Les Etats Unis auraient empeché la capture d’Osama bin Laden

A deux reprises, les Américains auraient empêché la capture d’Oussama Ben Laden en Afghanistan

http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=45904&idc=125

La Nouvelle République, journal algerien, 21-12-2006
par Ian Hamel

Ils racontent qu’à deux reprises, en 2003 et 2004, des soldats français en poste en Afghanistan ont eu la possibilité d’intercepter le chef d’Al-Qaïda, et même de l’abattre. Chaque fois, les Américains les en ont empêché. Ces révélations rejoignent celles de deux Américains membres des Forces spéciales, dont l’ouvrage en français, Sur les traces d’Al-Qaïda, paru fin 2004, est curieusement passé inaperçu.

Fin 2003, dans le Sud de l’Afghanistan, près de la frontière pakistanaise, des soldats français du Commandement des opérations spéciales (COS) repèrent un petit groupe de combattants ennemis grâce à leurs jumelles de visée nocturne. Et parmi eux, Oussama Ben Laden. L’homme le plus recherché de la planète est à moins de 400 mètres. Il ne se doute de rien, c’est la nuit, le commando tricolore est enterré.

Un soldat tient le géant saoudien (il mesure plus d’1,90 m) dans son viseur. «J’ai Ben Laden», lâche même le militaire. Seulement voilà, en Afghanistan, les Français sont sous les ordres des Etats-Unis. Depuis l’état-major américain de Bagrham, le COS reçoit, au bout d’un très long moment, l’ordre de laisser partir le fondateur d’Al-Qaïda…

Quelques mois plus tard en 2004, le même scénario se reproduit. Y a-t-il eu par deux fois des ratés dans la chaîne de commandement ? Ou faut-il émettre une hypothèse plus invraisemblable : malgré toutes les déclarations de Georges Bush depuis le 11 septembre 2001, l’Amérique ne souhaite pas capturer l’ennemi public numéro 1.

«Les militaires français ont eu 9 morts en Afghanistan. Profondément choqués par l’attitude des Américains, ils ont commencé à nous parler. Nous avons enregistré leurs déclarations», raconte Emmanuel Razavi, de l’agence Hamsa Press, installée à Dijon, l’un des auteurs du reportage télévisé.
Avec Eric de Lavarène, correspondant de plusieurs médias francophones en Afghanistan et au Pakistan (Libération, France Info), ils ont réalisé un reportage de 52 minutes, intitulé «Ben Laden, les ratés d’une traque», qui sera diffusé en janvier prochain sur une chaîne francophone, peut-être Arte. La télévision suisse est également intéressée. Le film ne spécule pas sur les motifs de l’état-major américain, il ne se livre pas à de la politique-fiction. Non, il se contente de raconter, de tendre le micro à de nombreux acteurs en Afghanistan et au Pakistan.

Les multiples révélations, que ce soit du représentant de la Banque mondiale à Kaboul, d’un conseiller du président Hamid Karzaï, ou de Haji Zaher, général de la police afghane, laissent pour le moins songeur.

On y apprend qu’à Tora Bora, loin de vouloir capturer Oussama Ben Laden, on lui aurait tranquillement permis de s’enfuir … avec 70 de ses hommes. «On lui a laissé la voie libre», raconte l’un des trois commandants afghans présents à Tora Bora. Aujourd’hui, lorsque les Américains livrent des armes à l’armée nationale afghane, dans le même temps, ils offrent la même quantité de munitions aux… Talibans.

«L’Administration américaine ne souhaite pas arrêter Ben Laden», déclare distinctement un proche du Président afghan. A quel incroyable jeu de dupes assistons-nous ? «Non seulement les Talibans peuvent à présent compter sur 15 à 20 000 combattants, et contrôlent, de fait, plusieurs provinces, mais Al-Qaïda est revenu en Afghanistan. C’est cette organisation terroriste qui se livre à des attentats-suicides. Attentats qui n’existaient pas jusqu’alors dans ce pays», constate Emmanuel Razavi. Ben Laden, les ratés d’une traque corrobore parfaitement le livre écrit par deux militaires américains membres des Forces spéciales, Alan H. et Adam R. «Alors que la CIA avait un satellite positionné au-dessus de la tête du mollah Omar et des bidules qui permettaient de mesurer le moindre poil de sa barbe, aucune des armées de la coalition ne voulait lui courir après, c’était incroyable», racontent-ils dans le livre Sur les traces d’Al-Qaïda, paru fin 2004 en France.

Les deux soldats, qui n’ont pu dénicher d’éditeurs aux Etats-Unis, racontent avec force et détails les invraisemblables «cafouillages» de l’armée américaine. Ainsi, lorsque les Forces spéciales parviennent à capturer le numéro 1 militaire des Talibans, Mullah Akhtar Osmani, quinze jours plus tard, le prisonnier réussit à s’enfuir.

Quand ces militaires d’élite découvrent où se terre le mollah Omar, leurs supérieurs répondent que ce n’est pas le moment, qu’il n’y a pas d’hélicoptère disponible, ou pas de carburant…

«Pénurie d’hélicoptères», me répondit-on. Or la base aérienne était couverte d’hélicoptères Chinook CH-47, MH-53J Pave Low III dernier cri, et autres. «Les équipages d’hélicoptères avec lesquels je discutai me confirmèrent que leurs engins fonctionnaient bien, et qu’eux aussi attendaient qu’il y ait un peu d’action», raconte l’un des membres des Forces spéciales américaines en Afghanistan.

Le livre se termine ainsi : «Nous sommes tous coupables, nous qui restons avachis devant la télé à gober les sornettes que nous racontent nos dirigeants.»

 

 

La stratégie médiatique Etats-unienne 1945-2005.

René Naba

La stratégie médiatique états-unienne 1945-2005.
Du bon usage des principes universels

Les grands principes universalistes découlent rarement de considérations altruistes. Ils répondent davantage à des impératifs matériels. Il a en a été ainsi du principe de la liberté de la navigation brandie par l’Angleterre au XVIIe et XVIIIe siècles pour assurer sa suprématie maritime et partant son hégémonie commerciale à l’ensemble de la planète. Il en a été de même du mot d’ordre de libre-échange décrété par les pays occidentaux au XIXe et XXe siècles pour contraindre la Chine à écouler les marchandises occidentales sur son marché intérieur au nom de la « politique de la porte ouverte ». Il en sera de même du « principe de la liberté d’information » fermement défendu par les États-Unis, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour asseoir leur suprématie idéologique dans les quatre domaines qui conditionnent la puissance : politique, militaire, économique et culturel.
Dans leur bataille idéologique pour la conquête de l’imaginaire des peuples, gage essentiel de la pérennité d’une nation, les États-Unis développent un argumentaire reposant sur une double articulation, un argument intellectuel, le principe de la liberté de la circulation de l’information et des ressources, un argument pratique, le fait que les États-Unis soient la seule grande démocratie au monde à ne disposer ni d’un ministère de la culture, ni d’un ministère de la communication, preuve irréfutable, selon eux, d’un régime de liberté.

Présenté comme l’antidote absolu au fascisme et au totalitarisme, le principe de la liberté de l’information, constitue un des grands dogmes de la politique états-unienne de l’après-guerre, son principal thème de propagande. C’est une formidable machine de guerre qui répond à un double objectif. Briser, d’une part, le cartel européen de l’information, principalement le monopole britannique des câbles transocéaniques qui assure —via Cable and Wireless— la cohésion de l’Empire et confère une position de prépondérance à l’agence britannique d’information Reuter’s, accessoirement la prééminence de l’Agence française Havas, la future Agence France Presse (AFP) en Amérique latine, zone d’intérêt prioritaire des États-Unis.

Neutraliser, d’autre part, toute critique par l’élimination de toute concurrence européenne qui pourrait présenter les États-Unis en termes peu flatteurs aux lecteurs, l’image dévalorisée de l’Américain cow-boy mâcheur de chewing gum, ou plus grave la ségrégation raciale et les lynchages du Klu Klux Klan ou encore le grand banditisme de l’époque de la prohibition. Sous une liberté apparente perçait déjà le contrôle. Toute une littérature va théoriser ce principe de liberté de l’information et donner un habillage moral à une politique d’expansion [1].
 
William Benton
L’un des plus éloquents théoriciens en la matière sera William Benton, ancien sous-secrétaire d’État du président démocrate Franklin Roosevelt, promoteur du « New Deal ». Benton qui présidera la prestigieuse publication Encyclopaedia Britannica, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, invitera les États-Unis à « faire tout ce qui est en leur pouvoir » pour briser les barrières artificielles qui s’opposent à l’expansion des agences américaines privées, des magazines, des films et autres moyens de communication.

La liberté de la presse et la liberté de l’échange de l’information font partie intégrante de la politique étrangère états-unienne, soutient-il estimant que le contrôle mondial des communications favorise les débouchés d’exportation [2]. Sous les grands principes percent déjà des objectifs matériels.

Quant à l’argument pratique, l’absence de structure ad hoc de propagande, le fait est fondé, mais doit être nuancé. Certes il n’y a ni ministère de la culture ni ministère de la communication dans le gouvernement des États-Unis, mais, dans cette bataille idéologique, les États-Unis pratiquent, non l’attaque frontale mais l’entrisme, une stratégie de contournement périphérique, une diplomatie multilatérale instrumentalisant les organisations internationales à vocation universelle ou spécifique, doublée d’une diplomatie parallèle de ses agences spécialisées : la CIA (agence centrale du renseignement) et les Fondations philanthropiques pour le blanchiment des fonds [3].

Que ce soit l’ONU, L’UNESCO, le Conseil économique et social de l’ONU ou l’Organisation interaméricaine, toutes auront inscrit dans leur charte « le principe de la liberté de l’information ». Toutes, peu ou prou, auront fait office de tribune pour la propagation de la doctrine états-unienne de la libre circulation de l’information. Qu’on en juge. La chronologie suffit à fonder cette affirmation. En septembre 1944, le Congrès des États-Unis officialise cette politique par une motion proclamant « le droit mondial à l’information pour les agences qui recueillent et font circuler l’information, sans discrimination », un droit qui sera protégé par le Droit international public.
Cinq mois après la motion du Congrès, la Conférence interaméricaine de Mexico adopte à son tour une résolution sur le libre accès à l’information (février 1945), suivie quatre mois plus tard de la Conférence de San Francisco portant création de l’ONU (juin 1945), puis du Conseil économique et social de l’ONU qui inclue la résolution dans sa charte en février 1946. Puis, le principe de la liberté de l’information reçoit une consécration officielle lors de la première session de la conférence générale de l’UNESCO à Paris (novembre 1946), suivi un mois plus tard par l’Assemblée générale de l’ONU qui proclame « La liberté de l’information, droit humain fondamental, impliquant le droit de rassembler, de transmettre et de publier des nouvelles partout sans entraves » (14 décembre 1946). Le temps n’est pas encore au journalisme embedded, ombiliqué à l’armée, imbriqué aux sources de l’administration, pratiqué lors de l’invasion anglo-saxonne de l’Irak en 2003, pour des raisons de « sécurité nationale ».

En deux ans, la structure de la diplomatie multilatérale de l’après-guerre est verrouillée par ce principe. Les États-Unis réussissent à le faire figurer dans la charte des cinq grandes organisations internationales (ONU, UNESCO, ECOSOC (Conseil Economique et Social), Organisation interaméricaine et l’Assemblée générale de l’ONU). L’ONU compte à l’époque cinquante cinq membres, le quart du nombre actuel avec une majorité automatique pro-occidentale composée de pays européens et latino-américains sous la férule états-unienne. Tous les grands États du tiers-monde en sont absents. La Chine continentale est boycottée au profit de Taiwan, l’Inde et le Pakistan, les deux nouvelles puissance nucléaires d’Asie sont sous domination anglaise de même que le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux géants de l’Afrique, nouveaux candidats au titre de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, tandis que le Maghreb et l’Afrique occidentale se trouvent, eux, sous contrôle français.

Les États-Unis, qui disposent pendant une quinzaine d’années d’une majorité automatique, ne la dénigrent que lorsqu’elle rejoint le camp adverse, le bloc neutraliste soutenu par le camp soviétique. Elle refuse en conséquence de verser sa cotisation pendant une dizaine d’années.

Le déploiement sur le théâtre euro-méditerranéen
Ce corpus doctrinal est animé par le Congrès pour la liberté et la culture doublé sur le terrain d’une structure d’appoint de propagation thématique en application d’une stratégie de maillage planétaire dite de « global connexion » constitué d’un réseau enchevêtré de radios profanes, de radios religieuses et de publications périodiques animées par des prestigieuses personnalités sur les principaux théâtres de la confrontation Est-Ouest, avec un ciblage particulier sur l’ensemble arabe.


Le Congrès pour la liberté et la culture (1950-1967)


Fer de lance de la guerre idéologique anti-soviétique, le Congrès est constitué d’un rassemblement hétéroclite de transfuges du bloc soviétique, d’intellectuels occidentaux, anciens compagnons de route du Parti communiste ou de simples intellectuels épris de reconnaissance sociale ou de bien être matériel [4]. Sa propagande vise tout autant à dénoncer le matérialisme marxiste qu’à sensibiliser les esprits, sur le plan du conflit du Proche-Orient, à un arrimage d’Israël au système d’alliance du monde occidental.

Ponctionnant 5 % du budget du Plan Marshall, soit près de 200 millions de dollars par an, le Congrès finance la publication de dizaines d’ouvrages au succès retentissant notamment  New Class, une étude sur l’oligarchie yougoslave réalisée par le dissident anti-Tito et Docteur Jivago de l’écrivain russe Boris Pasternak ou encore L’Art de la Conjecture du royaliste français Bertrand de Jouvenel.

Parmi les principaux animateurs du Congrès figuraient ainsi Sol Lovitas, ancien collaborateur de Léon Trotski, le fondateur de l’Armée Rouge, désormais recyclé à la tête de l’influente revue Partisan Review, Nicolas Nabokov, fils du musicien Vladimir Nabokov ainsi que de l’écrivain Arthur Koestler, dont la CIA assure la promotion de son livre-culte Le Zéro et l’Infini achetant en sous main plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires pour en faire un succès de librairie avec les retombées éditoriales inhérentes. Ce qui fait la gloire de cet ancien communiste hongrois, ancien kibboutznik israélien qui se suicide à Londres, point ultime de son parcours cahoteux.
Le Congrès complète son travail de pénétration par un maillage éditorial sur tous les continents, finançant l’édition de quinze publications aux avants postes de la Guerre froide. En France, le Congrès bénéficie notamment du relais de deux institutions : Force ouvrière (FO), la formation syndicale dissidente de la CGT (Confédération générale du travail), la principale centrale ouvrière communiste française de l’époque, et l’équipe du journal conservateur Le Figaro autour de Pierre Brisson, ami du sociologue Raymond Aron [5] et de Nicolas Nabokov ainsi que du concours d’André Malraux, ancien ministre de la culture de Charles de Gaulle.

Annie Kriegel, éditorialiste du Figaro, passe ainsi de l’ultra-stalinisme à l’ultra-sionisme sans le moindre sas de décompression, trouvant dans ce quotidien une tribune appropriée à ses nouvelles diatribes anticommunistes, à la mesure des panégyriques passés en faveur de la « Patrie des travailleurs ». Épousant un cheminement intellectuel analogue, son neveu par alliance, Alexandre Adler, lui succède trente ans plus tard dans cette même fonction tribunicienne au sein de ce même journal, fustigeant à longueur de colonnes le nouvel ennemi public universel le « fascisme vert », que son collègue éditorialiste Yvan Rioufol désigne par le terme stigmatisant de « nazislamisme » [6]

Outre Annie Kriegel, deux autres personnalités se sont distinguées dans ce dispositif pendant un demi-siècle par leur rôle prescripteur de l’opinion occidentale particulièrement à l’égard du conflit israélo-arabe et de la question palestinienne : Walter Laqueur et Claire Sterling [7]. Natif de Pologne, en 1921 à Breslau (Wroclaw actuellement), naturalisé anglais, collaborateur de la revue Commentary et de The Public Interest fondé par son ami Irwing Kristoll, père de William Kristoll junior, un des théoriciens du néo-conservatisme de l’administration George Bush Jr. lors de la guerre d’Irak (2003) et de « la destinée manifeste des Etats-Unis », Walter Laqueur représente à Tel-Aviv pendant toute la durée des 17 ans de son fonctionnement le Congrès pour la liberté et la culture. Il contribue largement à cimenter un partenariat stratégique entre Israël et le « Monde libre », notamment les États-Unis et l’Europe occidentale à travers une série d’ouvrages répercutés par l’ensemble du réseau des quinze publications du Congrès sur tous les continents. En Europe, notamment à Berlin et Vienne, les deux lieux de transit privilégiés du monde interlope des transfuges, des exfiltrés et des agents double, à Rome, siège du parti communiste le plus important d’Europe occidentale, le Parti communiste italien animé par des dirigeants de légende tels Palmiro Togliatti et Enrico Berlinguer, ainsi qu’à Beyrouth, traditionnelle caisse de résonance des turbulences arabes, via une publication en langue arabe Al-Hiwar (Le Dialogue) qui assure la propagation des thèses du Congrès à destination de l’ensemble arabo-musulman.
Auteur de plusieurs ouvrages notamment La Génération Exodus , Mourir pour Jérusalem, « La Tentation neutraliste, Walter Laqueur co-préside, à 85 ans, le Conseil de la recherche internationale rattaché au CSIS de New York [8]. Ses plus récents écrits portent sur la nouvelle thématique idéologique de ses amis néo-conservateurs : Une Guerre sans fin, le terrorisme au 21ème siècle, ainsi qu’un ouvrage dont l’ambition cachée est de faire le tour de la question sur l’un de sujets d’actualité les plus violemment controversés de l’époque contemporaine : Les Voix de la terreur : manifestes, écrits, Al-Qaïda, Hamas et autres terroristes à travers le monde, à travers les âges.

Claire Sterling, (1918-1995), trône, elle, pendant un demi-siècle sur le Reader’s Digest, l’un des principaux vecteurs souterrains de la guerre culturelle menée par les services états-uniens. Grande théoricienne de la criminalité transnationale, elle assume une fonction de diversion, pratiquant avec un art consommé la « technique de l’enfumage », poussant des contre-feux médiatiques pour détourner l’attention sur les propres turpitudes de son camp.

Elle s’applique ainsi à dénoncer régulièrement la pieuvre mafieuse [9], pour mieux occulter l’une des plus grande entreprises criminelles du monde, le système Clearstream, système de compensation bancaire du Luxembourg chargé du blanchissement des opérations douteuses des grandes démocraties occidentales [10] ou encore pour occulter l’instrumentalisation de la commercialisation de la drogue pour le financement des opérations clandestines des services états-uniens en Amérique latine.

Diffusé en dix sept langues dans 160 pays, le Reader’s Digest popularise les analyses de Claire Sterling autoproclamée grande spécialiste du terrorisme moyen-oriental dans son ouvrage The terror network (Le Réseau terroriste) », exerçant de ce fait une sorte de monopole de l’intimidation par l’expertise [11]. Sous couvert de professionnalisme, Claire Sterling et Walter Laqueur auront alimenté régulièrement les revues spécialisées subventionnées par la CIA de chroniques dont le contenu est puisé directement auprès de leur bailleur de fonds.

Préfiguration de l’endogamie contemporaine entre pouvoir politique et pouvoir médiatique, le Congrès pour la Liberté et la Culture pratique à grande échelle l’autolégitimation d’une pensée homogénéisée où l’expert ne se reconnaît pas à la qualité de ses recherches mais à sa fréquentation assidue des forums médiatiques ; où l’intellectuel décrété comme tel mène une réflexion conforme à la politique éditoriale des médias dont il est l’invité précisément afin d’accréditer la pensée qu’ils propagent.

À coups de manipulation, de falsifications, de prévarications, une large fraction de l’élite intellectuelle occidentale aura ainsi sombré dans les travers qu’elle dénonce aujourd’hui comme étant l’une des plaies du tiers-monde. De l’autopromotion des experts à l’autosuggestion des thèmes, à l’intimidation par une prétendue expertise, « l’Amérique », héraut du « Monde libre », aura utilisé avec les complicités européennes et la vénalité de certains leaders d’opinion contre le totalitarisme, les méthodes mêmes du totalitarisme.

Les radios profanes : un tir de saturation
Le dispositif médiatique mis en place pour mener de pair le combat contre le communisme, sur le plan international, et le combat contre l’athéisme, sur le plan arabo-musulman, répond à un objectif qui relève dans la terminologie militaire du « tir de saturation tous azimuths ». Si sur le plan idéologique, Radio Free Europe est au premier rang des instruments de la guerre psychologique contre le bloc soviétique en sa qualité de principal retransmetteur de la production intellectuelle du Congrès pour la liberté et la culture », Voice of America est, quant à elle, le vecteur d’accompagnement de la diplomatie états-unienne, alors que les radios religieuses font office de levier de sensibilisation des groupes ethnico-communautaires de confession chrétienne dans la zone euro-méditerranéenne.

Par l’entremise de Radio Free Europe, l’es États-Unis assurent une pleine couverture de l’Europe orientale et des républiques musulmanes d’Asie centrale, servant d’amplificateur aux débats et grandes manifestations artistiques ou culturelles, les éditoriaux et analyses confectionnés dans les publications satellites. Soutenue intellectuellement et matériellement par la puissante Freedom House [12] , bras armé de la propagande gouvernementale et de la droite conservatrice internationale, Radio Free Europe Radio liberty Inc, basée à Prague (République tchèque), dipose pendant 40 ans de cinq sites d’émission en Europe, dont trois en Allemagne et de 54 fréquences. Radio Free Europe a un prolongement sur le continent latino-américain Radio TV Marti (anti-cubaine) et en Asie, Radio Free Asia.
Avec Voice of America (VOA), ces trois vecteurs relèvent au sein de l’administration américaine de l’International Broadcasting Bureau (IBB), disposant de vingt sites de retransmission dans le monde dont trois dans les pays arabes (Maroc, Koweït, Émirats Arabes Unis) ainsi qu’en Albanie, en Grèce, au Sri Lanka, en Allemagne, au Portugal et en Espagne.

Voice of America est le premier vecteur trans-régional en termes de puissance. Il dispose pour le secteur Méditerranée-Océan Indien de 24 émetteurs totalisant une puissance de feu inégalée de 9.100 KW et de 83 fréquences réparties sur trois sites d’émission. Deux d’entre eux (Rhodes et Kavala (nord de la Grèce) sont destinées au secteur Moyen-Orient/Asie Centrale, le troisième, Tanger, pour le Maghreb, les Balkans et la Méditerranée occidentale. Ce dispositif est complété par deux retransmetteurs installés dans deux principautés pétrolières, le Koweit et les Émirats Arabes Unis. À cela s’ajoutent les nouveaux vecteurs crées à l’occasion de la Deuxième Guerre contre l’Irak en 2005, Radio Sawa (Ensemble), la chaine de télévision Hurra (Libre). Toujours en Méditerranée, les États-Unis aménagent, tant en Italie qu’en Grèce, deux centres régionaux radiophoniques pour la production des programmes à l’intention des troupes stationnées dans le cadre de l’OTAN, à Héraklion (Grèce), siège de l’Armed Forces Radio and TV Service Air Force European Broadcasting Squadron et à Vicenza (Italie), siège du Southern European Broadcasting Service.
Le Congrès fonctionne pendant dix sept ans jusqu’à la Troisième Guerre israélo-arabe de juin 1967. Il passe ensuite la main aux prédicateurs électroniques dont le zèle prosélyte va se conjuguer au lobbying de la politique sioniste des organisations juives états-uniennes pour conduire Washington à s’engager dans un soutien sans faille à Israël. États-uniens et Israéliens s’appliquent alors à promouvoir une « idéologie des Droits de l’Homme », selon l’expression de l’historien Peter Novick [13], comme arme de combat contre le totalitarisme communiste, dans un premier temps, contre le totalitarisme islamique, dans un deuxième temps, après l’effondrement du bloc soviétique.

Le prosélytisme religieux : les prédicateurs électroniques
Aux radios profanes se sont superposées une vingtaine de grandes corporations radiophoniques religieuses disposant de moyens financiers et techniques sans équivalent dans les deux tiers des pays de la planète, dont les motivations ne paraissent pas toujours répondre à des considérations exclusivement philanthropiques.

S’appliquant à porter quotidiennement la « Voix du Seigneur » à travers le monde dans l’espoir problématique de gagner de nouvelles ouailles à la cause de leur propre dieu, ces prédicateurs électroniques nourrissent une prédilection particulière pour les foyers de tension (Sud du Liban, Sud du Soudan) et les minorités ethnico-religieuses des pays fragilisés par les dissensions intestines (Arméniens, Kurdes, Berbères) et, depuis l’invasion de l’Irak, en 2003, pour le nord kurdophone irakien. Tel est le cas de IBRA Radio (International Broadcasting Radio) qui anime au Moyen-Orient vers le Sud du Liban et la zone frontalière libano-israélienne une antenne locale onde courte pour les émissions de la station High Adventure alors que le Sud du Soudan, peuplé de chrétiens et d’animistes en rébellion contre le gouvernement islamique de Khartoum, est alimenté par les programmes de “Radio Elwa”, dirigée depuis Monrovia (Libéria) par des missionnaires anglo-saxons.

Au premier rang de ces corporations radiophoniques se place Trans World Radio (TWR), suivie d’Adventiste World Radio (AWR), FEBA Radio, IBRA Radio, WYFR-Family Radio, Monitor Radio et Nexus IBD. À l’exception de Radio Vatican (1555 KW, 36 fréquences, 33 langues) et d’une minuscule radio orthodoxe, Radio Trans Europe, toutes les grandes radios religieuses sont d’inspiration anglo-saxonne.

Toutefois par son ampleur et ses capacités, Trans World radio (TWR) constitue la première radio planétaire transfrontière de surcroît religieuse. Pionnière en la matière, TWR assure des émissions en 100 langues dans des idiomes négligés par les majors occidentales, dont elle apparaît dans les nouvelles terres de mission, les zones d’évangélisation d’Afrique et d’Asie, comme un utile instrument d’appoint. Disposant de neuf relais terrestres dont cinq en Europe (Albanie, Monaco, Pays-Bas, Chypre et Russie) deux en Asie (Ile de Guam et Sri Lanka) un en Afrique (Swaziland) et un en Amérique latine (Uruguay), TWR gère les émissions des trois sites méditerranéens (Albanie, Monaco et Chypre) depuis Vienne (Autriche) et aligne, rien que pour l’Europe, une puissance substantielle (1500 KW, 14 fréquences et des émissions en 30 langues), supérieure à bon nombre de radios occidentales. Vers la rive sud de la Méditerranée, TWR assure des émissions en 21 langues dont le Kurde, le Berbère, ainsi que les langues des pays méditerranéens. À Chypre, à la suite des programmes de RMC Moyen-Orient et à partir des antennes de la radio française [14], TWR assure des émissions religieuses nocturnes en trois langues (Arabe, Farsi, Arménien) sur ondes moyennes en direction des principaux pays musulmans. À travers les sites de Remoules (Sud de la France) et de Cap Greco (Chypre), grâce à sa coopération avec RMC France et RMC-MO, TWR jouit d’un avantage incomparable celui d’émettre en ondes moyennes lui assurant un bon confort d’écoute dans une zone qui abrite le centre historique de l’Islam et les principales réserves énergétiques mondiales. Deux autres radios religieuses participent de ce verrouillage médiatique : Adventist World Radio (AWR) et FEBA (Far East Broadcasting Association-Missionary) : Adventist World Radio dispose, pour sa part, pour l’Europe de 16 fréquences pour des émissions en 17 langues dont l’arabe (5 heures), l’anglais (6 heures dont 3 vers le Moyen-Orient), le français (5 heures en direction du Maghreb et de l’Afrique), le Farsi (2H), l’Urdu et le Hindi (2 heures chacun).

À titre indicatif, les radios religieuses anglo-saxonnes assurent 9 000 heures de programmes par mois, soit près de 10 fois plus que Radio Le Caire, le principal vecteur arabe du plus grand pays arabe, l’Égypte, qui abrite la plus forte densité de population (75 millions). En comparaison, The Friend of Israël Gospel Ministry, Église baptiste états-unienne, diffuse des émissions en faveur d’Israël sur 700 stations états-uniennes et publie la revue Israël My Glory dans 151 pays, collectant, rien qu’en 2005, des dons d’un montant de 8,5 millions de dollars en faveur de l’État hébreu [15].

À journées faites, sans interruption, et rien qu’en Méditerranée, pas moins de 2500 KW diffusent des programmes sur une vingtaine de fréquences dans toutes les langues du puzzle humain de la sphère arabo-musulmane, sans parler naturellement de Radio Vatican, la radio officielle de la chrétienté catholique. Relayant en programmes religieux les émissions profanes des vecteurs internationaux, les médias des grandes corporations religieuses optimisent ondes et fréquences saturant comme pour l’aseptiser de toute pollution anti-occidentale l’espace hertzien au point de donner l’impression à un passager d’un vol de nuit d’être propulsé aux confins du Paradis, bercé par Le Cantique des cantiques. Longtemps avant l’émergence des fedayins palestiniens dans le paysage arabe, bien longtemps avant Oussama Ben Laden, bien des décennies avant la désignation du « péril islamiste » comme la menace majeure du XXIe siècle, quotidiennement, invariablement, inlassablement, telle une symphonie pastorale s’élançant des îles de la Méditerranée vers l’espace arabo-musulman, les incantations divines de la liturgie occidentale avec une méticulosité monacale.

En tout temps, en tout lieu, en toute langue, l’aspersion est continue, l’intensité diluvienne. Sans exception, toutes les îles au nom si évocateur de paradisiaques vacances : Chypre, Malte, Rhodes, la Crête, la Sicile, toutes sont mobilisées pour prêcher la bonne parole. Toutes y compris le promontoire de Gibraltar et la sérénissime enclave de Monaco. De quoi combler d’aise le souverain marocain très sourcilleux sur les croyances de ses fidèles sujets, justifier les imprécations des Algériens contre le parti de l’étranger ou celles des théologiens de Qom contre le « Grand Satan états-unien » ou celle des islamistes salafistes sur « une nouvelle croisade occidentale ». Ainsi se nourrit l’imaginaire collectif des populations exacerbées.

René Naba
 

Pourquoi Israel s’acharne sur le Liban

Pourquoi Israël s’acharne sur le Liban

Georges Corm

publié le dimanche 19 novembre 2006.

Israël a toujours craint le caractère multiconfessionnel du Liban et misé sur sa désintégration. Mais, contrairement aux précédents, ce conflit ne semble pas avoir réussi à y rallumer la guerre civile.

Georges Corm
 

Israël dès sa naissance, en tant qu’« Etat des juifs », pour reprendre le titre du livre de Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste en 1897, s’est heurté à la survivance plus que millénaire du pluralisme religieux au Proche-Orient, notamment entre chrétiens orientaux et musulmans sunnites, chiites, druzes ou alaouites. En Palestine, en Syrie, au Liban, en Irak, en Egypte, des communautés religieuses diverses, y compris juives, vivent entrelacées (1). Créer dans ce milieu pluriel un Etat exclusivement pour les juifs n’allait donc pas manquer de se heurter à une vive résistance.

Les premiers à s’alarmer du côté arabe, dès le début du XXe siècle, furent les chrétiens de Palestine, du Liban et de Syrie : ils sentirent la menace que faisait planer sur leur propre sort l’avènement d’un tel Etat, fondé sur le monopole d’une communauté alimentée par un apport démographique étranger à la région : les juifs ashkénazes fuyant les persécutions en Russie et en Europe orientale. Aux yeux des communautés chrétiennes orientales, l’entreprise sioniste, appuyée par les puissances coloniales européennes, ne manquerait pas de ressembler aux croisades, et donc mettrait en péril les bonnes relations séculaires entre chrétiens et musulmans du Proche-Orient. Par ailleurs, un tel succès pourrait amener certains, dans les communautés chrétiennes locales, à vouloir jouir du même droit que les juifs venus d’outre-mer à un Etat communautaire chrétien.

Les colons juifs, de leur côté, avant même la création de l’Etat d’Israël, considérèrent parfois les minorités chrétiennes du Proche-Orient comme de possibles alliés. Leur espoir fut cependant déçu : les chrétiens du Grand Liban, établi par la France mandataire en 1919, restèrent dans l’ensemble insensibles. En prêchant un retour aux sources phéniciennes du Liban, le poète libanais d’expression française Charles Corm ne cherchait nullement à copier l’idéologie sioniste, mais à fonder un nationalisme libanais moderne transcendant les clivages entre chrétiens et musulmans. A cette même époque, le nationalisme égyptien invoque aussi des racines pharaoniques, et le nationalisme irakien naissant le glorieux patrimoine babylonien.

Michel Chiha, un autre Libanais francophone et francophile, brillant journaliste à l’influence politique profonde, mit en garde les Libanais contre la déstabilisation qu’Israël allait provoquer dans tout le Proche-Orient. Il les sensibilisa à l’hostilité que le Liban allait polariser, son pluralisme communautaire en faisant l’antithèse de l’exclusivisme communautaire israélien. Sans doute, celui qui sensibilisa le plus les Libanais au destin difficile de leur pays, confronté à l’épreuve de l’émergence de l’Etat d’Israël, fut un prêtre maronite, Youakim Moubarac, qui consacra son œuvre abondante au dialogue islamo-chrétien et à la place centrale du Liban et de la Palestine dans ce dialogue (2).

Il n’est donc pas étonnant de voir l’armée libanaise participer aux combats de la guerre de 1948, aux côtés des autres armées arabes ; en 1949, un accord d’armistice est signé entre le Liban et Israël. Sagement, l’armée libanaise s’abstint de participer à la guerre de juin 1967, durant laquelle Israël occupa le Sinaï égyptien, le Golan syrien ainsi que Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza palestiniennes. Pourtant, le Liban ne réussit pas à échapper aux tensions de plus en plus vives que cette guerre avait créées au Proche-Orient. Ses libertés démocratiques et la multiplicité des sensibilités politiques le transformèrent en caisse de résonance des graves troubles suscités dans tout le monde arabe par la victoire israélienne de 1967.

Par ailleurs, l’ampleur de la défaite des pays arabes et l’occupation de toute la Palestine entraînent de profonds bouleversements dans la société palestinienne, avec l’affirmation de mouvements armés recrutant dans les camps de réfugiés, notamment en Jordanie et au Liban – qui en accueillirent le plus grand nombre par rapport à leur population et à leur taille. Chassés de Jordanie en 1969 par la répression de l’armée jordanienne (« Septembre noir »), les mouvements de résistance palestiniens élargissent leur implantation au Liban, d’où ils mènent parfois des opérations de guérilla contre Israël à partir de la frontière. D’où la politique de représailles massives de l’armée israélienne contre les pays qui les abritent. Au Liban, en décembre 1968, un commando aéroporté israélien détruit toute la flotte civile aérienne libanaise, y provoquant de profonds remous politiques et une paralysie de plus en plus évidente du gouvernement.

En fait, à partir de la guerre israélo-arabe de 1973, le Liban devient le champ de bataille unique de la confrontation avec Israël, les fronts syriens et égyptiens étant totalement neutralisés (3). Ainsi s’ouvre le chemin qui mènera à la conflagration de 1975. Proposé par beaucoup de partis palestiniens comme un modèle pour une future Palestine laïque et démocratique, intégrant juifs, chrétiens et musulmans sur un pied d’égalité, le Liban sombre dans la violence (4).

Une coalition de partis laïques libanais se met en place sous l’étiquette de Mouvement national, solidaire des groupes armés palestiniens. Celui-ci comprend les diverses factions d’obédience nassérienne, largement implantées dans la communauté sunnite, le Parti communiste, le Parti populaire syrien et le Parti socialiste de Kamal Joumblatt, père de M. Walid Joumblatt. En face, le Parti phalangiste, sous l’influence d’un ancien ministre des affaires étrangères, Charles Malik, très proche des Etats-Unis, commence à s’armer et prétend regrouper tous les chrétiens sous l’emblème d’un Front libanais. Ce dernier entend libérer le Liban de l’emprise révolutionnaire palestinienne, soutenue par l’URSS et les pays arabes dits « radicaux ».

Pour Israël, cette conjoncture libanaise, alimentée par sa politique de représailles massives, remet à l’ordre du jour un dessein stratégique datant du début des années 1950 : faire émerger, au Liban, un Etat chrétien allié de l’Etat juif et justifiant la légitimité de ce dernier au Proche-Orient (5). En envahissant le sud du Liban jusqu’au fleuve Litani en 1978, son armée, conformément au vieux plan de David Ben Gourion, met en place une milice de supplétifs débauchés de l’armée libanaise, avec à sa tête un officier chrétien dissident ; cette milice proclame en avril 1979 un Etat du « Liban libre » sur les 800 km2 que l’armée israélienne occupera jusqu’en 2000, en infraction à la résolution 425 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Dans le même temps, bien que l’armée syrienne entre au Liban au printemps 1976 pour arrêter une avance des troupes de la coalition des mouvements palestiniens (6) et du Mouvement national contre les places fortes du Front libanais, les partis composant ce dernier entrent en relation avec Israël avec la bénédiction de Washington. Se met progressivement en place une stratégie commune visant à imposer un changement politique total au Liban : le Parti phalangiste, profitant d’une nouvelle invasion israélienne, prendrait le pouvoir et conclurait un accord de paix avec Israël sous patronage américain ; les mouvements armés palestiniens seraient éradiqués. Cette stratégie se concrétise lors de l’invasion de 1982, au cours de laquelle le général Ariel Sharon assiège Beyrouth de juin à fin août, puis installe un pouvoir phalangiste au Liban, avec la caution des Occidentaux, de l’Arabie saoudite et de l’Egypte.

En pleine agression, le Parlement libanais élit un président de la république phalangiste (Bechir Gemayel), puis, à la suite de l’assassinat de celui-ci, son frère Amine. Sous pression américaine, le nouveau pouvoir signe un traité de paix inégal avec Israël en 1983. Dans le même temps, deux cent mille chrétiens de la zone du Chouf – région montagneuse au sud-est de Beyrouth – sont déplacés par la force : l’armée israélienne avait encouragé les milices chrétienne et druze à s’entretuer, avant de se retirer de cette zone. Quant aux organisations armées des partis laïques libanais, piliers de la résistance à l’occupation depuis 1978, le pouvoir phalangiste les désarme et les pourchasse, avec l’appui de la Force multinationale d’interposition expédiée au Liban en août 1982 pour aider à l’évacuation des combattants palestiniens et protéger les populations civiles – avec le succès que l’on sait à Sabra et Chatila… Voilà qui crée les conditions de la constitution du Parti de Dieu, le Hezbollah, qui recrute dans la communauté chiite, galvanisée par la révolution religieuse iranienne, et de sa mobilisation tenace pour en finir avec l’occupation israélienne du Sud.

Faute d’avoir pu être satellisé aux Etats-Unis et à Israël, le Liban s’enfonce dans une spirale de désintégration communautaire. En 1990-1991, en récompense de son ralliement à la coalition anti-irakienne, les Occidentaux en accordent le contrôle à la Syrie. Le pays se transforme en condominium saoudo-syrien, lorsque Rafic Hariri, l’homme de confiance du roi d’Arabie saoudite, accède au poste de premier ministre : il l’occupera sans interruption de 1992 à 1998, puis de 2000 à 2004, entraînant le pays dans une vague sans précédent de spéculations foncières et financières. Le Liban hérite ainsi d’une dette de 40 milliards de dollars, mais une kyrielle de proches, de courtisans, de princes arabes, d’officiers syriens, de banques locales et de fonds d’investissement s’enrichissent au-delà de toute imagination.

Adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU en septembre 2004, la résolution 1559 vient remettre en cause le statut fragile du Liban. A la suite de l’invasion de l’Irak et conformément à leur projet de « Nouveau Moyen-Orient », les Etats-Unis refusent de laisser le pays du Cèdre dans l’orbite de l’axe syro-iranien, dont le Hezbollah, selon eux, représente une simple émanation : ils entendent donc l’éradiquer. La résolution condamne toute reconduction du mandat du président libanais Emile Lahoud (considéré comme le principal appui de cette organisation déclarée « terroriste » par les Etats-Unis) ; elle exige le retrait des troupes syriennes, le déploiement de l’armée libanaise au sud du Liban et le désarmement de toutes les milices – entendez le Hezbollah, pourtant qualifié de « résistance » au Liban et dans tout le monde arabe, mais aussi les organisations palestiniennes encore présentes.

Avec un aveuglement peu commun, la diplomatie française prit l’initiative de cette résolution, sans doute afin de se réconcilier avec les Etats-Unis après la brouille sur l’Irak. Mais, du même coup, elle faisait sombrer le Liban dans la pire déstabilisation, le renvoyant à sa situation entre 1975 et 1990 : un espace d’affrontement entre toutes les forces antagonistes au Proche-Orient. Les plans de réoccupation du sud du Liban furent alors mis en route. Parallèlement, les Etats-Unis et la France, après l’assassinat de Rafic Hariri, travaillèrent activement à faire émerger au Liban un pouvoir local favorable aux thèses américaines, dites du 14 mars, cimentées autour de la famille Hariri et de M. Joumblatt.

Le Conseil de sécurité se saisira d’ailleurs de l’assassinat de l’ancien premier ministre, adoptant une série impressionnante de résolutions concernant la constitution d’une commission d’enquête internationale, puis celle d’un tribunal international, ainsi que la réaffirmation de la nécessité de voir le gouvernement libanais appliquer la résolution 1559. Cette agitation de l’instance suprême des Nations unies contraste étrangement avec sa passivité, lorsque, en juillet 2006, Israël prend en otage l’ensemble du peuple libanais, détruit des régions entières, dont il assassine les habitants par centaines et condamne des dizaines de milliers d’autres à l’exode…

Décidément, le Liban continue de gêner considérablement Israël et la « communauté internationale », qui soutient ou laisse lâchement se perpétrer cette agression hors normes, parallèle à celle qui est exercée à l’encontre de ce qui reste de la Palestine. Le couple américano-israélien n’a pas mieux réussi, en 2006, la « chirurgie » pratiquée en 1982 qui a mis le Liban à l’agonie durant de nombreuses années, tout comme la Palestine aujourd’hui.

La « guerre des civilisations », cadre théorique de la doctrine de la guerre contre le « terrorisme » et le « fascisme islamique », prêchée par l’administration américaine depuis 2002 ne risque-t-elle pas de plonger à nouveau les Libanais dans une guerre sanglante entre communautés ? La vocation libanaise de terre symbole du pluralisme religieux, qui contrarie tant les Israéliens, pourra-t-elle survivre à ce nouveau coup de boutoir ? Il est certes réconfortant de voir que la majorité des chrétiens du Liban, à la différence de leur état d’esprit en 1975, retrouvent leur patrimoine intellectuel et politique évoqué ci-dessus.

Ancien général en chef de l’armée libanaise qui tenta vainement, en 1989-1990, de bouter la Syrie hors du Liban, le général Michel Aoun fait désormais figure d’homme le plus populaire dans la communauté chrétienne. Lui-même enfant de la banlieue sud de Beyrouth, il s’est déclaré solidaire du nouveau malheur qui frappe le pays, mais encore plus durement la communauté chiite dont les zones d’habitation ont été ravagées. Ce faisant, il a érigé un barrage contre la nouvelle discorde communautaire que la violence hors normes de l’action israélienne s’efforce de provoquer : celle-ci constituerait le meilleur atout de l’Etat juif et de ses alliés à Washington pour tenter à nouveau, comme en 1982, de briser cette nation « rebelle » et de la satelliser.

Les sirènes du « clash des civilisations » et la lassitude de tout un pays qui, depuis 1975, supporte seul, avec les Palestiniens, le poids de la machine de guerre israélienne n’auront-elles pas raison, à la longue, de l’admirable résistance de la société libanaise à tous les malheurs qu’elle affronte ? Les nombreuses lacunes de la résolution 1701 du Conseil de sécurité ne vont-elles pas être utilisées pour permettre à Israël et aux Etats-Unis de dicter leur volonté au gouvernement libanais et de s’immiscer dans ses affaires intérieures, comme ils n’ont cessé de le faire depuis l’adoption de la résolution 1559 ?

Nombre de Libanais souhaitent voir leur pays neutralisé dans le conflit israélo-palestinien, coupé de son arrière-pays syrien, devenant ainsi un Monte-Carlo pour riches émirs pétroliers du « nouveau Moyen-Orient » promis par M. George W.Bush. Mais ce vieux rêve pusillanime ne saurait permettre au Liban de faire face aux défis historiques qui lui sont lancés. De plus, le spectre de la guerre civile à laquelle, sous couvert de « démocratisation », les Etats-Unis poussent l’Irak et l’affrontement entre sunnites et chiites que les régimes arabes clients soumis des Etats-Unis attisent dans la région hantent désormais tous les esprits.

Cette désintégration participe des plans israéliens et américains. Elle ouvrirait alors la porte à encore plus de chaos et de souffrances. Le Liban saura-t-il s’en protéger et conserver le formidable élan de solidarité de toutes les communautés face à l’agression ? Seul l’avenir le dira.

(1) Cf. Histoire du pluralisme religieux dans le bassin méditerranéen, Geuthner, Paris, 1998.

(2) Cf. Youakim Moubarac, un homme d’exception, La Librairie orientale, Beyrouth, 2004.

(3) La signature par Anouar El-Sadate, sous égide américaine, d’un traité de paix avec Israël (1978) a relancé les violences au Liban (cf. Le Liban contemporain, La Découverte, Paris, 2005). En revanche, sur le front syrien – le Golan occupé – règne jusqu’à aujourd’hui un calme qui contraste avec la longue déstabilisation du Liban.

(4) Au cours de son célèbre discours du 12 novembre 1974 devant l’Assemblée générale des Nations unies, Yasser Arafat parlera de son « rêve » de voir émerger « un seul pays démocratique où chrétiens, juifs et musulmans vivront dans un Etat fondé sur une base de justice, d’égalité et de fraternité ».

(5) Lire « La balkanisation du Proche-Orient. Entre le mythe et la réalité », Le Monde diplomatique, janvier 1983.

(6) Un de ses premiers actes sera, au cours de l’été, le massacre du camp palestinien de Tal Al-Zaatar.

Georges Corm est ancien ministre libanais des finances, auteur du Proche-Orient éclaté, 1956-2006, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 2006, et de Orient-Occident, la fracture imaginaire, La Découverte, Paris, 2005.
Septembre 2006 – Le Monde Diplomatique – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.monde-diplomatique.fr/20…

115 mensonges sur les attentats du 11 septembre

David Ray Griffin

115 mensonges sur les attentats du 11 septembre

Pour chaque mensonge, on se référera aux analyses du professeur David Ray Griffin dans son ouvrage Omissions et manipulations de la Commission d’enquête. Les chiffres entre parenthèse renvoient aux pages du livre dans son édition originale états-unienne.

1. L’omission de la preuve qu’au moins six des pirates de l’air présumés (dont Waleed al- Shehri, que la Commission accuse d’avoir poignardé une hôtesse de l’air du vol UA11 avant que celui-ci s’écrase sur la tour Nord du World Trade Center) sont toujours vivants (19-20).
2. L’omission des preuves concernant Mohamed Atta (comme son penchant signalé pour l’alcool, le porc et les danses érotiques privées – lap dances – ) sont en contradiction avec les affirmations de la Commission selon lesquelles il était devenu un fanatique religieux (20-21).
3. La confusion volontairement créée autour des preuves que Hani Hanjour était un pilote trop incompétent pour amener un avion de ligne à s’écraser sur le Pentagone (21-22).
4. L’omission du fait que les listes des passagers (flight manifests) rendues publiques ne contenaient aucun nom d’Arabe (23).
5. L’omission du fait qu’un incendie n’a jamais causé l’effondrement total d’un bâtiment à structure d’acier, ni avant ni après le 11 Septembre (25).
6. L’omission du fait que les incendies des Tours Jumelles n’étaient ni extrêmement étendus, ni particulièrement intenses, ni même très longs en comparaison avec d’autres incendies dans des gratte-ciels (de structures) similaires, qui eux ne se sont jamais écroulés (25-26).
7. L’omission du fait qu’étant donné l’hypothèse que les effondrements aurait été provoqués par l’incendie, la Tour Sud, touchée plus tard que la Tour Nord et en proie à des flammes de moindre intensité, n’aurait pas dû s’effondrer la première (26).
8. L’omission du fait que le bâtiment n°7 du WTC (qui n’a pas été touché par un avion et qui ne fut le théâtre que de petits incendies localisés) s’est aussi écroulé, un événement que l’Agence Fédérale pour le Traitement des Situations d’Urgence (FEMA) a reconnu ne pouvoir expliquer (26).
9. L’omission du fait que l’effondrement des Tours Jumelles (et du bâtiment n°7) présente au moins 10 caractéristiques d’une démolition contrôlée (26-27). 10. L’assertion que le coeur de la structure de chacune des Tours Jumelles était « un puits d’acier vide », une affirmation qui nie la présence de 47 massives colonnes d’acier qui constituaient en réalité le coeur de chaque tour et qui, selon la théorie de « l’empilement des étages » (the « pancake theory ») explicative des effondrements, aurait dû restées dressées vers le ciel sur de nombreuses dizaines de mètres (27-28).
11. L’omission de la déclaration de Larry Silverstein [le propriétaire du WTC] selon laquelle il décida, en accord avec les pompiers, de « démolir » (to « pull », argot technique) le bâtiment n°7 (28).
12. L’omission du fait que l’acier des bâtiments du WTC fut rapidement déblayé de la scène du crime et embarqué sur des navires à destination de l’étranger AVANT qu’il puisse être analysé pour y déceler des traces d’explosifs (30).
13. L’omission du fait que le bâtiment n°7 ayant été évacué avant son effondrement, la raison officielle invoquée pour le déblaiement rapide de l’acier [sur ce site] (que certaines personnes puissent être encore vivantes sous les décombres) ne faisait aucun sens dans ce cas précis (30).
14. L’omission de la déclaration du maire R. Giuliani selon laquelle il avait été prévenu que le WTC allait s’effondrer (30-31).
15. L’omission du fait que Marvin Bush, le frère du Président, et son cousin Wirt Walker III étaient tous les deux directeurs de la société chargée de la sécurité du WTC (31-32).
16. L’omission du fait que l’aile Ouest du Pentagone [celle effectivement touchée] était la moins susceptible d’être prise pour cible par des terroristes de al-Qaida, pour plusieurs raisons (33- 34).
17. L’omission de toute discussion pour établir si les dommages sur le Pentagone étaient compatibles avec l’impact d’un Boeing 757 se déplaçant à plusieurs centaines de kilomètres/heure (34).
18. L’omission du fait qu’il existe des photos montrant que la façade de l’aile Ouest ne s’est effondrée que 30 minutes après la frappe, et aussi que le trou d’entrée apparaît bien trop petit pour un Boeing 757 (34).
19. L’omission de tout témoignage contradictoire au sujet de la présence ou de l’absence de débris visibles d’un Boeing 757 que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Pentagone (34-36).
20. L’absence de toute discussion pour établir si le Pentagone disposait d’un système de défense anti-missile capable d’abattre un avion de ligne commercial, bien que la Commission suggéra que les terroristes d’al-Qaida n’attaquèrent pas une centrale nucléaire parce qu’ils assumaient qu’elle serait ainsi défendue (36).
21. L’omission du fait que les images de différentes caméras de surveillance (y compris celles de la station service en face du Pentagone, dont le film fut confisqué par le FBI immédiatement après la frappe) pourraient sans doute donner une réponse à ce qui a réellement percuté le Pentagone (37-38).
22. L’omission de la référence du Ministre de la Défense D. Rumsfeld à « un missile [utilisé] pour endommager [le Pentagone] » (39).
23. L’approbation apparente de la réponse totalement insatisfaisante à la question de savoir pourquoi les agents des Services Secrets permirent au Président Bush de rester dans l’école de Sarasota à un moment où, selon la version officielle, ils auraient dû assumer qu’un avion détourné aurait pu prendre l’école pour cible (41-44).
24. L’échec à expliciter pourquoi les Services Secrets n’ont pas demandé la protection de chasseurs pour [l’avion présidentiel] Air Force One (43-46).
25. Les affirmations selon lesquelles lorsque le cortège présidentiel arriva à l’école [de Sarasota], personne dans l’assistance ne savait que plusieurs avions avaient été détournés (47-48).
26. L’omission du rapport selon lequel le Ministre de la Justice John Ashcroft fut averti d’arrêter de prendre des lignes aériennes commerciales avant le 11 Septembre (50).
27. L’omission de l’affirmation de David Schippers qu’il avait, sur la base d’informations fournies par des agents du FBI à propos d’attaques prévues dans le Sud de Manhattan, tenté en vain de transmettre cette information au Ministre de la Justice John Ashcroft pendant les 6 semaines précédant le 11 Septembre (51).
28. L’omission de toute mention que des agents du FBI auraient affirmé avoir eu connaissance des cibles et des dates des attaques [terroristes] longtemps à l’avance (51-52).
29. L’affirmation, par une réfutation circulaire qui présume la question résolue, que le volume inhabituel des achats d’options à la baisse avant le 11 Septembre n’impliquait pas que les acheteurs savaient à l’avance que les attaques se produiraient. (52-57)
30. L’omission des rapports selon lesquels le maire [de San Francisco] Willie Brown et certains responsables du Pentagone reçurent des mises en garde sur le fait de prendre l’avion le 11 Septembre (57).
31. L’omission du rapport selon lequel Oussama ben Laden, qui était déjà le criminel le plus recherché des États-Unis, fut traité en juillet 2001 par un docteur américain à l’hôpital américain de Dubai et y reçu la visite de l’agent local de la CIA (59).
32. L’omission des articles suggérant qu’après le 11 Septembre, l’armée américaine laissa délibérément Oussama ben Laden s’échapper (60).
33. L’omission de rapports, incluant celui sur la visite par le chef des services de renseignements saoudiens à Oussama ben Laden à l’hôpital de Dubai, qui sont en contradiction avec la version officielle selon laquelle Oussama fut renié par sa famille et son pays (60-61).
34. L’omission du compte-rendu de Gerald Posner sur le témoignage de Abu Zubaydah, selon lequel trois membres de la famille royale saoudienne (qui périrent tous mystérieusement à huit jours d’intervalle) finançaient al-Qaida et avaient une connaissance anticipée des attaques du 11 Septembre (61-65).
35. Le démenti par la Commission d’avoir trouvé une preuve du financement d’al-Qaida par les Saoudiens (65-68).
36. Le démenti par la Commission d’avoir trouvé une preuve que de l’argent de la femme du Prince Bandar, la Princesse Haifa, alla à des agents d’al-Qaida (69-70).
37. Le démenti, en ignorant tout simplement la distinction entre vols privés et vols commerciaux, que le vol privé transportant des Saoudiens de Tampa à Lexington le 13 Septembre violait les règlements de l’espace aérien en vigueur à cette date (71-76).
38. Le démenti que des Saoudiens furent autorisés à quitter le territoire des États-Unis peu de temps après le 11 Septembre sans avoir été l’objet d’une enquête appropriée (76-82).
39. L’omission de la preuve que le Prince Bandar obtint une autorisation spéciale de la Maison-Blanche pour les vols des Saoudiens (82-86).
40. L’omission de l’affirmation de Coleen Rowley que des responsables au Q.-G. du FBI avait vu le mémo de Phoenix de l’agent Kenneth Williams (89-90).
41. L’omission du fait que l’agent du FBI à Chicago Robert Wright affirme que le Q.-G. du FBI referma son enquête sur une cellule terroriste, puis tenta de l’intimider pour l’empêcher de publier un livre relatant expériences (91).
42. L’omission de la preuve que le Q.-G. du FBI sabota la tentative de Coleen Rowley et d’autres agents [du FBI] de Minneapolis pour obtenir un mandat pour rechercher l’ordinateur de Zacarias Moussaoui (91-94).
43. L’omission des trois heures trente de déposition devant la Commission par Sibel Edmonds, ancienne traductrice au FBI, déposition qui selon une lettre rendue publique par elle et adressée au Président [de la Commission] Kean, révélait de sérieuses dissimulations de la part de responsables du FBI, en relation avec le 11 Septembre, et ce au Quartier Général même du FBI (94-101).
44. L’omission du fait que le Général Mahmoud Ahmad, le Chef de l’ISI [les Services de Renseignement Pakistanais], se trouvait à Washington une semaine avant le 11 Septembre, et rencontra le Directeur de la CIA George Tenet ainsi que d’autres haut-responsables étasuniens (103-04).
45. L’omission de la preuve que Ahmad, le Chef de l’ISI [les Services de Renseignement Pakistanais] avait ordonné l’envoi de $100,000 à Mohamed Atta avant le 11 Septembre (104- 07).
46. L’affirmation de la Commission qu’elle ne trouva aucune preuve qu’un seul gouvernement étranger, y compris le Pakistan, avait financé des agents d’al-Qaida (106).
47. L’omission du rapport selon lequel l’Administration Bush fit pression sur le Pakistan pour limoger Ahmad de son poste de Chef de l’ISI après la divulgation de l’information selon laquelle il avait ordonné l’envoi d’argent de l’ISI à Mohamed Atta (107-09).
48. L’omission de la preuve que l’ISI (et pas seulement al-Qaida) était derrière l’assassinat de Ahmad Shah Massoud (le commandant de l’Alliance du Nord en Afghanistan), qui se produisit juste après une rencontre qui dura une semaine entre des responsables de la CIA et de l’ISI (110-112).
49. L’omission de la preuve que l’ISI est impliqué dans l’enlèvement et le meurtre de Daniel Pearl, journaliste au Wall Street Journal (113).
50. L’omission du rapport de Gerald Posner selon lequel Abu Zubaydah affirma qu’un officier militaire pakistanais, Mushaf Ali Mir, ayant des liens étroits avec l’ISI et al-Qaida avait une connaissance anticipée des attaques du 11 Septembre (114).
51. L’omission de la prédiction faite en 1999 par Rajaa Gulum Abbas, un agent de l’ISI, que les Tours Jumelles « s’effondreraient » (114).
52. L’omission du fait que le Président Bush et d’autres membres de son Administration évoquèrent à plusieurs reprises les attaques du 11 Septembre comme des « opportunités » (116-17).
53. L’omission du fait que le Projet pour le Nouveau Siècle Américain (« The Project for the New American Century »), dont de nombreux membres devinrent des figures clés de l’Administration Bush, publia un document en 2000 disant qu’un « nouveau Pearl Harbour » aiderait à l’obtention de fonds pour une transformation technologique rapide de l’appareil militaire américain (117-18).
54. L’omission du fait que Donald Rumsfeld, qui était le président de la commission de l’US Space Command et avait recommandé l’accroissement du budget alloué, utilisa les attaques du 11 Septembre le soir même pour s’assurer de tels crédits (119-22).
55. Le fait de ne pas mentionner que les trois hommes responsables de l’échec à prévenir les attaques du 11 Septembre (le Ministre Rumsfeld, le Général Richard Myers, et le Général Ralph Eberhart) étaient également les trois principaux promoteurs de l’US Space Command (122).
56. L’omission du fait que Unocal avait déclaré que les Talibans ne pouvaient pas garantir une sécurité adéquate pour commencer la construction de ses pipelines (de pétrole et de gaz) depuis le bassin Caspien au travers de l’Afghanistan et du Pakistan (122-25).
57. L’omission du rapport selon lequel des représentants des États-Unis dirent à l’occasion d’une rencontre en juillet 2001 que, parce que les Talibans refusaient leur proposition de développer la construction d’un oléoduc, une guerre contre eux commenceraient en octobre (125-26).
58. L’omission du fait que dans son livre publié en 1997 Zbigniew Brzezinski avait écrit que pour que les États-Unis maintiennent leur primauté globale, ils avaient besoin du contrôle de l’Asie Centrale, avec ses vastes réserves de pétrole, et qu’un nouveau Pearl Harbour serait utile pour obtenir l’adhésion de l’opinion publique américaine à ces visées impériales (127-28).
59. L’omission du fait que des membres clés de l’Administration Bush, dont Donald Rumsfeld et son délégué Paul Wolfowitz, s’étaient démenés en faveur d’une nouvelle guerre contre l’Irak pendant de nombreuses années (129-33).
60. L’omission des notes des conversations de Donald Rumsfeld le 11 Septembre qui montrent qu’il était déterminé à utiliser les attaques comme un prétexte pour une guerre contre l’Irak (131-32).
61. L’omission de la déclaration contenue dans le Projet pour un Nouveau Siècle Américain que « le besoin pour une présence américaine forte dans le Golfe dépasse le sujet du régime de Saddam Hussein » (133-34).
62. L’affirmation que le protocole de la FAA (Federal Aviation Agency) au sujet du 11 Septembre requérait le long processus de passer par plusieurs étapes dans la chaîne de commandement, même si le Rapport Officiel [de la Commission] cite des preuves du contraire (158).
63. L’affirmation que ces jours-là, seules deux bases de l’US Air Force dans le secteur Nord- Est du NORAD (North American Aerospace Defense Command pour Centre de Commandement de la Défense de l’Aérospatial de l’Amérique du Nord) conservaient des chasseurs en alerte et qu’en particulier il n’y avait pas d’avions de combat en alerte à McGuire ou à Andrews (159-162).
64. L’omission du fait que la base Andrews de l’US Air Force convervait plusieurs avions de chasse en alerte de façon permanente (162-64).
65. L’acceptation de la double affirmation que le Colonel Marr du NEADS (North East Air Defense Sector) devait téléphoner à un supérieur pour obtenir la permission d’envoyer des chasseurs depuis [la base] d’Otis et que cet appel nécessita huit minutes (165-66).
66. L’approbation de l’affirmation que la perte du signal du transpondeur d’un avion rend virtuellement impossible sa localisation par for par les radars de l’armée américaine (166- 67).
67. L’affirmation que l’interception de Stewart Payne n’a pas montré que le temps de réponse du NORAD au vol AA11 fut extraordinairement lent (167-69).
68. L’affirmation que les chasseurs de la base d’Otis restèrent cloués au sol sept minutes après qu’ils en eurent reçu l’ordre parce qu’ils ne savaient pas où aller (174-75).
69. L’affirmation que l’armée américaine n’était pas informée du détournement du vol UA175 avant 9h03, moment exact où il percutait la tour Sud du WTC (181-82).
70. L’omission de toute explication sur (a) la raison pour laquelle un rapport antérieur du NORAD, selon lequel la FAA avait notifiée les militaires du détournement du vol UA175 à 8h43, était maintenant considéré comme faux et (b) comment ce rapport, s’il était faux, a pu être publié et ensuite laissé non corrigé pendant près de trois ans (182).
71. L’affirmation que la FAA n’a installé de téléconférence qu’à partir de 9h20 ce matin-là (183).
72. L’omission du fait qu’un mémo de Laura Brown de la FAA affirme que la téléconférence fut établie à environ 8h50 et qu’elle porta notamment sur le détournement du vol UA175 (183-84, 186).
73. L’affirmation que la téléconférence de la NMCC, (le Centre National de Commandement Militaire ou National Military Command Center) ne débuta pas avant 9h29 (186-88).
74. L’omission, dans l’affirmation de la Commission que le vol AA77 n’a pas dévié de sa course avant 8h54, du fait que des rapports précédents avaient annoncé 8h46 (189-90). 75. L’échec à mentionner que l’annonce du crash d’un jet dans le Kentucky, à peu près au moment où le vol AA77 disparaissait du radar de la FAA, fut prise suffisamment au sérieux par les responsables de la FAA et de l’unité du contre-terrorisme du FBI pour être relayée à la Maison-Blanche (190).
76. L’affirmation que le vol AA77 vola près de 40 minutes dans l’espace aérien américain en direction de Washington sans être détecté par les radars des militaires (191-92).
77. L’échec à expliquer, si le précédent rapport du NORAD selon lequel il fut notifié du vol AA77 à 9h24 était « incorrect », comment ce rapport erroné a pu voir le jour, c’est-à-dire, de savoir si les responsables du NORAD ont menti ou furent « embrouillés » pendant près de trois ans (192-93).
78. L’affirmation que les avions de combats de Langley, dont le NORAD avait tout d’abord dit qu’ils furent dépêchés pour intercepter le vol AA77, furent réellement déployés en réponse à un rapport erroné de la part d’un contrôleur (non-identifié) de la FAA à 9h21 que le vol AA11 était toujours en l’air et se dirigeait vers Washington (193-99).
79. L’affirmation que les militaires ne furent pas contactés par la FAA à propos du probable détournement du vol AA77 avant que le Pentagone soit touché (204-12).
80. L’affirmation que Jane Garvey ne s’est pas jointe à la vidéoconférence de Richard Clarke avant 9h40, c’est-à-dire après que le Pentagone soit percuté (210).
81. L’affirmation qu’aucune des téléconférences ne parvint à coordonner la FAA et les réponses des militaires aux détournements parce « qu’aucune [d’elles] incluait les bons responsables au sein de la FAA et du Ministère de la Défense », bien que Richard Clarke dise que sa vidéoconférence incluait la Directrice de la FAA Jane Garvey comme le Ministre de la Défense Rumsfeld et le Général Richard Myers, le Chef des Forces Armées par intérim (211).
82. L’affirmation de la Commission qu’elle ne savait pas qui, au sein du Ministère de la Défense, participa à la vidéoconférence avec Richard Clarke alors que Clarke affirme dans son livre qu’il s’agissait de Donald Rumsfeld et du Général Myers (211-212). 83. L’approbation de l’affirmation du Général Myers qu’il se trouvait sur Capitol Hill pendant les attaques, sans mentionner le compte-rendu contradictoire de Richard Clarke, selon lequel Myers était au Pentagone et participait à la vidéoconférence avec Clarke (213-17).
84. L’échec à mentionner la contradiction entre le témoignage de Clarke au sujet de l’emploi du temps de Rumsfeld ce matin-là et les propres déclarations de Rumsfeld (217-19).
85. L’omission du témoignage du Ministre des Transports Norman Mineta, donné à la Commission elle-même, que le Vice-Président Cheney et les autres [personnes présentes] dans l’abri souterrain étaient avertis à 9h26 qu’un avion s’approchait du Pentagone (220).
86. L’affirmation que les responsables du Pentagone ne savaient rien d’un avion s’approchant d’eux avant 9h32, 9h34, ou 9h36, et dans tous les cas seulement quelques minutes avant que le bâtiment soit touché (223).
87. L’acceptation de deux versions contradictoires au sujet de l’appareil qui percuta le Pentagone : une qui relate l’exécution d’une spirale à 330 degrés vers le bas (un « piqué à grande vitesse ») et une autre dans laquelle il n’est pas fait mention de cette manoeuvre (222-23).
88. L’affirmation que les avions de chasse de Langley, qui reçurent soit-disant l’ordre de décoller rapidement pour protéger Washington contre le « vol fantôme AA11 » n’étaient nulle part près de Washington parce qu’ils furent envoyés vers l’océan par erreur (223-24).
89. L’omission de toutes les preuves suggérant que ce qui frappa le Pentagone n’était pas le vol AA77 (224-25).
90. L’affirmation que les militaires ne furent pas informés par la FAA du détournement du vol UA93 avant qu’il ne s’écrase (227-29, 232, 253).
91. La double affirmation que le NMCC n’a pas contrôlé la conférence initiée par la FAA et donc fut incapable de connecter la FAA à la téléconférence initiée par le NMCC (230-31).
92. L’omission du fait que les Services Secrets sont capables de savoir tout ce que sait la FAA (233).
93. L’omission de toute enquête sur les raisons pour lesquelles le NMCC lança sa propre téléconférence, si, comme Laura Brown de la FAA l’a dit, cela n’est pas le protocole standard (234).
94. L’omission de toute enquête sur les raisons pour lesquelles le Général Montague Winfield fut non seulement remplacé par un « bleu » (a rookie), le Capitaine Leidig, en tant que Directeur des Opérations du NMCC mais encore l’a laissé au commandement quand il fut clair que le Pentagone était confronté à une crise sans précédent (235-36).
95. L’affirmation que la FAA notifia (de façon erronée) les Services Secrets entre 10h10 et 10h15 que le vol UA93 était encore dans le ciel et se dirigeait vers Washington (237).
96. L’affirmation que le Vice-Président Cheney ne donna l’autorisation de tir qu’après 10h10 (plusieurs minutes après que le vol UA93 se fut écrasé) et que cette autorisation ne fut pas transmise à l’armée US avant 10h31 (237-41).
97. L’omission de toutes les preuves indiquant que le vol UA93 fut abattu par un avion militaire (238-39, 252-53).
98. L’affirmation que [le Tsar du Contre-Terrorisme] Richard Clarke ne reçut la demande d’autorisation de tir qu’à 10h25 (240).
99. L’omission du propre témoignage de Clarke, qui suggère qu’il reçut cette demande d’autorisation de tir vers 9h50 (240).
100. L’affirmation que Cheney ne gagna l’abri souterrain du PEOC [ou CPOU pour Centre Présidentiel d’Opérations d’Urgence]) qu’à 9h58 (241-44).
101. L’omission de multiples témoignages, dont celui de Norman Mineta [le Ministre des Transports] à la Commission elle-même, que [le Vice-Président] Cheney se trouvait dans le CPOU avant 9h20 (241-44).
102. L’affirmation que l’autorisation d’abattre un avion civil devait être donnée par le Président (245).
103. L’omission de rapports que le Colonel Marr donna l’ordre d’abattre le vol UA93 et que le Général Winfield indiqua que lui et d’autres [officiers] au NMCC s’attendaient à ce qu’un chasseur atteigne le vol UA93 (252).
104. L’omission de rapports indiquant qu’il y avait deux avions de chasse dans le ciel à quelques kilomètres de New York et trois à seulement 320 kilomètres de Washington (251).
105. L’omission du fait qu’il existait au moins six bases militaires avec des chasseurs en état d’alerte dans la région Nord-Est des États-Unis (257-58).
106. L’approbation de l’affirmation du Général Myers que le NORAD avait défini sa mission en termes de défense seulement contre des menaces dirigées [vers les Etats-Unis] depuis l’étranger (258-62).
107. L’approbation de l’affirmation du Général Myers que le NORAD n’avait pas envisagé la possibilité que des terroristes pourraient utiliser des avions de ligne détournés comme des missiles (262-63).
108. L’échec de mettre en perspective la signification du fait, présenté dans le Rapport lui-même, ou de mentionner d’autres faits prouvant que le NORAD avait effectivement envisagé la menace posée par des avions de ligne détournés d’être utilisés comme des missiles (264- 67).
109. L’échec de sonder les implications de la question de savoir comment les manoeuvres militaires (« war games ») programmées ce jour-là purent influer sur l’échec des militaires à intercepter les avions de ligne détournés (268-69).
110. L’échec de discuter la pertinence possible de l’Opération Northwoods avec les attaques du 11 Septembre (269-71).
111. L’affirmation (présentée pour expliquer pourquoi les militaires n’obtinrent pas l’information au sujet des avions détournés à temps pour les intercepter) que le personnel de la FAA inexplicablement faillit à suivre les procédures standards quelques 16 fois (155-56, 157, 179, 180, 181, 190, 191, 193, 194, 200, 202-03, 227, 237, 272-75).
112. L’échec de mentionner que l’indépendance proclamée de la Commission fut fatalement compromise par le fait que Philip Zelikow, son directeur exécutif, était virtuellement un membre de l’Administration Bush (7-9, 11-12, 282-84). (ndt : un proche collaborateur de Mme. Condoleeza Rice)
113. L’échec de mentionner que la Maison-Blanche chercha d’abord à empêcher la création de la Commission [Officielle d’Enquête sur les Attaques Terroristes du 11 Septembre], puis plaça de nombreux obstacles sur sa route, comme le fait de lui accorder un budget extrêmement restreint (283-85). (ndt : estimé à environ 15 millions de dollars, quand le film de fiction « Vol 93 » de Paul Greengrass en a coûté 18, et « World Trade Centre » d’Oliver Stone 4 FOIS PLUS soit 60 millions de dollars ; concernant le premier point, il a fallu attendre 441 jours pour que cette Commission soit créée et M. Bush proposa que M. Kissinger en soit le président…avant de se rétracter sous les critiques virulentes de l’opinion publique.)
114. L’échec de mentionner que le Président de la Commission, la plupart des autres Commissionnaires, et qu’au moins la moitié du personnel avait de sérieux conflits d’intérêt (285-90, 292-95).
115. L’échec de la Commission, qui se vantait que la présentation de son rapport final s’était faite « sans dissension », de mentionner que cela n’avait été possible que parce que Max Cleland, le Commissionnaire le plus critique à l’encontre de la Maison-Blanche qui jura « qu’il ne serait pas complice d’un traitement partial des informations » dut démissionner pour accepter un poste à la Banque Export-Import, et que la Maison-Blanche transmit sa nomination seulement après qu’il soit devenu très direct dans ses critiques (290-291).
Je terminerai en précisant que j’ai conclu mon étude de ce que je suis venu à appeler « le rapport de Kean-Zelikow » en écrivant ceci : Au final, le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11 septembre, loin de chasser mes soupçons sur une complicité officielle ne servit qu’à les confirmer. Pourquoi les responsables chargés de la rédaction de ce rapport final s’engageraient dans une telle entreprise de supercherie, si ce n’était pour tenter de couvrir de très grands crimes ? (291).

David Ray Griffin
Ancien professeur de logique et de théologie à l’université de Claremont

Source : Réseau Voltaire 
http://www.voltairenet.org/article143694.html#article143694 

 

Un Palestinien témoigne depuis Gaza

Gaza : « Israël veut nous chasser hors de toutes nos terres »

Un Palestinien témoigne depuis Gaza.

Propos recueillis par Silvia Cattori le 27 juillet 2006.

Khaled vit dans la précarité d’un camp de refugiés à Gaza. Ses témoignages poignants ont été traduits en plusieurs langues. Aujourd’hui, sa voix, habituellement enjouée, était emplie de révolte et d’une grande lassitude.

Silvia Cattori : Les bombardements de l’armée israélienne ont déjà fait plus de cinq cent victimes et des milliers de blessés en quelque semaine à Gaza et au Liban. Les autorités d’Israël n’ont-ils aucune considération humaine ?

Khaled : Maintenant les soldats sont en train de bombarder de tous côtés, par le ciel, par les chars postés au bord de la frontière nord de Gaza. C’est très angoissant. Nous sommes chaque jour plongés dans l’infinie douleur à cause de nos morts et de nos blessés. Hier les tirs israéliens ont fait 25 nouvelles victimes et plus de 70 blessés parmi les habitants du quartier Al Shijaeeya à Al Sha’af, à l’est de la ville de Gaza et, dans le quartier de Jabalyia, ils ont bombardé une maison située à une centaine de mètres de ma maison.

S.C. – Allez-vous devoir partir ?

Khaled : L’armée israélienne a averti un de nos voisins qu’il doit partir. Entre sa maison et la mienne, il n’y a qu’une maison.

S.C. – Mais que veut obtenir Israël par ces carnages et destructions répétés ? Quel est leur but final ? Vous terroriser pour vous faire déguerpir définitivement, comme ils l’ont déjà fait à Rafah ?

Khaled : Cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 1948, les Israéliens poursuivent toujours le même plan pour se débarrasser de nous : ils appellent ce plan  » transfert « . Une fois c’est à tel endroit qu’ils terrorisent et massacrent, une fois à tel autre. C’est un crime qui s’appelle  » épuration ethnique « . Leur but : nous faire partir pour s’emparer de notre terre sous prétexte de créer des « zones de sécurité « . Comme il n’y a pas de protestations dignes de ce nom, les soldats d’Israël ont les mains libres pour continuer indéfiniment.

S.C. – Le but est-il donc de vous terroriser par des massacres de plus en plus effroyables et, une fois la panique installée dans les cœurs, vous voir, comme en 1948, fuir en masse ? Mais où pouvez-vous fuir cette fois ? Vers l’Egypte ? 

Khaled : L’important pour eux est d’arriver à faire place nette dans la Bande de Gaza. Peu importe s’il faut nous jeter à la mer. C’est leur plan. C’est comme ça que les ¾ des Palestiniens ont fui en 1948. Mais je crois que, jamais plus, les Israéliens ne réussiront à nous faire quitter ce refuge.

S.C. – Vous devez être déçus du résultat de la conférence de Rome où le cri du premier ministre libanais, réclamant l’instauration d’un cessez le feu immédiat, n’a pas été entendu. Cela a-t-il été ressenti à Gaza comme un feu vert donné à Israël pour continuer de vous massacrer ?

Khaled : L’Occident a toujours laissé les gouvernements israéliens massacrer et détruire comme ils veulent. Ce n’est que le degré de brutalité qui varie. Les droits de l’homme sont violés par l’Etat d’Israël au vu et au su du monde entier, avec l’appui des Etats-Unis, et les organisations comme Amnesty international se taisent et les Européens se taisent, et c’est à nous les victimes que l’on demande de faire des efforts. Chaque fois que le Conseil de sécurité met au vote une résolution qui critique les agissements d’Israël, les Etats-Unis mettent immédiatement leur veto et empêchent qu’Israël soit condamné. Pour nous, c’est comme toujours. L’Occident condamne notre résistance. Le Hamas et le Hezbollah, quoi que vous pensiez, sont l’honneur des peuples arabes. Israël veut tuer la seule force qui le défie et qui nous honore. Pour nous ce qui se passe à Gaza et maintenant au Liban, est terrible. Mais, même si ce que nous subissons est plus que jamais effroyable, il faut que l’Europe sache que jamais nous n’abandonnerons nos autorités du gouvernement Hamas. 

S.C. – Vous n’imaginiez pas que les bataillons de chars oseraient pénétrer à l’intérieur de la Bande de Gaza ?

Khaled : Oui c’est fait ; ils sont entrés au nord de Gaza, ils sont proches de Jabalyia. Il n’y a plus que deux kilomètres qui nous séparent. Il se peut que, s’ils entrent à Jabalyia, nous ayons à subir un massacre comme à Sabra et Chatila.

S.C. – Ce qui veut dire que vous vous sentez complètement démunis face à cette armée aguerrie ?

Khaled : Les militants essaient de nous protéger, de ne pas laisser les soldats israéliens entrer dans les quartiers, mais ils n’ont pas les moyens de les en empêcher. Au Liban, les militants du Hezbollah peuvent se battre contre eux car il y a des montagnes et des zones peu peuplées. Mais, ici, nous sommes entassés les uns sur les autres et, si on veut s’échapper, aller d’un endroit à l’autre, ce n’est pas possible. Sous leurs obus il n’y a pas de lieu sûr. Nous n’avons d’autre choix que de rester dans nos maisons et d’espérer que Dieu nous protège.

S.C. – Le fait de ne pouvoir s’échapper doit créer un sentiment d’enfermement encore plus oppressant ?

Khaled : Oui nous nous sentons emprisonnés. La Bande de Gaza est la plus grande prison du monde.

S.C. – Vos autorités ont-elles fait appel aux organisations humanitaires ?

Khaled : Tous ces représentants des ONG, de l’ONU, ou des gouvernements, n’ont jamais rien fait de concret pour nous. Nous souffrons toujours davantage et leurs projets de paix ou d’aide ne servent qu’à renforcer la position d’Israël. Le dernier exemple en date est la conférence de Rome. Vous pouvez voir tous les jours le sang de nos enfants couler. Qui en a cure ? Peut-être que, pour le peuple libanais, ils sont obligés d’agir vu l’importance des destructions infligées par Israël. Mais pour ce que nous subissons ici à Gaza avez-vous entendu la Croix rouge ou d’autres organisations des droits de l’homme protester ? Les avez-vous entendus accuser Israël de crimes de guerre ? Amnesty avait qualifié les attentas suicides de crime contre l’humanité en 2003. Amnesty se tait quand il s’agit d’Israël.

S.C. – Vos militants sont donc totalement impuissants à stopper les bataillons de chars israéliens ?

Khaled : Oui. Ils n’ont rien d’autre à faire que de se tenir debout.

S.C. – Mais, quand les bombardements cessent, ce que l’on voit ce sont surtout des femmes et des enfants massacrés. La population doit se sentir dans un état d’abandon et de panique indescriptible, les enfants surtout ?

Khaled : Cela exigerait que le monde entier dénonce ces crimes odieux contre des innocents. Or les Etat arabes eux aussi se taisent et, quand ils s’expriment, c’est pour appuyer la position des Etats-Unis.

Les enfants sont déjà traumatisés depuis longtemps. Ils ont des comportements inquiétants. L’armée israélienne mène une guerre contre des militants qui prennent leurs responsabilités pour tenter de nous protéger. Les dirigeants du gouvernement sont très menacés et vivent dans la clandestinité. Ils ne sont pas aptes, eux non plus, à prendre un fusil contre un char.

S.C. – Avez-vous l’espoir que ce déluge d’obus cesse bientôt ?

Khaled : Israël ne va pas s’arrêter. Il ne s’arrêtera que si l’un de ces massacres soulève de grandes protestations. Alors là, l’armée israélienne se retirera un peu, en attendant que les protestations se calment, et puis ses massacres vont recommencer.

Copyright : silviacattori@yahoo.it

Pour une réconciliation entre Juifs et Arabes

Pour une réconciliation entre Juifs et Arabes
Elias Davidsson


(publié par Actualité de l’émigration, organe de l’amicale des Algériens en Europe, No. 67, du 10 décembre 1986)

Quoique je n’habite plus la Palestine depuis ma tendre jeunesse, je ne peux pas cacher ma passion pour ce pays tourmenté et ensanglanté. Né en Palestine en 1941 de parents juifs chassés de l’Allemagne nazie, je dois mon existence à la Palestine terre je refuge pour mes parents, pays où je faillis être assassiné par des arabes en fureur, fus sauvé par des arabes au cœur d’or, pays dont je pleure les blessures.

J’ai vécu mes premières années dans une banlieue de Jérusalem, où juifs et arabes se côtoyaient en bonne entente. Notre famille eut des relations d’amitié avec des familles arabes du quartier. Ma mère, j’en suis fier, apprit l’arabe. Quant à moi, jamais je n’effacerai de ma mémoire et de ma chair les images, sons, odeurs et sensations innommables dont je fus imprégné à cet âge tendre. Je les porte quasi¬ment dans mon sang et j’y trouve jusqu’à ce jour une source d’inspiration et une énergie vitale irremplaçable.

Le destin de ma vie a voulu que je m’éloigne physiquement de la Palestine et m’installe très loin du pays natal. Mon intérêt pour ce pays et les soucis qui m’agitent de plus en plus à son propos, ne se sont pas estompés malgré la distance .

Comme la plupart des jeunes juifs, j’étais sujet à une endoctrination sioniste systématique, dont la vision centrale pourrait se résumer dans la formule « nous les juifs … et les autres ". Mais il s’avérait par la suite que l’idéologie sioniste n’avait pas prise sur moi car elle contredisait ma propre expérience. Les tuteurs dans le mou¬vement de jeunesse socialiste et sioniste dans lequel je participais (en Europe), essayaient de me convaincre que l’antisémitisme était un phé¬noméne naturel et qu’il était futile de vouloir le combattre. Un non-juif, un “goy", serait par principe un antisémite avoué ou inconscient. D’où je devais conclure que ma liberté et sé¬curité dépendait de mon installation dans le ghetto juif du moyen-orient, c’est-à-dire dans l’Etat sioniste. Les efforts de mes tuteurs resté¬rent vains mais ils m’ont au moins appris que l’antisémitisme était nécessaire au sionisme. Je ne savais encore rien sur les aspects politiques du sionisme, de sa collusion avec l’impéria¬lisme, de la tragédie du peuple palestinien.

Ce n’est que plus tard, par coup à coup, que j’appris l’ampleur de la mystification sioniste dont je fus dupe et de l’occultation du probléme palestinien. C’étaient des publications en hé¬breu, écrites par des juifs courageux, qui m’instruisaient les premiéres sur les crimes commis par une partie de mon peuple.

Dés lors, je ne peux que prendre acte de la tenacité, sagacité et générosité du mouvement de la résistance palestinienne, qui malgré tou¬tes les défaites et humiliations subies, tend la main aux immigrés juifs et à leurs descendants en leur proposant un destin commun dans le cadre d’un état laïque et démocratique.

Il y a hélas trop de fanatiques religieux au moyen-orient qui veulent imposer aux po¬pulations, fut-ce par la terreur, des solutions étatiques venues d’un autre âge, au lieu d’ouvrir le Machreq sur le futur et sur le monde. L’Etat sioniste, l’Iran de Khomeini et l’Arabie séoudite sont des exemples de cette concep¬tion réactionnaire révoltante. C’est pourquoi j’affirme sans réserve qu’un état laïque et dé¬mocratique en Palestine est la seule solution juste et moderne au conflit palestinien, laquelle devrait être massivement supportée par tous ceux qui se réclament démocrates, en com¬mençant par les pays occidentaux, qui se flat¬tent d’être des démocraties exemplaires. Mais ce n’est pas assez d’établir un but. Il faut aussi choisir avec soin les moyens pour y arriver. Je pense même que c’est du choix de ces moyens que dépend en fin de compte le succés de l’entreprise.

Un des fondements du sionisme est son opposition à l’assimilation des juifs. Une vraie paix en Palestine, une convivialité authentique et organique entre juifs et arabes, saperaient à la longue la «pureté» juive de l’Etat sioniste par un processus naturel d’acculturation, voire d’arabisation. C’est pourquoi les dirigeants sio¬nistes insistent tant sur le caractére “euro¬péen" de leur état, évitent de lui donner une constitution et établir un état civil (qui permet¬traient des mariages mixtes) et poursuivent une politique consciente de provocation à l’encontre des arabes. Seule une telle politique peut garantir une animosité des arabes envers les juifs, barrière naturelle à l’intégration des com¬munautés et à l’assimilation. Le jour où la oumma arabe et spécifiquement la résistance palestinienne sauront vaincre non pas les corps, mais les cœurs des juifs, en leur offrant, sans arrières-pensées, une soulh honorable, en plaçant la convivialité juive-arabe en pre¬miére priorité, en percevant la population juive de la Palestine comme un enrichissement pour le Machreq, les juifs ne manqueront pas à se détourner de l’idéologie raciste du sionisme. La lutte pour l’émancipation des juifs palestiniens est à mon avis la clé de voûte pour la solution de ce long conflit. Il est indispensable que la population juive de la Palestine, dont une bonne moitié est arabisante, puisse être gagnée à la cause de cette convivialité. Ce constat fait appel à une stratégie de lutte commune contre le sionisme, déterminée en fonction des besoins réels des couches populaires des deux peu¬ples. Les juifs palestiniens devraient pouvoir se reconnaître dans la structure de la résistance et s’identifier avec ses buts et méthodes. Les premiéres conditions pour ce développement est l’établissement d’un climat de confiance et de respect mutuels entre les divers groupes qui luttent contre le racisme et le sionisme et la conviction qu’un destin commun pour tous les palestiniens n’est pas seulement désirable mais inéluctable. Tout cela implique certains chan¬gements à la stratégie de la lutte pour l’abolition des structures sionistes, pour la démocratisa¬tion et laïcisation du pays, pour son ouverture sur le futur.

Le mouvement de résistance populaire pour la Palestine future devra bien recon¬naitre les affinités culturelles et religieuses qui lient les juifs à leur diaspora, les musulmans à l’oumma et les chrétiens à leurs églises respectives. La pluralité ethnique, reli¬gieuse et linguistique de la Palestine pose certes des problèmes complexes auxquels il faudra faire face avec courage, confiance, sagesse et équité. Cette diversité constitue en même temps une richesse formidable de facul¬tés humaines, un potentiel extraordinaire pour le développement du pays, en dehors de toutes alliances impérialistes.

La besogne est grande et d’une actualité brûlante vu l’exacerbation du conflit en Pales¬tine et la radicalisation religieuse de part et d’autre. Une nouvelle phase de la tragédie palestinienne n’est pas à exclure. Bien qu’il faut continuer à dénoncer la politique agressive de l’Etat sioniste et lutter sans cesse contre elle, seul un travail d’éducation politique à longue échéance, basé sur une stratégie humaniste et progressiste, peut débloquer le conflit et dé¬crisper les populations.

En France, il se trouve qu’il y a de très grandes communautés juives et musul¬manes. Ne serait-ce pas une contribution pour la paix si ces communautés établiraient un dialogue permanent, voire une coopération? Un tel rapprochement renforcerait les tendan¬ces humanistes dans les deux camps. Les hommes de bonne volonté des deux commu¬nautés ne manqueront certes pas à sentir l’op¬position du mouvement sioniste et de certains courants fondamentalistes musulmans au dialo¬gue. Mais je crois qu’une fois la nécessité historique du rapprochement reconnue et per¬çue comme hautement désirable, aucun secta¬risme religieux ou nationaliste ne pourra le freiner.

Les formes d’un tel rapprochement peuvent varier. Je ne me sens pas apte à en préciser les contours mais me permettrai de proposer quel¬ques unes: Débats entre personnalités reli¬gieuses, reconstitution objective de l’histoire judéo-musulmane, activités culturelles et popu¬laires communes, cours de langue, stages dans des universités dans les pays arabes et dans les kibboutzim israéliens, voyages de groupes mixtes au Machreq, etc.

Seul un projet d’un humanisme radical et progressiste est, à mon avis, à la hauteur du probléme palestinien. Seul un projet de telle envergure et d’une grande générosité, est à mesure d’aviver les espoirs et l’esprit de frater¬nité. Verrons-nous le jour où la Palestine pren¬dra sa place honorable dans le Machreq et dans la famille des nations comme nation de paix rayonnante?  

L’embargo contre le peuple irakien: Mesures licites ou crime?

L’embargo contre le peuple irakien: Mesures licites ou crime?

par Elias Davidsson

Conférence tenue à Genève le 17 novembre 1998

1. Introduction

L’embargo imposé par le Conseil de sécurité contre la population de l’Iraq est unique dans l’histoire contemporaine. Unique par son ampleur et par sa durée.

Selon les rapports officiels d’organismes tels que UNICEF, plus que 500.000 enfants sont morts à la suite des conséquences de l’embargo, depuis son imposition en aout 1990 jusqu’à aujourd’hui. Jamais une nation entière a été l’objet de conditions aussi dures et aux conséquences aussi mortelles, imposées au nom de la légitimité internationale.

Est-ce que ces conséquences sont le résultat d’une réaction spontanée ou d’une détermination refléchie ? Ne sont-elles, comme l’affirment certains, qu’un effet secondaire d’une campagne pour prévenir la danger pour la paix mondiale? Ou faudrait-il conclure que les conséquences de l’embargo reflètent tout simplement les objectifs poursuivis?

Tout d’abord quelques clarifications. Les membres du Conseil de sécurité et leurs gouvernements reçoivent régulièrement des rapports détaillés sur la situation humanitaire en Iraq. Ils agissent donc en pleine connaissance de cause lorsqu’ils décident de prolonger les souffrances des irakiens. D’autre part certaines déclarations de dirigeants politiques américans et britanniques indiquent que seule la souffrance imposée à la population irakienne pourrait décider ce peuple à infléchir la volonté du régime de Baghdad. RappelIons que Mme. Madeleine Albright, actuellement Sécrétaire d’Etat des Etats- Unis, affirmait au programme télévisé "60 minutes" en 1996 (CBS-USA), que, "malgré tout", la mort de 500.000 enfants irakiens avait "valu la peine".

Je ne crois pas devoir m’attarder sur les conséquences terribles et mortelles de l’embargo. Ces informations sont largement diffusées et connues par le public averti. Ayant appris l’ampleur et la nature de ces conséquences, je me suis posé la question suivante: Est-il possible que des mesures aussi injustes et d’une telle ampleur puissent être légitimes, voire licites? Serait-il permis au Conseil de sécurité, sur la base du droit, d’exterminer lentement un peuple, en invoquant tout simplement la nécessité du maintien de la paix mondiale ? Verra- t-on un jour le Conseil de sécurité décider la "solution finale" du problème kurde, en invoquant la nécéssité de garantir la souveraineté de la Turquie, de l’Iraq, de la Syrie et de l’Iran, et en nommant le génocide "mesures pour le maintien de la paix mondiale"?

2. Pourquoi devons nous déterminer la licité de l’embargo?

Ceux qui opposent l’imposition de l’embargo pour des raisons morales me demandent souvent pourquoi il faut s’attarder à démontrer l’illicité de l’embargo? N’est-ce pas un exercice futile et académique? Quels buts servirait une détermination exacte de la licité de l’embargo?

Parmi ces buts je voudrai particulièrement m’attarder sur une raison, qui à elle seule, justifie l’effort intellectuel de cette recherche juridique.

La question suivante devrait suffire pour montrer l’insuffisance, voire l’immoralité, de ne revendiquer que la levée de l’embargo. Supposant que l’embargo soit levé demain, accepterions-nous, accepteraient les victimes innocentes, que nos gouvernements ferment le dossier, après avoir provoqué la mort de centaines de milliers d’enfants? Évidemment que non.

Considérant que quelques millions de personnes avaient été et continuent à être lésées par l’embargo, il nous incombe à veiller à ce qu’elles obtiennent une réparation matérielle et morale à laquelle ils ont droit. La forme matérielle de ce dédommagement est pécuniaire. Il faut aider les victimes à reconstituer leur vie professionelle et leur patrimoine personnel et leur donner les moyens pour soigner les membres de leurs familles dont la santé a été atteinte par les conséquences de l’embargo. La forme morale de réparation a deux volets:

Primo que la vérité sur ce crime soit exposée (de la même manière que l’Holocauste anti-juif l’est). Secundo que ceux qui portent la responsabilité majeur pour ce crime soient traduits en justice sur la base du droit.

Pour que les victimes puissent prendre part entière à la fête de la vie, il faut qu’elles obtiennent gain de cause, demain, et non pas dans 50 ans. Et pour que ces droits puissent être revendiqués, puis exercés, il faut sans tarder identifier la nature juridique de l’illicité commise et déterminer les responsabilités des Etats et des personnes pour ce crime.

En clair, notre solidarité avec les victimes n’est pas tout à fait honnête si nous ne revendiquons pas des réparations pour les victimes et la traduction en justice des responsables.

3. La conformité de l’embargo avec la Charte de l’ONU

Nous essayerons donc d’évaluer l’embargo, tel qu’il a été imposé, selon les normes existantes du droit international et identifier les bases juridiques qui permettraient aux victimes de revendiquer leurs droits.

Grosso modo l’embargo contre le peuple irakien est soumis à un double régime juridique: D’un côté la Charte de l’ONU et de l’autre le droit humanitaire international.

La première question qui nous concerne ici est la suivante: Est-ce que l’imposition de l’embargo contre l’Iraq est conforme à la lettre et à l’esprit de la Charte?

Commençons par la procédure. Article 41 de la Charte permet au Conseil de sécurité d’imposer des embargos commerciaux. Aucune limite, ni d’envergure ni de durée, n’est indiquée. Le Conseil de sécurité ne peut toutefois invoquer cet article sans avoir préalablement et formellement établi, sur la base de l’article 39, l’existence d’une. menace concrète et imminente pour la paix mondiale ou un acte d’agression contre un Etat membre, qui exigerait une action collective des Etats membres, pour maintenir ou rétablir la paix mondiale. Or que s’est-il passé?

A la suite de l’invasion du Koweit par l’Iraq en aout 1990, le Conseil de sécurité a établi formellement la rupture de la paix, ce qui lui permit d’invoquer l’article 41 de la Charte, et donc d’imposer un embargo obligatoire.

Après la libération du Koweit en mars 1991, la défaite militaire de l’Iraq et la destruction de son potentiel économique, le Conseil de sécurité se réunit de nouveau. Sous la pression des Etats-Unis il fut décidé de maintenir l’embargo. Mais comment justifier cet embargo, alors que l’Iraq était en ruines? Le Conseil ignora donc purement et simplement la procédure exigée et invoqua sa déclaration du mois d’aout 1990 pour justifier la continuation de l’embargo, comme si la guerre du Golfe n’avait pas eu lieu.

Cet abus de la procédure permit au Conseil de sécurité d’imposer des mesures contre le peuple irakien qu’un respect scrupuleux de la procédure n’aurait certainement pas rendu possible.

Mais supposons que notre critique de la procédure soit rejetée et que le Conseil de sécurité aurait le droit de passer outre ce genre de "petites légalités" dont le respect scrupuleux de la procédure. Serait alors l’imposition de cet embargo total contre une nation en conformité avec la Charte elle-même? J’ai déjà indiqué plus haut que la Charte permettait l’imposition d’embargos commerciaux contre des nations. Néanmoins la question persiste: Se trouve-t-il une limite inhérente à la Charte de l’ONU, au degré de souffrance que le Conseil de sécurité peut infliger à une nation ? Permettrait la Charte d’exterminer une nation, de bombarder des villes, d’utiliser l’arme atomique, pour maintenir la paix mondiale?

Selon l’article 24 de la Charte

" Conseil de sécurité agit [en anglais ‘shall act’, c.à.d. doit agir] conformément aux buts et principes des Nations Unies."

Or quels sont les buts des Nations Unies qui délimitent l’envergure des mesures coercives décidées par le Conseil de sécurité?

Les buts des Nations Unies sont les suivants:

1. Maintenir la paix et la sécurité internationales et à celte fin : prendre des mesures collectives effïcaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, 1’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;

2. Développer entre les nations dcs relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;

3. Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant el en encoumgeanlle respecl des droits de l’homme el des libertés fondamentales pour lous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion;

4. Etre un cenlre où s’harmonisenl les efforts des nalions vers ces fins communes.

A première vue ces buts sembleraient contradictoires. En effet il semble que le maintien de la paix et de la sécurité internationale (premier but) peut entrer en conflit avec le respect du principe d’égalité des peuples, leur droit à disposer d’eux-mêmes et l’encouragement des droits de l’homme. Imposer un embargo commercial contre un pays (pour maintenir la paix internationale) est bel et bien une atteinte au droit d’un peuple à disposer de lui-même. Ces contradictions ne sont qu’apparentes. Car empêcher un peuple à disposer de lui-même. ou bafouer d’une manière systématique et massive les droits de l’homme les plus élémentaires de ses membres, ne fait que semer la frustration et la haine, mesures qui menacent à long-terme la paix. Seules des mesures qui viseraient individuellement les responsables de violations du droit international, seraient compatible avec les buts de la Charte.

L’embargo contre le peuple irakien vise tout au contraire la population civile dans sa totalité et frappe particulièrement les plus vulnérables, dont les enfants, les malades et les personnes âgées.

Il est donc évident que l’embargo n’est pas conforme avec la procédure prévue dans la Charte et se trouve en contradiction flagrante avec certains des buts de l’ONU.

4. Les principes fondamentaux du droit humanitaire international

Tournons-nous désormais vers le second régime juridique qui régit l’embargo, le droit international humantaire.

Le droit international est une discipline en plein développement. Cette branche du droit n’est pas une copie du droit national. Une des différences entre les deux domaines est l’inexistence de moyens répressifs pour faire respecter le droit international. Ce défaut est souvent invoqué par les puissants du monde pour justifier la primauté de la force dans les relations internationales et semer le doute quant à la légitimité des normes du droit international.

En fait, et malgré la rhétorique à l’usage des masses, tous les Etats reconnaîssent formellement les normes fondamentales du droit international. L’existence d’une norme permet en effet d’évaluer la conformité d’une politique quelconque avec la norme. C’est l’existence de normes juridiques qui, paradoxalement, permet au Conseil de donner une apparence de légitimité à ses décisions. C’est en invoquant ces normes du droit, que leur existence prend une réalité.

Contrairement à ce que certains pensent, les normes juridiques, même vaguement formulées, et malgré les apparences, ne sont pas synonymes de principes moraux subjectifs. Il y a en effet des normes juridiques auxquelles aucune dérogation n’est permise. Il s’agit de normes si ancrées dans la conscience de la civilisation humaine – des normes dites jus cogens – que leur transgression est considérée comme une atteinte à la civilisation, au genre humain. Le génocide, la discrimination raciale et l’esclavage sont quelques unes des infractions de ces normes péremptoires, et sont donc considérées comme des crimes contre l’humanité entière. Ceux qui commettent ce genre de crimes sont considérés juridiquement comme ennemis du genre humain, qu’il faut appréhender et châtier.

Le Protocole Additionel 1 (1977) aux Conventions de Genève de 12 aôut 1949 invoque ces principes fondamentaux du droit dans son premier article. Vu l’importance capitale de ce paragraphe dans le droit humanitaire international, nous le citerons ici:

"Dans les cas non prévus par le présent Protocole ou par d’autres accords internationaux, les personnes civiles et les combattants restent sous la sauvegarde et sous l’empire des principcs du droit des gens, tels qu’ils résultent des usages établis, des principes de l’humanité et des exigenccs de la conscience publique." (soulignement ajouté).

La primauté de ces normes dans le droit conventionel est établie aussi bien par la cour internationale de justice que dans la Convention de Vienne sur le droit des traités. Au cas où le Conseil de sécurité décrèterait des mesures collectives dites obligatoires à l’encontre d’un Etat membre dont l’application constituerait une infraction à ces normes peremptoires du droit international, les Etats¬ membres seraient sous l’obligation de refuser d’appliquer ces décisions dites obligatoires.

La question qui nous occupera donc est si l’embargo, tel qu’il est imposé, constituerait-il une infraction à ces normes peremptoires du droit international.

Pour répondre à cette question nous étudierons les textes juridiques qui semblent les plus appropriés à cette question: Les Conventions de Genève de 1949 et leur premier Protocol Additional, ainsi que la Convention contre le génocide.

Le principe philosophique fondateur de ces textes est que l’existence humaine aurait une fin en soi: L’homme possédant un noyau humain que personne n’a le droit de violer, sous aucun prétexte.

5. Le droit humanitaire international et son applicabilité à l’embargo

D’un point de vue strictement technique nous devons différencier entre le droit des conflits armés (régis par la Convention de Hague, Conventions de Genève et les Protocoles Additionnels de 1977) et la Convention contre le génocide, dont l’application n’est pas liée à l’existence d’un conflit armé.

L’embargo contre le peuple irakien n’est pas stricto senso une action armée, même si l’embargo est soutenu par un blocus militaire de l’Iraq. Les armes qui provoquent la mort des enfants en Iraq ne sont pas des bombes mais l’emploi systématique et généralisé de la privation. L’embargo a pourtant montré que ce moyen indirect de coercion peut avoir des effets encore plus terribles pour la population civile que des bombardements.

Une question se pose: Peut-on évaluer l’embargo contre le peuple irakien selon les normes du droit des conflits armés, comme si cet embargo était en fait un acte de guerre, ou existeraient-ils d’autres normes plus appropriées?

Une précision s’impose tout de suite. Les Conventions de Genève et leur Protocoles Additionels sont les instruments juridiques principaux qui régissent le droit humanitaire international. Les Conventions des droits de l’homme définissent les normes que les États sont censés respecter et faire respecter sous leur propre jurisdiction, mais n’ont point d’application dans les relations entre Etats.

Les Conventions de Genève de 1949, seraient-elles alors applicables à l’embargo? Serait-il par exemple permis d’interprêter ces Conventions d’une manière à considérer licites des mesures qui causent encore plus de tort aux populations civiles que des bombardements, pour la seule raison; que ces mesures n’ont pas été spécifiquement nommées dans le texte juridique? La réponse, nous la trouvons dans la Convention de Vienne sur le droit des traités. Selon cette Convention un traité doit être interprété à la lumière de ses objectifs. Un traité ne saurait être interprété de manière à obtenir une conclusion manifestement absurde ou déraisonnable, c’est à dire contraire aux objectifs du traîté en question.

En somme, il n’est pas légitime d’interpréter les Conventions de Genève d’une manière qui permettrait de bafouer un de ses objectifs principaux, qui est la protection de populations civiles des conséquences d’un conflit international. La décision de la cour internationale de justice concernant l’illicité de l’emploi des armes nucléaires (qui ne sont pas explicitement interdites par les Conventions de La Haye) se base entre autres sur une lecture contextuelle du droit des conflits armés. Nous partageons cette approche.

Notre conclusion sur l’applicabilité du droit humanitaire international aux embargos commerciaux est d’ailleurs partagée par le Comité international de la croix-rouge et acceptée par le Conseil de sécurité.

6. L’embargo et les Conventions de Genève de 12 août 1949

Nous allons maintainant essayer de répondre à la question principale: Est-ce que l’embargo est ou n’est pas un acte licite selon le droit humanitaire international? Pour nous la question pourraît apparaître académique. Pour les victimes de l’embargo, il s’agit d’une question d’une importance capitale, car si l’embargo et son imposition conformeraient scrupuleusement au droit, ses victimes survivantes n’auraient aucune chance d’obternir un droit de compensation. S’il s’avère par contre que l’embargo est illicite, leur droit à la compensation peut être revendiqué auprès des tribunaux.

La question de la licité de l’embargo est donc primordiale pour ceux qui veulent aider les victimes de l’embargo.

Les Conventions de Genève et leurs Protocoles Additionnels font une distinction entre infractions simples et infractions graves. Les Etats signataires s’engagent à prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les actes contraires aux dispositions de la Convention et du Protocole, quelle que soit leur nature. En ce qui concerne les infractions graves, les signataires s’engagent avec Article 146 de la quatrième Convention, à rechercher les personnes prévenues et de les déférer à leurs propres tribunaux, quelle que soit leur nationalité. Alternativement, les Etats signataires peuvent les remettre pour jugement à un signataire, pour autant que l’autre signataire ait retenu contre lesdites personnes des charges suffisantes.

Parmi les actes, aux termes de l’Article 147 de la 4ème Convention, qui constituent une infraction grave de la Convention, s’ils sont commis contre des personnes ou des biens protégés par la Convention, il faut relever les actes suivants:

"1. Le fait de causer intentionellement de grandes souffrances

2. Le fait de porter des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé."

Nous avons déjà indiqué que le droit international humanitaire était applicable à l’embargo, c.à.d. au conflit entre l’Iraq et la communauté internationale, représentée par l’ONU. La population civile de l’Iraq se trouve donc protégée par le régime juridique des Conventions de Genève.

Mais acceptons-nous la proposition selon laquelle les grandes souffrances imposées à la population irakienne auraient été infligées intentionnellement? Les membres du Conseil de sécurité nient évidemment toute intention malveillante envers la population civile de l’Iraq. D’un point de vue juridique, il ne peut être question de se baser sur la prétendue bonne foi de l’accusé. La détermination de l’intention d’un délit ne peut pas être basée en premier lieu sur les déclarations ou démentis avancés par l’accusé. D’autres aspects sont à considérer, par exemple le temps qu’a eu l’accusé de considérer ses actions; la durée et continuité de l’action; la connaissance par l’accusé des conséquences de ses actions; et autres éléments vérifiables. Ces éléments objectifs jouent un rôle déterminant pour qualifier l’intention d’un acte. Or des informations fiables sur les conséquences mortelles de l’embargo commençaient à être publiées dans les grands médias occidentaux déjà en 1991. Il savaient donc bien, lorsqu’ils décidaient périodiquement de prolonger les souffrances des irakiens, quelles conséquences l’embargo avait eu. Il est bien possible que instigateurs de l’embargo ne portent pas de sentiments personnels malveillants envers leurs victimes et considèrent, comme le nazi Adolf Eichmann, qu’il ne font que remplir leur devoir. RappelIons-nous que Eichmann a déclaré lors de son procès à Jérusalem qu’il n’a jamais détesté les juifs. Sa participation à leur extermination n’était, pour lui, qu’une besogne comme une autre. Hannah Arendt a bien titré son livre sur le procès Eichmann: La banalité du mal.

Plus important est de noter que le but d’un embargo contre une nation entière est d’infliger des souffrances à cette collectivité et à tous ses membres, en tant qu’individus, afin que cette collectivité force ses dirigeants à se soumettre aux injonctions imposées. Cette méthode de pression est en fait considérée comme l’archétype du terrorisme international, tel que ce crime est défini par la législation américaine (une définition internationale de ce crime n’existe pas).

L’imposition de l’embargo, contrairement aux mythes, n’a pas comme but principal d’empêcher le réarmement de l’Iraq, mais de faire souffrir, appauvrir et humilier la population. C’est la conclusion qui s’impose quand on apprend que le Conseil de sécurité refuse aux irakiens l’importation de violons, produits cosmétiques, bicyclettes pour enfants et revues médicales. Des milliers de parents qui ont vu leur enfant mourir de privation causée par l’embargo n’ont même pas une photo de leur enfant: Le Conseil de sécurité ne permet pas aux irakiens d’importer des rouleaux de films.

Il semble donc évident que les responsables du maintien de l’embargo ont agi avec l’intention d’imposer à la population civile de l’Iraq de grandes souffrances, dont la mort de centaines de milliers d’enfants n’est qu’un aspect parmi d’autres.

Quant à la deuxième infraction grave que j’ai évoquée, il est preque une tautologie, ou un understatement d’affirmer que l’embargo, en causant la mort d’un demi million d’enfants, a porté des atteintes graves à leur intégrité physique.

Nous affirmons donc que l’embargo est une infraction gravissime de la 4ème Convention de Genève.

7. L’embargo et le Protocole Additionel I (1977) aux Conventions de Genève

Le Protocole Additionel I (1977) aux Conventions de Genève de 1949 contient des dispositions additionnelles concernant les droits fondamentaux de la personne humaine.

Selon Article 35 du Protocole "Il est interdit d’employer des méthodes de guerre de nature à causer des maux superflus."

Selon Article 36: "dans l’adoption d’une nouvelle méthode de guerre, une Partie contractante a l’obligation de déterminer si l’emploi en serait interdit, dans certaines circonstances ou en toutes circonstances, par les dispositions du présent Protocole ou par toute autre règle du droit international applicable à cette Haute Partie contractante."

Un embargo ou un blocus naval sont certainement des "méthodes de guerre", dont l’emploi sous ses formes les plus extrêmes est interdit par le Protocole.

Selon Article 48 "les Parties au conflit doivent en tout temps faire la distinction entre la population civile et les combattants … et par conséquent, ne diriger leurs opérations que contre des objectifs militaires."

Selon Article 51, aliéna 2 "Ni la population civile en tant que telle ni les personnes civiles ne doivent être l’objet dl attaques. Sont interdits les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile."

Selon Article. 54, " Il est interdit d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de guerre."

En limitant l’importation de nourritures à moins d’un tiers des quantités nécéssaires, le Conseil de sécurité a en effet utilisé la famine comme méthode de guerre entre aout 1990 et 1996, c.à.d.jusqu’à la date où les effets de l’arrangement "pétrole contre nourriture" se sont fait sentir en Iraq.

Le Protocole contient des dispositions concernant les secours humanitaires. On entend déjà le Conseil de sécurité répondre qu’il a proposé en 1991 au gouvernement irakien différentes méthodes de secours humanitaire, que le gouvernement irakien n’avait alors pas acceptées. C’est ce dernier qui porterait donc la responsabilité des conséquences subies. Il faut toutefois dire toute la vérité. Le Conseil de sécurité n’a pas proposé à l’Iraq de permettre au peuple irakien de survivre. Pour cela il aurait dû permettre à l’Iraq d’exporter la quantité de pétrole nécessaire pour garantir la survie de la population civile. Il ne l’a pas fait parce que le but de l’embargo était et reste bel et bien de causer des souffrances majeures à cette population. Il a donc proposé à l’Iraq d’exporter du pétrole pour une somme qui équivalait à 10% de ce que l’Iraq gagnait d’avant l’embargo. Le gouvernement de l’Iraq a probablement considéré cette proposition si dérisoire et les conditions attachées à cette proposition si outrancières pour la souverainté nationale qu’il a préféré rejeter l’offre. Le gouvernement irakien a probablement soupçonné qu’acceptant cette offre, il légitimerait ainsi par sa coopération volontaire, les violations graves du droit humanitaire international inhérentes à l’insufficance extrême des secours humanitaires offerts.

La question qui se pose à nous est celle-ci: Est-ce que le Protocole Additional permet à des parties bélligérantes de moduler le degré de leur respect des dispositions des Conventions, en les assortissant de conditions variées? Est-ce qu’une partie bélligérante peut, sous le couvert de secours humanitaire, instaurer de fait un régime de famine? Est-il permis par exemple à une partie bélligérente de menacer le bombardement de centres de populations civils pour extraire des concessions politiques de l’adversaire? Il me semble que non, car si des parties bélligérentes pourraient assortir leur respect des Conventions et du Protocole de diverses conditions imposées à l’adversaire, les abus ne se feraient pas attendre, avec des conséquences terribles pour les populations. Comme l’affirme d’ailleurs Article 1, commun aux quatres Conventions de Genève, les parties contractantes sont tenues à respecter les dispositions des Conventions "en toute circonstance".

L’article 85 traite spécifiquement des infractions graves, c.à.d. des crimes de guerre.

Les sections pertinentes de cet article sont les suivantes:

"les actes suivants, lorsqu’ils son’t commis intentionnellement, en violation des dispositions pertinentes du présent Protocole, et qu’ils entraînent la mort ou causent des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé, sont considérés comme des infractions graves au présent Protocole:

a) soumettre la population civile ou des personnes civiles à une attaque;

b) lancer une attaque sans discrimination atteignant la population civile, en sachant que cette attaque cause des pertes en vies humaines, des blessures aux personnes civiles ou des dommages aux biens de caractère civil, qui sont excessifs au sens de l’article 57, paragraphe 2 a iii (c.à.d. qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu);"

Nous avons déjà traité de la question d’intention. Mais comment devons-nous interpréter le terme "attaque" utilisé dans ce document, terme qui renvoie à des actes purement militaires et qui ne convient pas directement à l’embargo. Nous pensons qu’une interprétation textuelle de ce terme serait contraire aux objectifs de ce document juridique. L’imposition de famine n’est pas en soi une attaque, mais est certainement une arme de guerre. L’imposition d’un embargo assorti d’un blocus militaire, est une "méthode de guerre" qui a les mêmes effets ou même des effets plus graves encore pour la personne humaine que les attaques directes. Son emploi ne peut être considéré comme un "moindre mal" que les "attaques", évoquées ici.

L’embargo est donc une infraction grave du Protocole Additional l (1977) aux Conventions de Genève de 1949, en autres termes, un crime de guerre (majeur).

8. L’embargo et le crime de génocide

Le dernier document qui nous occupera est la Convention pour la Prévention et punition du Crime de Génocide. Selon cette Convention, le génocide est constitué par des:

"actes perpétrés en vue de détruire en partie ou entièrement un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en soi." Une des mesures citées est d’"infliger délibérément à ce groupe des conditions de vie calculées à causer sa destruction physique en partie ou entièrement."

La question de l’intention est centrale à la détermination du crime de génocide.

Or la plupart des cas de génocide perpétrés depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, n’ont pas été accompagnés de déclarations d’intention.

Prenant textuellement la définition juridique de génocide, Pol Pot ne pourrait pas être accusé du crime de génocide, vu qu’il n’a jamais déclaré son intention d’exterminer une partie de son peuple. N’avait-il pas des intentions nobles, celles de bâtir une société nouvelle et juste? Les deux millions de morts au Cambodge n’étaient pour lui que des "sacrifices" nécéssaires pour ce projet grandiose et unique dans l’histoire. Il est extrêmement rare que les criminels reconnaissent une intention malveillante et criminelle.

Or cette prétendue problématique ne semble pas préoccuper indûment les spécialistes du droit international. La Cour internationale de justice ainsi que du Tribunal international pour les crimes commis dans l’ex-Yougoslavie, n’ont pas tenu pour nécessaire d’exhiber une déclaration d’intention des coupables pour nommer leur crime génocide. Il leur paraît plus important de considérer les aspects objectifs et vérifiables, dont les actes commis, pour déduire un plan et une intention criminelle.

Vu la durée de l’embargo imposé à la population irakienne, le nombre mensuel de victimes, dont le Conseil de sécurité a pris régulièrement connaissance, et les moyens formidables dont dispose le Conseil de sécurité pour choisir et doser ses actions punitives, il est difficile d’accepter que les conséquences de ses actions n’aient pas été intentionnelles. Elles ne sont certainement pas accidentelles. La conclusion semble donc s’imposer que l’embargo constituerait bel et bien un crime de génocide.

9. La licité de l’arrangement "pétrole contre nourritures"

Une remarque importante s’impose cependant. Notre étude se porte en premier lieu sur les années 1991-1997. L’entrée en force de l’accord "pétrole contre nourritures" en 1996, dont les effets soulageants commençaient à se faire sentir en Iraq vers la fin de 1997, change probablement la nature de l’embargo. Il se peut donc que l’embargo ne constitue plus, alors que ces lignes sont écrites en fin 1998, une infraction grave des Conventions de Genève ni un acte de génocide. L’embargo reste cependant un crime international tant que la mortalité enfantine reste au-dessus du niveau d’avant aôut 1990. Mais même dans ce cas, l’embargo restera une violation flagrante des droits individuels et collectifs des irakiens, aussi longtemp que le peuple irakien ne pourra pas exercer son droit inaliénable de déterminer librement son commerce extérieur.

10. L’attribution de responsabilités pour les conséquences de l’embargo

Nous avons accompli la tâche relativement complexe qui est de déterminer la légalité de l’embargo. Notre conclusion est la suivante: L’embargo constituait, au moins entre 1991 et 1997, un crime de guerre majeur et vraisemblablement aussi le crime de génocide. Il constitue encore une violation flagrante des droits individuels et collectifs de la population irakienne et donc un acte illicite.

Il nous reste à identifier ceux qui portent la responsabilité de ce crime. Serait-ce le Conseil de sécurité, ses membres permanents, les Etats-Unis seuls ou avec la Grande-Bretagne, l’Occident tout entier ou la communauté internationale? Ou serait-ce tout simplement, comme l’affirment parfois des dirigeants occidentaux, une seule personne, le président Saddam Hussein?

Est-ce que Saddam Hussein est responsable pour les conséquences de l’embargo, dont la mort de plus d’un demi million d’enfants irakiens et la misère du peuple irakien?

Il est indéniable que Saddam Hussein porte une grande responsabilité morale et politique pour avoir conduit son peuple à une impasse terrible: Je pense à la longue et sanglante guerre avec l’Iran, l’emploi d’armes chimiques contre les kurdes, l’occupation et usurpation du Kuwait et la violation massive des droits de l’homme en Iraq. Certains de ces mesures sont des crimes contre l’humanité. Notons que le Conseil de sécurité, malgré l’existence d’un dossier touffu qui permettraient d’étayer de multiples accusations contre Saddam Hussein, n’a jamais pris aucune mesure spécifique contre lui. C’est le peuple qu’on a voulu mettre à genoux.

Mais il est absurde d’attribuer à Saddam Hussein la responsibilité pour les conséquences de décisions et d’actes prises par autrui et à son insu. Saddam Hussein n’a pas demandé qu’un embargo soit imposé contre son peuple. Même si l’embargo aurait été une réponse licite à des actes illicites du régime de Baghdad, la responsabilité pour les conséquences de l’embargo incomberaient à ceux qui choisirent parmi de nombreuses alternatives cette forme particulière de rétribution, punition ou coercion. Un axiome fondamental du droit est que chaque personne est en premier et dernier lieu responsable de ses propres actions, quel que soit le motif et la licité de l’action. Ceux qui imposent l’embargo sont donc pleinement responsables des conséquences de leur actions.

Le Conseil de sécurité ne possède pas une personalité légale spécifique. Ce n’est qu’un comité auquel participent des représentants d’Etats souverains. Les décisions de ce comité sont exécutés par les Etats, qui portent la responsabilité matérielle ultime des conséquences de leur actes, s’il s’avère que ces actes sortent du cadre de la légalité . Il semble raisonnable d’attribuer une responsabilité plus grande aux Etats qui ont pesé de tout leur poids pour maintenir cet embargo pendant 8 ans, dont tout particulièrement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, puis en second lieu les Etats qui ont contribué au renforcement du blocus maritime contre l’Iraq. Une responsabilité accessoire peut être imputée aux Etats, dont la participation à l’embargo se limita à des actions à l’échelle locale.

Quant à la responsabilité pénale, qui découle directement des infractions graves aux Conventions de Genève et de leur Protocole Additionnel, ainsi que de la Convention contre le génocide, il s’agit en premier lieu des nombreux dirigeants politiques qui ont assuré, par mesures administratives, le maintien de l’embargo. Si l’embargo est bel et bien une infraction au droit pénal international, les instances judiciaires ont l’obligation de rechercher les responsables et de les traduire en justice.

11.  La nécéssité de dire le droit

Il est néanmoins fort improbable que des actions judiciaires soient initiées contre les responsables de ce crime monstrueux. Il ne s’est jamais trouvé un procureur prêt à intenter un procès contre la direction politique de son propre pays, uniquement sur la base de la justice et du droit.

Ceci dit, cela n’oblige personne à donner l’aval, tacite ou explicite, à des crimes contre l’humanité ou au génocide. La justice la plus élémentaire nous oblige à dire la vérité tout haut, même si elle ne plaît pas aux puissants. Notre action est importante pour les victimes de l’injustice, pour qu’ils puissent au moins revendiquer leurs droits. Notre acte de solidarité désamorce aussi une haine totale envers tout ce qui provient de l’Occident. Nous prouvons par notre solidarité qu’il y a des gens honnêtes en Occident et que l’espoir de vraie convivialité à l’échelle planétaire n’est pas mort.

12. Conclusions

Nous avons montré qu’une vraie solidarité avec les victimes de l’embargo exige trois revendications liées entre elles: La levée de l’embargo, les réparations matérielles aux victimes et la répression du crime.

Nous pensons avoir prouvé que l’embargo n’est pas conforme aux termes de la Charte et qu’il constitue une infraction grave aux Conventions de Genève de 1949 et de leur Protocole Additionnel 1 de 1977, en autres termes une forme majeure de crime de guerre. Nous pensons que l’embargo constitue aussi le crime de génocide.

Nous tenons à insister que la commission de tels crimes crée une obligation juridique de la part des autorités judiciaires des Etats à poursuivre en justice les responsables. Cette obligation est absolue. Et il incombe aux citoyens de chaque pays à rappeller cette obligation à leurs autorités.

Les bourreaux du peuple irakien se trouvent pratiquement dans tous les pays. Leurs responsabilités respectives ne sont certainement pas égales. Il y a des instigateurs et il y a des complices. Collectivement nous avons à faire à une association de malfaiteurs, dont le siège principal se trouve au Conseil de sécurité des Nations-Unies. La question de la légitimité des Nations Unies, ou plutôt des gouvernements qui nous représentent dans cette organisation, se pose avec acuité. Cette question reste ici sans réponse.

En exposant la nature criminelle de l’embargo, nous tenons à faire bien plus qu’affirmer notre solidarité entière avec ses victimes innocentes. Nous voulons également affirmer les principes fondamentaux de la personne humaine et l’état de droit, qui sont à notre avis des acquis indispensables à l’existence de notre civilisation.

FIN

Entretien avec Jeffrey Blankfort

La domination sionistes aux US


Jeffrey Blankfort est un journaliste états-unien et producteur d’émission de radios sur les chaînes KPOO à San Francisco
  
 Entretien réalisé par Silvia Cattori le 11 février 2006.  

Tel-Aviv et Washington sont associés au Proche-Orient, c’est un fait. Mais l’importance de ce lien dans la politique coloniale de Washington fait débat au sein du mouvement anti-impérialiste. Pour le journaliste états-unien juif antisioniste Jeffrey Blankfort l’influence israélienne est centrale dans la politique états-unienne et les mouvements anti-guerre échouent en raison de leur incapacité à appréhender l’importance de ce lobby. Développant une approche radicale sur cette question, allant jusqu’à nier la dimension énergétique de la guerre d’Irak, M. Blankfort n’en ouvre pas moins des pistes intéressantes sur l’influence sioniste aux États-Unis. Nous reproduisons l’entretien qu’il a accordé à la journaliste Silvia Cattori.

Jeffrey Blankfort est un journaliste états-unien et producteur d’émission de radios sur les chaînes KPOO à San Francisco, KZYX à Mendocino et KPFT/Pacifica à Houston. Engagé dans le combat politique en faveur des Palestiniens et pour la création d’un État unique binational en Palestine depuis les années 70, il est devenu une des bêtes noires des mouvements sionistes états-uniens mais s’est aussi attiré les foudres d’une partie de la gauche états-unienne, autour de Noam Chomsky, qui lui reproche son « obsession du lobby ». Il a été rédacteur au Middle East Labor Bulletin et co-fondateur du Labor Committee of the Middle East. Il fut également un membre fondateur de la Nov. 29 Coalition on Palestine.
 

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Silvia Cattori : Washington et Tel Aviv intensifient leurs menaces contre l’Iran. A votre avis, Israël a-t-il un intérêt national précis à affaiblir – voire à détruire – nombre de pays arabes voisins et dans quelle mesure parvient-il à orienter la politique des États-Unis dans le sens de nouvelles agressions au Moyen-Orient ?

Jeffrey Blankfort : Ma position, que j’ai d’ailleurs exposée dans un article, est la suivante : la guerre en Irak n’était pas une guerre pour le pétrole, mais une guerre conçue par les néo-conservateurs et par le lobby pro-israélien aux États-Unis, au profit d’Israël. Elle visait à placer Israël dans une position très importante au Moyen-Orient, dans le cadre d’un plan visant à parachever le contrôle planétaire des États-Unis. C’est là ce à quoi appelait le document intitulé « Project for a New American Century » (Projet pour un nouveau siècle américain), ou PNAC [1]. Et bien qu’un certain nombre de personnalités éminentes, tant du monde politique que des milieux de la défense, ait dit qu’il s’agissait d’une guerre déclarée et menée au service d’Israël, le mouvement anti-guerre s’est obstinément refusé à prendre cette possibilité en compte. Et en ce moment même, la seule composante de la société américaine qui soit en train de pousser l’administration des États-Unis à entrer en confrontation militaire avec l’Iran se trouve être l’establishment sioniste [comme en 33], ou le lobby, si vous préférez – il s’agit d’organisations comme l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) [2], mais aussi d’autres organisations juives – dont le principal objectif, depuis des mois, est d’empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires. La gauche et le mouvement anti-guerre sont tellement obnubilés par l’imputation de tous les maux de la terre à l’impérialisme américain, d’une part, et par leur crainte panique de provoquer ce qui pourrait être une forme de prétendu « antisémitisme », d’autre part, qu’ils ont exonéré Israël de toute implication (et qu’ils continuent à le faire) ; alors que d’autres, pourtant bien consensuels, n’ont pas manqué de l’impliquer. Ainsi, n’ayant eu à acquitter aucun prix pour avoir poussé les États-Unis dans la guerre contre l’Irak – et je ne parle pas seulement de la guerre actuelle, mais aussi de la guerre du Golfe, en 1991 – ils se préparent à refaire la même chose, contre l’Iran. Même pour un lobby, c’est un comportement absolument unique, absolument sans précédent ![NON !]

  Autrement dit, les États-Unis agiraient en fonction des intérêts d’Israël ? Cette thèse n’est-elle pas à l’opposé de la thèse de Chomsky et de la gauche en général, pour lesquels ce sont les États-Unis qui utilisent Israël, et qu’il y aurait convergence d’intérêts entre Israël et les États-Unis, Israël étant simplement « le flic de service », en retour des services rendus par les États-Unis au Proche-Orient ?

Jeffrey Blankfort : Certes, Chomsky a tendance à simplifier la politique américaine, en rejetant tous les torts sur les élites et qui que ce soit qui puisse bien se trouver à la Maison-Blanche, tout en occultant soigneusement le rôle du Congrès. Chomsky et ses amis brandissent soit directement, soit indirectement, le spectre de l’antisémitisme, ou de la provocation à l’antisémitisme, et le résultat, c’est que tout le monde la ferme. Bon, il faut savoir que Chomsky, qui était sioniste, dans son jeune temps – il a vécu en Israël, il a des amis là-bas, il a même envisagé d’aller s’y installer définitivement – a reconnu en 1974 que cela était susceptible d’avoir une influence sur ses analyses et sur ses prises de position, et il a tenu à ce que ses lecteurs le sachent. Il l’a écrit, en 1974. Et pourtant, bien peu de ceux qui lisent Chomsky aujourd’hui sont au courant. Ils ne savent pas que Chomsky était sioniste, et qu’il avait même envisagé la possibilité d’aller s’installer en Israël. De fait, pendant des années, il n’a pas dit un mot au sujet d’Israël, tout en prenant la parole sur le rôle des États-Unis en Amérique centrale et au Vietnam. C’est un ami commun, le Dr. Israël Shahak, qui a convaincu Chomsky de s’exprimer publiquement au sujet du sort réservé aux Palestiniens par Israël. Il est intéressant de constater que le principal ouvrage écrit par Chomsky sur la question israélo-palestinienne, Le Triangle fatal (The Fateful Triangle) commence, de fait, par une défense d’Israël. C’est-à-dire que, tout en reconnaissant tous les crimes israéliens contre les Palestiniens, il accuse principalement les États-Unis, pour avoir laissé faire ! Maintenant, cette défense, permettez-moi de vous dire qu’elle pourrait être utilisée par Pinochet [MAUVAIS EXEMPLE], au Chili, ou par n’importe quel dictateur soutenu à bout de bras par les États-Unis n’importe où dans le monde, afin de s’exonérer de la responsabilité première de leurs exactions et de la faire retomber sur les États-Unis… Or, moi, là-dedans, je ne marche pas… Et la plupart des gens qui comprennent la situation ne marchent pas non plus, quand ils sont amenés à examiner cette manipulation. Un certain nombre de mes amis, qui sont aussi des amis de Chomsky, en ont convenu ; ils sont d’accord avec moi. Le problème étant, je dirais, qu’en tant que collègues universitaires, ils se sentent gênés de critiquer Chomsky, d’autant qu’il est souvent attaqué par des gens de droite. Il a défendu beaucoup de gens qui étaient attaqués et, de ce fait, il s’est gagné leur loyauté. Il a été également le mentor de pas mal de chercheurs et, ironiquement, c’est Chomsky qui a mis le pied de bien des gens à l’étrier de l’engagement politique… Ils ont lu Chomsky, et ils se sont enthousiasmés pour l’action politique. Et ce n’est que plus tard – quand ils ont cette chance – qu’ils découvrent que Chomsky ne se contente pas d’ouvrir des portes : il les referme, tout aussi bien !

  Ce qui voudrait dire que Chomsky accorde au lobby pro-israélien moins d’importance qu’il n’en a en réalité ? Chomsky aurait-il soutenu des options injustes à l’égard des Palestiniens pour préserver Israël, avec lequel il a une attache affective ? Est-ce l’unique cas où Chomsky aurait défendu l’indéfendable ?ÇA S’APPELLE “L’UNION SACRÉE” !

Jeffrey Blankfort : Oui, pour l’essentiel. Sur la plupart des autres sujets, il est plus ouvert. Mais sur ce sujet particulier, il refuse carrément la discussion. En 1991, nous avons eu un échange qui a été publié par un journal de gauche, de New York, The National Guardian, et un ami de New York a voulu organiser un débat entre Chomsky et moi sur la question du lobby israélien à la Conférence des Chercheurs Socialistes (Socialist Scholars Conference). Chomsky a refusé, écrivant que « Cela n’apporterait rien ». Après son refus, j’ai demandé à un professeur en Californie, Joel Benin, que je connais bien et qui est sur les positions de Chomsky, s’il accepterait de débattre avec moi. Il a refusé lui aussi, en me faisant exactement la même réponse : « Cela n’apporterait rien ! »

  Et sur l’Iran, qui est aujourd’hui dans le collimateur, Chomsky minimise-t-il aussi, à votre avis, le rôle du lobby qui agit aux États-Unis dans l’intérêt d’Israël ?

Jeffrey Blankfort : En ce qui concerne l’Iran, il semble bien que Chomsky et les autres ne veulent toujours pas voir la campagne que le lobby est en train de mener pour nous entraîner dans une nouvelle guerre – une guerre qui sera bien plus catastrophique que le désastre actuel en Irak. Il y a, aux États-Unis, une coalition de douze organisations féminines communautaires juives, qui s’appelle elle-même « Une Voix pour Israël » (One Voice for Israel), et qui s’est créée en 2002, pour répondre à la publicité négative que la destruction de Jénine a value à Israël. Chaque année, au cours d’un raout qu’elle intitule « Take-5 », cette fédération fait en sorte qu’un million de femmes juives appellent au téléphone la Maison-Blanche au même moment ; puis, un autre jour, elles appellent le Congrès. À chaque fois, elles ont fait sauter le standard du Capitole. C’est une de leurs manières de montrer leur pouvoir… Le 22 février, elles téléphoneront au Président Bush pour lui livrer leur opinion sur ce qu’il conviendrait de faire à propos de l’Iran et de son développement nucléaire, qu’il soit civil ou militaire. C’est un genre d’opération qui se poursuit, en permanence, mais pour le mouvement anti-guerre, ou pour la gauche, ça ne pose pas de problème. Encore faut-il qu’ils soient au courant ! Le Professeur Chomsky m’a écrit (à moi, et à d’autres) qu’il s’agit là d’une question qui ne l’intéresse pas… Il y a deux ans de cela, quand la même personne qui l’avait invité à débattre avec moi (en 1991), demanda à nouveau à Chomsky s’il était intéressé, il a refusé, en invoquant mon « obsession du lobby ». Il a même écrit qu’il refuse de lire l’article que j’ai écrit au sujet de sa personne. Ce n’est pas le genre de réponse qu’on attendrait d’un intellectuel. Je trouve piquant qu’il accepte volontiers de débattre avec Alan Dershowitz, parce que c’est vraiment facile, mais qu’en revanche il refuse de débattre avec quiconque, à gauche. Tout au moins, pas de ce sujet-là… Et c’est pourtant de ça qu’il faudrait parler, et pas d’autre chose !

  Pensez-vous qu’il y ait, dans d’autres pays, l’équivalent de l’AIPAC ?

Jeffrey Blankfort : L’AIPAC est quelque chose de tout à fait particulier. Tout en étant un lobby déclaré et enregistré, en faveur d’Israël, il n’est pas tenu de s’enregistrer en tant que lobby étranger. Et cela lui confère une situation absolument unique aux États-Unis. À chaque audition, au Congrès, qui implique les questions moyen-orientales, vous verrez des employés de l’AIPAC y participer. Aucun autre lobby – en particulier, aucun lobby étranger – n’a un tel privilège. Ce sont eux, aussi, qui rédigent les lois que le Congrès adopte ensuite. Ainsi, par exemple, le récent décret « Sur la reddition de comptes par la Syrie et la souveraineté du Liban » (Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act) [3], adopté il y a deux ou trois ans, et qui devait conduire à la situation que nous constatons aujourd’hui au Liban et en Syrie, a été rédigé par l’AIPAC, qui a même trouvé le moyen de s’en vanter, peu après. Les seuls milieux qui prétendent ne rien savoir, c’est la gauche. Cela se trouve sur le site web de l’AIPAC, ainsi que dans ses publications papier. L’AIPAC fourni également des stagiaires – de jeunes étudiants juifs, brillants – qui travaillent dans les bureaux des parlementaires du Congrès. Ils demandent à être reçu par un membre du Congrès, et ils lui disent : « Nous avons cette jeune personne qui aimerait effectuer un stage à Capitol Hill ; nos stagiaires peuvent effectuer un stage d’un an, et ils effectueront un travail effectif dans vos bureaux… » Vous en connaissez beaucoup, des membres du Congrès qui iraient refuser un secrétaire bénévole ? Cette organisation AIPAC a aussi une fondation spéciale qui organise des voyages gratuits en Israël pour des membres du Congrès. L’an passé, plus de cent membres du Congrès sont ainsi allés en Israël, aux frais de la princesse, tous frais payés par cette fondation. Il faut savoir qu’il y a un grand débat, autour de ces voyages gratuits payés par divers lobbies, mais je ne pense pas que cela entraînera un quelconque problème pour les menées de l’AIPAC. S’il prend des mesures drastiques, le Congrès fera une exception, dès lors qu’il s’agira d’Israël… Ce qui est curieux, c’est que nous autres Américains, nous avons un pays voisin, au Sud, qui s’appelle le Mexique. Le Mexique est bien plus important pour les États-Unis, pour notre économie, et puis il y a aussi aux États-Unis bien plus de personnes d’origine mexicaine que de juifs… Il y a des milliers de Mexicains et de Mexicano-Américains qui travaillent ici, et qui sont responsables de la culture et des récoltes des produits agricoles des États-Unis. Et pourtant, il n’y a pas de délégations du Congrès qui se rendent en visite au Mexique, et le Mexique ne parle pas en permanence de l’importance fondamentale du Mexique… Si, et quand, des parlementaires américains vont au Mexique, c’est en vacances. Et pourtant, ici, aux États-Unis, l’accent est mis en permanence sur Israël. Il y a deux causes, très simples : l’argent, et l’intimidation. Le Parti démocrate s’est reposé pendant des années sur de riches sponsors juifs pour obtenir la majorité des contributions financières qu’il reçoit. L’organisation AIPAC elle-même ne donne pas d’argent. Non, l’AIPAC coordonne tout ça, et vous indique à qui il faut donner. Ainsi, supposons que vous soyez un donateur juif et que vous vouliez faire quelque chose pour aider la cause d’Israël : l’AIPAC va vous indiquer où verser votre argent. C’est ainsi que dans l’ensemble des États-Unis, nous avons aujourd’hui près d’une quarantaine de Comités d’Action Politique, les PACs (Political Action Committee), dont la seule raison d’être est de donner de l’argent aux candidats aux élections américaines (à tous les niveaux) qui soutiennent Israël. Aucun de ces comités n’est identifié par un nom qui ait un quelconque rapport avec Israël. Ainsi, ici, en Californie, nous avons un « Comité des Californiens du Nord pour la Bonne Gouvernance ». À St-Louis, dans le Missouri, vous avez le comité de « St-Louisans for Good Government ». Le plus important est le National PAC, ou NPAC. Et puis vous avez aussi le Hudson Valley Political Action Committee, le Desert Caucus, etc. Si vous vous en tenez à la raison sociale de ces comités, vous n’avez pas la moindre idée de ce à quoi ils servent, alors que les autres lobbies annoncent clairement leurs finalités. Pourquoi n’avons-nous aucun « Comité des juifs partisans d’Israël », ce serait plus clair, non ? Mais il y a encore plus grave, pour les Démocrates, et pour une partie des Républicains : l’argent qu’ils perçoivent de la part de personnalités juives sionistes. Ainsi, par exemple, en 2002, un Israélien d’origine égyptienne, Haim Saban, qui est venu aux États-Unis et a gagné des milliards de dollars grâce à un programme télévisé pour enfants télédiffusé le samedi matin, a fait un don de 12,3 millions de dollars au Parti démocrate, soit tout juste un million et demi de moins que ce que les comités d’action politique des fabricants d’armes avaient donné, mais aux deux grands partis américains…[GOOD NIGHT MISTER KERRY] Et il ne s’agit là que d’un bienfaiteur parmi d’autres. Par ailleurs, c’est ce même Haim Saban qui a fondé l’Institution Saban, auprès de la Brookings Institution [4], qui s’occupe d’affaires israéliennes. Il est également un des gros financeurs de l’AIPAC, et il sponsorise des boums, à Washington, au cours desquelles l’AIPAC forme des lycéens et des étudiants à la propagande pro-israélienne. Les campus universitaires américains sont les principaux champs de bataille des mouvements juifs qui font du lobbying pour Israël, qui se sont fédérés dans l’Israel Campus Coalition, forte de vingt-huit associations, dont l’AIPAC, et qui a Israël pour première et unique préoccupation. Aujourd’hui, un des principaux objectifs du lobby, c’est d’obtenir que les campus universitaires arrêtent leurs campagnes de désinvestissement visant Israël. Les lobbyistes pro-israéliens essaient aussi d’influencer la nouvelle génération de leaders de la communauté juive, qui font actuellement leurs études, afin de les amener à contribuer à la propagande en faveur d’Israël.

  Pour aider les Palestiniens à obtenir justice il faudrait au moins que ceux qui les soutiennent – ou prétendent le faire – disent la vérité. Or, tout semble se passer comme si, même dans ce camp là, cette vérité était étouffée. Pensez-vous qu’aux États-Unis, tout comme en Europe, la solidarité a échoué parce qu’elle est dirigée par des gens qui sont là pour mettre des freins à la critique d’Israël ? Pensez-vous que l’influence de Chomsky s’est exercée dans ce sens ?

Jeffrey Blankfort : Ici, aux États-Unis, le mouvement pro-palestinien est totalement inefficient, depuis pas mal de temps. Et ce, pour plusieurs raisons. Une de ces raisons, c’est le fait qu’il refuse de reconnaître le rôle joué par le lobby pro-israélien. C’est comme si vous vous apprêtiez à jouer un match de foot. Vous avez chaussé vos crampons mais, au lieu de vous diriger vers le stade, vous allez au centre commercial ! Si vous n’êtes même pas sur le terrain de foot quand le coup de sifflet de début de partie est donné, alors vous n’êtes pas près de le gagner, ce match ! Ainsi, vous avez le plus puissant lobby aux États-Unis, d’un côté, et de l’autre vous avez le mouvement de solidarité avec les Palestiniens qui l’ignore totalement, mis à part d’occasionnels piquets de protestation devant l’AIPAC… Une des raisons, c’est que ce mouvement de solidarité a été influencé par des groupes marxistes, qui vivent toujours en décalage : ils vivent à une autre époque, dans un passé où les lobbies ne jouaient aucun rôle.[JE NE CROIS PAS QUE CE SOIT LA BONNE EXPLICATION : IL DOIT Y AVOIR UNE CENSURE/VÉROUILLAGE IDÉOLOGIQUE – CES GENS SONT PRISONNIERS D’UN SYTÈME MÉCANIQUE NÉGATEUR DE LA PENSÉE] Des militants politiques me disent assez souvent que parler du lobby, « ça n’est pas marxiste », ou encore que parler du lobby, « ça n’est pas socialiste » ! Je leur réponds que cela existe, que c’est une réalité, et que c’est cela, qui est important. Par ailleurs, il y a un grand nombre d’antisionistes juifs, au style inimitable, qui occupent des positions de dirigeants dans le mouvement pro-palestinien, qui affirment que mettre en cause le lobby, c’est provoquer l’antisémitisme. [TOUT EST DIT] En cela, ils sont ce que personnellement j’appelle des « juifs exceptionnalistes », qui repoussent toute critique adressée à des actes accomplis collectivement par des juifs, comme celui de faire du lobbying pour Israël – ce qui les rend, dans la pratique, très difficilement distinguables des sionistes patentés ! Et ce qui se passe, je vais vous le dire : j’entends tous ces gens-là nier l’existence du lobby, et me citer verbatim la doxa chomskyenne, sans même qu’ils ne mentionnent le nom de Chomsky ! Chomsky a sur eux une influence tellement critique, tellement puissante, qu’ils en sont réduits à s’identifier à lui [C’EST LE MONDE DIPLO, LES ÉDITIONS AGONEET UN EPART SIGNIFICATIVE DE LA GÔCHE GÔCHE] ! Chomsky s’est publiquement prononcé contre le désinvestissement du Massachusetts Institute of Technology (MIT), où il enseigne, et où il a réussi à annihiler une résolution de désinvestissement à force de l’édulcorer. Deux semaines plus tard, il est revenu, cette fois-ci pour attaquer le principe même du désinvestissement. Il est contre toute sanction contre Israël ; il est contre le désinvestissement ; il n’a jamais tiré de sa manche aucune proposition d’action susceptible de changer la face du monde qui aille un peu plus loin qu’« écrire au rédacteur en chef » ! Jamais il ne mentionne le Congrès ; jamais il ne mentionne les commissions budgétaires. S’il mentionne l’aide à Israël, au Congrès, il ne dira jamais : « Il faut que vous arrêtiez ça ! » Il en parlera comme d’un fait à prendre ou à laisser, d’une donnée naturelle, comme : « aujourd’hui, il pleut » ou « aujourd’hui, il fait beau ». Je lui ai écrit, à ce sujet, et sa réponse n’a pas été particulièrement amicale… De 1988 à 1995, j’ai publié une revue, le Middle East Labor Bulletin, auquel Chomsky s’était abonné. Je tenais une rubrique spéciale, dans cette revue, que je consacrais au lobby israélien au Congrès, et dans laquelle je révélais les noms des membres du Congrès qui étaitent avec le lobby, et je publiais les sources, appartenant très majoritairement à la presse sioniste. Aussi, tout lecteur de la revue disposait-il de preuves amplement suffisantes du contrôle du Congrès des États-Unis par le lobby israélien. Récemment, j’ai relu certains des numéros de cette revue, publiés il y a vingt ans : ils auraient pu être écrits aujourd’hui ! Chomsky ne peut donc pas jouer les ignorants. Je pense simplement que ses leçons précoces de catéchisme sioniste et ses craintes quant à l’avenir des juifs sont si présents à son esprit qu’il est en quelque sorte comme un enfant qui refuserait d’admettre la vérité. C’est pitoyable. Il appartient à cette catégorie de gens, que nous appelons en Amérique les « Gatekeepers » (les gardiens du sérail)… « Gatekeeper », il l’est aussi sur un autre sujet fondamental : les événements du 11 septembre 2001 : il écarte d’un revers de la main les nombreuses questions qui ont été soulevées autour de la version officielle de l’administration Bush sur les attentats contre le World Trade Center. Chomsky affirme qu’il n’y a aucune raison sérieuse de remettre en cause la version des attentats du 11 septembre racontés par M. Bush. Aussi la plupart des critiques qui lui sont adressées proviennent de personnes qui ont effectué des recherches sur les attentats du 11 septembre, tandis que lui s’entête à répéter le mantra selon lequel « ce que nous a raconté l’administration Bush est la vérité ». Ainsi, le rôle que joue aujourd’hui Chomsky sur la scène internationale est, à mon avis, un rôle réactionnaire. [NÉGATIONNISTE] Il dit, par ailleurs, beaucoup de choses très bien, avec lesquelles je suis d’accord et, encore une fois, je répète que beaucoup de gens disent avoir été introduit à la politique par Chomsky. Il a allumé l’étincelle chez pas mal de personnes. Mais aujourd’hui – c’est peut-être une situation dialectique – il est en train d’éteindre l’étincelle, ou, à tout le moins, il oriente ses émules dans la mauvaise direction…

  Votre dénonciation des thèses de Chomsky – thèses qui ignorent l’influence de l’AIPAC et d’autres organisations similaires dans les guerres américaines au Moyen-Orient et leur impact négatif sur les mouvements de solidarité – est-elle partagée aux États-Unis par beaucoup d’autres intellectuels ?

Jeffrey Blankfort : J’appartiens à une minorité, mais j’ai une liste de correspondant par mail conséquente, et j’anime également une station de radio – en réalité, j’en ai même deux. Les sionistes ont essayé de me faire taire, mais ils n’y sont pas parvenus… Une de leur façons d’intimider les gens consiste à utiliser les diverses organisations juives. Chacune s’est chargée d’un rôle particulier. Particulièrement importante, parmi ces associations, est l’Anti-Defamation League (ADL), dont la principale mission est de diffamer, d’intimider et d’espionner les gens qui critiquent Israël. Je fais partie de ceux qui ont été espionnés par elle, je sais donc de quoi je parle… Leur agent avait infiltré notre organisation, la Commission de travail sur le Moyen-Orient (Labor Committee on the Middle East) dont j’étais un des cofondateurs, en 1987. Puis nous avons appris qu’ils étaient en train d’espionner des centaines d’associations appartenant à tout l’éventail politique, et des milliers de personnes individuelles. Pour être précis : six cents associations et rien moins que douze mille personnes privées ! J’ai réussi à obtenir le dossier qu’ils montaient contre moi, et j’ai constaté qu’ils m’avaient espionné illégalement. Je leur ai donc intenté un procès. Je suis allé au tribunal avec deux autres militants et, au bout de dix ans, les types de l’ADL ont accepté un règlement à l’amiable n’impliquant pas que je leur signe un engagement de confidentialité. C’est peut-être pour ça, que je n’arrête pas de parler d’eux. Le type qui m’a espionné pour le compte de l’ADL bossait aussi pour les services secrets sud-africains. Nous avions un énorme mouvement anti-apartheid, aux États-Unis. Dans la pratique, le lobby israélien et l’Afrique du Sud étaient sur la même page de l’annuaire des téléphones ; c’étaient vraiment des alliés extrêmement proches. Ils étaient alliés sur tous les plans : socialement, culturellement et militairement.[c’est aussi à cause de cette proximité que l’AduS s’est effondrée] C’est là quelque chose que, malheureusement, le mouvement anti-apartheid a refusé – même lui – de prendre en compte, là encore, à cause de pressions sionistes… J’ai tendance à dire que le problème que rencontre la mise en place d’un véritable mouvement politique, aux États-Unis, c’est que ce mouvement est, dès le départ, bloqué d’une part par les sionistes, et d’autre part, par ce refus, à l’instar de Chomsky, de parler ouvertement du sionisme et du rôle que ce mouvement joue, ici, aux États-Unis. Revenons en arrière, en 1988, à une époque où, durant les premiers mois de la première Intifada, et où le mouvement anti-interventionniste refusait de soutenir l’exigence qu’Israël mette un terme à son occupation du territoire palestinien : un Amérindien, un leader des indigènes américains, me dit alors que le principal problème du mouvement américain, c’était qu’il y avait beaucoup trop de sionistes libéraux en son sein. Et c’est vrai. Je ne cite jamais le nom de ce militant amérindien, car si je le rendais public, il serait immédiatement accusé d’antisémitisme… J’ai été taxé de juif développant une « haine de soi », d’antisémite… que sais-je ? Mais je m’en moque, parce que je considère que l’accusation d’antisémitisme est le premier refuge des scélérats. Le patriotisme est le refuge ultime des scélérats, mais l’antisémitisme, c’est le premier… Dans ce pays, il a été utilisé pour réduire au silence tellement de gens honnêtes ! Et c’est une des raisons pour lesquelles je suis contre toutes ces organisations spécifiquement juives qui se targuent d’être à la pointe du combat pour la Palestine. Je vais vous dire ce qui se passe : il y a beaucoup de juifs antisionistes, ou qui se prétendent tels, qui disent : « Nous, en tant que juifs antisionistes, nous devons fournir le leadership, pour que les autres voient que ce ne sont pas tous les juifs qui soutiennent Israël »… Moi, je suis totalement contre ça, parce que tous les contribuables américains paient leurs impôts et, donc, soutiennent Israël ! C’est donc bien un problème américain ! Et, en faisant valoir qu’il faut absolument que les leaders du mouvement soient juifs, que des juifs sont antisionistes, que des juifs font ceci, que d’autres juifs font cela… que disent-ils, en fait, aux non-juifs ? Ils leur disent : « nous, si nous pouvons nous permettre de faire cela, c’est parce que nous sommes juifs ». Cela a été essayé depuis tellement de temps… et ça ne marche pas ! Aussi, quand Jeff Blankfort parle, ce n’est pas un juif qui s’exprime, c’est un être humain. C’est la raison pour laquelle, en 1970, quand je suis allé pour la première fois au Moyen-Orient (au Liban et en Jordanie), je n’ai pas dit aux gens que j’étais juif. Ce n’est pas Jeff Blankfort le juif qui est allé là-bas, c’est Jeff Blankfort, le journaliste ! Il n’était nul besoin d’être Sud-Africain pour être contre l’apartheid. Il n’était nul besoin d’être Nicaraguayen pour être contre les Contras, ni d’être Vietnamien pour être contre la guerre au Vietnam… Qu’est-ce que le fait d’être juif ou pas a à voir avec le fait de dénoncer ce que les Israéliens font subir aux Palestiniens ? En réalité, les juifs devraient être extrêmement prudents, en matière de rôle dirigeant. Ce n’est pas la place de juifs, de gens qui s’identifient en tant que juifs. L’ironie, c’est que les gens qui sont le plus cités, qui s’expriment le plus sur cette question aux États-Unis, sont tous des juifs, qui, en fin de compte, veulent protéger Israël… Chomsky, bien entendu, est le plus important d’entre eux. Ils critiquent Israël, voyez-vous, parce que c’est important : c’est quelque chose dont vous ne pouvez faire à moins. Mais ils détournent la responsabilité principale sur les États-Unis et, ce faisant, tout en n’absolvant pas Israël, ils ne le protègent pas moins contre toute rétorsion, sous la forme de sanctions, de boycotts et de désinvestissements…

  Vous venez de dire que vous-même avez été accusé d’antisémitisme. Le Président du Venezuela Hugo Chavez a, par exemple, été récemment accusé par les quotidiens français Libération et Le Monde d’avoir tenu des propos « antisémites ». Ne pensez-vous pas que cette accusation est devenue plus difficile à exploiter face à une opinion publique qui a découvert qu’elle était manipulée à des fins politiques ?

Jeffrey Blankfort : Même si les gens disent quelque chose à ce sujet, en privé, ils ne le diront pas publiquement. Occasionnellement, je contribue à obtenir des interviews de Palestiniens et d’Israéliens progressistes par les médias de la région du grand San Francisco. Les choses étaient plus ouvertes, plus libres, aurais-je tendance à dire, il y a quelques années, sur les radios de grande écoute que ce n’est aujourd’hui le cas. En 1982, j’ai pu faire interviewer un soldat israélien, un réserviste, qui refusait d’aller servir au Liban, par le plus grand talk show de San Francisco. Il a dit la vérité sur la guerre du Liban, que ce n’étaient pas les Palestiniens qui bombardaient ce pays. Dans la deuxième heure de l’émission, qui était diffusée dans l’ensemble des États-Unis, un auditeur qui avait un fort accent étranger a appelé la station. Il a demandé : « Quel est le responsable qui laisse parler ce communiste sur les ondes ? » L’animateur du talk show a répondu que c’était lui-même, mais en réalité, c’était le producteur qui avait fait en sorte que mon ami passe sur les ondes. Très peu après, cet animateur qui était parmi les plus populaires des animateurs radio à San Francisco a été remplacé par un sioniste qui est encore à son poste et qui est tellement sioniste que chaque année, à chaque retour de célébration de la fête nationale israélienne à San Francisco, il en est le maître des cérémonies… Sur les ondes, dans les principales stations de radio, vous trouverez, parmi les propriétaires ou les principaux décideurs des gens qui sont manifestement sionistes. Le président de CBS News, Leslie Moonves, par exemple, est un petit-neveu de David Ben Gourion. La plupart des gens ne peuvent (ou ne veulent) pas me croire quand je parle de l’influence sioniste dans les médias. Je lis la presse juive, et elle n’arrête pas de publier des informations à ce sujet, qui ne sont pas publiées dans la grande presse. C’est dans la presse juive que je trouve la plus grande partie de mes informations, et après vérification, cette presse est crédible… [c’est vrai] Une publication, à ce sujet, est particulièrement utile : il s’agit de Forward, un hebdomadaire juif qui est l’équivalent du Wall Street Journal, à destination des juifs, parce qu’il contient beaucoup d’informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ce qui est particulièrement piquant, c’est que la plupart des gens que je connais, qui se battent pour les Palestiniens aux États-Unis, n’ont jamais lu la presse juive ! Pour moi, si vous ne lisez pas la presse juive sioniste, vous n’êtes pas sérieux. En effet, nous ne pouvons rien faire, dans ce pays, au sujet de ce qui est en train de se passer en Palestine, de manière directe. Mais ce que nous pouvons faire, en revanche, aux États-Unis, c’est lutter contre le soutien dont bénéficie Israël chez nous, dénoncer le lobby israélien et saper les positions d’Israël aux États-Unis. Ce n’est qu’en affaiblissant le soutien dont bénéficie Israël chez nous, aux États-Unis, que nous pourrons renforcer la position du peuple Palestinien.

  Nombre de gens, touchés par le malheur des Palestiniens et des Irakiens, ne sont-ils pas de plus en plus conscients que les médias mentent ?

Jeffrey Blankfort : Oh, vous savez ; bien sûr, les journaux nous mentent, mais même s’il y a plus d’infos sur Internet, elles ne sont pas toujours fiables non plus – même de notre côté – et nous devons être attentifs à ne pas gober tout ce que nous lisons sur Internet, tout simplement parce que c’est ce que nous aimons croire… Dans la région de la Baie de San Francisco, nous avions il n’y a encore pas si longtemps sept ou huit quotidiens. Aujourd’hui, il en reste à peine deux… et demi ! Et ces journaux sont devenus des sortes de tabloïds dans le style de la presse de caniveau britannique : leur seule ambition est de se tenir à flot, et de ne pas sombrer à cause de la télé… Contrairement à l’Europe, la télévision, aux États-Unis, est d’une qualité déplorable, et les Américains sont véritablement des drogués de la téloche. Ils sont aussi des toxicomanes des gadgets électroniques portables, comme les walkmans CD et MP3, et puis, depuis un an ou deux, les célèbres iPod. Cela ne présage rien de bon. De plus, l’arène politique américaine est totalement bétonnée ; on n’y trouve pratiquement aucune opportunité. Nous avons deux partis, qui sont semblables pratiquement en tous points : ce sont les deux ailes du Parti capitaliste ! L’un achète les gens : c’est le Parti démocrate. Et l’autre les massacre : c’est le Parti républicain. Ils débattent (plus exactement : ils font semblant de débattre) de questions intérieures, mais dès qu’il s’agit d’Israël, ils se serrent mutuellement dans leurs bras. Ainsi, par exemple, vous pouvez avoir des femmes membres du Congrès, qui luttent pour le droit à l’avortement. Mais elles s’unissent aux femmes membres du Congrès les plus à droite et les plus violemment opposées à l’avortement,[ce qui prouve bien que gôche et droite, ne signifie pas grand chose, on ne voit d’ailleurs pas en quoi être favorable à l’avortement serait “progressiste” !] dès lors qu’il s’agit de soutenir Israël ! Cela n’est jamais commenté, ni même évoqué, à l’intérieur de la gauche ! C’est vraiment déprimant, parce que je ne vois pas beaucoup d’évolution, même s’il y a eu quelques protestations à l’occasion de réunions de l’AIPAC local. Mais aucun lien n’est clairement établi entre le lobby israélien et le Congrès et ce qui se passe en Israël/Palestine. Et je ne vois pas la situation s’améliorer beaucoup. Je ne sais pas si le déclic va s’opérer, ni de quelle manière. Mais pour l’instant, je n’entrevois pas un futur très brillant…

  Si l’orientation des médias ne change pas, et si l’influence des lobby pro-israélien continue à s’exercer sur nos États, sans être dénoncée par la gauche, ne pensez-vous pas qu’Israël va se sentir plus à l’aise pour attaquer l’Iran aujourd’hui, la Syrie demain ?

Jeffrey Blankfort : Les néo-conservateurs et le lobby israélien ont entraîné les États-Unis dans la guerre en Irak. Le père du président actuel, le premier George Bush était contre cette guerre, et les compagnies pétrolières aussi. Et, en dépit du fait que cette guerre est catastrophique, à tous les sens du terme, ils n’ont eu à acquitter politiquement aucun prix, simplement parce que seuls quelques publicistes isolés – et parmi eux, une minorité d’éditorialistes de gauche, et aucun représentant du mouvement anti-guerre, dans notre pays – ont écrit des articles dénonçant cela. Aussi, aujourd’hui, les mêmes forces sont-elles en train de pousser les États-Unis à la confrontation avec l’Iran. Bien que je ne pense pas que cela arrive, pour la seule raison que les États-Unis sont empêtrés en Irak. De plus, si les États-Unis devaient un jour attaquer l’Iran, les troupes irakiennes, formées par les États-Unis, qui sont très pro-iraniennes et liées aux deux partis, SCIRI et al-Da’wa (tous deux fondés en Iran en 1982, et qui ont combattu du côté de l’Iran, contre Saddam) répliqueraient certainement, et l’Irak exploserait encore plus qu’il n’a d’ores et déjà commencé à le faire. C’est la raison pour laquelle je pense que les États-Unis n’attaqueront pas l’Iran, même si tout le monde, ici, semble le penser. Mais si les États-Unis attaquent l’Iran, ce sera la preuve ultime que le lobby sioniste exerce un contrôle total de la politique américaine, et je ne pense pas que les choses en soient arrivées à ce point,[erreur] pour l’instant. Ce qui est en train d’arriver est intéressant : Bush est faible, en ce moment ; les Républicains l’abandonnent, il a perdu beaucoup de partisans au Congrès ; il obtiendra la nomination de son poulain, Alito, à la Cour suprême, mais l’AIPAC a critiqué ce candidat, qu’il juge trop mou concernant l’Iran. L’AIPAC a critiqué publiquement cet Alito, qu’il accuse d’avoir été incapable de traîner l’Iran devant le Conseil de sécurité de l’Onu,[ça va se faire] tout en sachant très bien que si les États-Unis avaient réussi à faire comparaître l’Iran devant le Conseil de sécurité, ils n’auraient néanmoins pas réussi à réunir une majorité contre ce pays… Des spéculations nombreuses circulent, selon lesquelles Israël attaquera l’Iran, même si les États-Unis hésitent, parce qu’il s’agit d’une année électorale, et qu’Israël sait bien – ainsi que le lobby israélien aux États-Unis – que, quoi que fasse Israël, dans une telle conjoncture, il sera applaudi par le Congrès. [acheté/vendu]Donc, nous risquons de retrouver le même scénario que pour l’Irak… Il est intéressant de relever que les journaux, les radios et les chaînes de télévision observent bien que jamais les membres du Congrès n’iront critiquer Israël en année électorale, mais sans jamais expliquer pourquoi… La gauche, emmenée par Chomsky, prétend ne pas même être au courant de l’existence d’un quelconque problème. L’ironie, c’est que, si vous lisez la grande presse, vous trouvez beaucoup plus d’informations sur ce qui se passe, concernant le lobby, que si vous lisez la presse de gauche, dans l’état lamentable où elle se trouve actuellement. Le quotidien The Forward est d’une lecture capitale, car il explique ce qui se passe au niveau du lobby. Ainsi, récemment, il a couvert l’enquête diligentée contre l’AIPAC, que la gauche, encore une fois, ignore délibérément. D’aucuns posent la question : « si l’AIPAC était aussi puissant que vous le dites, pourquoi ferait-il l’objet d’une enquête ? » Ma réponse, c’est qu’il y a des gens, à Washington, dans les services de renseignement, qui, pour des raisons qui leur sont propres, sont extrêmement inquiets de « l’israélisation » de la politique étrangère des États-Unis. Et ces gens, qui travaillent, ou ont travaillé, à Washington, sont aux prises depuis fort longtemps avec le lobby pro-israélien. La gauche, là encore, ne participe pas à cette lutte, malheureusement. [non mais l’ultra-droite, national-américaine résiste : ex : Pat Buchanan] Il y a donc bien des gens qui savent ce qu’Israël trame, à Washington, qui savent ce que le lobby israélien fabrique à Washington ; et ils veulent arrêter ça.

  Pour en revenir à ce qui vous sépare de Chomsky sur la question palestinienne, peut-on dire que vous voulez que les Palestiniens gagnent alors que Chomsky, lui, veut que les Israéliens ne perdent pas ?

Jeffrey Blankfort : Je ne formulerais pas cela ainsi, mais je pense que c’est aux Palestiniens qu’il appartient de décider de l’avenir en Israël et en Palestine, et que Chomsky est essentiellement préoccupé par le devenir d’Israël et le bien-être des juifs. Il est opposé à la solution à un seul État. Or, pour moi, l’État unique est la seule solution possible. [ cf. Shamir] Mais je ne développerai pas mon argumentation ici, car il ne nous appartient pas, à nous, d’en décider. Mais je donne certainement la priorité aux Palestiniens, et lui la donne incontestablement aux Israéliens. C’est là, en effet, la différence fondamentale entre nous.  

Irak : «La résistance grandit de jour en jour»

Irak : «La résistance grandit de jour en jour»

Entretien de Silvia Cattori avec Subhi Toma, décembre 2005.
Source : http:/:quibla.net

Subhi Toma, qui a connu l’emprisonnement durant le règne de Saddam Hussein, n’a pas accepté que les USA aillent renverser les autorités de son pays. Il se bat aujourd’hui pour réclamer le départ des troupes d’occupation, alerter l’opinion sur les graves violations des droits humains et appeler le monde  à soutenir la résistance patriotique irakienne. S.C.

S.C.- Les Irakiens ont-ils tout perdu ?
Subhi Toma : Oui, ils ont tout perdu. Leur pays est dans une situation effroyable. La majorité des Irakiens ressentent cette guerre comme un crime abominable. Un crime qui a détruit une nation, démantelé un pays, la Mésopotamie dont ils étaient si fiers. Il n’y a plus d’Etat, il n’y a plus rien. Les Américains ont réduit la Mésopotamie à un magma de tribus, de milices, de communautés religieuses, ils ont démantelé les structures de l’Etat, réduit à néant l’administration.  Il y a des maladies que les Irakiens ne peuvent plus soigner, alors qu’avant il y avait en Irak un système de santé très performant. Les médecins sont assassinés, contraints de s’exiler. Les gens n’ont plus accès qu’à  4 heures d’électricité par jour. L’environnement a été totalement pollué par l’usage, par l’armée anglo-américaine, d’armes interdites, comme l’uranium appauvri, les bombes au phosphore blanc. Les stations d’épuration ont été bombardées et seulement 40 % de l’eau est encore potable.  L’occupation a jeté les enfants dans la rue. 40 % des enfants irakiens ne fréquentent plus l’école. Ils sont exposés à toutes sortes d’abus, surtout aux abords des bases américaines, où les soldats ont amené drogues et prostitution.

S.C.- Etes-vous retourné en Irak ?
Subhi Toma : Je suis entré en Irak le 3 mai 2003. Bagdad venait d’essuyer trois semaines de bombardements. Le 1er mai Bush a déclaré : « Voilà la guerre est finie ». J’ai vu des bandes de pilleurs s’attaquer aux banques. C’était des gangs d’Arabes de toutes origines qui avaient été entraînés dans des bases militaires américaines – en Hongrie, en Roumanie, en Pologne – et que l’armée avait embarqués en Irak à cet effet. J’ai vu les soldats qui depuis les tanks leurs faisaient des signes pour les encourager à continuer d’aller piller et casser. C’est ainsi qu’ils ont pillé tous les trésors dans les musées, vidé tous les coffres de banques. Ce que je vous raconte, d’autres que moi l’on vu, l’ont rapporté, je n’invente rien.

S.C.- Ce sont ces bandes que les télévisions ont montrées en train de s’attaquer aux symboles du régime de Saddam Hussein pour nous faire croire qu’il y avait des Irakiens qui applaudissaient l’arrivée des troupes américaines ?
Subhi Toma : Ce sont ces gangs qui ont démantelé toutes les usines, renvoyé l’Irak à l’âge préindustriel. L’Irak était un  pays industrialisé ; dans les années 70 il était parmi les pays du sud émergents.  L’usine de Massara qui produisait 30% des médicaments à l’usage des Irakiens, a été vendue en pièces détachées aux Jordaniens et aux Koweitiens. Aujourd’hui 80 % des Irakiens n’ont plus d’emploi. 55 % entre 18 et 55 ans, sont au chômage. Le seul emploi qui leur reste est de s’enrôler comme mercenaires auprès des politiciens Kurdes, Chiites et les armées occupantes. Outre les mercenaires arabes, il y a actuellement 50’000 mercenaires Français, Allemands, Anglais, Polonais, Roumains, latino américains, formés par les Américains pour travailler dans ces « armées privées ».

S.C.- Qui sont les poseurs des bombes qui ensanglantent le pays ?
Subhi Toma : Nous pensons que tous les attentats qui visent les mosquées, les écoles, les marchés, sont imputables à ces mercenaires. Les attaques de la résistance patriotique visent les troupes d’occupation et les Irakiens qui collaborent avec elles La résistance est constituée de soldats et d’officiers de l’armée de Saddam Hussein.

S.C.- Chez nous, les médias ne parlent pas de résistance mais d’Al Quaida et de Zarkaoui !
Subhi Toma : Qui est derrière le nom d’Al Quaida ? Qui est Zarkaoui et où est-il ? Quel est le service secret qui agit en utilisant son nom ?  Nous pensons que Zarkaoui n’existe pas. Les gangsters qui commettent ces attentats pour des services secrets occidentaux ont un salaire mensuel de 5 000 dollars. L’objectif de ces massacres est de faire croire à l’opinion que ceux qui résistent en Irak sont « des barbares » et que les Américains sont en Irak pour protéger les Irakiens. Et pour fabriquer ces « barbares », Bush a envoyé l’ambassadeur Negroponte en Irak et l’a chargé de former ces escadrons de la mort. C’était Negroponte lui-même qui avait été envoyé en Amérique centrale pour organiser les escadrons qui ont entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes. Ces milices privées sont là pour commettre des actes barbares que les occupants attribuent ensuite à la résistance patriotique pour la discréditer et diviser les Irakiens.

S.C.- Pourquoi la résistance ne dément-elle pas ?
Subhi Toma : Il y a chaque jour des communiqués de la résistance, diffusés via Internet, qui dénoncent les massacres de civils qu’ils attribuent aux services spéciaux liés à l’occupation. Mais les médias occidentaux n’en parlent pas.

S.C.- Il n’en demeure pas moins difficile d’expliquer que des Etats démocratiques puissent financer des groupes pour massacrer des innocents !
 Subhi Toma : Pourquoi est-ce difficile ? Il est devenu parfaitement clair que des services secrets d’Etats occidentaux infiltrent et manipulent des groupes locaux pour leur faire faire ce qu’ils appellent « le sale boulot ». C’est la démarche du colonialisme. C’est de la barbarie. Les USA veulent faire croire que les résistants irakiens sont des tarés. Ils ont fait la même chose au Vietnam. La force des USA réside dans le fait que leur propagande passe dans les médias et que leurs atrocités sont acceptées par l’opinion. Leur démocratie est une véritable escroquerie. Leurs actes dégoûtent les Irakiens de la démocratie. Aujourd’hui tout le monde sait que les services secrets américains avaient organisé en 1973 le coup d’Etat qui avait porté Pinochet au pouvoir au Chili. Au Vietnam avec l’opération Phénix, l’armée américaine a coupé la tête de paysans vietnamiens et les a ensuite exposés aux photographes pour faire croire au monde que les résistants communistes étaient des barbares. C’est la même stratégie. Pourquoi serait-il difficile de croire que les USA et la Grande Bretagne fomentent ce même genre d’atrocités pour  justifier leur agression en Irak et faire croire qu’il n’y a pas de résistance, qu’il n’y a que des « terroristes » ?

S.C.- Le fait que l’Irak est dévasté et le peuple ruiné ne semble pas affecter Bush. N’a-t-il pas déclaré à mi décembre que son armée est en train de gagner ?!
Subhi Toma : Si nous avons tout perdu, eux ils n’ont pas gagné. C’est terrible, c’est terrible. L’Irak était un pays moderne, organisé et structuré. Un pays sécularisé. En 1930 il y avait des femmes juges, en 1950 des femmes ministres. Ils en ont fait un désastreŠce n’est plus un pays. Toutes les provinces sont dévastées, soumises à des bombardements depuis trois ans. Ils ont tout détruit. Mais ils n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs. Paul Wolfowitz, un des douze architectes de « la guerre préventive », disait que l’armée américaine avait atteint un niveau de compétence technologique qui permettait aux USA de mener plusieurs guerres en même temps. Avec l’Irak, ils ont connu un revers total. Leur stratégie d’envoyer des troupes et des chars est un échec. Ils ne feront plus jamais la même erreur. Ils ne pourront plus occuper l’Iran ni la Syrie.

S.C.- N’ont-ils réalisé aucun de leurs objectifs ?
Subhi Toma : Economiquement ils n’ont pas rentabilisé ce qu’ils ont investi. Ils n’ont pas encore signé le contrat pour exploiter le pétrole. Et ils se retrouvent avec 30’000 à 40’000 tués et blessés. Nous croyons que les USA vont perdre la guerre, qu’ils sont aujourd’hui otages de cette guerre. Toutes leur manŠuvres politiques  élections, Constitution – visent à installer un gouvernement local qui sera prêt à signer les contrats et à leur confier l’exploitation du pétrole et du gaz irakien, à accepter qu’il y ait des bases militaires américaines en Irak, pour contrôler 80 % du Moyen-Orient. S’ils obtiennent cela ils vont partir.

S.C.- N’y a-t-il pas un gagnant, tout de même, Israël qui a toujours affiché sa volonté d’affaiblir l’Irak ?
Subhi Toma : Oui, on peut dire qu’Israël est stratégiquement gagnant. Il n’acceptait pas l’existence d’un Etat organisé comme l’Irak. Il y a des Israéliens qui sont présents en Irak sous diverses formes. Il se peut qu’Israël ait atteint un de ses objectifs. Mais ce qu’Israël fait au Moyen-Orient – s’imposer par la brutalité et le mépris – n’est pas une solution. Cinquante ans de coercition contre les Palestiniens, n’ont pas réussi à en finir avec eux. Et cela ne marchera pas non plus avec les Irakiens. Tant que cette logique de guerre prévaut, nous allons tous souffrir, car cela dépasse le cadre du Moyen-Orient.

S.C.- Cette guerre aurait-elle été possible si les dirigeants arabes avaient fait front pour la condamner? En la facilitant n’ont-ils pas participé à l’oppression de leurs peuples ?
Subhi Toma : Bien sûr. Lorsqu’il y a un désastre de cette importance il n’y a pas qu’un seul facteur. La dégénérescence des régimes arabes a abouti à cela. Je suis tout à fait d’accord. Ces régimes arabes sont les alliés stratégiques des USA.

S.C.- La soumission des leaders arabes à Washington ne se retournera-t-elle pas contre eux ? Leurs peuples ne se vengeront-ils pas ? Et vous, que ressentez-vous ?
Subhi Toma : Il y a une pensée orientale qui dit : « Si la bêtise gifle l’intelligence il ne faut pas que l’intelligence se comporte comme la bêtise ». La haine n’apporte pas de solution. Nous devons Šuvrer pour amener l’Occident à avoir une attitude d’égalité avec nous. Si ce n’est pas cela, alors c’est l’idéologie de la violence.

S.C.- Comment ces victimes de la guerre que l’Occident a humiliées, atteintes dans leur dignité, vont-elles pouvoir se relever ?
Subhi Toma : Quand j’étais là bas, j’ai vu dans la rue les soldats américains frapper des Irakiens, les jeter au sol, les écraser de leurs bottes, les encagouler avec des sacs de plastique. J’ai compris que, par ces actes humiliants et brutaux, les Américains étaient en train de pousser les Irakiens à la résistance. Je reviens de Damas. Les Syriens sont, eux aussi, désespérés. J’ai eu le sentiment qu’ils sont, comme vous le suggérez, profondément atteints par ces humiliations permanentes des USA et d’Israël. Ils sont convaincus que leur tour va venir et qu’ils doivent se préparer à résister.

S.C.- Il est difficile de se convaincre  malgré ce que vous venez d’étayer – qu’il y a en Irak une résistance bien organisée. Si tel était le cas pourquoi les Irakiens auraient-ils participé aussi massivement à des élections servant les intérêts de l’occupation ?
Subhi Toma : Les dirigeants irakiens savaient que face aux bombardements, ils ne pouvaient pas tenir. Mais ils savaient qu’une fois que les troupes américaines entreraient dans les villes, les choses se compliqueraient pour elle. La résistance grandit de jour en jour. Les engins artisanaux que les Irakiens utilisent contre les chars américains tuaient au début un soldat par jour, maintenant cinq. S’il n’y avait pas une résistance forte, pourquoi, malgré leur ampleur les troupes américaines, ne sont-elles pas arrivées en trois ans à limiter les attaques ? C’est la preuve qu’il y a un soutien populaire à la résistance. L’Irak est un pays vaste. La population est épuisée mais elle a encore un potentiel. Quant aux élections, a participation des Chiites et des Kurdes était acquise. Il y a eu l’idée, aussi, que de contribuer au processus politique pouvait contribuer à accélérer le départ des Américains. La résistance n’est pas seulement armée, elle est aussi politique.

S.C.- Quand Bernard Kouchner attribuait encore récemment à Saddam Hussein la mort de 2,5 millions d’Irakiens, dit-il la vérité ?
Subhi Toma : Non. Il y avait une répression politique qui éliminait ses opposants politiques. J’ai fait de la prison en Irak. J’ai été torturé. Je peux comparer ce qui se passait sous Saddam Hussein avec ce qui se passe aujourd’hui. Monsieur Bernard Kouchner exagère les crimes de Saddam Hussein, amplifie ses défauts, pour justifier son adhésion à l’embargo et à la guerre abominable des USA. Monsieur Kouchner et ses amis de gauche ont soutenu l’embargo qui a causé la mort d’un demi-million d’enfants et ruiné toute la société. Pour justifier sa participation à un tel crime Monsieur Kouchner continue de faire de Saddam Hussein un personnage bien plus monstrueux qu’il n’était.

S.C.- Voulez-vous dire que les troupes américaines en Irak commettent des actes bien plus abominables que du temps de Saddam Hussein ?
Subhi Toma : Bien sûr. Ce qui se passait sous Saddam Hussein, quantité de régimes latino-américains l’ont fait. C’était aux Irakiens de régler leurs problèmes. Cela ne pouvait justifier d’aller détruire un pays, un peuple. Tous ceux qui voulaient que cette guerre se fasse ont menti. Ils se sont servis de la religion pour diviser les Irakiens. Ils ont prétendu que le régime de Saddam Hussein était contre les Chiites. Comment Saddam pouvait-il être l’ennemi des Chiites alors que 80 % des membres du parti Baath et de l’armée irakienne étaient Chiites ?  Autre exemple : sur les 55 personnalités dont la tête a été mise à prix par les USA, 35 d’entre-elles étaient Chiites ! Faire croire que les Chiites étaient les victimes de Saddam est une escroquerie.

S.C.- Quand, dans les années quatre vingt-dix, des politiciens progressistes appelaient à intervenir, au nom du « droit d’ingérence humanitaire » dans la partie Kurde de l’Irak, n’ouvraient-ils pas la porte à la guerre ?
Subhi Toma : Le droit d’ingérence humanitaire était une proposition douteuse. Le ministre des affaires étrangères Hubert Védrine avait reconnu que ce « droit d’ingérence » était une nouvelle forme de colonisation. Je suis allé en Irak durant l’embargo. J’ai vu les enfants mourir. Quand j’ai vu des démocrates soutenir l’embargo, j’ai alors pris conscience que la politique et la démocratie n’étaient pas cette chose noble que je croyais ; j’ai compris que tous ces politiciens  tous partis confondus – qui ne faisaient rien pour empêcher l’embargo, participaient à un crime impardonnable. On pouvait éviter la guerre. Les promoteurs de la guerre avaient un parti pris. Ce n’était ni le parti de la paix ni de la démocratie. Quand on leur demandait de faire un geste en faveur des enfants irakiens qui mouraient à cause de l’embargo, ces « démocrates » répondaient : « Nous aiderons les démocrates ». Comment peut-on demander à des victimes si elles sont démocrates ?

S.C.- Faut-il considérer les responsables politiques et médiatiques qui ont appuyé cette guerre comme complices de crimes ?
Subhi Toma : Bien sûr. Il y a participation active, il y a participation passive. Je pense que tous ceux qui ont justifié l’embargo et soutenu la guerre contre le peuple irakien ont participé d’une façon ou d’une autre aux crimes contre le peuple irakien.

Le mécanisme du silence

Le texte ci-bas se trouve dans le livre « Le mythe du 11. septembre – à la recherche de la vérité » (en version originale, allemande: Mythos 9/11 – Der Wahrheit auf der Spur) par Gerhard Wisneswki. Ce livre n’existe qu’en version originale en allemand. Néanmoins, avec la permission de l’auteur, nous présentons ici un chapitre important, traduit de l’allemand, de ce livre excellent. Le livre, qui se base sur des centaines de documents fiables et vérifiables, démonte le mythe officiel sur les évènements du 11. septembre et  propose à la  société internationale un défi majeur

 

Elias Davidsson

Le mécanisme du silence

Par Gerhard Wisnewski

Mais revenons en à notre sujet proprement dit, les mécanismes et manœuvres de la vraie conspiration du 11 septembre. Comment, me demande-t-on souvent, une conspiration d’une telle ampleur pourrait-elle être gardée secrète? N’aurait-il pas dû se trouver par douzaines des personnes prêtes à vendre la mèche? À cela on peut répondre qu’il n’en va pas nécessairement ainsi, car des mécanismes efficaces, cachés comme visibles, s’y opposent.

Parmi les mécanismes implicites les plus importants, on doit en premier lieu citer «la spirale du silence», phénomène postulé par Elisabeth Noelle-Neumann, spécialiste de la communication. Comme journaliste ayant travaillé d’abord pour le journal nazi Das Reich, dont elle fut congédiée sur ordre de Goebbels, Noelle-Neumann a sans doute très bien perçu ce dangereux mécanisme totalitaire : les gens soupçonnent, sentent et anticipent les opinions qu’on attend d’eux, et se tiennent cois. Or plus on se tait, plus grande est la pression pour qu’à l’avenir on continue à le faire, jusqu’à ce qu’il devienne tout à fait impensable d’émettre ne serait-ce qu’une opinion qui se tienne. Le temps joue par conséquent un rôle extrêmement important pour ce qui est de briser la spirale du silence : plus on attend et plus cela devient difficile.

Pour que ladite spirale apparaisse, il suffit amplement que le Président, le chef ou quelque autre numéro un impose son opinion. Une pression n’est pas même nécessaire, la spirale du silence ayant déjà en elle-même une très grande efficacité sur une base «librement acceptée». Il est évident cependant que cette dynamique propre peut être considérablement amplifiée par le recours à des mécanismes qui se concrétisent sous forme d’ordres donnés ou par la répression. Là encore, il faut faire une distinction entre les sanctions explicites et les sanctions implicites. Ces dernières atteignent leur but, quand une personne récalcitrante n’est pas menacée directement de renvoi ou d’autres sanctions, mais que cette menace plane néanmoins comme une possibilité réelle, par exemple du fait de l’existence de précédents. Par sanctions explicites il faut comprendre celles où des désagréments possibles sont formulés expressément.

«Pourquoi personne ne dit-il rien?» demande-t-on sans cesse à la légère à propos des événements du 11 septembre. Il faut comprendre que dans les organisations militaires la spirale du silence implicite inhérente au système peut être encore renforcée par des sanctions explicites, lesquelles peuvent mener à un bris de carrière, à un changement de mode de vie, et, dans des cas extrêmes, à des peines de prison à vie ou même à la peine de mort (pour trahison, par exemple). Il est assez clair qu’il y a là un obstacle très considérable.

En dehors du courage, il faut bien entendu déjà avoir les renseignements à disposition pour pouvoir envisager de prendre le risque de les divulguer. Or l’apparat militaire a justement cela d’inhérent qu’il obéit sur un mot venu d’en haut sans poser de question. Tel est précisément le propre de toute organisation militaire. S’attendre donc à y trouver de providentiels «vendeurs de mèche», n’est, tout compte fait, guère réaliste, et ce, d’autant plus que dans le cas des événements du 11 septembre, il se peut très bien que nous ayons affaire à une «structure dans une structure», donc à une structure dans laquelle peut exister un système de sanction d’un type tout différent de celui en vigueur dans l’armée.

Dans ces événements, à côté de la spirale du silence, nous avons affaire également à un autre phénomène, celui-là pourrait-on dire «humain», à savoir l’intégration de ce qui ne peut être intégré, en l’occurrence l’existence côte à côte de deux vérités et de deux réalités entièrement contradictoires dans un seul et même cerveau. Ce que George Orwell dans son roman désormais devenu réalité 1984 dénomme «double pensée» est, depuis le 11 septembre 2001, un phénomène très largement répandu : les gens se conduisent dans la vie quotidienne de manière tout à fait normale, se livrent par exemple à un travail qui exige d’eux une pensée logique à un degré élevé, mais, le soir, lorsqu’ils allument la télévision, se mettent pour ainsi dire à croire au père Noël. Ils gobent littéralement qu’un jour deux gros avions de ligne peuvent tout simplement s’évanouir dans les airs, ils croient que des gratte-ciel à la structure métallique peuvent, à la suite d’un incendie, s’écrouler sur eux-mêmes, et ce, bien qu’une telle chose ne se soit jamais produite auparavant, ou encore ils avalent tout rond que des pilotes amateurs pourraient piloter avec la plus grande dextérité deux gros Boeing. Et ainsi de suite.

La liste des suppositions en rapport avec le mythe du 11 septembre est longue et les contradictions peuvent s’y côtoyer si étroitement qu’on les entend littéralement grincer. Tel est le cas, par exemple, des déclarations du maire de Shanksville, Ernie Stull, qui peut afficher un air décontenancé pour ce qui est de l’endroit où s’est écrasé le vol 93, tout en croyant à la version officielle.

Un autre exemple est fourni par le livre Todes-Flug UA 93 de Jere Longman. Il s’agit d’un cheminement tortueux de trois cents pages entre des trouvailles, qui, tout compte fait, ne s’intègrent pas dans la version officielle, et la croyance ferme en cette dernière. C’est ainsi que l’auteur décrit paragraphe après paragraphe l’innocence de Ziad Jarrah, ravisseur prétendu du vol 93, et qu’il intègre cela dans la version officielle au moyen d’un artifice : l’ensemble ne serait qu’une astuce tirée du manuel d’Al-Kaïda. Longman n’oublie pas non plus de mentionner le fait que Jarrah n’était pas un bon pilote. Il est également surprenant de constater qu’il consacre des pages entières à disserter sur le lieu de l’accident de Shanksville, sans parvenir à la conclusion qu’à l’endroit en question jamais un Boeing 757 n’a pu s’écraser. Arrivé à ce point, il s’interroge toutefois brièvement en émettant quelques hypothèses : «Peut-être ne s’agissait-il pas d’un avion transportant des passagers» ou «Où étaient les personnes? Où sont les corps?» Longman parvient à tout cela en accumulant à longueur de pages des documents allant à l’encontre de la thèse officielle, mais sans pour autant remettre un seul instant cette dernière en cause. Cela relève très précisément de cette double-pensée, contre laquelle George Orwell nous mettait en garde, et qui, si les choses se passent selon la volonté des puissants, devrait à l’avenir déterminer notre activité mentale.

Pour autant, on ne peut accuser Ernie Stull, ni des hommes comme Longman, d’un mauvais dessein. Le fait est que la pensée se déforme tout simplement sous la forte pression d’opinion exercée sur le public, d’où il résulte que sont introduites de force dans une seule et même tête des choses qui ne pourraient sinon en aucun cas y trouver place. Ici encore, il faut distinguer des aspects implicites et des aspects explicites. D’eux-mêmes les gens se refusent à croire à quelque chose d’aussi horrible qu’une conspiration intérieure menant à l’assassinat de trois mille personnes ou plus. On se heurte là à des interdits massifs analogues à ceux que l’on observe chez les enfants maltraités par leurs parents : on ne peut tout simplement pas croire que ces derniers puissent être des criminels. Jusqu’ici, il n’est pas encore nécessaire du tout d’exercer depuis l’extérieur une pression sur l’opinion pour empêcher quelqu’un de se livrer à une réflexion complète à propos de mécanismes comme ceux en question ici. Mais quand l’enfant est de plus (explicitement) menacé par celui qui le tourmente, il s’enferme alors habituellement dans un mutisme total…

Nous pouvons constater, maintenant que plusieurs contributions médiatiques critiques sur le 11 septembre ont été diffusées, comment toute sorte de pressions extérieures ont été exercées pour renforcer une spirale du silence qui, de toute façon, existe dans cette affaire. Dans le cas de Willy Brunner et dans le mien, ces pressions ont culminé dans des campagnes de calomnie publiques et une interdiction d’emploi à la Westdeutsche Rundfunk. D’autres auteurs ont été catalogués à l’extrême droite, comme récemment dans une soirée thématique sur les théories de la conjuration, sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte, le 13 avril 2004.

Pour un auteur allemand, cela est naturellement déjà en soi un reproche dangereux pour son existence. De surcroît, on a essayé d’ajouter un tour supplémentaire décisif à la spirale du silence en comparant les sceptiques du 11 septembre aux «négationnistes d’Auschwitz», c’est-à-dire à ceux qui contestent que des millions de Juifs furent exterminés dans les camps de concentration nazis.

Il n’y a là en aucun cas une calomnie gratuite. La raison de cela est bien plutôt que la contestation de l’holocauste tombe sous le coup de la loi (paragraphe 130, titre 3, du code pénal allemand). L’assimilation des sceptiques du 11 septembre aux «négationnistes d’Auschwitz» réussirait, que l’on pourrait aussi travailler tôt ou tard à l’interdiction de toute critique publique concernant l’attentat du 11 septembre. Bien entendu, mieux encore serait d’y assimiler les «théoriciens de la conspiration», car ce serait alors interdire à l’avenir toute réflexion publique sur les tenants et les aboutissants de quoi que ce soit.


Un mythe moyenâgeux

Le texte ci-bas se trouve dans le livre « Le mythe du 11. septembre – à la recherche de la vérité » (en version originale, allemande: Mythos 9/11 – Der Wahrheit auf der Spur) par Gerhard Wisneswki. Ce livre n’existe qu’en version originale en allemand. Néanmoins, avec la permission de l’auteur, nous présentons ici un chapitre important, traduit de l’allemand, de ce livre excellent. Le livre, qui se base sur des centaines de documents fiables et vérifiables, démonte le mythe officiel sur les évènements du 11. septembre et  propose à la  société internationale un défi majeurur.

Elias Davidsson

 

Un mythe moyenâgeux

Par Gerhard Wisneswki

Les attentats du 11 septembre 2001, contrairement à ce qu’on nous en a dit, ne constituent pas un événement historique, mais un mythe et, dans un tel cas, les contradictions sont sans importance. Depuis des temps immémoriaux le propre des mythes est de produire un effet et une fascination maximaux à partir d’un minimum de faits.

La question qui se pose est donc : comment se fait-il que l’homme, après plus de deux cents ans d’explications par la science et vivant dans la « société de l’information », y soit encore vulnérable ?

Pour créer un mythe, il suffit, à vrai dire, de peu, par exemple de quelques événements qui engendrent plus ou moins la confusion (un avion qui s’abîme, un cratère dans le sol, une explosion au Pentagone) et qui n’ont que peu ou prou à faire avec le mythe tel qu’il se présentera sous sa forme finale. Nulle part la naissance d’un mythe n’est plus excellemment décrite que dans Wag the dog, un film de Barry Levinson. Dans cette satire de la vie politique américaine, quelques géniaux stratèges des relations publiques préparent efficacement la population à l’aide de quelques interventions bien choisies faites dans le paysage publicitaire et simulent dans ce cadre une guerre entreprise par les États-Unis contre l’Albanie : le vol d’un bombardier inexistant vers ce pays, les images mises en scène d’une jeune fille s’enfuyant devant des terroristes albanais ainsi que des quelques autres éléments théâtraux peu palpitants sont le canevas d’une grande guerre contre un ennemi terroriste.

Face au chaos, le cerveau façonne presque automatiquement un mythe. Le 11 septembre 2001, les États-Unis n’ont pas été attaqués par des terroristes enragés, mais ont été « affligés» par une succession d’événements chaotiques et inexplicables, à savoir l’impact de deux avions sur les tours du World Trade Center, une explosion près de Shanksville (Pennsylvanie) et une explosion au Pentagone (Washington D.C.).

À ces faits bruts qui, d’un avis non influencé (pour autant qu’on puisse parler ainsi d’images télévisées), sont a priori dépourvus de sens en soi, en ont été rajoutés d’autres issus de rumeurs (entraînement au pilotage et embarquement supposé d’Arabes à bord d’avions de lignes intérieures, documents révélateurs prétendument trouvés, etc.). Ces éléments servent seulement de mortier pour souder ensemble les pièces sur lesquelles repose le mythe. Ils étaient nécessaires pour, en quelque sorte, faire rimer l’ensemble.

L’attaque des États-Unis par des terroristes arabes n’est pas née du plan de quelconques terroristes perfides, ni même de la manière dont les événements du 11 septembre 2001 se sont déroulés, mais d’une interprétation de ces événements chaotiques, interprétation que rien dans la logique qu’ils sous-tendent ne vient étayer. Alors que l’embarquement de quelques Arabes à Portland (Maine) est sans rapport avec le décollage à Boston (Massachusetts) d’un avion supposément ravi, des liens de causalité ont été fabriqués entre ces événements.

Ces prétendus liens constituèrent l’agglomérant décisif du mythe du 11 septembre. Par exemple, après que les ravisseurs aient acquis une formation de pilote, ils montent dans un appareil à Portland pour se rendre à Boston afin de monter à bord de la machine de mort. Le cerveau relie ainsi de lignes les points noirs isolés.

Entre temps cette présentation des choses est devenue aussi répandue qu’elle est absurde. Comme dans mon livre Operation 9/11, dans le documentaire Aktenzeichen 11/9 ungelöst (que j’ai tourné en collaboration avecWilly Brunner), mais aussi, comme on l’a vu, dans les ouvrages de nombreux collègues, rien ne montre que les éléments isolés du mythe du 11 septembre puissent être mis en rapport et agencés de cette manière. Tout au contraire, de nombreux éléments semblent contredire de manière criante cette logique. C’est ainsi que des pilotes formés à la hâte sur de petits avions se mettent au commandes d’appareils de transport de passagers au pilotage complexe et terminent leur approche au prix de leur vie, que le meilleur système de défense aérienne de la planète laisse quatre gros avions de ligne sillonner à leur guise son espace aérien sur une durée qui a pu atteindre une heure, que deux de ces avions (explosions du Pentagone et de Pennsylvanie) se dissolvent dans les airs, que les deux autres ne laissent ni boîte noire ni enregistrement vocal, probablement pas non plus de cadavres (World Trade Center), qu’en première mondiale s’effondrent très exactement sur elles-mêmes deux constructions métalliques des plus robustes après un feu couvrant d’un peu plus d’une heure, et cela, bien que ces tours aient été calculées en vue de l’éventualité qu’un avion les percute.

Le mythe du 11 septembre se déroule sur un plan que nous connaissons de nombreux contes. C’est ainsi qu’après que le loup eut dévoré la grand-mère, il fut possible de lui ouvrir le ventre pour la libérer et qu’elle continua à vivre comme si rien ne s’était produit. De même, Blanche-Neige repose pendant un an en bière, mais, à l’issue de cette période, elle est aussi fraîche et jolie qu’auparavant, et la chevelure de Rapunzel est si solide que non seulement la sorcière, mais encore le prince peuvent s’en servir comme d’une corde pour grimper jusqu’à elle.

La plupart, si ce n’est même tous les éléments du mythe du 11 septembre font aussi bon ménage que l’eau et le feu. Or plus le chaos est parfait, plus contradictoire est la réalité source d’angoisse et plus notre cerveau exige une explication. Ce n’est que dans le plus total chaos que le cerveau est prêt à accepter n’importe quelle histoire — mais vraiment n’importe laquelle ! — du moment qu’elle mette de l’ordre dans toute cette folie. Comme le désordre engendre le désir d’ordre, les contradictions internes des éléments du mythe étaient donc pour ainsi dire impérativement nécessaires. Le cerveau est tout prêt à éclipser les détails, exactement comme il le fait dans le cas des illusions d’optique. L’absence même de cohérence entre des événements extrêmement traumatisants accroît d’autant le besoin pressant qu’il y a à trouver un conteur qui, enfin, donne au public un sens à tout cela, c’est-à-dire l’opium qui lui permettra de retrouver un sommeil paisible. Car de même qu’en face d’un motif chaotique le centre de la vision cherche par tous les moyens à reconstituer une image et qu’il impose au besoin l’image dont il a besoin, le cerveau confronté à des informations chaotiques cherche à toute force une histoire en guise d’explication. Les choses sont encore plus simples lorsqu’on lui en fournit une, car ce qui importe avant tout, c’est d’habiller immédiatement le chaos d’une conception qui permette d’y voir dorénavant l’interprétation souhaitée.

Ce mécanisme s’avère encore plus efficace en état de choc, car alors le cerveau n’en est que plus enclin à faire fi de toute raison. Dans une telle situation d’urgence, il est prêt à se faire une image des choses en s’appuyant sur des données encore plus fragmentaires. Déjà lorsque l’homme de Neandertal entendait la nuit un craquement dans les fourrés, prenaient forme dans sa tête, sur la base de ces faibles perceptions, des images et des suppositions sur ce qui pouvait s’approcher là. Le cerveau fonctionne alors selon un mode d’urgence. « Shock and Awe », cette stratégie cynique du choc et de l’intimidation, avec laquelle le gouvernement américain a engagé la guerre d’Irak, a en réalité déjà été utilisée par les stratèges du 11 septembre. Le but était de produire un traumatisme universel et un désarmement spirituel. Le fait que cette machination mise en scène par des têtes malades règne depuis sur le cerveau des gens, enfants compris, appartient à ce que le 11 septembre a de plus insupportable. En particulier, après un tel choc, faire revenir les esprits d’une telle interprétation fixée est très malaisé et demande la mise en œuvre de toute notre imagination. La chose est encore plus difficile lorsque le cerveau doit voir quelque chose qu’il n’a jamais vu auparavant. C’est ainsi que le cerveau peut facilement s’imaginer que, lors des événements du 11 septembre, il s’est agit du détournement d’avions et d’attentats perpétrés par des terroristes arabes : tout autre point de vue sera ensuite d’emblée repoussé. Sous quelle forme la conspiration d’une élite cachée doit-elle donc se présenter ? Comment cela peut-il fonctionner ? Comment une telle chose peut-elle se produire ? Assez, voyons ! Le cerveau est irrité et inquiet, parce qu’il est dans l’impossibilité littérale de se faire une image.

Ce n’est pas un hasard si, dans les lettres qu’ils m’envoient, presque un lecteur sur deux commence en me disant que mon livre Operation 9/11 lui a causé des nuits entières d’insomnie. La raison en est que ce livre et d’autres rendent inopérant l’opium des fausses explications, sans pour autant apporter au lecteur un équivalent en remplacement. La nouvelle image qu’ils se forment est tout sauf apaisante. Elle n’est pas non plus complète. Ce n’est pas une histoire aussi polie et belle que celle d’Osama et des dix-neuf brigands. Ce n’est pas non plus un scénario aussi bien emballé que l’hollywoodienne explication officielle. Il n’est d’ailleurs pas possible qu’il en aille ainsi, car nous ne présentons pas des théories explicatives inconsistantes, mais traitons de la réalité dans toute sa complexité. L’image fournie est peut-être très laide, mais elle est authentique, ne résultant pas des manipulations de quelque officine d’intoxication.

Une telle présentation inachevée n’est guère réjouissante, mais elle est néanmoins préférable : ce qui, à proprement parler, inquiète dans les livres et les films traitant du 11 septembre est qu’ils donnent du mythe une image crue et nue à laquelle ils le réduisent, et établissent que cela ne mène pas à l’interprétation prétendue. En réalité, il ne s’agit pas de la victoire du Bon sur le Mauvais, mais de la victoire du Mauvais sur le Bon, pour ne pas nous écarter du langage tenu.

Ces livres abolissent le mécanisme de l’apaisement du mythe et lui substituent un mécanisme qui, au contraire, engendre l’inquiétude. Ils ne culbutent pas le 11 septembre, comme Der Spiegel l’a titré le 8 septembre 2003, mais, au contraire, le remettent sur ses pieds.

«Les mythes nous livrent un système clos dans lequel le monde est expliqué et où toute remise en question devient superflue» écrivit Jiré Emine Gözen dans son article sur le 11 Septembre et son mythe : «Le mythe créé une confiance universelle par l’entremise de vérités premières.» Des mythes sont utilisés partout là «où il s’agit de s’adresser au public et de mettre en place une certaine façon de voir les choses.» Des études sur le mythe est ressorti que «le succès des œuvres de fiction s’explique aussi par l’utilisation de mythes et d’images symboliques.»

Le 11 septembre, une œuvre de fiction? De quel genre? Roman de terreur et d’épouvante? Fiction tyrannique? Probablement ce dernier: «Je crois surtout que les dirigeants produisent plus de théorie de conspiration que les gouvernés», déclara récemment Hans-Jürgen Krysmanski, professeur de sociologie à l’université de Münster, dans un entretien avec un journaliste.

Rien n’est plus vrai ! Et seul un mythe peut contribuer au succès d’une œuvre de fiction comme l’attaque des États-Unis par les Arabes. «Le mythe peut être décrit comme un système pré-philosophique et pré-scientifique d’explication du monde. Les mythes sont des contes qui expriment notre quête de la vérité, du sens et de la signification.» Autrement dit : «Les mythes sont un procédé dépassé d’interprétation de la réalité.» Ce n’est qu’avant que l’homme ait appris à appréhender la monde à l’aide de faits et de lois naturelles, qu’il s’est constitué sans vergogne sa réalité sans s’inquiéter à l’idée d’oublier certains détails. La propagation mondiale d’un mythe relègue donc l’humanité dans un passé obscur. Ce n’est pas un hasard si des suspects se voient dépouillés en même temps de leurs droits humains. Ce n’est pas non plus du fait du hasard que les chefs politiques et militaires vont rechercher tout d’un coup des catégories primitives comme le Bien et Mal. En d’autres termes, le mythe du 11 Septembre sonne un nouvel âge économique, militaire et impérial, et avant tout l’âge sombre de l’«anti-explication», un âge dans lequel la raison n’a plus cours et les droits de l’homme se voient piétinés. Ce n’est que dans un tel ordre, qu’un empire totalitaire peut vraiment prospérer.


Introduction à l’auteur Helmut Spehl

Les écrits de Helmut Spehl n’existent qu’en allemand.  Helmut Spehl a publié de nombreux textes sur le sionisme et la question de la Palestine, écrits que personne n’osa publier en Allemagne.  Ces écrits ont donc été publiés par l’auteur lui-même.   Ils sont maintenant accessibles sur la toile, avec la permission de l’auteur.

 

Helmut Spehl parle de Helmut Spehl

Nosce te ipsum — Connais-toi toi-même ! Je veux me donner de la peine, bien que je sache que cela sera en vain. Qui se connaît encore soi-même, lorsque d’autres l’ont reconnu ? Nous autres humains ne sommes pas autre chose que formes trompeuses, élevées dans un dessein mal défini. Depuis que les média accaparent la parole, nous ne sommes plus que des ombres fugaces, des silhouettes dans la chambre noire. Qui a fait parler de soi en public, se voit poursuivi par l’obscurantisme, où qu’il aille.

Il y a maintenant vingt-cinq ans, un professeur de théologie protestant de gauche m’a pris en défaut. Au début de l’année 1978, je lui avais envoyé deux exemplaires de Behemoth tout frais sortis de presse, l’un desquels il donna à une autre personne. À ce propos, je dois dire que nous avions échangé un courrier amical au sujet de mon livre Briefe vom anderen Israel pendant plusieurs années, vers la fin des années soixante jusqu’au début de la décennie suivante. Mais cette fois, mutisme complet. Vers la fin du mois de novembre, je lui demandais dans une petite note griffonnée à la hâte : « Quelle erreur ai-je donc commise ? » Quelques jours plus tard, je reçus cette réponse déconcertante : « Vous n’avez commis aucune erreur ! J’ai appris par H. Gollwitzer que vous-même étiez Juif. Je l’ignorais… » Eh, là ! doucement, je ne le savais pas non plus ! En revanche je savais parfaitement, et depuis longtemps déjà, comment il convient de se comporter en face de telles métastases de la rééducation. Le 5 décembre, j’apportai donc le démenti suivant : « Je peux regarder l’opinion du Pr Gollwitzer comme le plus beau compliment de ma vie, compliment que je dois sans doute à la respectable conception selon laquelle seule la circoncision confère l’envergure nécessaire pour défendre sans restriction les droits du peuple palestinien maltraité. »

Treize ans plus tard, au mois d’août 1991, j’ai lu dans le journal, que j’étais un antisémite. Il est vrai que ceci ne parut pas dans la grande presse, mais dans un journal régional à fort tirage, Le Tageszeitung et la revue Konkret lui ont toutefois immédiatement emboîté le pas et quelques feuilles d’arrière-cour désossèrent mon allemand un peu compliqué, en en rassemblant les bouts à leur guise. Depuis, je suis catalogué comme antisémite.

Un Juif peut-il être antisémite ? Moi je ne le suis pas. Le correspondant à Tel Aviv du Südkurier de Constance, Charles Landsmann, a posé récemment cette question :

Un Juif peut-il être antisémite ? Cette phrase qui sonne curieusement aux oreilles d’un non juif a reçu ces derniers temps une réponse à Stockholm où l’ambassadeur d’Israël en Suède a endommagé la production jugée provocante d’un artiste juif immigré dans ce pays, production par laquelle ce dernier voulait exprimer son opinion sur la terreur. Là-dessus, Ariel Sharon loua la conduite de l’ambassadeur dans son action contre l’antisémitisme. Aucun ministre de son gouvernement n’a osé protester. Qu’a donc à voir avec l’antisémitisme une œuvre ambiguë dédiée à une femme auteur d’un attentat suicide ? Le ministre israélien de la Diaspora, Nathan Sharansky, donna cependant la réponse suivante : « Il n’y a plus aucune limite entre l’antisémitisme et l’hostilité à Israël. » Là encore, personne n’osa protester contre cette thèse, thèse à l’aide de laquelle le gouvernement de Sharon a essayé avant tout de réduire au silence les critiques étrangers, comme ils l’avaient fait depuis longtemps dans le pays avec les critiques locaux par d’autres moyens. L’expression officielle dans la pays est depuis longtemps teintée d’idéologie. Celui qui, par exemple, critique la construction du mur de séparation, est antisémite, parce ce faisant il conteste le droit des habitants juifs d’Israël à une protection contre la terreur. Celui qui est contre la politique de colonisation, montre des sentiments antisémites, car il s’attaque aux droits de l’homme en contestant aux Juifs la liberté de s’établir librement sur leur territoire biblique. Celui qui est contre les tourments infligés aux populations civiles palestiniennes le fait par antisémitisme, car il veut entraver les mesures de protection des colonisateurs. Qui proteste contre les bombardements d’habitations civiles est un antisémite, car il nie le droit de l’État juif à l’autodéfense… (Charles Landsmann, dans In einem Topf geworfen [Tout mis dans le même sac]. Südkurier, le 7 janvier 2004).

À l’aune de ces descriptions partisanes, nul doute que je suis un antisémite. Je reconnais franchement que j’ai sur la conscience tout ces faits d’antisémitisme ou d’autres assimilables. On peut, au moins en privé, démentir en toute bonne foi qu’on est juif, mais on ne peut guère démentir avec la même bonne foi qu’on est antisémite. Il faut vivre avec, et je peux confirmer, entre temps, au nombre toujours plus grand de ceux qui compatissent, qu’il est possible de le faire. La première fois, ça fait encore mal, mais on peut néanmoins vivre avec. En tout cas, mieux que tout Palestinien qui, pour la troisième génération, a grandi dans un camp de réfugiés, donc est redevable de son destin à une autre spécialité sioniste, la purification raciale. Quand on s’est occupé de ces choses pendant des décennies, alors on sait que le sionisme est depuis longtemps un jeu qui se joue avec des dés pipés, et ce, dans la situation d’un intellectuel de gauche, plus encore que dans celle d’un homme de droite. Ailleurs au monde, on gruge les populations tout autant, mais l’on ne parvient pas à le faire de manière aussi continuelle et si impunément. Ah, que ces gens doivent se sentir encouragés à surenchérir ! Dieu sait si vous n’aurez pas l’occasion de voir que du mot antisémite considéré comme létal on ne finira pas par faire un titre honorifique.

Comment s’en sort-on lorsqu’on est publiquement étiqueté d’antisémite ? Eh bien, on cherche à se justifier. Je suis sans aucun doute un critique sévère des pratiques sionistes en Palestine, mais dans mes jeunes années je suis allé bien plus loin que n’aurait osé aller aucun antisémite authentique. J’ai émis l’idée qu’il aurait été préférable et plus convenable que l’on érige l’État juif en Allemagne du Sud ou en Prusse orientale. Ceux qui ne le croient pas pourront s’en convaincre en lisant quelques-unes de mes lettres au Dr Lion Wagenaar parues dans mon opuscule Briefe vom Anderen Israel. Que cela aurait été « mieux » pourrait être réaffirmé aujourd’hui, puisqu’en Allemagne, contrairement à ce qui se passe en Palestine, pas le moindre auteur d’attentat-suicide ne pourra jamais réussir à faire parler de lui. On dit que les Palestiniens sont infâmes et mauvais, alors qu’on pourrait tout autant affirmer qu’ils n’ont aucune raison de se montrer aussi dociles et soumis que ne le sont les Allemands.

Je cherche d’autres justifications. Je pense par exemple à la correspondance que j’ai reçue à propos de la publication de Briefe vom Anderen Israel. Ce petit ouvrage fut d’abord une publication privée : au début elle ne fut pas accessible au public dans son ensemble et n’était pas en vente. J’en ai distribué probablement plus de mille exemplaires à des personnalités publiques choisies — à des politiciens, des écrivains, des journalistes —, exemplaires qui, semble-t-il, ont circulé, la plupart du temps à mon insu. J’ai dans la main la copie qui m’était destinée d’une lettre envoyée le 3 août 1969 de Philadelphie à Londres par le Pr Hans Kohn au Pr Arnold J. Toynbee et dans laquelle on peut lire ceci :

Cher Arnold, vous savez à quel point je vous rejoins sur la question de la Palestine et des problèmes éthiques que cela représente pour le judaïsme. Cette année, un Juif hollandais, L. Wagenaar, qui passa deux ans de sa vie à Auschwitz sous l’occupation nazie et qui, en tant que Juif religieux, émigra en Palestine où il fut le témoin de la naissance et de l’essor d’Israël, eut une correspondance épistolaire avec un jeune Allemand ayant grandi sous le régime nazi et ayant séjourné un an en Israël. Ces lettres furent publiées par l’Allemand en question, le Dr Helmut Spehl, sous forme d’un manuscrit intitulé Briefe vom Anderen Israel. Ce livre consiste en quelque sorte aussi en « Briefe vom Anderen Deutschland », car que bien que M. Spehl, contrairement à M. Wagenaar en Israël, ne représente pas même une minuscule minorité en Allemagne, la sincérité de ses vues est également assez rare pour l’Allemagne.
En Allemagne, pour des raisons que donne M. Spehl dans le livre et qui vont de soi, ce petit opuscule de 132 pages ne connut pas d’édition publique. Je pense cependant qu’il faudrait le publier en anglais et en français. C’est ce que j’ai lu de mieux sur la question, en particulier du point de vue historique et éthique. J’ai demandé à M. Spehl de vous en envoyer un exemplaire. Peut-être seriez-vous disposé à écrire un texte introductif pour cet ouvrage, ce qui pourrait faciliter son acceptation par un éditeur…

Mais laissons cela : les justifications ne sont d’aucun secours, un antisémite étant dépourvu de toute valeur dans sa patrie. Peut-être devrais-je encore dire tout de même, qu’une fois aussi on s’est enquis de ce que les services secrets pensent de mes écrits (un très bon amis israélien l’a fait par des détours très astucieux). Mon nom est connu d’eux et il s’avère que mes publications en Allemagne sont cataloguées comme « très nuisibles, mais honnêtes et sans caractère calomnieux ».

Qui suis-je donc en définitive ? On se rend compte que la réponse à cette question n’est pas si simple. Certaines données objectives ne peuvent bien entendu être mises en doute. En décembre prochain, j’aurai soixante-quatorze ans et les signes que ma fin approche se multiplient. À un tel âge, on se soucie de sa santé et tout le reste disparaît peu à peu dans un brouillard qui va s’épaississant. Il suffira que je dise ici que j’ai fait des études en sciences physiques et que, bénéficiaire d’une bourse de la fondation Volkswagen, j’ai travaillé pendant une année à l’Institut Weizmann de Rehovoth. C’est à cette occasion que je me suis trouvé confronté pour la première fois au problème de la Palestine, d’importance mondiale. Ma femme a étudié l’hébreu et s’est par la suite chargée de traduire nombre de textes écrits dans cette langue qui ont été repris dans mes publications. En un mot, cela signifie que pendant de longues années j’ai joué mon rôle de professeur de physique pendant la journée et me suis enquis des malheurs des Palestiniens pendant la nuit, à la lumière de la lecture des quotidiens hébreux. On devrait pouvoir soutenir que s’appuyer sur la presse israélienne est de toutes les méthodes possibles la plus sûre, mais un jour on m’a opposé que « à la suite d’Auschwitz, plus aucun Allemand n’a le droit de se référer à la presse hébraïque ». Que peut-on encore ajouter à cela ? Lorsque le problème palestinien ne peut plus être examiné qu’à travers les yeux de la censure, commence la résignation. Je me suis résigné. Je n’entends plus bien et ma mémoire faiblit, mais mon opinion reste inébranlable : nous nous rapprochons toujours plus d’une guerre atomique à chaque fois que la question mondiale de la Palestine est vue à travers le filtre de la censure. Nous verrons bien.

Il y a quelques semaines de cela, j’ai reçu un coup de téléphone de Reykjavik. Elias D., dans une démarche pleine de sérieux, me demandait l’autorisation de publier mes écrits. Il a l’intention de les faire traduire en anglais et en français. Il semble y placer de grands espoirs. Cela me laisse pensif. Hans Wollschläger, le traducteur d’Ulysses, d’après l’œuvre de James Joyce, m’a écrit, il y a longtemps : « Je réfléchi beaucoup à la vérité que vous avez rendue visible et qui ne sera reconnue universellement comme telle que dans un siècle. » Ces cent ans ne sont pas encore écoulés. Quoi qu’il en soit, Elias D. possède maintenant les droits d’édition de mes écrits sur la Palestine, écrits dont la seconde Odyssée peut donc commencer.

Celui qui, aujourd’hui, aura encore envie de les lire constatera à tout le moins (et sans doute avec étonnement) qu’il n’y rien de nouveau sous le soleil. Je le répète : le sionisme se joue depuis longtemps avec des dés pipés. Même de l’intérieur. Lorsque je dis cela, je ne fais que m’entourer de murs, mais tout ce qui m’entoure se sent autant en sécurité sous ces murs qu’un Israélien croît qu’il sera protégé par celui que son gouvernement envisage de construire tout autour d’Israël. Les murs ont, comme les pièces de monnaie, deux faces. Ce qui est d’un côté, ne voit pas ce qui se trouve de l’autre. Sortez un Juif d’un ghetto, faites de lui un sioniste et il reconstruira un ghetto. Prenez un goy, faites en un antiraciste, et il approuvera le ghetto.

Nihil novi sub sole

H. S.    Février 2004

L’homme en colère
À la mémoire de Lion Wagenaar

Mes liens avec Lion Wagenaar, qui bientôt se transformèrent en l’amitié de deux pôles opposés, remonte à une lettre que le Spiegel publia en 1967, très raccourcie et privée de l’essentiel de sa substance. Ce fut ce courrier d’un lecteur de Jérusalem, qui, en août 1967, devait déclencher notre correspondance. Cette dernière fut publiée par moi deux ans plus tard et diffusée sous le titre Briefe vom Anderen Israel. Cet ouvrage témoigne du demi-savoir et de l’ingénuité de mes jeunes années autant que de la perspicacité du Dr Wagenaar et de son sens inégalé de la justice. J’avais obtenu son accord sans réserve pour son impression, mais j’avais conscience que sa femme attendait l’événement en se faisant beaucoup de souci, pour ne pas dire avec une peur panique. Déjà avant cela, il ne faisait aucun mystère de son refus radical du sionisme, comme la plupart des courriers qu’il envoyait aux journaux un peu partout dans le monde, lesquels, du reste, restaient dans l’ensemble inédits. Il faut prendre en considération l’époque où cela se situait : au mois de juin 1967, Israël venait de sortir victorieux de la guerre des Six Jours et le monde des goys en tombait à la renverse d’admiration. Même dans le monde juif, du moins c’est qui semblait, peu nombreux étaient ceux qui attendaient en gardant les yeux ouverts ce qui allait advenir alors du sionisme.
Lorsque, en 1970, je rendis visite à Lion Wagenaar à Jérusalem, nous en avions depuis longtemps terminé avec cette aventure que fut l’impression et de la diffusion de notre correspondance. J’ai reçu un nombre considérable de lettres qui m’ont fait éprouver alors ce que je n’ai jamais ressenti à nouveau depuis, à savoir qu’on ne va pas très loin avec l’admiration rendue publique. Il se peut que ce paquet de lettres soit imprimé un jour : elles sont signées par des noms encore connus de tous. Compte tenu des circonstances extérieures, cette loquacité étonnante, même chez les personnalités, n’est pas difficile à comprendre : j’ai demandé à chaque fois par écrit de ne faire aucun usage public du contenu des lettres. Retire-t-on l’alibi de la confidentialité à notre monde bouleversé d’après-guerre comme je l’ai fait plus tard, qu’on se coupe de la haute élite et qu’on est diffamé par la lie opportuniste. Je me suis rendu compte à cette occasion à quel point la sentence que Nestroy a introduit sur un ton léger dans le refrain d’une chanson satirique vaut, en fait, de tout temps : « Et rien de tout cela n’est vrai ! Et rien de tout cela n’est vrai ! »

Je ne veux pas ici rendre compte des sentiments qui m’ont animé lorsque j’ai fait la connaissance de Lion Wagenaar, trois ans avant notre correspondance écrite, préférant relater l’impression que le Dr Wagenaar a laissée à une journaliste hollandaise, Renate Rubinstein. Cette dernière avait lu Briefe vom Anderen Israel à l’occasion de son second voyage de reconnaissance en Israël, après la guerre des Six Jours, lorsqu’elle était allée retrouver le Dr Wagenaar à Jérusalem. Je suis assez bien informé sur la manière dont cela s’est passé. Ben Otker, l’éditeur-fondateur du Palestina-Bulletins, avait aux Pays-Bas, comme moi en Allemagne, diffusé sous le manteau l’édition privée, et Renate Rubinstein, dont la curiosité avait été excitée, était très désireuse de rencontrer ce « Last angry man », comme elle le nomma par la suite dans le titre d’un petit chapitre qu’elle lui consacra. Elle écrivit de lui qu’il avait été le « indrukwekkendste en oorspronkelijkste geest » [l’esprit le plus impressionnant et le plus authentique] qu’il lui avait été donné de rencontrer lors de son voyage. Je reproduis ici les points essentiels de son texte, dans la troisième édition de 1979 de son récit de voyage Jood in Arabië, Goi in Israel [Juif chez les Arabes, non juif en Israël] :

Je suis allée trouver l’homme qui a déposé des fleurs, accompagnées du message « De la part d’un Juif. », sur la tombe du soldat arabe inconnu. Il est juif — et quel Juif !… C’est un Juif débonnaire, un élève du grand philosophe juif Nathan Birnbaum. Il ne s’approcha pas du Mur des lamentations, car, dit-il, « Je ne veux pas bénéficier de la protection israélienne. » Il ne rend jamais visite aux territoires occupés autour de Jérusalem, car, dit-il encore, « Je ne veux pas que l’on me regarde comme nous avons regardé les nazis. » Et aussi : « Je vis en quelque sorte dans l’émigration intérieure. Les Juifs ont de tout temps vécu en exil et je vis en exil dans Israël. » Son refus du sionisme est total. Le principal reproche qu’il lui fait est d’avoir volé le territoire et d’avoir expulsé ses habitants, faisant ainsi des Juifs des Prussiens. « Bien entendu, les Juifs ont acheté en partie les terres aux fermiers arabes. Mais depuis quand des bien acquis privément ont-ils une valeur régie par la juridiction d’État ? » Bien entendu, il existe des circonstances atténuantes « mais dois-je voler aujourd’hui un vélo, parce qu’on m’en a volé un hier ? » Quand il s’agit de droit, il n’est pas possible de négocier. Seule la peine est négociable. Mais avant tout vaut que « ce qui a été dérobé doit être restitué, et, par là, je ne veux pas dire ce qui a été dérobé il y a peu (pendant la guerre des Six Jours). Non, je veux dire toute la Palestine. »

Il qualifie de blabla le dessein des gens de New-Outlook, c’est-à-dire de tout groupe orienté à gauche, de combiner le droit d’existence d’Israël avec une politique de réconciliation avec les Arabes. Martin Buber le qualifie de « gentleman criminel ». Il désigne du doigt P. et lui explique : « Quand je casse vos lunettes en vous frappant au visage, vous vous mettez en colère, n’est-ce pas ? Et vous ne voudrez pas entendre parler de réconciliation avec moi avant que j’aie remplacé vos lunettes, n’est-ce pas ? Oui, dit P. Eh bien, ce que Buber songe à faire tient dans : « Bon, d’accord, je vous rend un verre, mais je garde l’autre. » Quel partage équitable !… » (Renate Rubinstein, Jood in Arabië, Goi in Israel, 1967, 1969. Meulenhoff Editie, Amsterdam. Troisième édition 1979, p. 146.)

Je voudrais ajouter une dernière chose à ces illustrations claires du refus du sionisme. Lion Wagenaar a rejeté de manière tout à fait significative l’offre que je lui faisais de lui envoyer d’Allemagne de temps à autre différentes choses, à l’époque introuvables en Israël ou qui y étaient très chères. « Pour rien au monde je ne voudrais devoir payer de droit de douane à cet État ! », répondit-il pour justifier son refus.

Renate Rubinstein, peut-être elle aussi aveuglée par les succès du sionisme, voyait Lion Wagenaar comme le « last angry man ». Il est exact que la mince classe intellectuelle des adversaires du régime intérieur israélien et juif était en ce temps considérée comme en décomposition, sa voix n’étant en tout cas plus perceptible. Rien n’a plus de succès que le succès… tant que des conséquences incertaines ne se font pas encore sentir. D’un point de vue actuel, sans perdre de vue le vol récent des terres à la suite de la guerre des Six Jours, on pourrait dire que Lion Wagenaar est bien plutôt devenu quelque chose comme un « first angry man ». Les autres critiques rigoureux du sionisme commencèrent à se faire entendre à nouveau quelque temps après, notamment lorsque la colonisation des territoires occupés, contraire au droit des peuples, devint manifeste. Je me souviens que mon autre ami et correspondant estimé, Israël Shahak, bien des années plus tard, a dit de Gore Vidal qu’il était « un des derniers prophètes, si ce n’est même le dernier des grands prophètes ». Jamais plus depuis je n’ai fait la connaissance de quelqu’un qui, comme lui, demandait de manière soutenue que l’on rende aux Palestiniens toute la Palestine, tout en déclarant vouloir vivre comme Juif dans un État palestinien. Mais aujourd’hui que la reconnaissance des conséquences très partagées de la victoire rapide fait toujours plus de progrès, Lion Wagenaar ne se sentirait probablement plus isolé. Qui, de nos jours, trouverait par contre cette intransigeance encore choquante, devrait songer que le judaïsme et nous tous, un beau jour pas si éloigné, en viendront à estimer de tels « angry men ». Quand tout sera terminé, nous frotterons nos yeux aveuglés et serons reconnaissant à ces hommes de ce qu’ils nous ont apporté, loin à l’écart de l’apparat publicitaire. Le solde de honte n’en sera pas moindre, mais il sera plus supportable.

Nous ne nous sommes jamais plus rencontrés après cet été où nous fîmes connaissance. Lion Wagenaar est décédé le 29 juillet 1979 à Jérusalem. Lorsque la nouvelle est parvenue jusqu’à moi, aux Pays-Bas, trois mois plus tard, j’ai écrit une oraison funèbre qui, en raison des circonstances, ne sera jamais prononcée. Elle commence par un vers de Matthias Claudius, qui fut lu sur la tombe de son père :

« Hélas, vous venez d’enterrer un homme de bien, qui pour moi plus encore était. »

Il a été ma parenté spirituelle, celle qui, avec un droit pareil à ma proche parenté, pouvait exiger de moi, et qui aussi me donna ce que cette dernière jamais n’aurait pu donner. Il fut le croyant, qui croyait pour savoir. En un mot, l’opposé de moi dans la sphère religieuse. Mais, là où je savais, notre expérience était semblable, au point de coïncider. Et ce que je savais, il le savait déjà.

Il fut le perturbateur de mon milieu bien trop falot. Un croyant qui pouvait foisonner de talents. Car il apportait des témoignages, là où je ne mettais que des mots.

Il fut pour moi l’intransigeant, qui m’a appelé à partager avec lui la puissance de l’impuissance. La mesure, l’ordre dans le chaos d’un tissu séculaire de fautes, et m’impliquait dans une entreprise hardie, qui bientôt donna naissance à la deuxième œuvre de ma vie.

Il me montra la détresse profonde d’un peuple chassé qui, non seulement a subi la perte de sa terre d’origine, mais encore et bien pire, a dû supporter pendant des décennies la calomnie quotidienne, ce qui reste noté en gros caractères dans le livre de la dette du peuple dispersé, fût-ce comme report de l’hypothèque d’un Occident surendetté.

Là où je ne faisais qu’entrevoir, il était de loin l’inflexible. Il était le plaignant qui n’épargnait personne, à commencer par lui-même. Celui qui exhortait et qui acculait à la miséricorde et au discernement. Le juge qui pouvait admettre la clémence, mais pas avant que la collecte des preuves ait été menée à son terme.

Le vilain déchirement dans lequel le descendant d’un peuple profondément déchu devait s’abîmer, il l’a compris comme aucun autre ne l’a fait, appelant un meurtre un meurtre, un vol un vol, comme fort le furent aussi le meurtre d’un peuple, la cause, et le vol, la conséquence. Car le droit à un méfait criminel ne peut être acquis pas plus qu’il ne peut être subi. Et c’est pourquoi ceux qui dissimulent un vol et parlent de son expiation, n’étaient pour lui rien de plus que des receleurs.

Il a haï la peste nazie autant qu’on peut le faire, puis il a méprisé l’État sioniste de manière tellement impitoyable que seule une nouvelle génération pourra la concevoir. Ainsi chaque ligne qu’il a écrit, chaque geste qui reste de lui, chaque expression d’une vie juive orthodoxe, se fondra en un projet rigoureux : rien de commun avec les méchants.

Il a résolu pour moi la fracture allemande en émettant le jugement que la demi-vérité est hypocrisie, et aussi, dans le meilleur des cas, s’abuser. Et alors que les doutes se sont dissipés, il éprouva davantage le besoin de montrer à ceux qui s’étaient impliqués de façon trop impitoyable le seul moyen valable en permanence qu’il connaissait pour s’en sortir. Pas un ne sut jamais plus sûrement que lui que la révélation et le règlement des dettes accumulées peuvent faire naître la force purificatrice qui dissout le mal et détourne la catastrophe. Et ce qui pour lui était une certitude, est devenu pour moi la plus grande des certitudes.

Tout cela fut, tout cela il me le donna — et il me donna plus encore : il a maintenu en moi la foi dans l’humanité en croyant à mon entreprise silencieuse. Il m’a pris le calme intérieur, mais pour me faire accéder à la paix de l’âme. Il m’a procuré l’assurance qui me permit d’affronter toutes les contrariétés, et le calme auquel je ne pouvais pas atteindre sans lui. Et le principe consistant à laisser l’espoir en héritage.
 

Yemen, USA, Jordanie, Egypte, Malaisie, Pakistan, Tunisie, Chine, Inde, Suède, Allemagne

Dossier Guerre contre le terrorisme : Les droits de l’homme 
Les inquiétantes « réponses au terrorisme » 

La lutte contre le terrorisme au lendemain des attentats du 11 septembre préoccupe les organisations de défense des droits humains. En effet, comme vous le remarquerez dans ce tour du monde de l’après 11 septembre, sous prétexte de cette guerre contre les terroristes, de nombreux pays violent les droits de l’hommes.

Détention sans jugement, détention arbitraire, ou détention prolongée sans inculpation.

À la suite des attentats du 11 septembre, de nombreux pays ont adopté des lois autorisant la détention pour une durée indéfinie des "terroristes présumés" qu’ils ne peuvent expulser. Les gouvernements justifient ce genre de mesures en arguant du fait que les garanties ordinaires sont trop rigoureuses et ne permettent pas d’engager des poursuites pénales débouchant sur l’emprisonnement des personnes concernées.

Comme l’a déclaré le ministre de l’Intérieur britannique, les autorités ne peuvent garantir que les "terroristes présumés" seront emprisonnés après avoir été poursuivis pour crimes, en raison "des règles strictes régissant, au sein du système pénal britannique, la recevabilité des éléments de preuve, et du haut niveau de preuve exigé" .

Assez souvent, les procédures sur lesquelles reposent la détention administrative ignorent certaines des garanties qui sont inhérentes au système pénal. Ces procédures varient d’un pays à l’autre, mais beaucoup ont en commun les éléments suivants : la décision d’arrêter une personne "soupçonnée de terrorisme" est souvent prise par un haut responsable dans le cadre d’une procédure secrète ; il peut arriver qu’une personne mise en cause ne sache même pas qu’une procédure a été engagée contre elle et qu’elle ne puisse donc pas se défendre. Certains des éléments de preuve produits auraient probablement été irrecevables dans le cadre de poursuites pénales (il s’agit par exemple de témoignages par ouï-dire plutôt que de déclarations fondées sur ce que le témoin a entendu ou vu lui-même).

S’il existe une possibilité de recours devant une instance judiciaire, la procédure comportera souvent, là encore, des éléments de preuve gardés secrets et des témoignages fournis par des témoins anonymes, ce qui prive de fait la personne confrontée à des accusations extrêmement graves du droit de se défendre de façon véritablement efficace.

Au Royaume-Uni

Selon un rapport d’Amnesty International publié le 5 septembre dernier sous le titre Rights denied : the UK’s response to 11 September 2001, onze personnes ont été placées en détention sans inculpation ni jugement, pour une période non spécifiée et potentiellement illimitée, après que le ministre de l’Intérieur les eut désignées comme des " terroristes internationaux présumés " en vertu de la Loi de 2001 relative à la sécurité et à la lutte contre la criminalité et le terrorisme.

Cette désignation s’appuie sur des informations secrètes, qui n’ont pas été divulguées aux détenus et qui ne peuvent être contestées de façon efficace ni par eux ni par des avocats de leur choix. Au moins 25 autres personnes auraient été arrêtées en vertu d’une loi antiterroriste adoptée en 2000 ; certaines d’entre elles ont été relâchées sans avoir été inculpées. Les autorités britanniques ont également placé en détention un certain nombre de personnes à la suite de demandes d’extradition émanant de certains gouvernements, dont les autorités françaises et américaines.

Au Yémen

Les attentats perpétrés le 11 septembre aux États-Unis ont renforcé la tension politique et le pays a été mis de facto en état d’urgence. Le Premier ministre aurait déclaré : « Nous avons décidé d’ouvrir des enquêtes sur tous les individus qui ont eu des liens quels qu’ils soient [avec] l’Afghanistan. »

Des arrestations massives de suspects politiques ont été effectuées après les attentats, apparemment après avoir reçu des informations des autorités américaines concernant des partisans présumés d’Oussama Ben Laden. Au nombre des personnes qui ont été arrêtées et ont fait l’objet d’enquêtes figuraient les membres d’organisations islamistes ainsi que tout individu ayant éveillé les soupçons des autorités. Beaucoup ont été relâchées, après une courte période de détention, sans avoir été jugées.

Législation discriminatoire

Certains États ont adopté des lois discriminatoires à l’égard des étrangers, qui se voient refuser la protection la plus élémentaire en matière de droits humains. En vertu du droit international, les États sont pourtant tenus de veiller à ce que les droits humains de toute personne placée sous leur juridiction ou leur contrôle soient respectés, quelle que soit sa nationalité.

Aux États-Unis

La législation américaine autorise que des étrangers soient jugés par des commissions militaires qui ne respectent pas les principes les plus fondamentaux en matière d’équité des procès.

Les autorités américaines ont annoncé la création de « commissions militaires » chargées de juger certains ressortissants étrangers soupçonnés de complicité avec le « terrorisme international », alors que les citoyens américains et quelques autres seraient déférés à des juridictions pénales ordinaires.

À la fin de l’année 2001, le gouvernement américain n’avait pas encore annoncé les règles présidant au fonctionnement de ces commissions, mais certaines informations indiquaient qu’il envisageait d’autoriser le recours aux preuves secrètes et aux témoignages anonymes.

En outre, ces commissions auraient le pouvoir de prononcer la peine capitale, sans aucun droit d’appel. S’il en était ainsi, elles constitueraient une violation des normes internationales d’équité des procès, notamment celles énoncées par les Conventions de Genève, et seraient discriminatoires, puisque s’appliquant aux seuls ressortissants étrangers.

Criminalisation possible des activités pacifiques

Les lois relatives à la sécurité qualifient parfois d’infraction pénale le fait d’être membre d’un « groupe terroriste », même si l’individu ne commet aucun acte illégal. Or, l’expression « groupe terroriste » est rarement définie, ou l’est de manière si vague qu’elle peut être interprétée comme s’appliquant à des groupes politiques, religieux ou ethniques, avec le risque de criminaliser des activités relevant de l’exercice pacifique de droits tels que les droits à la liberté d’expression, d’opinion et d’association.

En Jordanie

Quinze jours après les attentats perpétrés aux États-Unis, les autorités jordaniennes ont introduit des amendements au Code pénal qui élargissent la définition du "terrorisme", créent de nombreuses infractions définies de manière très vague, restreignent la liberté d’expression et de presse et étendent le champ d’application de la peine capitale et de la détention à perpétuité. Promulguée dans la précipitation par ordonnance royale provisoire en l’absence de Parlement, la Loi portant amendement du Code pénal est entrée en vigueur le 2 octobre 2001, immédiatement après avoir été approuvée par le roi Abdallah bin Hussein.

Des arrestations ont eu lieu en septembre et en octobre 2001, à la suite de trois manifestations organisées à Amman et à Zarqa. Les personnes interpellées ont été placées en détention au secret. Plusieurs dizaines d’entre elles étaient susceptibles d’être considérées comme des prisonniers d’opinion, détenus en raison de leurs opinions politiques et qui n’avaient pas eu recours à la violence ni préconisé son usage.

En Égypte

Le 30 juillet 2002, seize membres présumés d’Al Ikhwan al Muslimin (Les Frères musulmans), qui étaient détenus depuis novembre 2001, ont été condamnés à des peines allant de trois à cinq ans d’emprisonnement pour leurs activités politiques non violentes. Parmi eux figurent des médecins, des professeurs d’université et des ingénieurs. Les charges retenues contre eux étaient liées à leur appartenance présumée à l’organisation interdite des Frères musulmans, mais il n’étaient aucunement accusés d’avoir eu recours à la violence ou prôné son usage.

Conditions de détention plus sévères

Certains gouvernements ont recours à la pratique de la détention dite administrative ou préventive. Assez souvent, les procédures sur lesquelles reposent la détention administrative ignorent certaines des garanties qui sont inhérentes au système pénal. La décision d’arrêter une personne « soupçonnée de terrorisme » est souvent prise par un haut responsable dans le cadre d’une procédure secrète. Les suspects sont détenus parfois pendant plusieurs jours avant d’être autorisé à consulter un avocat. Certaines mesures prises après les attentats du 11 septembre autorisent par ailleurs le gouvernement à surveiller les conversations et à intercepter le courrier entre un avocat et son client.

En Malaisie

À la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, les dirigeants malaisiens ont justifié le recours à la Loi relative à la sécurité intérieure comme une mesure préventive contre les "terroristes" et les "groupes extrémistes" présumés.

Cette Loi autorise la détention "préventive", sans procès et pour une période indéfinie, de toute personne soupçonnée de représenter une menace pour la sécurité nationale. Pendant toute la durée d’une période initiale d’enquête de soixante jours, les détenus peuvent être placés au secret sans possibilité de contact avec leur avocat, leur famille ou des médecins indépendants.

Des vagues d’arrestations ont été effectuées au sein de milieux soupçonnés d’entretenir des liens avec un groupe musulman "extrémiste".

Les détenus ont affirmé que pendant leur interrogatoire, ils avaient été soumis à d’intenses pressions psychologiques s’apparentant parfois à de la torture. Ils étaient totalement dépendants des personnes qui les interrogeaient parce qu’elles étaient leurs seuls contacts humains ; ils ont aussi été menacés d’être maintenus en détention pour une période illimitée et se sont mis à craindre pour la sécurité de leur famille.

Procès inéquitables

La réaction de certains États au « terrorisme » ou aux menaces contre leur sécurité a consisté à légiférer afin que ces crimes soient jugés par des tribunaux spéciaux, qui présentent moins de garanties en matière d’équité de procès que les juridictions civiles ordinaires. D’autres États ont permis que soient mises en place des procédures spéciales en matière d’administration de la preuve pour certaines affaires dont ils affirment qu’elles représenteraient une menace pour la sécurité nationale si elles étaient traitées dans le cadre de procédures ordinaires. Les deux mesures peuvent potentiellement entraîner des violations de normes internationales, normes dont la raison d’être est d’assurer que les procès sont jugés de façon équitable

Au Pakistan

Une ordonnance du 31 janvier 2002 prévoit la mise en place de nouveaux tribunaux chargés de poursuivre les auteurs de « crimes motivés par l’intolérance religieuse ». Ces tribunaux sont composés d’un officier supérieur des forces armées nommé par le gouvernement et de deux magistrats civils, qui forment un collège de trois juges présidé par un magistrat civil. Ces tribunaux siègent dans des Cantonments ou des prisons.

En Tunisie

Un nombre croissant de civils ont été jugés de manière inique par des tribunaux militaires au cours de ces derniers mois. Les autorités tunisiennes utilisent le discours "antiterroriste" omniprésent depuis les attentats du 11 septembre pour justifier une politique – menée depuis plus de dix ans – qui consiste à réprimer toute forme d’opposition politique, de quelque tendance que ce soit, en Tunisie comme à l’étranger.

Augmentation des condamnations à la peine capitale

Depuis le lancement de la « campagne internationale contre le terrorisme », les organisations de défense des droits humains recueillent des informations qui laissent à penser que certains États ont, sous couvert de lutte contre le « terrorisme », encouragé leurs instances judiciaires à prononcer des condamnations à mort.

En Chine

Des informations émanant pour la plupart de sources non officielles font état, depuis septembre 2001, de condamnations de « séparatistes », dans certaines zones du Xinjiang, à la faveur de « rassemblements de condamnation publique ». La plupart des personnes jugées seraient d’origine ouïghoure.

Certaines auraient été condamnées à mort et exécutées tout de suite après le rassemblement. Toutefois, selon certaines sources non officielles, la plupart des condamnations à mort et des exécutions passent inaperçues, en dehors du secteur où elles ont lieu, et il est très vraisemblable que celles qui sont signalées ne représentent qu’une fraction du nombre réel.

Possibilité de condamnations à mort à la suite d’un procès inéquitable

La multiplication des lois relatives à la sécurité, dont certaines prévoient que la peine de mort peut être appliquée pour tout acte « terroriste », et les compétences élargies accordées aux cours militaires risquent également d’allonger la liste des crimes passibles de la peine capitale.

En Inde

L’Ordonnance de 2001 (Prevention of Terrorism Ordinance, POTO) relative à la prévention du terrorisme prévoit que la peine capitale peut être appliquée pour tout acte "terroriste" suivi de mort d’homme (qu’il y ait eu ou non intention d’infliger des blessures graves ou de causer la mort) alors qu’auparavant, seul l’homicide volontaire était passible de cette peine.

Extradition sans garantie de respect des droits humains ou extraditions illégales

En réponse aux attentats du 11 septembre, de nouvelles procédures destinées à faciliter l’extradition ont été mises en place. C’est ainsi qu’en septembre 2001, la Commission européenne a soumis à approbation une Proposition de décision-cadre du Conseil relative au mandat d’arrêt européen. Cette proposition n’était pas, dans sa première version, pas conforme aux dispositions de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui disposent que « nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un État où il existe un risque sérieux qu’il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d’autres peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Le texte a par la suite été amendé dans un sens plus favorable au respect des droits humains, ce qui n’a cependant pas empêché certains États membres de procéder à des expulsions de demandeurs d’asile déboutés vers des pays où ils risquaient d’être victimes d’atteintes à leurs droits fondamentaux.

En Suède

Deux demandeurs d’asile égyptiens, Ahmed Hussein Mustafa Kamil Agiza et Muhammad Muhammad Suleiman Ibrahim El Zari, ont été renvoyés de Suède vers l’Égypte le 18 décembre 2001, après que leur demande d’asile eut été rejetée.

L’État suédois a reconnu que les craintes de ces deux hommes d’être victimes de persécution étaient légitimes. Il a toutefois refusé de leur accorder sa protection, en raison de leurs liens présumés avec des organisations responsables d’actes de "terrorisme". Les deux hommes ont nié être membres de groupes d’opposition islamistes armés et les autorités suédoises ont fondé leur décision sur des informations tenues secrètes, fournies par la police de la sûreté de l’État – informations qui n’ont pas été intégralement communiquées aux deux hommes ni à leurs avocats.

Le gouvernement suédois a soutenu qu’ils ne risquaient pas d’être victimes de graves violations de leurs droits fondamentaux en Égypte, sur la foi d’assurances écrites fournies par les autorités égyptiennes.

En Allemagne

Les autorités allemandes ont déclaré que les demandeurs d’asile tchétchènes déboutés ne couraient aucun risque, dans la mesure où ils étaient renvoyés à Moscou et non en Tchétchénie.

Amnesty International a recensé de nombreux cas d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements infligés à des Tchétchènes par des représentants de l’État sur tout le territoire de la Fédération de Russie. Ces personnes sont notamment victimes de passages à tabac, de coups montés par des policiers qui placent sur eux des armes ou des stupéfiants, d’extorsion, et de périodes d’incarcération prolongées. des règles de droit.

Mesures répressives vis-à-vis des étrangers, refus du droit d’asile, traitement plus sévère pour les demandeurs d’asile, déportations en masse

Certains États ont entrepris de modifier leurs lois sur l’immigration pour pouvoir renvoyer les ressortissants étrangers sans que leur demande de protection puisse être examinée dans le cadre d’une procédure équitable et satisfaisante. En outre, certains pays proposent ou adoptent de nouvelles lois destinées à limiter le droit même de demander l’asile, l’intention étant de refuser ce droit aux personnes soupçonnées d’être des « terroristes ».

En Corée du Sud

L’article 11 du « Terrorism Prevention Bill » nie le droit des non-citoyens sud-coréens « qui sont soupçonnés d’être "des terroristes" » de demander l’asile. Cet article donne l’autorité aux policiers responsables de la lutte contre les activités "de terrorisme", au chef d’un futur « Centre Anti-terroriste » ou au Commissaire Général de la National Police Agency de demander la déportation des ressortissants étrangers sans que leur demande d’asile ait été examinée suivant les procédures justes et satisfaisantes.

La loi favorise le risque de refoulement des demandeurs d’asile vers un pays où ils peuvent subir de graves violations des droits humains, comme la torture ou la peine de mort.

Source : Amnesty International : www.amnestyinternational.be

Les pays cités le sont juste à titre d’exemple, la liste n’est pas exhaustive.

Les preuves contre Oussama Ben Laden

"Il existe des preuves d’une nature très spécifique concernant la culpabilité de Ben Laden et de ses associés mais elles sont trop sensibles pour être divulguées."

Les preuves contre Oussama Ben Laden


L’essentiel du document présenté le 4 octobre par le premier ministre britannique, Tony Blair
Le Monde 8.10.2001
 
Voici l’essentiel du document présenté le 4 octobre par le premier ministre britannique, Tony Blair, à la Chambre des communes et établissant, selon lui, la responsabilité directe du dissident saoudien Oussama Ben Laden dans les attentats du 11  septembre à New York et à Washington.

4 octobre 2001, 10, Downing Street

Ce document n’a pas pour but de fournir matière à des poursuites contre Oussama Ben Laden devant une cour de justice. Les informations obtenues par les services de renseignement ne peuvent généralement pas être utilisées comme preuve en raison de critères stricts d’admissibilité et de la nécessité de protéger les sources. Mais sur la base des informations disponibles, le gouvernement de Sa Majesté a toute confiance dans les conclusions qui sont présentées dans ce document.

RESPONSABILITE POUR LES ATROCITES TERRORISTES AUX ÉTATS-UNIS, 11 SEPTEMBRE 2001

Introduction

1. – Les conclusions auxquelles est clairement parvenu le gouvernement sont :

 Oussama Ben Laden et Al-Qaida, le réseau terroriste qu’il dirige, ont planifié et exécuté les atrocités du 11 septembre 2001 ;

 Oussama Ben Laden et Al-Qaida ont toujours la volonté et les ressources pour mener à bien de nouvelles atrocités ;

 Le Royaume-Uni et les ressortissants du Royaume-Uni sont des cibles potentielles ;

 Oussama Ben Laden et Al-Qaida sont parvenus à commettre ces atrocités en raison de leur alliance rapprochée avec le régime des talibans, qui les autorise à poursuivre impunément leur entreprise terroriste.

2. – Les éléments concernant 1998 (NDLR : attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie) et le USS Cole (un bâtiment de la marine de guerre américaine) proviennent des actes d’accusation et des services de renseignement. Les éléments concernant le 11 septembre viennent des services de renseignement et de l’enquête criminelle en cours. Les détails de certains aspects ne peuvent être fournis mais, sur la base des informations des services de renseignement, les faits sont clairs.

3. – Le document ne contient pas la totalité des éléments en la possession du gouvernement de Sa Majesté, étant donné la nécessité absolue et persistante de protéger les sources des services de renseignement.

RÉSUMÉ

4. – Les faits montrent :

Background

 Al-Qaida est une organisation terroriste ayant des liens avec un réseau global, qui existe depuis plus de dix ans. Elle a été fondée et a été dirigée depuis par Oussama Ben Laden.

 Oussama Ben Laden et Al-Qaida se sont engagés dans une djihad contre les Etats-Unis et leurs alliés. L’un de leurs buts déclarés est le meurtre de citoyens américains et de mener des attaques contre les alliés des Etats-Unis.

 Oussama Ben Laden et Al-Qaida sont basés en Afghanistan depuis 1996 mais possèdent un réseau opérationnel dans le monde entier. Ce réseau inclut des camps d’entraînement, des entrepôts, des moyens de communication et des opérations commerciales susceptibles d’engranger suffisamment d’argent pour soutenir son activité. Cette activité inclut une exploitation substantielle du trafic de drogue à partir de l’Afghanistan.

 Al-Qaida et le régime des talibans entretiennent une alliance rapprochée et interdépendante. Oussama Ben Laden et Al-Qaida fournissent au régime des talibans un soutien matériel, financier et militaire. Ils exploitent conjointement le trafic de drogue. Le régime des talibans permet à Ben Laden d’agir et de mener ses camps d’entraînement terroristes depuis l’Afghanistan, le protège des attaques de l’extérieur et protège les stocks de drogue. Oussama Ben Laden ne pourrait pas conduire ses activités terroristes sans l’alliance et le soutien du régime taliban. La force des talibans serait sérieusement diminuée sans le soutien militaire et financier d’Oussama Ben Laden ;

 Oussama Ben Laden et Al-Qaida ont la capacité de mener à bien des attaques terroristes majeures ;

 Oussama Ben Laden a revendiqué les attaques contre des soldats américains en Somalie en octobre 1993, qui ont fait 18 morts ; les attaques contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en août 1998, qui ont tué 224 personnes et blessé près de 5000 autres ; a été lié à l’attaque contre le USS Colele 12 octobre 2000, dans laquelle 17 membres d’équipage ont été tués et 40 autres blessés ;

 Ils ont cherché à acquérir des materiaux nucléaires et chimiques pour les utiliser comme des armes terroristes. (…)

Les faits

Oussama Ben Laden et Al-Qaida

8. – En 1989, Oussama Ben Laden et d’autres ont fondé un groupe terroriste international connu sous le nom de Al-Qaida (la Base). De tout temps, il a été le leader de Al-Qaida.

9. – De 1989 à 1991, Oussama Ben Laden a été basé en Afghanistan et à Peshawar, au Pakistan. En 1991, il s’est installé au Soudan, où il est resté jusqu’en 1996. Cette année-là, il est retourné en Afghanistan, où il est toujours.

Le régime taliban

10. – Les talibans ont émergé des camps de réfugiés afghans au Pakistan au début des années 1990. En 1996, ils se sont emparés de Kaboul. Ils sont toujours engagés dans une guerre civile sanglante pour le contrôle de la totalité de l’Afghanistan. Ils sont dirigés par le mollah Omar.

11. – En 1996, Oussama Ben Laden retourna en Afghanistan. Il établit une relation étroite avec le mollah Omar et s’engagea derrière les talibans. Oussama Ben Laden et le régime des talibans entretiennent une alliance étroite dont chacun d’eux dépend pour sa survie. Ils partagent aussi les mêmes valeurs religieuses et la même vision.

12. – Oussama Ben Laden a fourni aux talibans des troupes, des armes et de l’argent pour combattre l’Alliance du nord (l’opposition afghane aux talibans). Il est très impliqué dans la formation militaire des talibans, leurs projets et leurs opérations. Il a des représentants dans la structure de commandement militaire des talibans. Il a également fourni une aide humanitaire et une assistance en matière d’infrastructure. Des forces étant sous le contrôle de Ben Laden ont combattu aux côtés des talibans dans la guerre civile en Afghanistan.

13. – Omar a fourni à Ben Laden un endroit à partir duquel opérer et l’a autorisé à ouvrir des camps d’entraînement terroristes en Afghanistan. Ils exploitent conjointement le trafic de drogue. En contrepartie de l’actif soutien apporté par Al-Qaida, les talibans autorisent Al-Qaida à mener librement ses actions, dont l’organisation, l’entraînement et la préparation d’activités terroristes. En addition, les talibans assurent la sécurité des stocks de drogue.

14. – Depuis 1996 et la prise de Kaboul, le gouvernement des Etats-Unis a régulièrement soulevé auprès des talibans une variété de questions, dont l’aide humanitaire et le terrorisme. Bien avant le 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient fourni aux talibans des preuves de l’implication d’Al-Qaida dans les attentats terroristes en Afrique de l’Est. Ces preuves ont été fournies à de hauts dirigeants talibans à leur demande.

15. – Les Etats-Unis ont clairement indiqué aux talibans que Al-Qaida avait assassiné des citoyens américains et entendait en assassiner d’autres. Les Etats-Unis ont offert de travailler avec les talibans à l’expulsion des terroristes d’Afghanistan. Ces conversations, qui se sont poursuivies depuis 1996, n’ont produit aucun résultat.

16. – En juin 2001, les preuves de la menace représentée par Al-Qaida s’intensifiant, les Etats-Unis ont averti les talibans qu’ils étaient en droit de se défendre et qu’ils tiendraient le régime pour responsable d’attaques contre des citoyens américains commises par des terroristes ayant trouvé refuge en Afghanistan.

17. – En cela, les Etats-Unis ont reçu le soutien des Nations unies. Le Conseil de sécurité, dans la résolution 1267, a condamné Oussama Ben Laden en raison de son soutien au terrorisme international et de son réseau de camps terroristes, et il a demandé que les talibans livrent Ben Laden sans délai pour qu’il puisse être jugé.

18. – En dépit des preuves apportées par les Etats-Unis de la responsabilité de Ben Laden et d’Al-Qaida dans les attentats de 1998 en Afrique de l’Est, en dépit de la perception qui s’est révélée exacte de la menace d’autres atrocités, et en dépit des demandes des Nations unies, le régime taliban a répondu en faisant savoir que nulle preuve n’existait contre Ben Laden et que ni lui ni son réseau ne seraient expulsés du pays.

19. – Un ancien responsable gouvernemental d’Aghanistan a décrit les talibans et Oussama Ben Laden comme "les deux côtés d’une même pièce : Oussama ne peut exister en Afghanistan sans les talibans et les talibans ne peuvent exister sans Oussama".

AL-Qaida

20. – Al-Qaida a pour but de s’opposer aux ouvernements "non islamiques" dans les pays musulmans avec force et violence.

21. – Al-Qaida s’oppose avec virulence aux Etats-Unis. Oussama Ben Laden a prié et incité ses partisans à tuer des citoyens américains dans les termes les moins équivoques.

(Le chapitre 22 rappelle la déclaration de djihad du 12 octobre 1996 faite par Ben Laden et cite plusieurs déclarations ultérieures appelant à tuer des Américains pour "expulser les ennemis des lieux saints de l’Islam").

23. – A partir du début des années 1990, Oussama Ben Laden a tenté de se procurer des armes nucléaires et chimiques pour un usage terroriste.

24. – Bien que les cibles américaines constituent la priorité pour Al-Qaida, les alliés des Etats-Unis sont également explicitement menacés. Les références à "l’alliance des croisés et des sionistes et leurs collaborateurs" et aux "troupes américaines de Satan et les partisans du Diable ayant fait alliance avec elles" incluent sans aucun doute le Royaume-Uni.

25. – La menace continue. Sur la base de notre expérience de la manière selon laquelle le réseau a fonctionné dans le passé, on peut penser que d’autres cellules, comme celle qui a mené les attaques terroristes du 11 septembre, existent.

26. – Al-Qaida fonctionne de son côté et aussi à travers un réseau d’autres organisations terroristes. Celles-ci comptent Le Djihad islamique égyptien et d’autres groupes terroristes extrémistes d’Afrique du Nord, ainsi qu’un nombre d’autres groupes dans d’autres pays dont le Soudan, le Yémen, la Somalie, le Pakistan et l’Inde. Al-Qaida a aussi des cellules et des personnels dans un certains nombre d’autres pays pour faciliter ses activités.

27. – Oussama Ben Laden dirige le réseau Ben Laden. En dessous de lui, se trouve un organe appelé "Shura", qui inclut les représentants d’autres groupes terroristes, tels que le leader du Djihad islamique égyptien Ayman Zawahiri et des lieutenants de premier plan de Ben Laden comme Abu Hafs Al-Masri. Le Djihad islamique égyptien a, de fait, fusionné avec Al-Qaida.

28. – En plus de " Shura", Al-Qaida compte plusieurs groupes chargés des questions militaires, des médias, des finances et des questions de religion.

29. – Mohamed Atef est membre du groupe qui est chargé des questions militaires et des opérations terroristes. Ses attributions incluent la responsabilité de l’entraînement des membres d’Al-Qaida.

30. – Les membres d’Al-Qaida doivent prononcer un serment d’allégeance et s’engager à suivre les ordres d’Oussama Ben Laden.

(…) 32. – Depuis 1989, Oussama Ben Laden a mené de substantielles transactions financières et commerciales pour le compte d’Al-Qaida conformément à ses objectifs. Celles-ci incluent l’acquisition de terrains pour les camps d’entraînement, l’achat d’entrepôts pour stocker des biens, dont des explosifs, l’achat d’équipements de communication et électroniques, et l’acheminement de devises et d’armes à destination de membres d’Al-Qaida et de groupes terroristes associés dans le monde entier.

33. – Depuis 1989, Oussama Ben Laden a fourni des camps d’entraînement et des lieux d’hébergement en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan, en Somalie et au Kenya, pour les mebres d’Al-Qaida et de groupes terroristes associés. Nous savons, par des sources du renseignement, qu’il y a actuellement au moins une douzaine de camps en Aghanistan, dont quatre au moins sont utilisés pour l’entraînement de terroristes.

34. – Depuis 1989, Oussama Ben Laden a établi une série de compagnies afin de procurer des ressources à Al-Qaida, et de fournir des couvertures pour acquérir des explosifs, des armes et des produits chimiques, et pour les déplacements des agents d’Al-Qaida. Ces compagnies comptent un holding financier connu sous le nom de "Wadi al Aqiq", une entreprise de bâtiment, connue sous le nom de "Al-Hijra", une entreprise agricole, "Al Themar Al Mubaraka", et des sociétés d’investissement connues sous le nom de "Laden International" et "Taba Investments".

Oussama Ben Laden et les attaques précédentes

(Les points 35 à 60 sont consacrés à l’historique des attentats anti-américains ou des projets d’attaques de 1992 à 2000 imputés à Ben Laden. Cet historique est basé sur les compte rendus de procès et les déclarations de Ben Laden lui-même.)

Oussama Ben Laden et les attaques du 11 septembre

61. – Dix-neuf hommes ont été identifiés comme pirates de l’air à partir de la liste des passagers des quatre vols détournés le 11 septembre 2001. Au moins trois d’entre eux ont déjà été identifiés de manière formelle comme des associés d’Al-Qaida. L’un a été été identifié comme ayant joué un rôle clé dans les attentats contre les ambassades américaines en Afrique de l’Est et contre le USS Cole. L’enquête sur le passé de tous les pirates de l’air est toujours en cours.

62. – Des sources du renseignement ont permis d’établir les faits suivants après le 11 septembre. Pour des raisons de confidentialité, les noms des associés mentionnés, bien qu’ils soient connus, ne sont pas cités.

 Dans la dernière période avant le 11 septembre, Ben Laden a monté une campagne de propagande concertée parmi les groupes partageant ses vues – incluant des vidéos et de la documentation – justifiant les attaques contre des cibles juives ou américaines ; et affirmant que ceux qui mouraient dans de telles entreprises accomplissaient l’œuvre de Dieu.

 Nous avons appris, après le 11 septembre, que Ben Laden lui-même a affirmé, peu avant le 11 septembre, qu’il préparait une attaque majeure contre les Etats-Unis.

 En août et début septembre, de proches associés de Ben Laden ont été prévenus qu’ils devaient regagner l’Afghanistan avant le 10 septembre.

 Immédiatement avant le 11 septembre, plusieurs associés connus de Ben Laden mentionnaient le 11 septembre ou une date proche comme date pour une opération.

 Depuis le 11 septembre, nous avons appris que l’un des plus proches et plus anciens associés de Ben Laden était responsable de l’organisation détaillée des attaques.

Il existe des preuves d’une nature très spécifique concernant la culpabilité de Ben Laden et de ses associés mais elles sont trop sensibles pour être divulguées.

63. – Oussama Ben Laden est toujours le chef et le cerveau d’Al-Qaida. Dans cette organisation, une opération de l’ampleur de celle du 11 septembre doit avoir été approuvée par Oussama Ben Laden personnellement.

64. – Le modus operandi du 11 septembre correspond exactement aux attaques précédentes. Le bilan des atrocités d’Al-Qaida se caractérise par une longue et méticuleuse planification, un désir de faire un grand nombre de victimes, des commandos suicide, et des attaques multiples et simultanées.

65. – Les attaques du 11 septembre 2001 sont entièrement cohérentes avec l’échelle et la sophistication de la préparation des attaques contre les ambassades d’Afrique de l’Est et contre l’USS Cole. Aucun signal d’avertissement n’a été lancé pour ces attentats, pas plus que le 11 septembre.

66. – Les agents d’Al-Qaida, selon les preuves fournies lors du procès des attentats contre les ambassades, ont décrit comment un groupe passe des années à préparer une opération. Ils effectuent des surveillances répétées, collectent patiemment les éléments, identifient et hiérarchisent les agents qui ont les compétences pour mener les attaques et sont prêts à mourir pour leur cause.

67. – Les agents impliqués dans les atrocités du 11 septembre avaient fréquenté des écoles de pilotage, utilisé des simulateurs de vol pour pour étudier le contrôle des avions plus grands, et placé les aéroports possibles et les itinéraires sous surveillance.

68. – Les attaques imputables à Al-Qaida se caractérisent par un total mépris pour les vies innocentes, y compris celles de musulmans. Dans une interview postérieure aux attentats contre les ambassades d’Afrique de l’Est, Oussama Ben Laden a souligné que la nécessité d’attaquer les Etats-Unis excuse le meurtre de civils innocents, musulmans ou non-musulmans sans distinction.

69. – Aucune autre organisation n’a à la fois la motivation et la capacité de mener à bien des attaques comme celles du 11 septembre – à l’exception du réseau Al-Qaida dirigé par Oussama Ben Laden.

Conclusion

70. – Les attentats du 11 septembre 2001 ont été préparés et exécutés par Al-Qaida, une organisation dont le chef est Oussama Ben Laden. Cette organisation a la volonté et les ressources de mener à bien d’autres attaques d’échelle similaire. Les Etats-Unis, comme leurs proches alliés, sont des cibles pour ces attaques. Les attentats n’auraient pas pu avoir lieu sans l’alliance entre les talibans et Oussama Ben Laden, laquelle a permis à Ben Laden d’agir librement en Afghanistan, d’y encourager le terrorisme et d’y planifier et organiser des attentats."
• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 09.10.01

Informer ou semer la panique ?

 Doit-on vivre dans la crainte d’attentats terroriste en Europe. Cet article du Monde répond par l’affirmative. Pour étayer une telle nouvelle, le journal cite des sources anonymes : « les experts de l’antiterrorisme », « divers responsables européens et américains », « des analyses », etc. La principale source identifiée, qui annonce « une attaque sans doute déjà planifiée », est le chef d’état-major des États-Unis.

http://www.voltairenet.org/article8739.html

« Le Monde » l’affirme : « Les réseaux terroristes d’Al Qaïda menacent l’Europe »
 

Informer ou semer la panique ?

19 novembre 2002

LE MONDE | 13.11.02 | 13h12
Les réseaux terroristes d’Al-Qaida menacent l’Europe 
Bruxelles de notre bureau européen

Les experts de l’antiterrorisme interrogés récemment par Le Monde et qui annonçaient « un gros coup » (Le Monde du 15 octobre) restent formels : la menace d’actions terroristes en Europe demeure très forte. Ces avis rejoignent les opinions exprimées ces derniers temps par divers responsables européens et américains.

La série des mises en garde a été inaugurée, il y a une dizaine de jours, par August Hanning, patron des services de renseignement extérieur allemands, qui évoquait « un risque concret ». Tom Ridge, responsable de la sécurité intérieure à la Maison Blanche, a affirmé ensuite que des réseaux tentaient de se procurer des armes chimiques, bactériologiques et radiologiques.

Richard Myers, le chef d’état-major interarmes de l’US Army, a enchaîné en évoquant « une attaque sans doute déjà planifiée », tandis que Ronald Noble, le secrétaire général américain d’Interpol, faisait une prévision semblable, ajoutant qu’Oussama Ben Laden était, d’après lui, toujours vivant.

Plusieurs responsables politiques (Nicolas Sarkozy en France, Tony Blair et David Blunkett, premier ministre et ministre de l’intérieur, en Grande-Bretagne) ont dès lors décidé d’appeler, prudemment, à une vigilance accrue de leurs concitoyens. Désireux de ne pas créer la panique, les responsables européens savent toutefois que les services spécialisés évoquent depuis longtemps le risque d’une attaque.

Un rapport confidentiel, intitulé « Document stratégique sur la menace terroriste », a été rédigé, le 5 juin, par un groupe d’experts des Quinze et communiqué aux ministres de l’intérieur. Il faisait état d’une menace « élevée » en Grande-Bretagne et en France, et citait aussi la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et l’Espagne, des pays où des cellules d’Al-Qaida ont été démantelées. Depuis, un rapport des renseignements généraux français a estimé que la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France seraient, dans l’ordre, les trois cibles privilégiées d’une attaque.

Lors de leur prochain conseil, les ministres de l’intérieur de l’Union vont, par conséquent, étudier la réforme de la « task force » antiterroriste constituée au sein d’Europol, l’Office européen de police. Ils devraient clarifier son fonctionnement et lui désigner un véritable patron. Certains spécialistes entendent néanmoins garder la tête froide. « En fait, personne ne sait vraiment ce qui peut se passer », a déclaré à l’AFP Marc Burgess, un spécialiste du Center for Defense Information, un centre d’études américain. « Je me demande si, face à une menace qui est réelle, les responsables de tous les services ne cherchent pas, aussi, à se couvrir en multipliant les mises en garde », analyse, à Bruxelles, un juge de l’antiterrorisme. Il souligne la relation, toujours ambiguë, des services spécialisés avec le monde politique et la magistrature, auxquels ils ne disent pas tout ce qu’ils savent, par crainte, notamment, de mettre à mal leurs réseaux d’informateurs.

AGENTS DORMANTS

C’est par trois canaux, en effet, que remontent les informations sur les activités potentielles des extrémistes islamistes : les écoutes téléphoniques, les informateurs et les repentis. Ces derniers sont une poignée en Europe. Couplées aux éléments découverts depuis un an dans le monde entier, leurs déclarations s’avèrent cruciales. Deux mille sept cents membres présumés d’Al-Qaida sont aujourd’hui emprisonnés dans le monde, et les témoignages de certains d’entre eux indiquent que l’Asie et l’Europe sont les principaux réservoirs de militants.

Des analyses chiffrent à deux cents ou trois cents le nombre des membres effectifs d’Al-Qaida en Europe, et cent cinquante sont sous les verrous. Il s’agirait des « cadres » de l’organisation, car le réseau posséderait aussi plusieurs centaines d’agents dormants, susceptibles de sommeiller des mois, voire des années, avant de passer à l’action. Ces réseaux ont souvent été installés par des membres éminents d’Al-Qaida : Mohammed Atta, le chef des pirates de l’air du 11 septembre 2001, ou Ayman Al-Zawahri, le numéro deux du mouvement. Outre ces cellules, l’organisation de Ben Laden aurait infiltré et fédéré divers groupes ultras : les GIA algériens, le Takfir Wal-Hijra et Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Ces groupes seraient restés intacts depuis le 11 septembre 2001 et auraient renforcé leurs structures clandestines. Cela complique la tâche des spécialistes, qui ne sont, en outre, pas tous au même niveau. Si la France est généralement citée en exemple pour sa lutte antiterroriste, l’Allemagne, où s’effectueraient les liaisons opérationnelles, et la Grande-Bretagne, base logistique, ont pris tardivement conscience du problème, tout comme la Belgique et les Pays-Bas. « Aujourd’hui, les spécialistes mettent aussi en évidence, dans leurs rapports, une réalité nouvelle : l’influence d’un certain nombre de mosquées dans le soutien matériel aux réseaux, l’aide ponctuelle apportée à ceux-ci par des immigrés et la connexion entre des groupes islamistes et la criminalité, notamment est-européenne », conclut un haut responsable européen.

Jean-Pierre Stroobants 

Terrorisme de l’’information

« Des renseignements font état d’’attentats imminents »
Terrorisme de l’’information

Comment la presse doit-elle diffuser une information totalement invérifiable ? Et doit-elle la diffuser ? Dans cet exemple, les services de renseignements états-uniens annoncent des attentats terroristes qui pourraient avoir lieu. La CIA et le FBI ne savent pas où et quand, mais ils donnent néanmoins des précisions sur l’’horreur des méthodes qui pourraient être utilisées.

Avant même de s’’interroger sur « l’’information » en elle-même, la première démarche devrait consister à se demander qui parle et pourquoi ? Quel sera l’’effet produit par une telle « information » ? Dans cet exemple, les déclarations et la CIA et du FBI ont-elles pour but d’’empêcher la réalisation de ces possibles attentats ? Ou visent-elles à exercer une pression psychologique sur les populations ?

http://www.voltairenet.org/article9031.html

12 février 2003

Associated Press (AP) | mercredi 12 février 2003 | 6h20

Des renseignements font état d’attentats imminents aux États-Unis et sur la péninsule arabe


WASHINGTON – Des informations provenant des services de renseignements américains font état de possibles attentats d’’Al-Qaïda cette semaine aux États-Unis et sur la péninsule arabe, a annoncé mardi devant le Congrès américain le directeur de la CIA George Tenet.

Ces informations ont conduit les autorités américaines à passer la semaine dernière en alerte « orange », le deuxième niveau sur une échelle de cinq couleurs. Elles proviennent « de plusieurs sources liées à Al-Qaïda », a déclaré mardi George Tenet sans fournir plus de détails.

« Ces renseignements ne sont pas de simples bavardages de terroristes et de leurs associés », a poursuivi le directeur de la CIA. « Ce sont les plus précis que nous ayons eus, et ils coïncident avec ce que nous savons de la doctrine d’’Al-Qaïda et ce que nous savons des plans que ce réseau – et particulièrement sa direction – échafaude depuis plusieurs années ».

Ces informations ont été rassemblés à la fois aux États-Unis et à l’’étranger, a annoncé de son côté le directeur du FBI Robert Mueller. Il s’est joint à George Tenet et d’autres responsables des services de renseignements lors de la conférence annuelle sur la sécurité devant la Commission de renseignements du Sénat américain.

Selon le directeur de la CIA, les terroristes pourraient utiliser une « bombe sale », une arme capable de répandre des substances radioactives sur un vaste périmètre. L’utilisation d’armes chimiques et toxiques est également envisageable.

MM. Mueller et Tenet ont toutefois fait savoir que le gouvernement américain ne savait pas exactement où, quand et comment les terroristes frapperaient. Selon eux, augmenter le niveau d’’alerte et accroître la sécurité autour du gouvernement et des centres d’affaires leur complique néanmoins la tâche.

Le chef de Scotland Yard annonce de nouvelles atrocités

Le chef de Scotland Yard: “Des gens sont en train de préparer des atrocités”

Jean-Pierre Langellier, Correspondant, Londres
Le Monde, 23 décembre 2005, p. 3

Près de six mois après les attentats de Londres qui ont fait, le 7 juillet, 56 morts – dont les quatre poseurs de bombes – et quelque 700 blessés, les autorités britanniques sont plus que jamais en état d’alerte contre le danger terroriste. Lors de sa plus récente intervention publique sur ce sujet, le 12 décembre, le chef de Scotland Yard, Sir Ian Blair, a précisé que le nombre d’opérations antiterroristes conduites par ses services avait augmenté de 75 % depuis le 7 juillet. Elles auraient permis de déjouer trois tentatives d’attentats.

Selon Sir Ian, les informations « de première importance» reçues et exploitées par Scotland Yard sont infiniment plus nombreuses qu’avant le 7 juillet. Elles arrivent désormais « presque chaque jour », au lieu d’une fois par mois auparavant. « Au moment où nous parlons, ajoutait le chef de la police antiterroriste, il y a des gens qui sont en train de préparer des atrocités et des opérations suicides. » Londres demeure leur cible prioritaire.
 

Quelques jours plus tôt, Ian Blair et son adjoint avaient « briefé », lors d’une réunion confidentielle, les hauts responsables de la police. L’une des participantes, l’ancienne maire adjointe de Londres et leader du parti des Verts, Jenny Jones, avait ensuite indiqué que les informations reçues « donnaient le frisson». Le patron de Scotland Yard s’est à plusieurs reprises montré pessimiste, en répétant qu’un nouvel attentat à Londres « est probable », ajoutant: « Il n’y a aucun doute à ce propos. Mais quand ? »
 

A côté des opérations directes de prévention antiterroriste menées par Scotland Yard, les services de renseignement intérieur -le MI5 – maintiennent une stricte surveillance, physique et électronique, à l’égard de plusieurs centaines de suspects prioritaires. Parmi eux figurent des groupes d’étudiants. Selon un rapport publié fin septembre par le directeur du centre d’études sur le renseignement de l’université Brunel, Anthony Glees, « des groupes extrémistes ou terroristes» ont été détectés dans plus de trente universités britanniques, dont celles de Birmingham, Durham, Manchester et la prestigieuse London School of Economics.
«Des activités subversives s’y déroulent, dans l’ignorance, le plus souvent, des autorités universitaires », affirme le professeur Glees. Elles sont notamment le fait du mouvement islamiste Hizb ut-Tahrir, qui, interdit sur les campus par les syndicats étudiants, agit sous des noms d’emprunt innocents, tels que La Société idéologique, Le Forum du millénaire ou La Société du nouveau monde.
 

La guerre en Irak est mise en avant par ces extrémistes pour tenter de séduire de nouveaux membres. La politique étrangère de la Grande-Bretagne, notamment au Moyen-Orient, est un « facteur-clé» poussant certains musulmans britanniques à se radicaliser. C’est l’une des conclusions du rapport publié en novembre par le groupe de travail mis en place par le gouvernement après les attentats de juillet, et qui comprend une centaine de représentants de la communauté musulmane, dont Yusuf Islam, alias Cat Stevens, et étrangère, dont l’intellectuel controversé Tariq Ramadan. Cette commission préconisa la mise en place d’une enquête publique sur les causes des attentats. Tony Blair a jugé cette requête inutile. A la place, il a proposé la pulication d’un « récit» le plus exhaustif possible de ce qui s’est passé à Londres.

L’’argumentation islamiste contre la France

Cet article est typique de nombreux écrits sur le présumé terrorisme islamique.  Notons que l’auteur ne présente aucune donnée vérifiable, aucune source vérifiable, pour étayer ses thèses.  Le journaliste ne fait que relayer de la propagande officielle dont le but est de terroriser la population et renforcer la peur du terrorisme islamique.

Exemple de propagande anti-terroriste basée sur des dossiers secrets

L’argumentation islamiste contre la France

 

Piotr Smolar
Le Monde, 23 décembre 2005, p. 3
 

La menace des réseaux terroristes:  Dans une note datée du 16 decembre, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) qualifie de “particulièrement élevè” le risque sur le territoire français.

La multiplication des opérations antiterroristes en France, ces derniers mois, indique-t-elle un regain d’activité islamiste sur le territoire’? Dans une note de synthèse datée du 16 décembre, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) – qui assure la liaison entre tous les services concernés (renseignements généraux, police judiciaire, direction de la surveillance du territoire) – qualifie, en tout cas, la menace de « particulièrement élevée» et en détaille les raisons.

Celles-ci relèvent à la fois de considérations opérationnelles, c’est-à-dire des mouvements de fond constatés au sein du djihadisme international, et d’une analyse de la politique intérieure et extérieure du gouvernement français. Tout – même les violences urbaines – peut servir de prétexte et être recyclé par l’islamisme radical pour justifier une opération terroriste sur le territoire, selon l’Uclat.

La première source d’inquiétude citée concerne la situation en Irak, nouvelle terre favorite de djihad pour les candidats radicalisés originaires d’Europe. Plusieurs enquêtes menées depuis un an indiquent que sept Français sont morts en Irak, dont au moins deux en kamikazes. Au moins treize autres sont partis se battre au côté des insurgés irakiens. Deux sont incarcérés sur place et quatorze autres en France, pour avoir aidé les volontaires.

Un « vivièr hétérogène»
L’Uclat souligne que l’acheminement vers l’Irak s’est fait « en dehors de toute filière structurée, donc identifiable ». Elle souligne la jeunesse et la conversion très rapide des candidats. « Une cinquantaine de personnes susceptibles d’intégrer de telles filières font actuellement l’objet d’investigations », précise la note.

Le deuxième sujet d’inquiétude est le ralliement du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) au djihadisme international. Les activistes algériens se seraient plus particulièrement rapprochés des radicaux marocains et tunisiens pour unir leurs forces. Assurant que le GSPC a fait allégeance à Al-Qaida en septembre 2003, l’Uclat rappelle que Abdel-malek Droukdal, «son nouvel émir », a désigné la France, il y a deux mois, comme étant «l’ennemi numéro 1» de l’islam. « Cette fatwa ne peut qu’être récupérée par le vivier islamiste hétérogène présent dans notre pays», s’inquiète l’Uclat.

Le troisième point évoqué par les policiers français a été illustré récemment par l’opération conduite par la direction de la surveillance du territoire (DST), le 12 décembre, contre le groupe de Ouassini Cherifi : il s’agit des liens entre la mouvance radicale et la criminalité organisée. La note signale ainsi que le réseau de recrµtement dirigé par Safé Bourada, démantelé, lui, fin septembre, était composé de « délinquants de droit commun convertis à l’islam au cours de leur détention, qui étaient chargés du financement du groupe par des extorsions de fonds, des vols à main armée et le clonage de cartes bancaires».

Mais la partie la plus troublante du rapport de l’Uclat concerne« la perception par les islamistes de la politique extérieure et intérieure de la France »’. « Notre pays est l’un des plus critiqués par la mouvance islamique dans le monde », pour des raisons fort diverses, souligne la note. Dans le domaine étranger, la présence d’un contingent militaire en Afghanistan est mal vue. La France serait accusee par la presse pakistanaise de « pervertir la jeunesse afghane » et d’etre un allié des Etats-Unis, avec lesquels elle collabore, en outre, au sein de la structure operationnelle bilaterale Alliance Base. Autre element à charge, l’adoption de la resolution 1559 par les Nations unies contre la Syrie, initiative americano-française mal accueillie. Elle figure parmi les neuf motifs de frapper la France «avancés par l’opérationnel syro-espagnol d’Al-Qaida, Mustapha Nasar Setmarian, dans un communiqué diffusé sur Internet le 1er décembre », dit la note.

Il existe egalement des sources d’inquiétude ayant trait à la politique interieure. Sans surprise, le premier qu’évoque l’Uclat est la loi du 15 mars 2004 sur le port des signes religieux ostensibles à l’ŽécoIe. Cette initiative a été denoncée à de nombreuses reprises dans des enregistrements vidéo attribués à des leaders islamistes. Dans un enregistrement sonore date du 18 mai, Abou Moussab Al-Zarkoui, figure de proue de la guerilla en Irak, avait denoncé les actions du «chrétien Chirac», qui «a ordonné de retirer le voile sur la tête des musulmanes».

« Veritable choc de culture»
Le dispositif antiterroriste franrçais, qui repose sur « la neutralisation préventive des individus », est également perçu comme étant agressif «à l’égard des musulmans ». Depuis 2002, Ie nombre de personnes liées à l’extremisme islamique qui ont été placees en garde à vue pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» a augmente de façon spectaculaire, selon les statistiques de la direction générale de la police nationale. De 58 individus en 2002, on est passé à 77 en 2003, à 101 en 2004 et à 170 depuis le 1er janvier.

Cette tendance confirme à la fois la multiplication des fronts pour les services antiterroristes, mais aussi leur inclinaison à ratisser large dans Ie cadre de la justice préventive à la française. Le nombre de perventive à la française. Le nombre de personnes écrouées, lui, a légèrement augmenté. De 23 en 2002, on est passé à 39 cette année, soit un total de 113 mandats de dépôt en quatre ans. Actuellement, 99 personnes suspectées d’activisme islamique sont détenues dans les prisons françaises

En dernier lieu, l’Uclat s’inquiète des risques de récupération des violences urbaines qui ont secoué les banlieues pendant près de trois semaines. Le traitement policier « risque d’être appréhendé (n.) comme un véritable choc de culture, de civilisation et surtout de religion par les éléments les plus radicaux», souligne l’Unité de coordination. Certes, aucun lien entre les violences et l’islam radical n’est apparu pendant les événements; néanmoins, l’Uclat juge que ces derniers sont «de nature à encourager certains jeunes délinquants acculturés, sans repères et en quête d’identité à se touner vers l’islamisme radical et le djihad, qu’ils n’auront aucun scrupule à mener à l’encontre d’une France qu’ils accusent de les rejeter. »

Mesures antiterroristes en France et Belgique 2005

L’Assemblée a adopté le projet de loi antiterroriste

Article publié le 29 Novembre 2005
Source : LE MONDE.FR
Taille de l’article : 444 mots

Extrait : Les députés ont voté le projet de loi antiterroriste de Nicolas Sarkozy, mardi 29 novembre, avec 373 voix pour et 27 voix contre. Les députés ont adopté le projet de loi antiterroriste de Nicolas Sarkozy, qui développe la vidéosurveillance, les contrôles administratifs et aggrave les sanctions pénales. Le texte a été voté, mardi 29 novembre, par 373 voix pour (UMP, UDF), et 27 contre (les trois députés Verts et le PCF). Les socialistes se sont abstenus. Fait rare dans l’Hémicycle, les débats se sont déroulés de manière consensuelle entre le gouvernement, la majorité et le PS. Le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage à cet esprit consensuel.

Les lois antiterroristes suscitent des résistances

Article publié le 23 Décembre 2005
Par Henri de Bresson
Source : LE MONDE
Taille de l’article : 295 mots

Extrait : Les gouvernements occidentaux doivent de plus en plus batailler ferme pour obtenir le renforcement de leurs législations antiterroristes. Après une exhortation du président George Bush, le Sénat américain a finalement voté, mercredi 21 décembre, la prorogation pour six mois du Patriot Act, entré en vigueur après les attentats du 11 septembre 2001. Les sénateurs démocrates ne voulaient pas s’engager à plus long terme sans obtenir davantage de garanties sur la protection des droits civiques. En France, le gouvernement a dû argumenter de manière serrée pour faire passer sa nouvelle législation antiterroriste, qui devait être définitivement adoptée jeudi 22 décembre par l’Assemblée nationale et par le Sénat.

Le Sénat prolonge de six mois la loi antiterroriste Patriot Act
Article paru dans l’édition du 23.12.05
 
Le SÉNAT américain a accepté, mercredi 21 décembre, de prolonger de six mois le Patriot Act, ensemble de dispositions élargissant les pouvoirs des forces de sécurité dans la lutte antiterroriste, qui expirait à la fin de l’année, a annoncé le chef de la majorité républicaine, Bill Frist. L’accord, après plusieurs jours de négociations et une exhortation du président George Bush soulignant que « le terrorisme n’expirait pas à la fin de l’année », a été obtenu à l’issue d’une réunion marathon à huis clos d’un groupe composé de républicains voulant une prolongation et de démocrates souhaitant des garanties pour les droits civiques.

Le texte devrait revenir, à une date non précisée, devant la Chambre des représentants, qui s’était prononcée, la semaine dernière, pour la prolongation de la loi entrée en vigueur peu après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. « C’est une solution de bon sens qui donne au Sénat plus de temps pour dégager un texte de consensus destiné à promouvoir notre sécurité tout en préservant notre liberté », a souligné le sénateur démocrate Patrick Leahy. – (AFP.)

La France durcit pour la huitième fois en dix ans son arsenal antiterroriste

Article publié le 23 Décembre 2005
Par Patrick Roger
Source : LE MONDE
Taille de l’article : 685 mots

Extrait : Le projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme devait être définitivement adopté, jeudi 22 décembre, à l’Assemblée nationale et au Sénat. « On a peur des mots comme on a peur d’attraper la grippe aviaire », regrettait son rapporteur, Alain Marsaud (UMP, Haute-Vienne), à l’ouverture de la discussion au Palais-Bourbon, le 23 novembre. Pour mettre fin à la « dictature de l’euphémisme », Nicolas Sarkozy se chargeait de mettre un nom sur le « spectre terroriste » menaçant les démocraties : le « jihadisme global ».

La nouvelle loi belge renforce les « méthodes de recherche »

Article publié le 25 Décembre 2005
Par Jean-Pierre Stroobants
Source : LE MONDE
Taille de l’article : 449 mots

Extrait : Les sénateurs belges ont approuvé, vendredi 23 décembre, le projet de la ministre de la justice, Laurette Onkelinx (PS), visant à améliorer les investigations antiterroristes. Le texte, qui vise également la grande criminalité organisée, entrera ainsi en vigueur le 1er janvier. Ses dispositions auront jusqu’au bout été combattues par des partis d’opposition à la coalition « violette », des journalistes, des avocats et des magistrats. La Ligue francophone des droits de l’homme a estimé qu’en défendant une telle loi la ministre s’est transformée en « vassale des services de police et du ministère public ». Le texte crée des postes de juges antiterroristes spécialisés qui pourront agir à l’échelle du royaume.

Inquiétude croissante en Europe sur la remise en cause de l’Etat de droit

Article publié le 23 Décembre 2005
Par Rafaële Rivais et Jean-Pierre Stroobants
Source : LE MONDE
Taille de l’article : 423 mots

Extrait : Dans la plupart des pays européens, les gouvernements veulent renforcer les moyens d’action de leurs forces de sécurité contre le terrorisme. Mais l’affaire des vols secrets de la CIA, qui aurait utilisé des aéroports européens pour des transferts de prisonniers soustraits aux lois en vigueur, a relancé les interrogations sur les limites à ne pas dépasser, sous peine de s’exposer à une remise en cause de l’Etat de droit. La Belgique, qui a organisé quatre procès de filières terroristes depuis le 11 septembre 2001, a déjà fortement durci son arsenal législatif antiterroriste. Et le débat est vif autour de la loi que le gouvernement espère voir adopter, vendredi 23 décembre, par le Parlement.

L’argumentaire islamiste contre la France

Article publié le 23 Décembre 2005
Par Piotr Smolar
Source : LE MONDE
Taille de l’article : 924 mots

Extrait : Dans une note datée du 16 décembre, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) qualifie de « particulièrement élevé » le risque sur le territoire français. La multiplication des opérations antiterroristes en France, ces derniers mois, indique-t-elle un regain d’activité islamiste sur le territoire ? Dans une note de synthèse datée du 16 décembre, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) – qui assure la liaison entre tous les services concernés (renseignements généraux, police judiciaire, direction de la surveillance du territoire) – qualifie, en tout cas, la menace de « particulièrement élevée » et en détaille les raisons.

Les pays islamiques s’engagent, à combattre "fermement" le terrorisme

Article publié le 08 Décembre 2005
Source : LE MONDE.FR
Taille de l’article : 493 mots

Extrait : Les pays islamiques se sont engagés jeudi collectivement à combattre "fermement" l’extrémisme islamiste et à réviser leurs législations pour les adapter à la lutte antiterroriste, au terme d’un sommet extraordinaire de deux jours à La Mecque, en Arabie saoudite. Au terme d’un sommet extraordinaire de deux jours à La Mecque, en Arabie saoudite, les pays islamiques se sont engagés jeudi 8 novembre, à combattre "fermement" l’extrémisme islamiste et à réviser leurs législations pour les adapter à la lutte antiterroriste. Dans leur déclaration finale, les participants ont promis de "combattre fermement les apôtres de la sédition et de la déviation, dont le but est de dénaturer les principes suprêmes de l’islam (…
 

Présentation d’un livre: La face cachée du 11 septembre

La face cachée du 11 septembre
de 
Eric Laurent

Présentation de l’éditeur
Pour la première fois un livre dévoile les mensonges et les silences officiels qui entourent encore la tragédie du 11 septembre. Un an d’enquête a conduit l’auteur notamment aux Etats-Unis, au Pakistan, à Dubaï, au Qatar, en Israël et jusqu’aux montagnes de Tora Bora, dernier refuge de Bin Laden en Afghanistan. Enquête minutieuse, parfois dangereuse, qui révèle la face cachée du 11 septembre. Pourquoi Ousama Bin Laden n’est-il toujours pas inculpé par les responsables américains pour les attentats du 11 septembre ? – Pourquoi la CIA qui surveille en permanence les marchés financiers n’a-t-elle pas détecté le plus grand délit d’initiés de l’histoire qui a précédé le 11 septembre ? Quelle est la véritable identité des pirates de l’air ? Cinq d’entre eux ont usurpé celles de personnes toujours vivantes. Quel est le rôle exact joué par les services secrets du Pakistan ? Et que penser de l’Arabie Saoudite, de ce royaume dont trois princes ont connu une mort mystérieuse à la suite du 11 septembre ? Les informations recueillies dans ce livre, les faits troublants, les contradictions et les manipulations avérées battent en brèche les vérités admises. La tragédie du 11 septembre n’a pas encore épuisé tous ses secrets

Biographie de l’auteur
Eric Laurent, grand reporter, spécialiste de politique étrangère, est l’auteur de plusieurs best-sellers, dont La Guerre des Busch et Le Monde secret de Bush (Plon, 2003). Le film qui a été tiré de ces deux livres, Le Monde selon Bush, a connu un très grand succès au cinéma et à la télévision.