitants de Deir Yassine. Israël, défiant les résolutions de l’ONU,a, jusqu’à ce jour, refusé aux réfugiés, éstimés à entre 50.000 et 60.000, de retourner dans leurs maisons. Ces maisons ont été distribuées à des juifs.

Plan d’internationalisation

Le plan de partage, voté par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 29 novembre 1947, prévoyait pour Jérusalem un régime juridique international sous le contrôle de l’ONU. Cette proposition n’a jamais été révoquée. Elle reste à ce jour le seul document reflétant tant bien que mal la vision de la communauté internationale sur la question de Jérusalem. C’est pourquoi cette dernière ne reconnaît pas la souveraineté de l’Etat d’Israël sur Jérusalem. L’Assemblée Générale de l’ONU a d’ailleurs demandé à tous ses membres de ne pas établir leur ambassade à Jérusalem mais à Tel Aviv. Malgré le caractère facultatif de cette demande, la plupart des Etats, y compris les Etats-Unis, lui ont donné suite. Cette prudence semble indiquer que la majorité des membres de l’ONU est bel et bien consciente du danger pour la paix mondiale d’une reconnaissance de l’hégémonie juive sur Jérusalem.

Deux aspects supplémentaires

Du point de vue du droit international propre, deux aspects supplémentaires doivent être évoqués. Le premier concerne la compétence de l’ONU à recommander le partage de la Palestine (plan de partition du 29 novembre 1947). Certains juristes doutent de cette compétence, et  donc de la légitimité du plan de partage de l’ONU et ses propositions relatives à l’internationalisation de Jérusalem.  Selon eux la souverainté en Palestine échoirait au peuple palestinien qui aurait seul la compétence de déterminer le destin politique de son pays, y compris le statut de Jérusalem. Le plan de partage de l’ONU représenterait une atteinte au droit du peuple palestinien à l’autodétermination, en violation des principes de la Charte de l’ONU. Les changements démographiques effectués en Palestine par le mouvement sioniste (représenté par l’Etat d’Israël) pour déraciner les Palestiniens et les empêcher d’exercer leur droit à l’autodétermination, n’annulent d’ailleurs pas ce droit imprescriptible.

Un autre aspect, évoqué plus haut, est l´occupation de la partie moderne de Jérusalem par Israël et son annexion. Le fait qu’Israël ait pu maintainir sa conquête pendant bientôt un demi siècle et remplacer la population arabe par des juifs, ne lui accorde pas pour autant le droit de souverain. Les mesures prises par Israël pour changer la démographie de Jérusalem en 1948, comme en 1967, constituent des violations flagrantes du droit international. Selon les normes du droit, il incomberait à Israël d’évacuer les populations juives établies à Jérusalem depuis 1948 et de permettre aux réfugiés et à leurs descendants d’y retourner. Une telle action se heurterait certainement à l’opposition de la grande majorité des habitants juifs de Jérusalem. Mais ces derniers ont-ils le droit de  jouir de privilèges obtenus par la force des armes, et leur prétention prime-t-elle sur le droit élémentaire des réfugiés à retourner dans leurs maisons? Enfin y-a-t-il une si grande différence du point de vue juridique et humanitaire entre l’évacuation de la population juive des territoires occupés en 1967, dont Jérusalem-Est et la Cisjordanie, et celle des juifs établis dans la partie de Jérusalem occupée en 1948?  Comment déterminerait-on la date, au-delà de laquelle les actions illégales d’Israël deviendraient irréversibles, et les spoliations des victimes irréparables? Ceux qui œuvrent pour la paix et la justice fairaient bien de ne pas esquiver ces questions.

FIN

Communiqué d’Elias Davidson sur le meurtre d’Oussama Ben Laden

Communiqué d’Elias Davidson sur le meurtre d’Oussama Ben Laden .

reçu par email le 2 mai 2011

Traduction GV pour ReOpenNews

D’après les grands médias, Oussama ben Laden a été tué hier, 1er mai 2011. Il a été abattu en même temps que « d’autres membres de sa famille », dont l’identité est toujours inconnue. Le Président des États-Unis d’Amérique s’est attribué le mérite de cet assassinat. [Pourtant], l’assassinat est un acte condamné par toutes les juridictions, et est considéré comme une action criminelle par les lois nationales et internationales. Le Président Obama devrait par conséquent être poursuivi pour avoir ordonné un crime puni par la loi.

1-    Les mass-médias américains « se réjouissent » du meurtre d’Oussama Ben Laden. CNN a rapporté qu’une foule chantait « God Bless America » tout près de Ground Zero, et que des gens « manifestaient leur joie » devant la Maison Blanche. D’autres auraient entonné l’hymne national américain, comme si un meurtre pouvait être un acte patriotique. Célébrer un meurtre est une pratique barbare. Les peuples civilisés ne tolèrent pas les meurtres, et les célèbrent encore moins.

2-    Oussama Ben Laden n’a pas été accusé pour les attentats du 11-Septembre. Les autorités US ne lui ont pas attribué directement les crimes du 11/9. En mars 2002, le président George W. Bush a expliqué lors d’une conférence de presse qu’il ne se préoccupait plus du sort d’Oussama Ben Laden (OBL). Mentait-il, ou bien Ben Laden était-il déjà mort à l’époque, comme l’ont rapporté les médias pakistanais ? Le FBI a reconnu en 2006 n’avoir aucune preuve du lien entre OBL et les événements du 11-Septembre. Cet aveu fut fait après qu’un journaliste eut découvert que le FBI n’avait pas ajouté le 11-Septembre à la fiche de Ben Laden figurant sur son site Internet. Les médias ont délibérément ignoré cette absence de preuve, de façon à maintenir le soutien du public pour la guerre en Afghanistan et la « guerre contre le terrorisme ». Le Président Obama a dévoilé sa propension au mensonge en suggérant qu’Oussama Ben Laden était responsable des crimes du 11/9. Si vous lisez attentivement son discours dans lequel il annonce le meurtre de Ben Laden, vous noterez qu’il ne le lie pas directement au 11-Septembre. Il suggère vaguement ce lien par des moyens rhétoriques, comportement typique d’un maître-escroc.

3-    Même les personnes soupçonnées de crimes ont droit à un procès équitable. À la limite de ce que l’on peut considérer comme une conduite « civilisée », des personnes coupables de crimes horribles peuvent être condamnées à mort une fois jugées coupables au-delà de tout doute raisonnable par une cour impartiale. Ben Laden a été accusé de bien des crimes. Mais aucune cour n’a prouvé sa culpabilité dans aucun de ces crimes. Il n’a pas été accusé d’avoir participé aux attentats du 11/9. On l’a largement soupçonné d’être un islamiste radical, mais agissant en réalité pour les services secrets occidentaux pour discréditer l’Islam. Quels qu’aient été ses propos, ou ceux qu’on lui a prêtés, il n’y avait pas matière à l’assassiner. Et le fait de chasser et d’abattre un fugitif – si c’est bien ce qu’il était – ferait de cet assassinat un crime particulièrement odieux.

4-    L’une des personnes abattues hier est censée être Oussama Ben Laden. Mais rien n’est moins sûr. D’après CNN, un officiel US dont on ne connaît pas le nom a indiqué que Ben Laden avait été « inhumé en pleine mer ». Il a expliqué que cela avait été fait dans le « respect de la tradition islamique. » Comment ceux qui commettent des crimes osent-ils dire qu’ils respectent des traditions religieuses, sans même parler de l’islam ? Les musulmans jettent-ils les corps dans l’océan ? Un autre [officiel] a affirmé que le corps avait été jeté à la mer pour éviter que son tombeau ne devienne un lieu de pèlerinage, comme si Oussama Ben Laden était perçu comme un héros ! La disparition rapide de son corps laisse plutôt penser que les meurtriers étaient inquiets que le public puisse découvrir que le corps avait été mutilé ou bien qu’il n’appartenait pas à Ben Laden.

5-    Le silence entourant l’identité des autres « membres de la famille » qui ont été aussi abattus montre bien le mépris des USA pour la vie humaine. Même si leur mort n’était pas voulue directement, elle est bien réelle. Leur assassinat doit être considéré comme un meurtre pour lequel le Président Obama devrait rendre des comptes à la justice.

6-    Le fait que des dirigeants se félicitent de ce crime lâche devrait inquiéter toute personne douée d’humanité. Lorsque les grands de ce monde expriment leur satisfaction devant un tel assassinat, ils perdent leur droit à rester au pouvoir. Les personnes sensées du monde entier devraient exiger la démission de leurs fonctions publiques de tous ceux qui font l’éloge d’un meurtre.

7-    L’assassinat d’une personne comme ben Laden est évidemment une tentative de raviver le monstrueux mensonge selon lequel des musulmans ont commis le meurtre de masse du 11-Septembre, un mensonge qui grandit au fur et à mesure que le 10e anniversaire des attentats approche. Le gouvernement US a décidé de renforcer cette fable par un acte lâche et par de nouveaux mensonges. Cette tentative doit échouer. Cet épisode diabolique devra être démasqué et la justice devra être faite. Les meurtriers d’Oussama Ben Laden devront être accusés, jugés et condamnés de façon à ce que ce type d’acte ne se répète pas.

Le texte ci-dessus a été rédigé sous le choc lorsque l’auteur a appris la nouvelle de ce meurtre lâche et des conséquences barbares de ce crime. Les personnes qui doutent des affirmations faites plus haut peuvent demander les sources à l’auteur.

Elias Davidson

Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye

Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye

Sur la gauche française et la guerre en Libye



Post-scriptum : Sur la gauche française et la guerre en Libye

par Jean Bricmont

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24156

Divers lecteurs m’ont fait remarquer que la première version de l’interview publiée sur le site d’Investig’Action était trop rapide et procédait à des amalgames en ce qui concerne les positions de la gauche. Voyons donc plus en détail ces positions.

Voir l’interview de Jean Bricmont : La Libye face à l’impérialisme humanitaire

Le député européen Mélenchon, qui est sans doute l’homme politique le plus important à gauche du PS, appuie la guerre et refuse même d’utiliser ce terme, parce que la guerre est autorisée par l’ONU[1]. Si on adopte ce point de vue, il faudrait cesser de parler de « guerre de Corée », ou de « première guerre du Golfe » puisque celles-ci étaient aussi autorisées par l’ONU. Si Mélenchon s’appuie sur la résolution, quelle interprétation en donne-t-il (celle des Russes, de la Ligue Arabe ?) et que répond-il à ceux qui estiment qu’elle est déjà violée par les pays agresseurs ou à ceux, comme le juriste italien Danilo Zolo, qui soulignent que cette résolution viole la Caharte de l’ONU[2] ? De plus, la résolution de l’ONU permet peut-être à la France d’intervenir, mais elle ne l’y oblige nullement. L’intervention reste un choix politique purement français (même si le gros de l’effort de guerre est en fait porté par les Etats-Unis). Mélenchon pense aussi que cela permettra de sauver les révolutions arabes, menacées par la répression de Kadhafi. Se rend-il compte que ce soutien aux révolutions arabes se fait en compagnie de Sarkozy et des émirats qui, soit ne savent pas ce qu’ils font, soit se sont soudain convertis à la révolution ? Mélenchon pense que cette intervention est dans l’intérêt de la France, à savoir « être liée avec le monde maghrébin. Il n’y a pas de futur possible pour la France si elle est opposée au sentiment majoritaire des populations au Maghreb, c’est-à-dire pour la liberté et contre les tyrans. » Bien, mais Mr Mélenchon vit dans un pays où il est illégal de prôner même un boycott pacifique à l’encontre d’Israël. Qui peut croire une seconde que l’attitude actuelle de soutien aux rebelles va être interprétée par les populations du Maghreb comme un soutien à la liberté et non comme, par exemple, une volonté de contrôler un état pétrolier tel que la Libye, ou de reprendre pied militairement et politiquement face aux révoltes arabes et les orienter autant que possible en fonction des intérêts occidentaux. ?[3]

Passons au PCF, qui exprime son « opposition totale » à toute intervention militaire[4]. Notons d’abord que Mélenchon déclare : « J’ai voté la résolution du Parlement européen en accord avec la direction du PCF et de la Gauche unitaire, en accord avec mon collègue eurodéputé communiste Patrick Le Hyaric », ce qui laisse perplexe concernant l’opposition totale du PCF à toute intervention militaire (où est passée la discipline du Parti et, si Mélenchon ment, pourquoi ne le dénonce-t-on pas ?). Certes, la déclaration de Roland Muzeau[5](faite après mon interview) est courageuse et on peut l’approuver. Mais les arguments avancés dans d’autres déclarations laissent perplexes : lorsque le PCF exprime son opposition totale à la guerre, il déclare que « des responsables de l’insurrection populaire ont plusieurs fois exprimé leur refus d’une telle intervention. », ce qui est le plus mauvais argument possible, vu que ces responsables ont changé d’avis et que leur avis dépend évidemment principalement du rapport de force sur le terrain. La question à poser mais qui ne l’est pas, vu « l’urgence », est de savoir si c’est le rôle des troupes françaises d’intervenir partout où on le leur demande (à Gaza, du côté palestinien, par exemple, si la demande était formulée) ? Dans un autre communiqué, le PCF réitère « son plein soutien aux forces qui agissent pour la démocratie en Libye, avec le Conseil National de Transition[6] ». Mettons de côté le fait que personne ne sait vraiment si les rebelles agissent pour la démocratie (au sens où nous l’entendons) et que les documents de Wikileaks jettent un doute sur cette question[7]. Mais il est incohérent d’accorder son « plein soutien » à des forces politiques et de refuser en même temps leur principale exigence, à savoir des bombardements sur les troupes qui leur sont opposées. Les rebelles n’ont évidemment pas besoin de grandes déclarations de solidarité faites à Paris, mais d’armes, d’avions, de bombes etc. Notons au passage que cela vaut également pour les combattants afghans, palestiniens, bahreinis etc. Personne n’a besoin d’une « solidarité » purement verbale et n’impliquant aucune action politique concrète.

Le sommet dans ce genre de déclaration de « solidarité » a sans doute été atteint par « l’Appel du Collectif de solidarité avec le peuple libyen »[8] qui dénonce « la complicité des gouvernements occidentaux » au moment (19 mars) où ceux-ci sont déjà en train de bombarder la Libye, probablement en violation de la lettre de la résolution, exige la « Reconnaissance du Conseil national de transition intérimaire, 
 seul représentant légitime du peuple libyen » ainsi qu’une « justice exemplaire contre les crimes de Kadhafi ». Et comment va-t-on accomplir toutes ces belles choses sans une guerre totale ? L’appel est signé, entre autres, par ATTAC, la LDH, le NPA, le PCF, le PG et le PIR. Difficile après cela de ne pas faire d’amalgame entre les positions de la gauche.

On retrouve évidemment le même genre de raisonnement dans les groupes issus du trotskisme. Le NPA « réaffirme son soutien aux insurgés libyens contre la dictature »[9], tout en s’opposant à l’intervention occidentale, mais sans expliquer ce que signifie son soutien s’il refuse à cette insurrection ce qu’elle souhaite le plus (une intervention armée). La LCR belge parle carrément de « faillite du chavisme »[10],à cause des propositions de solution négociée avancées par l’Alliance bolivarienne (notons au passage que l’opposition à cette guerre ne vient pas seulement de Chavez mais de 42 partis de gauche en Amérique Latine[11]).

Ce genre de discours, que l’on retrouve dans toutes les guerres, est la version adaptée à la crise actuelle du « ni-ni » (ni Otan ni Milosevic, ni Bush ni Saddam, ni Hamas ni Netanyahu)[12]. D’une part, on accepte tous les arguments de la propagande de guerre sur les crimes de l’ennemi, aujourd’hui de Khadafi, mais hier de Milosevic ou de Saddam, sans jamais s’intéresser à des sources d’informations alternatives[13], et on affirme son soutien total à la cause au nom de laquelle la guerre est menée (les Albano-Kosovars, les Kurdes, les femmes afghanes, ou l’opposition libyenne). Ensuite, on refuse l’intervention militaire « impérialiste », qui est justement ce que réclament ceux que l’on « soutient », sans proposer d’alternative autre que verbale. On parle d’armer les rebelles (qui le sont déjà), ce qui est une forme d’ingérence (et que fait-on si cet armement ne suffit pas ?). On lance des paroles en l’air sur les brigades internationales (qui va les organiser ?). Il est évident que ce type d’argumentation « contre » les guerres ne convainc presque personne et ouvre un boulevard aux contre-arguments de la gauche interventionniste ; il y a d’ailleurs fort à parier que la France sera le pays où les manifestations contre la guerre seront les plus faibles (comme c’est systématiquement le cas, sur les questions de guerre et de paix, depuis la crise des missiles dans les années 1980).

Le problème de fond est qu’il n’y a aucune réflexion alternative à la doctrine de l’ingérence humanitaire. Aucune réflexion sur le militarisme et sur ce que serait une politique de paix et de désarmement, aucune réflexion sur le monde multipolaire qui se met en place et sur ce qu’un véritable internationalisme signifierait à l’intérieur de celui-ci, et aucune réflexion sur les effets désastreux des politiques impériales américaines. A chaque crise, on réagit dans l’urgence, « pour sauver les civils », en disant qu’on réfléchira après. Mais comme la réflexion ne vient jamais, on reste éternellement « dans l’urgence », c’est-à-dire à la traîne du discours dominant.

Tout le monde, surtout à gauche, adore se moquer de BHL, mais en réalité la victoire de la révolution (ou de la contre-révolution) dans la pensée française accomplie par les nouveaux philosophes dans les années 70-80 a été totale. A partir de cette époque, la pensée politique a été remplacée par une sorte de religion de la culpabilité. La France et les Français sont éternellement coupables, en mode majeur, du régime de Vichy et des déportations, et en mode mineur, du colonialisme et de la guerre d’Algérie ; les nombreux « ex », communistes, maos etc. sont, eux, « coupables » des crimes de Staline, Mao ou Pol Pot. Ce climat engendre, sur le plan intérieur, une extraordinaire volonté de contrôle de toute pensée ou parole hétérodoxe, qui soi-disant nous ramèneraient « aux heures les plus sombres de notre histoire », pour utiliser la formule consacrée. Ceci empêche toute pensée indépendante du discours dominant, en tout cas sur des sujets comme la souveraineté nationale. Sur le plan extérieur, le discours de la culpabilité implique que la France a l’obligation de « venir au secours des victimes », par analogie, en mode majeur, avec les Juifs victimes des Nazis et, en mode mineur, des républicains espagnols contre Franco. Face à cette pensée quasi-religieuse, aucune réflexion sur le droit, le militarisme ou l’impérialisme n’est possible.

Contrastons finalement la position de la gauche et celle du Front National. Eux, contrairement à Mélenchon, parlent de guerre à la Libye (ce qui revient à appeler un chat un chat), et ils sont presque les seuls à mentionner la souveraineté nationale et le droit international[14]. Leur opposition se fait au nom des intérêts des Français, tels qu’ils les perçoivent (surtout empêcher les flux migratoires). Et bien sûr, en bons « patriotes », ils soutiennent les forces armées une fois qu’elles sont engagées dans le combat. Mais si les choses tournent mal pour la coalition (ce qui est peu probable, mais on ne sait jamais), il y a fort à craindre que c’est ce genre d’opposition, et non celle de la partie de la gauche qui s’oppose mollement à la guerre, qui recueillera la faveur des Français. Dans le temps, le PCF aurait sans doute condamné la guerre au nom des intérêts du « peuple » ou des « travailleurs » français, mais la version actuelle de l’internationalisme (qui revient en pratique à accepter la doctrine de l’ingérence humanitaire) interdit ce genre de langage. Tout se passe comme si le monde médiatique passait avant le monde du travail. Le FN en profite, hélas, pour s’adresser au « peuple » oublié.

Le plus comique, si on peut dire, c’est que la gauche n’a à la bouche que des mots comme antiracisme et multiculturalisme, ce qui l’amène à vénérer les cultures de l’ « Autre » (et souvent, à travers celles-ci, les religions) mais est incapable de comprendre le discours politique des « autres » réellement existants, quand ceux-ci sont Russes, Chinois, Indiens, Latino-américains ou Africains.

[1] http://www.liberation.fr/politiques

[2] http://www.legrandsoir.info/Une-imposture-criminelle.html

[3] Si on en juge par http://www.aloufok.net/spip.php?article3777, le réaction en Tunisie et en Algérie est pour le moins mitigée.

[4] http://www.pcf.fr/8198

[5] http://www.pcf.fr/8426

[6] http://www.pcf.fr/8349

[7] http://213.251.145.96/cable/2008/02/08TRIPOLI120.html ; Voir aussi http://www.telegraph.co.uk/news/wor

[8] http://solidmar.blogspot.com/2011/0

[9] http://www.npa2009.org/content/comm…;;-du-npa-soutien-au-peuple-libyen-contre-la-dictature

[10] http://www.lcr-lagauche.be/cm/index…;;id=1981:lamerique-latine-et-la-revolution-arabe-faillite-du-chavisme&option=com_content&Itemid=53

[11] http://www.ciudadccs.info/?p=155276

[12] Voir http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/BRICMONT/13824 pour une critique de cette idéologie.

[13] Pour un témoignage alternatif concernant la Libye, voir par exemplehttp://www.countercurrents.org/mountain220311.htm. En français, http://www.legrandsoir.info/Bombard….

[14] http://www.frontnational.com/?p=6639


Jean Bricmont est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

Echange entre Giulietto Chiesa et Domenico Losurdo

Cher Losurdo,

Merci beaucoup de votre commentaire sur la guerre. Malheureusement, vous aurez remarqué qu’une tranche non négligeable de ce qui reste de la gauche, s’est rangée en faveur de la guerre. Et le front ex-pacifiste même s’est étiolé en nombre de ruisselets, souvent d’eaux usées, de soutiens divers au droit occidental d’apporter notre démocratie aux peuples arriérés et tribaux. J’ai l’impression qu’il faille commencer à rassembler les idées et les forces, avant que l’Empire mourant ne nous mette tous dans le panier de ce qui est à jeter au feu.

Cordiales salutations

Giulietto Chiesa

Cher Chiesa,

Je me réjouis de notre consonance non seulement sur le caractère colonialiste de la guerre contre la Libye mais aussi sur l’état confusionnel de la gauche. Il n’y pas de doute : « il faut recommencer à rassembler les idées et les forces » ! En attendant de fournir une contribution plus articulée dans cette direction, je me limiterai à deux très rapides observations :

1. Ce qui fut un temps la gauche a oublié jusqu’à la grammaire et à la syntaxe du discours politique. Quand nous sommes appelés à répondre sur une guerre comme celle qui est en cours, il ne s’agit pas de faire une comparaison entre la Libye de Kadhafi et l’Occident d’Obama, Cameron et Sarkozy, mais bien d’analyser la nature de la contradiction qui a conduit à la guerre. C’est ce que nous enseigne l’histoire du colonialisme. Par exemple, quand elle s’engageait dans la conquête de l’Algérie, la France de la monarchie de juillet était probablement une société plus « libérale » et plus « moderne » que le pays arabe. Il n’en demeure pas moins que pour assujettir l’Algérie, un auteur comme Tocqueville (1) lançait un terrible mot d’ordre : « Détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el Kader » (le leader de la résistance)» . C’est-à-dire que, tout en étant plus « libérale » et plus « moderne » que ses victimes, la France exprimait le colonialisme dans toute sa barbarie belliciste et génocidaire.

2. Tout le monde se souvient qu’en Italie (et en Occident) une certaine gauche radicale a lancé en son temps le mot d’ordre du « retour à Marx » (rejetant indirectement Lénine et son analyse de l’impérialisme). Il est désormais plus clair que le présumé « retour à Marx » est en réalité un passage à (Leonida) Bissolati, le socialiste  « réformiste » qui prit position, il y a un siècle, en faveur de la mission civilisatrice de l’Italie en Libye ! Et donc, même sur le plan géographique, claire est la ligne de continuité qui va de Bissolati à… Mais, comme je l’ai dit, il s’agit de deux réflexions à chaud, sur le coup de l’indignation morale et intellectuelle envers la misère de la gauche. Reste le devoir, difficile mais inéluctable, de « rassembler les idées et les forces ». J’espère que notre échange d’idées pourra y servir de stimulus.

Bien cordialement,

Domenico Losurdo

Paru le 5 avril 2011 sur le blog de l’auteur

http://domenicolosurdo.blogspot.com/2011/04/lintervento-di-giulietto-chiesa-sulla.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

(1) A. de Tocqueville (1951), Oeuvres complètes, Gallimard, Paris,  vol. III, 1, p. 229,  cité dans : Losurdo D., Staline. Histoire et critique d’une légende noire. Aden, Bruxelles (2011), p. 455. NdT.

Appel du Collectif contre l’Islamophobie den France

Collectif contre l’Islamophobie en France

 

L’Islamophobie n’est pas une opinion, c’est un délit !

Parce que la haine religieuse, ainsi que les faux débats autour d’une laïcité de combat, sont instrumentalisés par ceux qui redoutent la contestation sociale des laissé(e)s pour compte de l’intégration, Parce que le combat pour la Laïcité est aussi un combat contre l’Intolérance, Parce que nous pensons que la France et les Français(es) de toutes spiritualités méritent mieux qu’une logique de haine, Parce que nous croyons que la République est la République de tous les Français(es),

 

Le Collectif contre l’Islamophobie en France, appelle :

  • Tous les acteurs de la vie publique à condamner de la manière la plus ferme toutes les manifestations d’Islamophobie,
  • Tous les acteurs de la vie associative à faire pression sur nos médias et nos élus pour que cesse la stigmatisation et l’indignation sélective,
  • Le Président de la République à s’engager pour que l’Islamophobie soit inscrite dans la loi comme un délit au même titre que tous les racismes,
  • Le Premier Ministre, qui s’inquiète d’une  » certaine Islamophobie qui se développe incidemment et sournoisement dans notre pays « , à démettre Claude Imbert de ses fonctions au Haut Conseil à l’Intégration.

Le Collectif contre l’Islamophobie en France entend rassembler tous les femmes et hommes de conscience pour :

  • Promouvoir la participation des français(es) de référence musulmane dans le processus démocratique,
  • Dénoncer par le biais de manifestations pacifiques les promoteurs du racisme anti-musulman,
  • Porter les cas avérés d’Islamophobie devant la justice,
  • Créer un cordon sanitaire autour des hommes politiques qui font de l’Islamophobie leur fond de commerce électoral.

 

Avertissement contre l’Islamophobie (2001)

Islamophobie

 par Alain Gresh
Le Monde Diplomatique,  novembre 2001
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/GRESH/15801 

« Le seigneur ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu’à ce qu’elles soient exterminées. Il livrera leurs rois entre tes mains, tu feras disparaître leur nom de sous le ciel, aucun ne tiendra devant toi, jusqu’à ce que tu les aies exterminés. » Cet appel au génocide se dissimule-t-il dans le Coran ? Non, il est extrait de l’Ancien Testament (Deutéronome 7, 23 et 24).

« Le chef de la femme, c’est l’homme (…). Si la femme ne porte pas le voile, qu’elle se fasse tondre. (…) L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l’image de la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme. (…) Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance. » Cette injonction faite aux femmes de porter le voile et de se soumettre à l’homme se trouve-t-elle dans le Coran ? Non, elle a été énoncée par l’apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens.

Ces citations représenteraient-elles la « véridique » cause des croisades ou des mille et une guerres qui ont ensanglanté, au cours des siècles, le monde judéo-chrétien ? Fondent-elles la marginalisation des femmes dans ces mêmes sociétés ? Absurde… Mais alors pourquoi, depuis les attentats du 11 septembre, quelques intellectuels et experts cherchent-ils à nous persuader que le Coran recèle les sources des maux des pays d’islam : plongez-vous dans les sourates révélées à Mahomet il y a quelque quatorze siècles et vous comprendrez enfin cet univers mystérieux…

Ibn Warraq et Guy Hennebelle l’assurent : « L’islam en tant que tel n’est pas une religion modérée : il suffit de lire le Coran, truffé de menaces et d’imprécations en tout genre pour s’en convaincre ! (…) Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi la totalité du milliard de musulmans croupit sous des régimes plus despotiques les uns que les autres ? Pourquoi l’islam ne parvient pas à s’arracher, malgré le pétrole et le reste, au sous-développement  (1) ? » Nos auteurs se sont-ils jamais demandé pourquoi l’Afrique noire non musulmane ne s’arrachait pas au sous-développement ? Pourquoi la Birmanie et les Philippines – non musulmanes – ne s’en sortent pas vraiment mieux que l’Indonésie ou la Malaisie ? Durant des siècles, des empires musulmans – omeyyade, abbasside, ottoman, safavide, moghol – ont été parmi les plus brillants et les plus avancés de leur temps. La « vérité » de leur réussite se résume-t-elle au Coran ?

Oublier l’Histoire

Le concept « islam » doit aussi se manier avec prudence. « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps », faisait remarquer l’intellectuel américano-palestinien Edward W. Said. Et il précisait : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui couvre 1 milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences distinctes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé “islam” (2)… »

Oublier l’histoire et ses méandres, c’est le travers de Jacques Rollet, maître de conférences à l’université de Rouen et théologien catholique :« Depuis Mahomet, l’islam est conquête. Mahomet lui-même a été un combattant militaire, un conquérant ; Jésus n’a jamais combattu les armes à la main. La différence est donc fondamentale. Dès sa genèse, au VIIe siècle, et sur très peu de temps, deux ou trois siècles, l’islam connaît une expansion foudroyante. Ces succès militaires vont confirmer aux musulmans médiévaux que leur religion est dans la vérité. Le djihad va transporter pour longtemps – phénomène amplifié par les croisades – l’idée que l’islam ne peut pas être l’islam s’il ne réussit pas militairement. Rien ne doit donc s’opposer à l’expansion de l’islam. C’est le cœur même du Coran. Dans ce cadre, on comprend assez bien comment l’islamisme est possible (3). »

Nous n’avions pas bien étudié nos livres d’histoire, nous qui pensions naïvement que les croisades avaient été lancées par la papauté, que le colonialisme avait été l’œuvre des « nations civilisées », que les deux guerres mondiales et le génocide des juifs s’étaient déroulés sur notre continent européen pétri de ce pacifisme « chrétien » si éloigné de la violence de l’islam… Et si les plus hautes instances de l’islam ont condamné les attentats du 11 septembre, si d’influents oulémas proches des milieux dits islamistes, comme le cheikh Youssouf Al-Qardawi, l’ont également dénoncé, c’est sans doute pour nous berner, pour dissimuler leurs sombres desseins…

Jacques Rollet tance d’ailleurs ces islamologues qui « minimisent la distance radicale entre l’islam et la démocratie ». Pour lui, Samuel P. Huntington, avec son « choc des civilisations », « met le doigt sur une vision du monde différente entre le christianisme et l’islam. Il y a donc bien un choc frontal entre deux cultures, celle, sécularisée et démocratique, de l’Occident et celle, non démocratique et non sécularisée, du monde musulman. » Enrôlons-nous donc dans une nouvelle croisade…

Alexandre Del Valle fait partie désormais, selon Le Figaro, de cette« ronde magique des experts » invités en boucle à la télévision depuis le 11 septembre. Pour lui, foin de la complexité, le monde s’analyse aisément : « Le principe de “refus du pouvoir infidèle” explique (…) la plupart des conflits qui opposent musulmans et “impies” au Cachemire, au Soudan, en Arménie, en Tchétchénie, et même au Kosovo et en Macédoine, où les populations musulmanes sont devenues majoritaires (4). » Certains oseront rétorquer que les Kosovars, comme les Azéris, sont largement « laïcisés », que leurs revendications sont nationales. Erreur, ils sont « biologiquement » musulmans, et cela suffit… Défenseur des guerres menées par M. Slobodan Milosevic contre les Musulmans, par la Russie contre les Tchétchènes et par le gouvernement israélien contre les Palestiniens, promoteur d’une thèse fumeuse sur l’alliance entre les Etats-Unis et l’islamisme contre l’Europe, Alexandre Del Valle ne cache pas les espérances que lui inspire la crise actuelle : que Washington cesse sa« guerre contre l’Europe et l’orthodoxie (sic !) » (il fait référence aux pays orthodoxes, de la Russie à la Serbie).

Déjà, dans les années 1990, après la chute de l’Union soviétique, quelques politiciens et think tanks américains s’étaient mis en quête d’un nouvel ennemi. « Le fondamentalisme musulman devient rapidement la menace principale à la paix globale et à la sécurité, pouvait-on lire dans The New York Times. (…) Cette menace est semblable à celle du nazisme et du fascisme dans les années 1930, à celle des communistes dans les années 1950 (5). » Le nazisme était relayé par l’Allemagne, principale puissance européenne, le communisme par l’URSS et la Chine. Combien de « divisions » pourrait aligner le « fascisme vert » ? Affaiblis, vivant souvent sous la coupe de régimes peu représentatifs – pour la plupart soutenus par l’Occident -, les musulmans divisés s’apprêtent-ils à déferler, comme jadis les hordes barbares ?

Fourbes machinations

C’est que, dans leurs fourbes machinations contre l’Occident, les musulmans s’appuient sur d’influentes cinquièmes colonnes. Les immigrés bien sûr, mais surtout les « traîtres » à leur propre camp. « Il est difficile de ne pas établir une relation, écrit Alain-Gérard Slama, professeur à Sciences-Po, entre le coup qui vient d’ébranler La Mecque du capitalisme mondial et le durcissement des mouvements antimondialistes, autonomistes, ultrafédéralistes, tous adversaires de l’Etat démocratique libéral. (…) Pour l’instant, les casseurs des Black Blocs d’extrême gauche (…) ne sont que quelques milliers. Il faut être aveugle pour refuser de voir avec quelle vitesse le mal court  (6). » Le terreau commun de ces mouvements, surenchérit Pierre-André Taguieff, est non seulement « le vieil anti-impérialisme de style tiers-mondiste » et l’« antiaméricanisme démonologique, mais aussi [les]critiques radicales de la mondialisation néolibérale ». Sans oublier cette « forte imprégnation judéophobe [qui] marque une partie significative de la gauche et de l’extrême gauche des pays occidentaux ».

Islamisme, antimondialisation, antiaméricanisme, antisémitisme, que d’amalgames, d’accusations infâmes et de confusion. En pleine guerre du Golfe, Bernard Pivot apostrophait le grand islamologue Jacques Berque : « Vous avez trente secondes pour dire aux Français si oui ou non le Coran est une machine de guerre contre eux (7). » Dix ans plus tard, il est temps d’en finir avec les raccourcis.

Lettre ouverte à la LICRA et au CRIF

Lettre ouverte à MM. Patrick Gaubert et Richard Prasquier

par Guillaume Weill-Raynal, 
Oumma.com  23 septembre 2009

Monsieur le Président de la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme, 
Monsieur le Président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France,

Voilà plusieurs années, déjà, qu’un discours bizarre sur le racisme et l’antisémitisme fleurit ici et là, en France, notamment (mais pas seulement) au sein de la communauté juive, et cela m’inquiète. C’est pourquoi je m’adresse à vous.

A la suite de diverses polémiques qu’il serait trop long de détailler ici, un petit groupe de penseurs et d’essayistes a réussi à populariser l’idée selon laquelle l’antiracisme serait devenu le totalitarisme du 21ème siècle. Affirmation grossière et fausse. Mais la séduction du paradoxe est parvenue, semble-t-il, à faire passer cette tarte à la crème pour une grille fine et subtile de déchiffrement du monde.

S’en est suivi une situation curieusement dissymétrique. Comme si l’invocation solennelle des grands principes n’avait eu d’autre but, en rompant l’équité, que de les confisquer au bénéfice exclusif de certains. En fonction de quoi, le moindre écart de langage ou supposé tel est désormais interprété de façon subliminale comme l’expression de l’antisémitisme le plus caractérisé. Et inversement, au nom d’une conception dévoyée de la liberté d’expression, le racisme le plus ordinaire et le plus manifeste est toléré, approuvé, voire glorifié… par ceux-là mêmes qui devraient y être le plus immédiatement sensibles! Oui, je parle de vous, monsieur le président de la LICRA, qui portez la parole d’un mouvement antiraciste; et de vous, monsieur le président du CRIF, qui portez au sein de la société française la voix de la communauté juive.

Vous trouvez, sans doute, que j’exagère. Voulez-vous des exemples concrets ? Il n’y a qu’à se baisser… Rappelez-vous « l’affaire » Siné. Le cas était pendable… Son crime ? Une seule phrase, à propos de Jean Sarkozy – « Il fera du chemin dans la vie, ce petit! » – qui, selon certains, établissait un lien odieux entre les juifs, l’argent et la réussite sociale. Ceux qui se hasardèrent à prendre la défense de l’humoriste tentèrent d’expliquer que cette phrase n’exprimait rien d’autre qu’un trait d’ironie à l’encontre d’un jeune homme dont la précoce réussite en politique avait déjà nourrit le soupçon d’être moins justifiée par ses mérites personnels que par sa situation familiale, et dont il était également permis de douter que la prochaine conversion au judaïsme pour cause de fiançailles avecl’héritière des magasins Darty [1] fût seulement inspirée par une soudaine crise mystique.

Peine perdue! L’humoriste fut viré. Une pétition signée par la fine fleur de l’élite (Alexandre Adler, Pascal Bruckner, BHL, etc.) vint approuver ce renvoi au motif que « la barrière qui sépare l’humour de l’insulte et la caricature de la haine » avait été franchie. La ministre de la culture se fendit d’un communiqué officiel comparant Siné aux caricaturistes de Je suis partout, et la LICRA engagea de manière tonitruante une action en justice. Quel contraste entre ce tintamarre et la très paisible réaction de la même LICRA, ces jours-ci, aux propos de Brice Hortefeux![2] Quel contraste, aussi, avec le silence assourdissant qui entoura, quelques mois plus tard, le jugement de relaxe du même Siné, pourtant motivé de façon cinglante à l’égard des plaignants sur « l’inconsistance du grief antisémite » !

Si les propos de Siné avaient été aussi scandaleux qu’on l’a prétendu, les motifs de ce jugement de relaxe auraient dû l’être tout autant. Mais la LICRA s’abstint de tout commentaire. Pas le moindre communiqué. On pourrait rire d’un pareil non-évènement, dont ne subsiste au bout du compte que le ridicule, si l’autre versant de la dissymétrie que je viens d’évoquer ne s’avérait nettement moins comique. Après la paille, parlons donc de la poutre.

Tenez, parlons, par exemple, de « l’affaire Redeker ». Vous savez, ce professeur de philosophie, auteur d’un article, paru en 2006 dans Le Figaro, qui « critiquait l’Islam »… Démarche qui, soit dit en passant, m’a toujours paru éminemment suspecte. Critiquer les religions ? Soit. Laissons cela aux libres-penseurs militants. Confronter les croyances ?

Cela s’appelle une disputation entre théologiens. Mais qu’un athée, tirant parti de l’archaïsme d’un texte sacré auquel il ne croit pas, mélange allégrement histoire et foi pour mettre en cause une religion en particulier, cela vous a comme un petit air faux-cul, non ? D’ailleurs, le prof de philo ne s’en tenait pas qu’à l’Islam proprement dit, mais aux individus eux-mêmes : « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran », écrivait-il. Soutiendrait-on qu’une phrase telle que « orgueil et sentiment de supériorité habitent le livre dans lequeltout juif est éduqué, la Torah » ne serait pas antisémite ?

Mais le scandale est moins dans le texte de Redeker, qui passa d’abord quasiment inaperçu, que dans les péripéties qui suivirent. Car des mails anonymes adressés au prof de philo lui firent craindre pour sa sécurité et l’obligèrent à se cacher. Suivit une campagne délirante de soutien non pas seulement à l’individu menacé, mais aussi aux idées qu’il avait exprimées ! Il fallait, pour sauver le bébé-soldat Redeker, s’interdire de jeter l’eau sale de son bain. Pire : chacun fut sommé de s’ébrouer dans la fange sous peine de se voir rangé de facto dans le camp des ennemis de la liberté d’expression ! BHL réclama pour le prof de philo « un soutien total, indiscuté, sans bémol », et fit part de la « nausée » que lui inspiraient ceux qui se contentaient de ne le soutenir « que du bout des lèvres »[3]. Finkielkraut appela lui aussi, au « soutien inconditionnel » du philosophe : « il est plus que temps de libérer le oui à Redeker du mais qui l’entrave »[4]. Pour couronner le tout, diverses associations, dont la LICRA, mouvement antiraciste, et le CRIF, représentant quasi-officiel de la communauté juive, organisèrent à Toulouse un grand meeting de soutien à Robert Redeker où celui-ci fut ovationné. Autrement dit, le monde à l’envers.

Lors du procès Siné, votre avocat, monsieur le président de la LICRA, avait benoitement déclaré vouloir faire« bouger les curseurs » de l’antisémitisme afin que, ce que l’humour autorisait hier soit interdit aujourd’hui. Désolé pour vous, mais il faudra attendre encore un peu pour que la justice vous rejoigne sur cette vision un peu raide. Pour ce qui est des musulmans, en revanche, les curseurs ont bien bougé, mais dans l’autre sens. Il est aujourd’hui permis à peu près de tout dire. Et certains, dans la communauté juive, ne s’en privent pas. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, ça me consterne.

Janvier 2008: conférence du polémiste d’extrême droite Guy Millière intitulée « Capitulation devant l’islamisme ». Il évoque une « guerre mondiale » appelée à durer « au moins une génération ». Passant sans sourciller de l’islamisme à la démographie, le conférencier déplore la « capitulation de l’Europe » dont il voit dans le taux de natalité l’un des principaux symptômes : « En l’espace d’une génération, on peut voir le spectre d’une diminution de trente à quarante pour cent de la population. (…) l’Europe est en train de changer de population, et elle est en train aussi de changer de culture (…) on ne se prépare pas des lendemains qui chantent ».

Cette conférence a été prononcée dans les locaux de… la synagogue de la rue Vauquelin à Paris, siège du très vénérable et plus que séculaire Séminaire Israélite de France où ont été formées des générations de rabbins qui ont fait l’honneur du judaïsme français. On peut la visionner sur le site Akadem qui met en ligne diverses conférences, dont certaines d’un excellent niveau. Libre à M. Millière de proférer ses insanités où bon lui semble. Mais pensez-vous, monsieur le président du CRIF, que de tels propos sont compatibles avec l’éthique juive et qu’ils ont vocation à être tenus en public, dans une synagogue ?

Le 1er mai dernier, l’UPJF (Union des Patrons et Professionnels Juifs de France) a mis en ligne sur son site un article intitulé : « Des mosquées à n’en plus finir en France et en Europe ». On y lit que la construction de mosquées, en France est un « scénario catastrophe » car elle serait le fait d’une population qui « avant 2020, atteindra, en France vingt million d’âmes », qui représente « un ordre politico religieux étranger à nos valeurs », et dont « l’exigence »(sic !) de constructions de lieux de cultes n’exprime rien moins que « la volonté affichée de notre éradication culturelle ».

Quelques jours plus tard, L’UPJF a récidivé avec un nouvel article intitulé « Comment l’islamisme m’a rendue islamophobe ». Il y est surtout question d’islam et très peu d’islamisme. « Je suis devenue islamophobe parce que l’islam a envahi mon univers personnel » dit l’auteure dès les premières lignes. « Oui, poursuit-elle, si j’évite les arabes et les musulmans de toutes origines, ce n’est pas a priori, à cause de préjugés, mais en conséquence d’expériences malheureuses avec ces « gens-là », qui sont totalement responsables de mon islamophobie, ce virus qu’ils m’ont eux-mêmes inoculé (…) Les musulmans qui vivent en France sont responsables de l’hostilité grandissante que leur vouent les Français de culture occidentale et judéo-chrétien ».

Ce n’est pas fini. Toujours sur le site de l’UPJF: 11 mai : « L’Europe est complice du Califat qui vient ». 17 mai « La France et le renouveau de l’Islam », dans lequel l’auteur s’inquiète de voir la France devenir une république islamique. Et à nouveau, ce 11 septembre : « Un cheval de Troie moderne : la doctrine islamique de l’immigration ». L’article se gausse de ces occidentaux « qui se félicitent de leur esprit de tolérance et d’ouverture » face aux« exigences (re-sic !) des musulmans  », lesquelles s’inscrivent en réalité dans « un projet insidieux vieux de 1 400 ans, de conquête et de domination ». Car, y lit-on, « l’immigration », est « conçue pour dominer les sociétés non musulmanes et paver la voie à leur totale islamisation ».

En effet « l’établissement de larges communautés musulmanes » présente le caractère d’une « véritable stratégie », destinée à « tromper la vigilance des occidentaux portés à croire que les musulmans qui émigrent, le font essentiellement pour des raisons économiques – pour améliorer leur sort ». Un véritable complot mondial, en quelque sorte. Remplacez dans ce texte le mot « musulmans » par le mot « juifs » et vous avez une copie conforme des Protocoles des Sages de Sion… Mais, sans rire, Pierre-André Taguieff, qui a pourtant consacré à ces Protocoles de nombreux travaux, se fend lui-même d’un article sur le site de l’UPJF pour nous avertir que l’islamophobie est un concept « chimérique », et, en conséquence, l’anti-islamophobie une cause « criminelle ».

L’UPJF, précisons-le, n’a rien d’un groupuscule marginal. C’est une association forte de 1200 membres, créée entres autres personnalités par l’ancienne Secrétaire d’Etat Nicole Guedj, qui intervient régulièrement sur les médias communautaires et qui, le 4 mai dernier, faisait partie, aux côtés de l’ambassadeur d’Israël et du grand rabbin de Paris, de la délégation chargée de rencontrer le ministre israélien des Affaires Etrangères, Avigdor Liebermann lors de sa visite officielle à Paris.

Ces écrits et ces propos se passent, pour moi, de tout commentaire, sinon qu’ils sont à vomir. Mais je m’adresse à vous, Monsieur le président de la LICRA, et à vous Monsieur le président du CRIF, et je vous demande simplement : qu’en pensez-vous ?


[1] Ainsi annoncée par de nombreux journaux, notamment VSD, le JDD, Libération et le site du Nouvel Observateur : c’était donc eux qui « faisaient le lien » et non pas Siné

[2] « Pour la LICRA, l’affaire est close », communiqué du 13 septembre 2009.

[3] Le Point, 5 octobre 2006

[4] Le Figaro, 27 novembre 2006

 

Islamophobie ? « Laissez pisser, dans trois semaines on n’en parlera plus ».

Islamophobie ? « Laissez pisser, dans trois semaines on n’en parlera plus ».

par Guillaume Weill-Raynal
Oumma.com  5 novembre 2010

C’était il y a un an. En septembre 2009, je publiais ici même une Lettre ouverte aux représentants du CRIF et de la LICRA pour m’étonner de l’absence totale de réaction de leur part face à la banalisation de la parole islamophobe sur de nombreux sites et médias de la communauté juive. Banalisation ? Le mot est faible. On pouvait déjà parler, alors, de déferlement. Du « politologue » Guy Millière, tenant conférence dans une synagogue parisienne, appelant à ne pas « capituler » devant le spectre d’un « changement de population et de culture en Europe » qualifié de « guerre mondiale contre l’islamisme » au site de l’Union des Patrons et Professionnels Juifs de France (UPJF), publiant semaine après semaine, des articles voyant dans la « doctrine islamique de l’immigration » un « cheval de Troie moderne », conçu pour accomplir un « projet insidieux vieux de mille quatre cents ans de conquête et de domination » afin de« dominer les société non musulmane et paver la voie à leur totale islamisation », les bornes de l’inacceptable me paraissaient, de longue date, avoir été largement franchies.

Je n’avais bien entendu reçu aucune réponse de Patrick Gaubert et Richard Prasquier, les deux destinataires de cette lettre ouverte, auxquels j’avais pourtant pris soin d’en adresser personnellement un exemplaire par courrier. Trois mois plus tard, je publiais, sur Rue89, une nouvelle lettre ouverte, à Brice Hortefeux cette fois, lequel, invité d’honneur d’un colloque de ladite UPJF, s’y était vu décerner – défense de rire ! – la « prix de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ».

Une remise de prix d’autant plus saugrenue, que l’UPJF, imperturbablement, continuait alors de publier, chaque semaine, la même littérature nauséabonde. Je ne citais dans cet article que les « échantillons » les plus ahurissants, notamment un article paru le 17 décembre 2009, comparant les populations musulmanes d’Occident à une prolifération de souris, et quelques jours plus tard, un montage photo « humoristique », d’une manifestation de Martiens sur la planète Mars : « Musulmans rentrez chez vous ». Ni la copie de ma lettre, dont j’avais là encore adressé copie au ministre de l’Intérieur, ni même le fait que celle-ci avait été lue par près de 50 000 lecteurs sur Rue89 (ainsi qu’un autre article, publié sur Marianne.fr, quelques jours auparavant, visité plus de 25 000 fois) n’avait non plus provoqué la moindre réaction, ni la moindre déclaration.

J’en avais adressé, en dernière tentative, un exemplaire à Gilles Bernheim, grand rabbin de France, en lui demandant simplement de bien vouloir me faire connaître son sentiment sur cet état de fait. Deux semaines plus tard, je recevais un appel téléphonique d’un rabbin du consistoire (dont je tairai le nom, par charité), à qui le grand rabbin de France – « trop occupé », selon ses propres dires – avait confié la délicate tâche de me répondre directement. Une réponse, d’ailleurs, pleine de sagesse et de subtilité, effectivement incompatible, par son temps minimum d’élaboration requis, avec l’emploi du temps écrasant de celui qui l’avait ainsi mandaté : « La meilleure attitude, c’est de laisser pisser, vous verrez que dans trois semaines, on n’en parlera plus… »

J’ai donc laissé pisser. Mais ça continue. Dans la plus parfaite indifférence des médias et des pouvoirs publics, sans doute trop occupés (eux aussi), notamment à poursuivre devant les tribunaux d’autres débordements, sans doute infiniment plus répréhensibles. De ce point de vue, mon interlocuteur avait raison : on n’en parle plus. Une prédiction qu’il n’était pas trop difficile de faire, puisqu’on n’en parlait déjà pas… Le discours islamophobe s’est désormais installé dans le ronronnement d’une norme acceptable, et donc acceptée. Standardisée.

Dernier épisode en date, l’interview de Bat Ye’or sur Radio J, mercredi 27 octobre. Cette écrivaine britannique d’origine égyptienne est présentée, dans les milieux néocons, comme une « spécialiste du monde arabo-musulman ».Pasionaria hystérique de la dénonciation de la « dhimmitude », elle mène aussi un combat exalté contre ce qu’elle appelle la transformation de l’Europe en Eurabia. Un néologisme qui en dit assez long, à lui seul, sur les présupposés idéologiques qui sous-tendent les travaux de cette « spécialiste ».

Ce jour-là, l’écrivaine est donc interrogée sur son nouveau livre : L’Europe face au spectre du Califat. Un titre suffisamment explicite, lui aussi, qui devrait pouvoir dispenser d’un examen approfondi de l’ouvrage pour se faire une idée du contenu. D’autant que les propos tenus à l’antenne y pourvoient largement. Sur la notion d’Eurabia, d’abord : « Eurabia, ça veut dire un continent, déjà, d’une certaine façon islamisé (…) Toute cette attitude, par conséquent, de haine à l’égard de ses origines juives, pour une Europe chrétienne, pour une Europe judéo chrétienne, signifie un suicide ».

Sur le Califat, ensuite. Question du journaliste : « Pour vous qui êtes une spécialiste du monde arabo-musulman, le Califat, c’est une idéologie profonde, ancrée dans l’islam politique et qui vise à faire réapparaître l’Empire arabo-musulman sur toutes les terres ? » Réponse de l’invitée : « Pour la majorité, il y a un désir parmi ces populations musulmanes de restaurer le Califat. Le Califat, c’est l’instance suprême islamique qui réunit tous les pouvoirs sous une seule instance. Et donc, qui a également le pouvoir de déclencher la guerre, de déclarer la guerre à des pays non-musulmans. Alors, donc, tout ce qu’on veut, ce qu’on veut en réalité avec la restauration du Califat, c’est de restaurer cette force islamique mondiale.

Quant au remède qui pourraient permettre, d’éviter la catastrophe, les suggestions du journaliste laissent pantois :« On voit la montée d’une extrême droite nationaliste dans plusieurs pays d’Europe y compris d’ailleurs en France. Vous pensez que c’est la bonne solution, pour résister à ce que vous appelez le palestinisme et la volonté du Califat ? ». Bat Ye’or botte en touche. Elle ne dit pas oui, mais elle ne dit pas non… « Je ne sais pas si c’est la bonne solution, mais certainement, si l’Europe veut survivre, il faut qu’elle se raccroche à ses valeurs qui ne sont pas celles du Califat (…) Et par conséquent, qu’elle puisse se défendre contre l’emprise des lois de la charia qui sont imposées par une immigration de plus en plus nombreuse ».

Bat Ye’or est justement invitée, le 18 novembre prochain, à présenter son livre, lors d’un dîner débat organisé par l’UPJF… dont le porte-parole était à son tour interviewé par Radio J ce dimanche 31 octobre. On n’en sort pas ! Entre autres paroles sensées et frappées au coin du bon sens, Claude Barouch a déclaré avoir « beaucoup apprécié » les dernières propositions à l’ONU du ministre israélien Avigdor Liebermann. La création d’un Etat palestinien « nettoyé ethniquement de tous les Juifs » – audacieuse formulation pour désigner l’évacuation des implantations… – devrait avoir pour contrepartie immédiate la rectification des frontières de cet Etat pour y « englober un maximum d’Arabes israéliens aux fins de les déchoir de la nationalité israélienne ».

Mais n’allez surtout pas surtout qualifier ces prises de position de fanatiques ou d’extrémistes, vous risqueriez de vous faire traiter d’antisémite. Mieux vaut laisser pisser. 

Rien ne prouve que des musulmans aient détourné des avions le 11 Septembre

Rien ne prouve que des musulmans aient détourné des avions le 11 Septembre

AUTEUR:  Elias DAVIDSSON

Traduit par Sacha Sher d’après une version du 23 novembre 2008, révisé par Fausto Giudice

Résumé : Le gouvernement US a prétendu que dix-neuf individus répondant à des noms arabes et considérés comme des musulmans fanatiques, ont, le 11 septembre 2001, détourné quatre avions de ligne et les ont fait s’écraser dans le cadre d’une opération suicide qui s’est soldée par la mort de 3 000 personnes. Dans ce mémorandum, l’auteur montre qu’il n’y a pas de preuves que ces individus sont montés à bord d’un seul de ces avions de ligne. Étant donné que le gouvernement US n’a pas réussi à fonder ses accusations contre les 19 présumés pirates de l’air  sur des éléments probants, le récit officiel du 11/9 doit être considéré comme un mensonge.

Lire le reste:  http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6591&lg=fr


 

 

Déclaration contre l’incitation au racisme et la diffamation

Déclaration contre l’incitation au racisme et la diffamation

Pour ajouter votre nom à la liste des signataires, envoyez s.v.p. un mail au coordinateur:

signature

A. Sur la base de l’étude «Rien ne prouve que des musulmans aient détourné des avions le 11 septembre » par Elias Davidsson (2008), que nous avons examinée avec soin, et d’autres études similaires, nous, les soussignés, sommes arrivés à la conclusion que les autorités américaines n’ont pas prouvé leur thèse sur le crime du 11 septembre 2001, et en particulier l’attribution du crime à un groupe de 19 arabes/musulmans.

B. La présomption d’innocence, l’un des principes sacrés de la civilisation, est inscrite à l’article 11(1) de la Déclaration universelle des droits humains, selon laquelle toute personne «accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées ». Alors que la norme sur la présomption d’innocence avait surtout été élaborée pour protéger les droits de personnes accusées d’actes délictueux, cette norme s’applique à fortiori aux personnes qui n’ont pas été formellement accusées d’une quelconque infraction.

C. Sur la base de ce qui précède, nous considérons diffamatoire la publication et la diffusion de la thèse selon laquelle des individus musulmans/arabes auraient commis le crime du 11 septembre. Une telle accusation, qu’elle soit directe ou indirecte, est contraire au principe de la présomption d’innocence et est donc injurieuse.  Elle enfreint également les articles 1, 3, 5 et 8 du Code de principes de la FIJ sur la conduite des journalistes et  la Résolution 1003 (1993) de l’Assemblée parlementaire européenne relative à l’éthique du journalisme.

D. Par conséquent, nous demandons aux journalistes de ne pas attribuer, directement ou indirectement, la participation d’arabes ou de musulmans au crime du 11 septembre 2001; de faire savoir  que les auteurs du crime du 11 septembre n’ont pas encore été identifiés; et de présenter des excuses aux familles des personnes abusivement accusées de ce crime pour le préjudice moral qu’elles ont dû subir depuis 2001.

Signataires

Zainol Abideen, @ Mahaguru58,  President of  The Muslim Bloggers Alliance, Malaysia
Rob Balsamo, Commerical Pilot, Co-Founder, PilotsFor911Truth.org, USA
Dr. Kevin Barrett, Arabic-Islamic Studies; author, radio host. USA. See alsohttp://en.wikipedia.org/wiki/Kevin_Barrett
Hartmut Barth-Engelbart, Author, Musician, Cabarettist, Gruendau/Hanau, Germany
Dr. med. Eric Beeth, Brussels, Belgium
Joachim Bergerhoff, expert in urban mobility, Belgium
Suzanne Borho, Professor for English, Daegu Catholic University, South Korea
James R. Carr, Professor, Geological Sciences and Engineering, University of Nevada, Reno, Nevada U.S.A.
David Chandler, Physics educator, author, video producer, Strathmore, Calif., USA
Dennis P. Cimino, Commercial pilot, USA

John B. Cobb, Jr. Prof. Emeritus, Claremont School of Theology. See:http://en.wikipedia.org/wiki/John_B._Cobb
Anthony Deegan, former Director for Research Engineering, NASA Dryden Flight Research Center, Encinitas, California, USA
Dwain Deets, Helsinki, Finland
Chris Defendorf aka DJ Green Arrow, World Record Holder for Longest Freestyle Rap, USA
Prof. Kee Dewdney, Coordinator, Physics911 site, London, Ontario, Canada
Bernd Juergen Dröge, Psychological Counselor, Muenster, Germany
John Duddy, Calgary, Alberta, Canada
Dr. med. Carlucci Enzo, Neuchâtel, Schweiz
Prof. James Fetzer, USA. (See also: http://en.wikipedia.org/wiki/James_Henry_Fetzer)
Anneliese Fikentscher, Arbeiterfotografie, Köln, Germany, www.arbeiterfotografie.com
Dr. Freddy Gardiol, Honorary Professor (ret.), Swiss Federal Institute of Technology (EPFL), Lausanne, Switzerland. Founder and former Director of the Laboratory of Electromagnetism and Acoustics at EPFL. Life Fellow of the Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE).
Reinhard Gebhart, Author, Germany
Paul F. Getty, DDS (dentist), North Carolina, USA
Prof. David Ray Griffin (emer.), USA
Dr. David L Griscom, Research Physicist (ret.), Naval Research Laboratory, Washington, D.C. USA
Dr. Sabine Grund, Berlin, Germany
Nicole Guihaumé, Paris, France
Jean-Luc Guilmot, Bio-Engineer, MBA, Liège, Belgium. Editor of http://vigli.org
Anthony J. Hall, Professor of Globalization Studies, University of Lethbridge, Canada
Mohd Azmi Abdul Hamid, Secretary General, Malaysian Muslim NGOs Consultative Council (MAPIM), Jelapang, Perak, Malaysia
Dr. Niels Harrit, Associate Professor, Dept. of Chemistry, U. of Copenhagen, Denmark
Klaus Hartmann, Chairman, German Federation of Freethinkers, Germany
Andreas Hauss, historian, Germany, www.mai2.eu
Sander Hicks, media activist, community organizer and journalist, USA,http://www.sanderhicks.com/
T. Mark Hightower, Engineer, San Jose, CA, USA
Folker Hoffmann, Borås, Sweden, http://principiis-obsta.blogspot.com/
Carol Holland, NY 911 Truth Activist
Ingar Holst, Department of Semantics, The Ahlefeldt-Holst Center, USA
Prof. Steven Jones, American physicist. See http://en.wikipedia.org/wiki/Steven_E._Jones
Lincoln Justice, Independent investigator, Seymour, Missouri, USA
Claudia Karas, Palästina-Forum Nahost, Frankfurt, Germany
Dr. Ed Kendrik, ReDiscover911.com Development Group, Charter Member of Medical Professionals for 9/11 Truth, USA
Yakup Kilic, Musician, Berlin, Germany
Hans-Peter Koehn, Social Manager, Germany
Dr. Pétur Knútsson (ret.), University of Iceland, Reykjavik, Iceland
Anthony Lawson, international prize-winning commercials director, cameraman, film and video editor, Thailand
Gérard Lazare, video producer, Viry Châtillon, France
Frank Legge, Logical Systems Consulting, Australia
Prof. Dr. David MacGregor, Canada (See also: http://publish.uwo.ca/~mcgregor/publications.html)
Dr. Graeme MacQueen, (ret.), McMaster University, Canada
Steve Meadows, Truth Activist, Austin (Texas), USA
Feroze Mithiborwala, Writer and analyst on international affairs; President: Awami Bharat, Mumbai, India
Vincent Moreau, video editor, France
Rowland Morgan, co-author of « 9/11 Revealed » (London & NY, 2005), author of « Flight 93 Revealed » (London & NY, 2006), and of VOICES (internet publication 2009), Great-Britain
Dr. Michael Morrissey, Kassel, Allemagne
Jutta Müller, Teacher, Düsseldorf, Germany
Andreas Neumann, Arbeiterfotografie, Köln Germany
Fatima Özoguz, Author and Translator, Germany
Dr. Yavuz Özuguz, Director of the Encyclopaedia of Islam, eslam.de and author, Germany
Larry L. Payne, Partner, Digital Illustrator, Castell, Texas, USA
Michael Pengue, 9/11 Truth Activist, Montreal, Canada
Joanne Pettit, Retired, Ledyard, CT, USA
Jeff Prager, Founder and Former Publisher, Senior Magazine, Minneapolis, USA
Klaus von Raussendorff, Author, Germany
Prof. Morgan Reynolds, USA
Vincent Robeyns, teacher, campaigner for truth, Liège, Belgium
Ellen Rohlfs, traductrice, membre de Gush Shalom, Allemagne
Christopher Roney Sr., former US Air Force Captain and decorated War Veteran, Urbana, Ill., USA
Dr. Erik A. Röyrvik, Research Fellow, Norway
Henk Ruyssenaars, Senior foreign correspondent, Foreign Press Foundation, Nijmegen, The Netherlands
Kevin Ryan, former Site Manager for Underwriters Laboratories, USA
Dr. med. Pascal Sacré, Bruxelles, Belgique
Prof. Dr. Peter Dale Scott, Professor Emeritus of English, University of California, Berkeley, http://www.peterdalescott.net
Gerlinde Scherer, Ohlsbach, Germany
Donna Sket, licenced esthetician, Los Angeles, USA

John Spritzler, Sc.D., author of The People as Enemy: The Leaders’ Hidden Agenda in World War II, co-editor of www.NewDemocracyWorld.org, and author or co-author of numerous articles about HIV infection in medical journals, USA
Jón Karl Stefánsson, Manager, Tromsö, Norway
Thomas Immanuel Steinberg, Steinberg Research, Hamburg, Germany,www.SteinbergRecherche.com
Catherine Thirion, ingénieure, Pessac, France
Tom Tvedten, MD., praticing physician, founder 9/11 Truth DVD Project, Little Rock, AR, USA
Willi Uebelherr, IT engineer, Halle, Germany
Rémi Vandangeon, St. Baudel, France
Dr. med. Jens Wagner, member of the Association of Physicians Against Nuclear Arms, Stade,
Germany
Dr. med. Gabriele Weber, Netzwerkerin, Cafe Palestine, Freiburg, Germany
Prof. Dr. emerit. Theodor Weissenborn, auteur, Allemagne
Sabine Werner, Bonn, Germany
Steve White, carpenter and artist, Tribeca, NYC, USA
Prof. William B. Willers, Emeritus Professor of Biology, University of Wisconsin-Oshkosh, USA
Carole Wilson, Bastrop, Louisiana, USA
Gerhard Wisnewski, Journalist, Author, Munich, Germany. Seehttp://de.wikipedia.org/wiki/Gerhard_Wisnewski (in German)
Anna van Wittenbergh,
writer-journalist-translator, Wassenaar, the Netherlands

Wojna, Musician, Die Bandbreite, Germany
Sami Yildirim, physicist, Germany
Tristan Zilberman, technician, Saint-Martin s. Lavezon, France
Barrie Zwicker, Media critic and author, Canada