Entretien avec Edgar Morin: « On a créé un état d’’intimidation ».

Edgar Morin, sociologue mondialement connu, a été de tous les combats depuis soixante ans.(1) Son  propos, vif et concis, contredit l’’idée que « l’’antisémitisme » est de retour. Ce terme serait brandi, selon lui, pour occulter la répression israélienne, pour « israéliser » les Juifs, pour fournir à Israël des justifications à sa politique. Ses prises de positions en faveur des Palestiniens humiliés et offensés, ont valu à Edgar Morin d’’être calomnié. Nous gardons, de notre rencontre avec lui, l’’impression d’’un homme de grande simplicité et probité. Nous tenons à le remercier ici de nous avoir accordé l’’autorisation de publier cet entretien. Silvia Cattori.

 

Edgar Morin : « On a créé un état d’’intimidation ».


Entretien réalisé par Silvia Cattori
17 juin 2005.

Silvia Cattori : Vous avez été condamné pour « diffamation raciale » (2) pour avoir critiqué Israël. Pouvez-vous nous dire ce qui motive votre intervention dans ce conflit ?

Edgar Morin : Tout d’’abord il y a une chose que ne comprennent pas les défenseurs inconditionnels d’’Israël, c’’est que l’’on puisse être animé par la compassion pour un peuple qui souffre. Ce sont les souffrances continues de Palestiniens, en butte à des humiliations, vexations, maisons détruites, arbres arrachés, qui m’’animent. Bien évidemment les articles que je rédige ne sont pas des articles affectifs. J’’essaye de faire des diagnostics. L’’article « Israël-Palestine : le cancer »(3), qui m’’a valu d’’être incriminé, a été conçu dans cet esprit. J’’avais rédigé auparavant un article titré « Le double regard », (4) dans lequel j’’essayais de comprendre les raisons avancées par les Israéliens d’’un côté, et les raisons avancées par les Palestiniens de l’’autre. Il est évident que l’’inégalité est incroyable. J’’avais également développé cette réflexion dans un texte, appelé « Le simple et le complexe » (5), où j’’ai essayé de voir les deux aspects du conflit. Je disais qu’’il y a un oppresseur et un opprimé ; que l’’oppresseur israélien possède une force formidable et l’’opprimé palestinien n’’a presque aucune force.

Silvia Cattori : Pouvez-vous expliciter ce que vous entendez par « le complexe » ?

Edgar Morin : Le « complexe » vient du fait que les Juifs bien entendu portent en eux le souvenir des persécutions subies par le passé ; souvenir qui est attisé évidemment par le rappel incessant d’’Auschwitz, que l’’on appelle Shoah. Il est clair aussi que tant que l’’isolement d’’Israël dans ce monde moyen oriental se poursuit, tant qu’’il n’’y a pas une politique qui permet son intégration, il y a une menace tout aussi radicale que celle qui a pesé sur le Royaume franc, le Royaume chrétien de Saint-Jean d’’Acre.

Silvia Cattori : Donc vous vouliez appeler Israël à plus de raison ?

Edgar Morin : Cet article a été rédigé à l’’un des moments les plus intenses et les plus violents. Nous étions en 2002, lors de l’’offensive militaire de Sharon. C’’était le moment de Jénin. Un moment de très grande répression. De là le besoin d’’intervenir et de témoigner. J’’ai fondé mon texte sur de nombreux témoignages directs. D’’ailleurs j’’ai tenu à le faire cosigner par Sami Nair, un ami français, lui-même d’’origine maghrébine, et par Danielle Sallenave qui, elle-même, était allée en Palestine. Il est évident que par ce texte j’’ai voulu établir un diagnostic et donner un signal d’’alarme. Je l’’ai donc pensé, mesuré dans sa complexité. Il y avait une question que je tenais à poser. Comment se faisait-il que deux millénaires de persécutions et d’’humiliations n’’avaient pas servi d’’expérience pour ne pas humilier autrui ? Comment en est-on arrivé à ce qu’Israël, lui-même l’héritier de juifs persécutés et humiliés, persécute et humilie les Palestiniens ? C’’est ce paradoxe historique que j’’interrogeais et que l’’on m’’a beaucoup reproché –- entre autre – dans le camp pro-israélien. Ainsi ce passage a provoqué la fureur d’’intellectuels comme Finkielkraut.

Silvia Cattori : Qu’’y avait-il de condamnable ?

Edgar Morin : La condamnation porte sur deux passages. (6) Ces passages, détachés de leur contexte, ont abouti à ce que la Cour d’’appel les considère comme diffamatoires racialement ; à ce que des magistrats et un ministère public en arrivent à la condamnation des auteurs de l’’article et du quotidien qui l’’a publié. Or il est absolument évident que l’’article en question n’’est ni antisémite, ni racial, ni raciste. C’’est clairement précisé qu’’il s’agit des Juifs d’Israël, et non pas des Juifs de la rue des Rosiers ou de Brooklyn, qui persécutent les Palestiniens. Il est également précisé que ce n’’est pas uniquement l’’occupant israélien qui en arrive à des exactions pareilles, mais tout occupant sur un territoire où il n’’est pas accepté. Toutefois, le tribunal n’’a pas retenu comme « incitation au terrorisme » le passage où je disais qu’’il fallait essayer de comprendre pourquoi il y avait ces bombes humaines, appelées kamikazes. J’’ai essayé de donner les raisons psychologiques, historiques, y compris l’’intervention politique du Hamas ; en clair je ne fait que tenter de comprendre ce qui se passe dans l »’âme et l’’esprit de ces combattants et les conditions de désespoir et de haine qui les anime. Même si le tribunal ne leur a pas donné raison sur ce passage, ces interrogations sont perçues par ceux qui accusent comme une « apologie du terrorisme ». Ils ne veulent même pas que l’’on essaye de comprendre pourquoi des gens sacrifient leur vie de la sorte !

Silvia Cattori : Tout ce qui se passe à ce sujet est incompréhensible pour la plupart des gens !

Edgar Morin : Il se passe que, pour une grande partie des Israéliens – et peut-être une grande partie des Juifs qui sont ici en France entre les mains du CRIF (7), de ces organisations que l’’on appelle communautaires – il y a une sorte de judéo-centrisme, de phénomène d’’hystérie de guerre : l’’ennemi est montré sous un angle diabolique et soi-même on croit toujours avoir raison. Il se passe que, bien qu’’en France l’’on ne soit pas en guerre, il y a cet état d’’esprit qui leur fait voir de l’’antisémitisme dans toute critique d’’Israël. Or il est évident que l’’on peut, avec des arguments pervers, insinuer que tous ceux qui critiquent Israël – qui est un Etat qui se déclare juif, qui se veut juif, et qui prétend représenter tous les Juifs – deviennent antisémites. C’’est une sorte de cercle vicieux. Je crois qu’’au surplus, agiter un antisémitisme imaginaire, renforce l’’israélo centrisme.

Silvia Cattori : Israël n’est-il pas assez fort comme cela ?

Edgar Morin : Israël n’’existe que parce qu’’il y a eu un antisémitisme dont le point culminant a été l’’antisémitisme nazi. Malgré son hétérogénéité, Israël se sentait, dans les premiers temps, menacé vitalement par ses voisins arabes. Mais depuis 1967, où il est dans la position de l’’Etat le plus fort, il a besoin de camoufler cette situation de domination par celle de victime. D’’où le retour à Auschwitz et aux rappels incessants du martyre passé. Par conséquent Israël est amené à réveiller l’’idée que, dans des pays où il y a de nombreux Juifs, les « gentils » (les non juifs) sont fondamentalement ou potentiellement antisémites. Cela revient à dire aux Juifs « vous n’’êtes pas chez vous en France, chez vous c’’est Israël ». Autrement dit, l’’antisémitisme alimente d’’une certaine façon une politique qui, au lieu de rechercher la bonne entente et la paix, recherche la solution dans les annexions de nouvelles terres. Voila en résumé dans quel contexte il faut situer le phénomène de « l’’antisémitisme » et son instrumentalisation.

Silvia Cattori : Alors si je comprends bien vous dites qu’il y a des personnes qui empoisonnent le débat pour défendre l’’indéfendable ?

Edgar Morin : Après la diffusion de mon article il y a eu bien entendu beaucoup de messages de compréhension et de reconnaissance par ceux qui ont compris cette vision complexe ; mais il y a eu aussi des injures et des insultes. Une femme très éduquée, ingénieur, m’a dit « mais Monsieur qu’’est-ce que vous racontez ! Jérusalem est à nous depuis trois mille ans ! » Comme si c’’était d’’évidence historique que Jérusalem ait été éternellement juive.

Silvia Cattori : Cet acharnement à faire taire toute critique qui embarrasse Israël, ne va-t-il pas susciter des cassures dommageables ?

Edgar Morin : L’’idée de ceux qui me calomnient est de faire passer le message que, bien que d’’origine juive, je puisse être antisémite. Ils avancent l’’argument de « la haine de soi ». Parce que, effectivement, certains Juifs, notamment dans l’’Allemagne d’’avant la deuxième guerre mondiale, se sentant parfaitement à l’’aise dans la culture allemande, éprouvaient une gêne d’’avoir cette chose hétéroclite, hétérogène, qu’’était leur origine. Mais en venir à m’’accuser de « la haine de soi », est absolument ridicule ! Tout cela est absolument grotesque. Ces organismes juifs qui engagent les procès contre moi – Avocats sans frontière, France-Israël – ont déjà fait beaucoup de procès à d’’autres gens. Le premier procès qu’’ils n’ont pas perdu est le procès en appel où je suis en cause et où, je crois, que c’’est sur instruction du Ministère de la Justice, dans le cadre de cette vigilance extrême sur l’’antisémitisme, que le Ministère public a pris la parole au cours du procès – ce qu’’il ne fait jamais dans ce genre de procès – pour dire qu’’il y avait deux passages qui devaient être considérés comme diffamation raciale. Voilà le contexte.

Silvia Cattori : Comptez-vous répondre aux calomnies ?

Edgar Morin : Je compte publier l’’ensemble des articles que j’’ai rédigés sur cette question, sous le titre peut-être : « Ecrits racistes et antisémites » pour qu’’au moins les lecteurs puissent voir de quoi il s’’agit. Car il est vrai que c’est très difficile de comprendre ce qui se passe en Israël-Palestine.

Silvia Cattori : Ce qui revient à dire qu’’aussi longtemps que le droit du plus fort occulte le droit du plus faible, c’’est cette vision unidimensionnelle qui primera.

Edgar Morin : On a vu à la télévision des maisons détruites, on a vu des chars tirer sur des enfants ; mais ce que l’’on ne peut pas voir à la télévision c’’est l’humiliation quotidienne faite à ces Palestiniens qui se présentent aux postes de contrôles, à ces vieux que l’’on fait se déshabiller devant leurs enfants. C’’est de ce mépris horrible que j’’ai voulu rendre compte ; de ce mépris affreux, surtout manifesté par ces jeunes soldats de Tsahal, peut-être pas tous ; il y a quand même une petite minorité qui va aider les Palestiniens à reconstruire des maisons détruites. Cette humiliation n’’est pas perçue dehors ; ce sont ceux qui vont sur place qui l’’ont constatée. C’’est pourquoi beaucoup de gens n’’arrivent pas à comprendre la situation quotidienne des Palestiniens. Par ailleurs, il est clair pour moi que tous ces procès ont toujours été voulus dans le but de faire croire à l’’opinion israélienne et américaine que la France est antisémite. Et ensuite, quand ces organisations perdent les procès, elles répandent l’’idée que les juges sont antisémites eux aussi. Donc, ils gagnent de ce point de vue là. Et par là même ils font peur, ils intimident. Or, s’’il y a un déferlement de racisme c’’est sur les Palestiniens qu’’il se manifeste.

Silvia Cattori : Mais quand ces intimidations s’’arrêteront-elles ?

Edgar Morin : Beaucoup de gens me disent « mais toi tu peux écrire ces choses là parce que tu es d’’origine juive mais nous on n’’oserait pas, on a peur, on se ferait tout de suite traiter d’’antisémite ». Alors, cette peur de se faire traiter d’’antisémite chaque fois que l’’on veut exercer un acte de libre critique, créé un climat empoisonné. C’’est pourquoi je pense que le jugement rendu par le tribunal l’’autre jour – jugement qui me condamne – – va encore aggraver ce climat et rendre de plus en plus difficile la critique d’’Israël et, en un sens, la liberté d’’expression. Sans compter le fait que ce genre de discrédit, d’’outrage, fait à des personnes – dont moi-même – qui toute leur vie ont lutté contre toutes les discriminations, est inique autant que grotesque.

Silvia Cattori : Cette expérience malheureuse vous a-t-elle fait découvrir une réalité que vous méconnaissiez ? Qu’’il y a, en France, une manière de prise de contrôle basée sur l’’intimidation et la diabolisation qui ruine des vies ?

Edgar Morin : Vous parlez de gens qui ont perdu les procès ?

Silvia Cattori : Je me réfère à des cas où les procès sont gagnés mais suivis d’’appels sur appels.

Edgar Morin : Cette réalité je la connaissais très bien. Je connais le journaliste Daniel Mermet qui a été lui aussi poursuivi. Je sais que, jusqu’’à présent, ils ont perdu tous les procès intentés. La seule fois où ils ont gagné, c’’est avec notre article.

Silvia Cattori : On peut comprendre que des personnes mal informées puissent être ébranlées par votre argumentation. Mais quand une personne avertie, comme Alain Finkielkraut par exemple, affirme être saisie « d’’épouvante » (8) en vous lisant, que penser ?

Edgar Morin : C’’est un phénomène bien connu. Il y a une fermeture à partir du moment où les pro-israéliens ont l’’impression que c’’est Israël la victime, et que ce sont les Palestiniens les coupables qui veulent la mort d’’Israël, ce qui justifie toute cette répression contre eux. A partir du moment où ils ont l’’impression que, quand la presse montre des images où l’’on voit les chars israéliens, c’’est une presse unilatérale, pro-palestinienne, et que toute information qui parle des souffrances des Palestiniens est pro-palestinienne, donc tendancieuse, on entre dans une conception totalement fermée. Quand vous avez affaire à un groupe fermé qui est persuadé d’’avoir la justice de son côté, il s’’octroie le droit de dire et faire n’’importe quoi. C’’est la même chose avec les groupes « terroristes » que combat Israël. Le fait est que là, avec ce conflit, il s’’est créé un nationalisme et un chauvinisme juif toujours auto-justifié ; dans le reste de l’’opinion on a peur de passer pour antisémite du fait des siècles d’’antisémitisme passés. La juste culpabilité de l’’antisémitisme paralyse la juste critique d’Israël.

Silvia Cattori : Dois-je conclure que soutenir Israël c’’est se tromper de combat ? Que la justice voudrait que tous les Israéliens et tous les Juifs du monde s’’unissent pour exiger du gouvernement israélien la cessation des abus et le respect de la loi internationale ?

Edgar Morin : Il y a une minorité de Juifs qui se battent dans ce sens là. Et même, je peux vous dire qu’’en Israël, on peut écrire des choses qu’i’ci nous vaudraient des procès. Le rabbin Leibowitz disait qu’’Israël devenait un « Etat judéo-nazi ». Mais ici en France, sous ma signature, l’’on ferait un procès. On a créé, chez certains esprits, un état d’’intimidation et de terreur psychologique.

Silvia Cattori : Les intellectuels de confession juive, les militants juifs étaient généralement à l’’avant-garde de la lutte pour les libertés. Or, nombre de militants – le plus souvent issus du trotskisme ou du communisme – pratiquent aujourd’’hui une sorte de maccarthysme. Ils semblent très actifs à désigner des « antisémites » (9) de manière totalement arbitraire et à parler, finalement, de la même voix que ces institutions juives qui vous font des procès. Etrange renversement, non ?

Edgar Morin : Ceux dont vous parlez n’’étaient pas de confession juive. Ils n’’étaient pas religieux. Ils étaient d’’origine juive mais ils étaient devenus internationalistes, universalistes. Or, à partir du moment où beaucoup d’’entre ces militants – qui étaient trotskistes, maoïstes, communistes – ont perdu leur foi, il s’’est opéré en eux une crise et ils ont retrouvé une raison d’’espérer en se raccrochant à Israël. Ce fut le cas de Benny Levi, l’’ancien responsable maoïste ; ce fut le cas d’’Annie Kriegel, ex-stalinienne. Vous avez un retour à cette identité qui devient fermée. Le propre des Juifs dans le monde occidental, une fois qu’’ils acceptaient leur statut de citoyens, ils faisaient partie de la nation ; ils ne faisaient plus partie d’’un peuple juif qui était dispersé ; ils ne faisaient plus partie d’’un Etat juif qui n’’existait plus. Beaucoup d’’entre eux n’’avaient plus d’’attaches avec la religion même si, parfois, ils allaient à la synagogue par respect pour leur famille. Donc les trois éléments qui formaient l’’identité juive avant la diaspora, « une nation, un peuple, une religion », avaient disparus. Les Juifs qui rentraient ainsi tout naturellement dans le monde des « gentils », percevaient fort bien le danger que faisait peser sur eux le nationalisme étroit. Ils avaient donc des tendances universalistes ; ils étaient européistes, ils étaient mondialistes, ils étaient internationalistes. Mais à partir de la création de l’’Etat juif, et surtout à partir de soixante-dix, beaucoup de Juifs du monde extérieur se sont sentis solidaires d’’Israël, liés à cet Etat par une double fidélité ; ce qui peut très bien se comprendre. Les communistes eux mêmes étaient français et en même temps solidaires de l’’Union soviétique. Vous avez un Etat. Vous avez un peuple. D’’ailleurs beaucoup d’’organismes de jeunesse juifs disent « un seul peuple dans deux nations ». On a reconstitué l’’idée d’’un peuple juif. Et les Juifs laïcisés se sont mis à lire la Bible, le Talmud. Il y a eu un retour à la religion. Donc les trois composantes de l’’identité juive de l’’antiquité ont été ressuscitées. Et quand on est dans une telle composante, et en situation de guerre, on se met à haïr l’’ennemi et tous ceux qui altèrent la belle image de soi.

 

Silvia Cattori : Quelle image ?

Edgar Morin : C’était le sabra, c’était l’’homme qui colonise la terre, c’’était le mythe d’’un peuple « sans terre pour une terre sans peuple » qui faisait pousser les fleurs dans le désert, c’’était un peuple de combattants héroïques ; il y avait cette image merveilleuse du Juif qui avait éliminé l’’image du petit juif craintif de ghetto. Et quand, un peu plus tard, on se rend compte que ces mêmes gens envoient des missiles pour liquider des militants du Hamas, réels ou supposés, détruisent des agglomérations – comme Jenin en 2002 – font toutes ces opérations militaires répressives, cela touche l’’image de « soi » ; l’’image de beaucoup de Juifs qui ne peuvent pas se reconnaître dans cette image. L’’image dans laquelle ils se reconnaissent est, je suis le martyr d’’Auschwitz, je suis le bel Israélien qui fertilise une terre. Voilà. Donc quand cette image de « soi » est altérée d’’une façon aussi dramatique, ils se mettent également à haïr tous ceux qui, par la critique d’’Israël, détruisent l’’image de « soi ». Pourquoi pendant longtemps « ils » n’’ont pas voulu appeler les Palestiniens les Palestiniens? Parce que c’’étaient des Arabes! Même Golda Meir disait d’’eux que c’’étaient « des bêtes ». Ils n’’ont pas même voulu leur donner d’’identité. C’est l’’Organisation de libération de la Palestine (OLP,) avec Arafat, qui a fini par faire reconnaître au monde la notion de Palestinien et a fini par la faire reconnaître in extremis au gouvernement israélien. Demeure que l’’idée que les Palestiniens puissent exister dans une terre qui était soi disant « sans peuple » est une idée qui les offense ; les Palestiniens sont vus comme des parasites. Donc voilà comment tout ceci s’’est créé. Malheureusement tout cela – qui est compréhensible – est tout à fait lamentable.

Silvia Cattori : Les autorités politiques en Europe, n’’ont-elles pas favorisé ce climat délétère pour avoir été trop à l’’écoute d’’institutions qui poursuivent des intérêts particuliers ?

Edgar Morin : Je crois que ces campagnes, menées par le CRIF et quelques autres organismes communautaires, ont fait en sorte que le gouvernement et le pouvoir ont quasiment capitulé. En disant qu’’ils combattaient le racisme ils ont surtout voulu combattre l’’antisémitisme. Ils ont oublié les autres racismes, et pas seulement à l’’égard des Arabes, mais des Tziganes, etc. Je crois que c’’est également l’’importance politique de la minorité juive en France – il y a bien une minorité islamique plus importante en nombre mais moins influente politiquement – qui amène le gouvernement à aller plus ou moins au devant de ses désirs. Les responsables du CRIF se sont même permis de critiquer la politique internationale de la France sans que le gouvernement ait quoi que ce soit à redire.

Silvia Cattori : Cette soumission ne peut qu’’encourager les demandes ?

Edgar Morin : Oui. Ils se sentent encouragés par tant d’’attentions. Et en arriver à ce que la commémoration d’’Auschwitz soit centrée uniquement sur les Juifs, alors que nous savons fort bien qu’’il y avait aussi d’’autres victimes. Et que, parmi les victimes de la répression nazie, il y a eu environ deux millions et demi de prisonniers de guerre soviétiques qui sont morts dans les camps. Nous savons que la répression était avant tout concentrée sur les Juifs ; mais elle s’est aussi portée sur les Tziganes, sur les débiles mentaux. Nous savons que cette répression aurait frappé massivement les Slaves aussi, si Hitler avait gagné la guerre. Tout ceci, qui s’’est pareillement concentré sur les Juifs – comme s’’ils étaient les uniques victimes de l’’humanité – a provoqué le choc en retour. Les noirs ont fini par dire « Et nous, et cinq siècles d’’esclavages et de traite des noirs ? » Et les Algériens « Et la guerre d’’Algérie, et ce que les Français nous ont fait»? Je trouve que c’’est très justement que tous ceux qui ont souffert, de ce que lon peut appeler la barbarie européenne, disent maintenant « Il ne faut pas nous oublier ! Il n’’y a pas que les Juifs au monde » !

Silvia Cattori : A quoi pouvons-nous nous attendre désormais ?

Edgar Morin : Je pense qu’’ils (les institutions juives) sont allés trop loin. Il est vrai qu’’au début, quand il y a eu la libération des camps, on n’’a parlé que des déportés politiques ; on n’’a pas spécialement parlé des Juifs. Il faut préciser qu’’en France il y avait eu plus de déportés politiques que de déportés Juifs. Cela tenait au fait qu’’une partie de la population française avait caché des Juifs. La France avec la Bulgarie – alors que dans d’’autres pays il y a eu 60 à 80 % de victimes juives – est le pays où parmi les déportés, les Juifs étaient en nombre moindre parce que bien de braves gens ont caché et protégé des Juifs dans les villes et les campagnes. En France, à la fin de la guerre, on avait surtout parlé alors des déportés politiques qui revenaient, mais on n’’avait pas parlé des Juifs en particulier. Mais maintenant on est passé à l’’autre extrême. On oublie tous les autres déportés. Or, tout ces excès, font partie d’’une vision politique où les Juifs ne peuvent être que héros ou victimes. Et si on porte atteinte à cette double image, alors on est un salaud.

Silvia Cattori : N’’avez-vous pas la nostalgie d’’une époque où Juifs et non-juifs étaient à l’’abri des particularismes? Nous y sommes en plein en ce moment où tout « goyim », qui critique Israël, peut être soupçonné « d’’antisémitisme ».

Edgar Morin : Oui. Cela nous ramène à ce que pendant des siècles, tout Juif pouvait être un suspect. Et que tout Juif avait l’’inquiétante étrangeté. Et maintenant pour les Juifs tout « goyim » peut être suspect, c’’est sûr ; il y a un renversement.

Silvia Cattori : D’’être dans le camp des condamnés ne semble pas trop vous bouleverser ?

Edgar Morin : Non, je suis simplement calomnié. Cela m’’est déjà arrivé d’’être calomnié ou marginalisé pour d’’autres raisons. Non, d’’ailleurs je vais résister à cela. Je vais publier tous les articles que j’’ai faits sur cette question. Je vais intervenir là où on me demande d’’intervenir. Il semble qu’’il y a eu ces jours-ci un débat à la Sorbonne. Monsieur Roire, journaliste du Figaro, demandait comment il se faisait que je sois « antisémite » puisque j’’étais juif ; et Monsieur Barnavi, ex ambassadeur d’’Israël, aurait dit que mon article est unilatéral, que c’’était tout à fait étonnant qu’’un auteur qui se prétend philosophe de la complexité, rédige un article qui ne vaut rien du tout, mais qu’’il n’’était pas partisan de judiciariser ces affaires là.

Silvia Cattori : Avez-vous dialogué avec les responsables des associations qui sont à l’’origine de votre condamnation ?

Edgar Morin : Non je n’’ai jamais dialogué avec eux, non ; ou plutôt, ils n’’ont jamais dialogué avec moi.

Silvia Cattori : Soutenir Israël, vouloir châtier des gens parfaitement honorables, est-ce à l’’avantage de ces institutions ?

Edgar Morin : Non, ce n’’est pas à leur avantage en France, mais cela a un avantage sur le plan international, américain. Ils ont besoin de crier à l’’antisémitisme, de dire que l’’antisémitisme se déploie. Tout cela sert à justifier Israël. Ce qu’’ils font c’’est stratégiquement bien conçu.

Fin

(1)     Edgar Morin, né en 1921, chercheur émérite au sein du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), directeur de la section des sciences humaines et sociales (CETHSAH), est toujours en pleine activité.

(2)     L’’association « France-Israël Géneral-Koenig » et « Avocats sans frontières » (présidée par Gilles-Williams Goldnadel) ont attaqué Edgat Morin en justice en 2002 après la parution de l’’article « Israël-Palestine : le cancer » publié en juin 2002 dans la tribune libre du quotidien Le Monde.

(3)     Edgar Morin, Danielle Sallenave et Sami Naïr, ont cosigné « Israël-Palestine : le cancer ». Ils ont été condamnés en appel par la cours de Versailles le 27 ami 2005, alors que le Tribunal de grande instance de Nanterre les avait relaxés en mai 2004.

(4)     « Israël-Palestine : Le double regard ». Libération, 11 septembre 1997.

 (5)     « Le Simple et le complexe ». Le Monde, 2 février 2001.

(6)     Le premier passage incriminé « On a peine à imaginer qu’’une nation de fugitifs, issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et les pires mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui et, à l’’exception d’’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ». Le second passage incriminé : « Les Juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens ».

(7)     Conseil représentatif des institutions juives en France.

(8)     Alain Finkielkraut : « Entre Mel Gibson et Edgar Morin ». L’Arche, mai 2004.

(9)     Ras l’ Front, le site Proche-Orient Info, SOS racisme entre autres.

 

**Silvia Cattori – de nationalité Suisse et de langue maternelle italienne – a fait des études de journalisme à l’’Université de Fribourg, avant s’’expatrier et d’’évoluer dans le monde des fonctionnaires internationaux et de la diplomatie. Elle a essentiellement travaillé comme journaliste indépendante et sous divers pseudonymes. Elle se consacrait depuis quelques années à des activités littéraires quand, en 2002, lors de l’’effroyable opération israélienne « Boucliers de protection », elle a décidé d’’aller en Palestine. Choquée par ce qu’’elle y à découvert, elle se consacre depuis, à attirer l’’attention du monde sur la gravité des violations commises par l’’Etat d’Israël contre une population sans défense.

 
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Source : Silvia Cattori

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le crime du 11 septembre : quelques faits troublants

Le 12 septembre 2001, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. a adopté une résolution appelant tous les États à « travailler d’urgence de concert pour amener devant la justice les commanditaires, les organisateurs et les auteurs » de l’attaque qui avait eu lieu la veille contre les États-Unis. En dépit de centaines d’incarcérations — selon le ministre de la justice américain John Ashcroft il s’agit de la plus grosse enquête de l’histoire des États-Unis — pas un seul individu n’a été reconnu coupable de ce crime sans précédent et de nombreuses questions troublantes restent sans réponse à ce jour. Si l’on en croit de récents sondages d’opinion, un nombre croissant d’Américains et d’Européens suspectent le gouvernement de Bush de dissimuler ses défaillances, voire même sa complicité dans ce crime.

Le crime du 11 septembre : quelques faits troublants

Elias Davidsson

L’attaque du 11 septembre 2001 est bien entendu un acte criminel. Dans tous les pays, il existe des procédures bien établies pour enquêter sur de tels actes. Les enquêteurs enregistrent et examinent tous les témoignages qui peuvent aider à élucider le crime, accumulent indices et preuves, établissent l’identité des suspects et émettent des hypothèses en ce qui concerne le mobile des auteurs du délit. Dans le cas qui nous intéresse, toutes ces procédures ont été transgressées ou ignorées par les autorités américaines. Le jour même où eu lieu cette attaque et avant même qu’aucun élément de preuve n’ait été collecté, les officiels américains ont, comme l’a exprimé l’Associated Press, « commencé à tisser la trame d’une histoire impliquant Osama ben Laden dans la pire attaque terroriste qu’ait jamais connu les États-Unis au cours de l’histoire ». Le sénateur républicain Orrin Hatch de la Commission judicaire du Sénat déclara en ce 11 septembre que « [les services de renseignement américains] ont intercepté des renseignements impliquant des personnes liées à ben Laden ayant reconnu que quelques cibles furent atteintes. » Quelques jours plus tard fut présenté au monde la version plus ou moins définitive du scénario du crime, à savoir qu’un certain nombre de terroristes arabes se seraient emparés de quatre avions de ligne armés de couteaux et les auraient pilotés contre les cibles qu’on sait. Dans les trois jours qui suivirent, une liste définitive des kamikazes Arabes auteurs prétendus du détournement était rendue publique par le F.B.I.

Peu après les événements, les agences de presse ont signalé qu’un exemplaire du Coran et un manuel de pilotage en arabe avaient été trouvés dans une voiture de location à l’aéroport de Boston, qu’un autre exemplaire du Coran avait aussi été laissé dans un bar fréquenté par les prétendus pirates de l’air, qu’un testament en arabe fait par Mohammed Atta avait été trouvé dans un sac qui n’avait pas été embarqué dans l’avion détourné où il est censé s’être trouvé et qu’un passeport ayant appartenu à l’un des pirates avait été retrouvé intact près du World Trade Center avant l’écroulement des tours. Aucune explication n’a été fournie pour expliquer comment ce document a pu chuter de sa poche, échapper à la fournaise et tomber miraculeusement préservé à un endroit bien en évidence en l’espace de quelques minutes. Toutes ces déclarations ont eu dans l’ensemble pour conséquence d’affermir dans le public l’idée que les Arabes étaient les responsables de ce crime.

Rétrospectivement, à la lumière des lenteurs apparentes du F.B.I., de la C.I.A. et des autres organismes fédéraux à prévoir les événements et à prendre des mesures en conséquence (comme cela a été prétendu par la commission d’enquête du Sénat et divers commentateurs), on est en droit de s’étonner que le F.B.I. et la presse aient pu se révéler tout d’un coup si efficaces ce jour-là ou encore de se demander si l’information publiée n’aurait pas été plutôt préparée d’avance.

En dépit de la célérité inhabituelle mise à « identifier » les auteurs du crime et à accuser leur maître à penser des grottes d’Afghanistan, le patron du F.B.I., Robert Mueller a déclaré le 19 avril 2002 : « au cours de notre enquête, nous n’avons pas découvert le moindre bout de papier — que ce soit ici, aux États-Unis, ou bien dans la mine de renseignements trouvée en Afghanistan ou n’importe où ailleurs — où quoique ce soit ayant un rapport avec la conspiration du 11 septembre 2001 ait pu être décelé. » Le président George Bush, qui le lendemain de l’attaque accusait sans ambages Osama ben Laden d’en être le cerveau , déclara le 13 mars 2002 lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche : « Je ne sais pas où il se trouve. Vous savez, Kelly, je n’ai pas beaucoup de temps à lui consacrer ; pour être honnête avec vous… je ne dirais pas nécessairement qu’il est au cœur d’un quelconque commandement… Je répéterai ce que j’ai déjà dit. Vraiment, je ne me soucie pas à ce point-là de lui. »

Le ministre de la justice, John Ashcroft, qui, le 12 septembre 2001, prétendit qu’au moins cinquante personnes sur le territoire des États-Unis étaient directement impliquées dans la préparation du crime, n’a fait inculper personne suite à ses déclarations. Il s’avère maintenant être dans l’impossibilité d’obtenir la condamnation de Zacarias Moussaoui — le seul individu emprisonné aux États-Unis dans le cadre de l’affaire, accusé pour avoir eu connaissance du piratage avant son exécution — ou s’en désintéresser. La capture au Pakistan, en mars 2003, de Khalid Cheik Mohammed provoqua, à la Maison Blanche, la réaction suivante : « Khalid Cheikh Mohammed est un des plus jeunes et un des plus importants lieutenants d’Osama ben Laden, un stratège clé d’Al Quaida et le cerveau de l’attaque du 11 septembre […] Khalid Cheikh Mohammed figure sur la liste des terroristes les plus recherchés tenue par le F.B.I. et est sous le coup d’une accusation fédérale depuis 1996, à la suite de la conspiration aérienne de Manille, ce complot dont l’objectif était de perpétrer des attaques à la bombe contre des compagnies aériennes civiles américaines. » En dépit de cela, alors qu’il est emprisonné par les États-Unis depuis sa capture, aucune accusation n’a été retenue contre lui. L’endroit de sa détention n’a pas été révélé et la presse n’a pas été autorisée à l’approcher ni, il va sans dire, à s’entretenir avec lui.

On annonce régulièrement la détention d’Arabes ou de musulmans « suspectés » d’être plus ou moins impliqués dans l’affaire du 11 septembre. Ces suspects sont ensuite relâchés sans tambour ni trompette après s’être assuré des titres de la presse afin que la version officielle de l’affaire ne soit pas remise en cause.

Lorsque des gens perdent la vie dans un accident d’avion, la première chose que l’on fait est d’avertir les proches des défunts. Dans le cas d’un avion de ligne, le personnel au sol établit la liste des passagers avant leur départ et en garde une copie, de sorte qu’on est en droit de s’attendre à trouver sur ladite liste le nom de tous les passagers, équipage compris aussi bien que les pirates supposés, et ce, pour chacun des quatre appareils détournés. Il se trouve cependant que le F.B.I. et les compagnies aériennes dont les avions ont été détruits lors de l’attaque du 11 septembre 2001 ont refusé catégoriquement de rendre publiques ces listes. La seule preuve comme quoi les individus concernés sont morts lors de la destruction des avions est gardée secrète, même pour les familles des victimes. Ces dernières ne peuvent donc être sûres que les leurs sont morts à bord de ces avions, plutôt que disparus pour une toute autre cause.

La principale preuve démontrant que des Arabes ont effectivement été embarqués sur les quatre avions n’a en fait jamais été présentée au public. Aucune explication n’a été fournie pour cette surprenante mise au secret. On a émis l’hypothèse que la publication de ces listes pourrait porter atteinte à la vie privée des victimes et de leur famille. Mais une telle explication ne tient pas, car le nom de toutes les victimes (à l’exception des supposés pirates) fut publié par la presse peu après le 11 septembre, c’est-à-dire après que les familles aient été informées de la perte des leurs. Or aucune des listes publiées par les principaux journaux ne contient de noms arabes. Si aucun nom de ce type n’apparaît dans les listes de passagers originales, l’intégralité de l’explication officielle doit être considérée comme un gigantesque mensonge. Mais, même si les autorités américaines se décidaient un jour à publier ces listes, leur authenticité ne pourrait désormais plus être garantie.

Et comme si cela ne suffisait pas, peu de temps après le 11 septembre, la B.B.C. et d’autres grands organes de presse ont révélé que quelques personnes dont les noms donnés par le F.B.I. comme étant ceux de kamikazes ayant péri dans l’attaque étaient en réalité bien vivantes au Maroc et en Arabie saoudite. Ces dernières ont été choquées de découvrir leur nom, ainsi que leur date de naissance et leur photo sur le site du F.B.I., et d’y être présentées de surcroît comme terroristes ayant péri. Elles exigèrent des explication et des excuses. À la suite de cela, Mueller, le directeur du F.B.I., admit que certaines identités avaient pu avoir été « empruntées », sans se lancer dans plus d’explication. Plus tard, il revint sur sa déclaration en affirmant que le F.B.I. avait correctement identifié tous les pirates et aucune modification ne fut faite dans la liste dressée par le F.B.I., laquelle est encore accessible sur le site de cet organisme. Il n’en reste pas moins que le fait que certains terroristes prétendus sont en réalité vivants est inconciliable avec le fait qu’ils sont déclarés morts. Et dans ce cas, qui sont les vrais terroristes, si tant est qu’il y en ait eu ? Le F.B.I. n’apporte aucune réponse à cette question.

L’administration américaine a tenté avec opiniâtreté d’entraver l’enquête sur les événements du 11 septembre 2001, ce qui eut pour conséquent qu’aucune enquête criminelle à proprement parler n’a été ouverte. En réalité, le F.B.I. s’est vu intimer l’ordre de restreindre le champ de ses investigations sur le crime commis afin de concentrer son activité sur la prévention de nouvelles attaques. L’effondrement des tours du World Trade Center ne fit pas non plus l’objet d’une enquête digne de ce nom. Un élément qui aurait pu servir à l’enquête, tel l’acier de la structure effondrée, fut enlevé rapidement pour être vendu à la ferraille à l’étranger avant que les enquêteurs aient pu en examiner les défectuosités éventuelles. D’autres preuves encore furent détruites, parmi lesquelles des enregistrements de conversations avec les contrôleurs aériens qui témoignaient de ce qu’ils avaient entendu en cette journée tragique. Aucun enregistrement vidéographique ni aucune photographie des débris des avions ni de l’avion qui s’écrasa sur le Pentagone ne fut rendu public. Les témoignages individuels susceptibles de contredire la version officielle furent systématiquement ignorés par les enquêteurs. Le F.B.I. exigea des témoins qu’ils s’abstiennent de tout contact avec les journalistes. Les familles des victimes furent généreusement indemnisées — 1,8 millions de dollars en moyenne lorsqu’il s’agissait de parenté immédiate — celles-ci s’engageant en retour à ne pas engager de procédure judiciaire au cours de laquelle des témoins pourraient être assignés à comparaître ou des preuves montrées, toutes choses susceptibles de faire éclater la vérité. La Maison Blanche déploya beaucoup d’efforts pour s’opposer à une enquête du Congrès. Deux ans plus tard, cédant aux pressions des familles des victimes, le Congrès accepta finalement d’entreprendre une telle enquête. La Maison Blanche accepta à contrecœur de coopérer avec la commission du Congrès, mais seulement après que le mandat de celle-ci fut limité en compétence et en durée, et que son président et son directeur exécutif furent nommés par le président Bush. La commission, dans son « rapport final » présenté en juin 2004, n’a pas traîté les questions les plus déterminantes concernant ce qui s’est réellement passé le 11 septembre. Il n’est pas possible de considérer, d’un point de vue judiciaire ou réaliste quelconque, ce rapport comme le résultat d’une enquête criminelle digne de ce nom. Le rapport disculpe en bloc l’administration américaine de tout méfait, toute négligence ou toute complicité.

D’autres aspects de la version officielle ont encore fait l’objet de recherches.

Il est loin d’être prouvé que les deux tours du World Trade Center se soient écroulées à cause de l’incendie engendré par l’impact des avions. Des pompiers et d’autres personnes ont signalé avoir entendu des explosions ou ressenti leurs effets dans les bâtiments avant leur effondrement. Vu de l’extérieur, ce dernier évoque une démolition contrôlée. On sait moins que le World Trade Center n° 7, un bâtiment de quarante-sept étages situé près des tours jumelles, s’est écroulé également le même jour tard en fin d’après-midi, et ce, sans avoir été percuté par un avion. On a affirmé qu’il avait été atteint par des débris en feu provenant des deux tours, débris qui auraient causé un incendie aboutissant à l’écroulement de la construction. On n’a cependant jusqu’à présent jamais enregistré qu’un immeuble de cette taille se soit écroulé à la suite d’un incendie. Aucune preuve n’a été apportée démontrant que le feu qui s’était déclaré dans le bâtiment en question était impossible à maîtriser. L’immeuble avait été évacué tôt dans la journée. Son effondrement rappelle de manière très frappante une démolition contrôlée, comme le montrent des films que l’on peut trouver sur l’Internet. Larry Silberstein, le milliardaire juif qui s’était assuré pour lui-même, six semaines avant l’attaque, un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans sur l’ensemble constitué par le World Trade Center, déclara lors d’un entretien : « Je me souviens avoir reçu un coup de fil du… euh… chef des pompiers me disant qu’ils n’étaient pas encore sûrs de pouvoir contenir le feu, et j’ai répondu : « Nous avons déjà eu tellement de pertes humaines, que la meilleure chose que nous puissions faire est peut-être encore est de le faire s’effondrer. Ils prirent alors la décision de le raser et nous avons assisté à l’effondrement du bâtiment. » A-t-il été détruit à l’aide d’explosifs et, si oui, quand ces derniers ont-ils été introduits dans la construction ?

La version officielle prétend en particulier qu’un avion de ligne s’est écrasé sur le Pentagone, mais nous n’en avons aucune preuve photographique : l’intégralité de l’avion, ailes comprises aurait disparu dans le bâtiment, donnant naissance à une étroite galerie. De nombreux personnes enquêtant de manière indépendante sur la question remettent fortement en cause l’explication officielle tant pour des raisons techniques que du fait de l’existence de preuves contradictoires. Il semblerait bien plutôt qu’il se soit agit d’un missile. Si tel est le cas, la question est alors de savoir qui l’a tiré.

Un quatrième avion, se dirigeant prétendument sur la Maison Blanche, s’est écrasé près de Shanksville, dans l’État de Pennsylvanie. Selon le compte rendu officiel, il se serait écrasé après que les passagers aient tenté de maîtriser les pirates, avec pour conséquence la perte de contrôle de l’appareil par le pilote et son écrasement consécutif à grande vitesse. Les indices collectés sur les lieux de l’impact avec le sol suggèrent que l’avion aurait en fait été abattu par l’armée américaine. Cette hypothèse est corroborée par des témoins locaux qui jurent avoir vu un avion non identifié au-dessus du lieu où l’avion s’était écrasé ainsi que des débris, éparpillés sur 13 km.,  tombant de l’avion avant qu’il n’ait atteint le sol. Ces témoignages contredisent la thèse officielle et restent inexpliqués.

D’autres questions concernent le connaissance anticipée de l’attaque du 11 septembre 2001 qu’aurait eu à ce qu’on prétend le gouvernement israélien ou le Mossad. Le jour de la tragédie, cinq individus identifiés par la police comme étant israéliens, ont été vu filmer les deux tours en feu, semblant se réjouir beaucoup du spectacle. Une personne, du nom de Maria, fut à ce point scandalisée par leur comportement, qu’elle appela la police. Ils furent arrêtés et gardés en prison pendant plus de deux mois, avant d’être expulsés vers Israël. Alors que la presse a rapporté ces faits et d’autres détails encore sur ces personnes, aucune raison n’a été donnée pour justifier une détention aussi longue (avec isolement). Leur chef apparemment s’était enfui par avion vers Israël. Peu de temps après, des journaux arabes publiaient que quelques quatre mille Israéliens travaillant au World Trade Center ne s’étaient pas présentés au travail le 11 septembre 2001, ce qui suggère qu’ils auraient été prévenus par les autorités israéliennes. Cette information s’est révélée fausse, mais n’était néanmoins pas une pure invention, comme souvent dans un tel cas. En vérité, le 12 septembre, le Jerusalem Post avait signalé que le gouvernement israélien s’inquiétait du sort de quatre mille Israéliens sensés se trouver dans l’enceinte du World Trade Center. Maintenant que les choses se sont quelque peu tassées, il s’avère qu’un seul Israélien a péri dans une des tours. Il n’était même pas un employé, mais un visiteur.

Quand ceux qui commettent un crime ne peuvent pas être identifiés, on peut se poser la question suivante : à qui profite le crime ? Dans le cas de l’attaque du 11 septembre, il était d’emblée clair que le crime ne profitait aucunement au monde musulman, pour lequel Osama ben Laden est dit combattre : en fait rien ne pouvait même être plus néfaste à la cause musulmane qu’un tel acte. Par contre, pour les États-Unis et Israël, ce crime offrait une foule de perspectives. Il faut rappeler que le groupe dont Donald Rumsfeld est le centre (néoconservateurs) fut signataire d’un rapport publié en 2000 sous le sigle de « Projet pour un nouveau siècle américain » et dans lequel était souligné que les États-Unis devaient établir et consolider leur hégémonie dans les décennies à venir. Les auteurs de ce rapport y déclarent en substance : « le processus de transformation, même s’il amène des changements révolutionnaires, demandera vraisemblablement beaucoup de temps, en l’absence de quelque événement catastrophique ou catalytique, tel un nouveau Pearl Harbor. » Le 11 septembre fut-il le Pearl Harbor qui devait accélérer les « changements révolutionnaires » au profit de l’hégémonie mondiale des États-Unis ? Peut-être, si l’on prend en considération les événements qui se sont produits ensuite : ce crime permit aux États-Unis de renforcer leur position dominante dans l’Alliance atlantique et de déclarer leur suprématie dans une « guerre contre le terrorisme » à l’échelle planétaire et sans limite définie ; il leur fournit un prétexte pour bombarder et occuper l’Afghanistan, position stratégique en Asie centrale ; il prépare la voie à l’agression contre l’Iraq ; il autorise le versement de fonds énormes à l’armée ; il permet l’adoption rapide d’une loi déjà esquissée est qui renforce le pouvoir de la police ; et il renforce la popularité du président américain. Des hommes politiques israéliens, tel l’ancien premier ministre Netanyahu, parlent publiquement des conséquences « fastes » pour Israël des événements du 11 septembre 2001. Le fait que l’élite américaine en bénéficie aussi n’implique pas nécessairement que le gouvernement américain soit responsable de méfaits en rapport. D’un autre côté, les perspectives ouvertes par ce crime, reconnues explicitement par les dirigeants américains et utilisées pour promouvoir les intérêts du pays, placent les autorités des États-Unis parmi les premiers suspects.

La liste des anomalies et tentatives de tromperie officielles est bien trop longue pour être envisagée complètement ici. Les événements du 11 septembre 2001 servant à justifier deux guerres d’agression, l’occupation de Afghanistan et de l’Irak, des menaces de nouvelles guerres, la réduction des libertés individuelles et le grippage du mécanisme des Nations unies, l’élucidation de ce crime est urgente et concerne tous les peuples.  Il s’agit aussi d’une obligation morale envers les familles des victimes qui ont droit de savoir toute la vérité sur les circonstances dans lesquelles leurs bien-aimé(e)s ont péri, ainsi qu’un devoir commun des Etats membres des Nations-Unies – cité ci-haut –  de trouver and châtier les coupables

Si les autorités américaines ou des agences fédérales ont facilité la perpétration du crime, voire même l’ont organisé, avec ou sans l’aide d’étrangers, il faudra que le monde se confronte à cette terrible réalité et en tire toutes les conséquences. Tant que les autorités américaines refuseront de révéler la vérité sur ce qui s’est réellement produit le 11 septembre 2001, les États-Unis devront être considérés comme l’un des premiers suspects de cette tuerie massive.

N. B. Les lecteurs sont invités à envoyer des commentaires ou à poser des questions à propos des faits allégués dans le présent article.

Elias Davidsson
Reykjavik (Islande)
2 septembre 2004

Grande Bretagne: La fin du habeas corpus

Grande Bretagne: La fin du habeas corpus

par Jean-Claude Paye, sociologue – publié le 28 avril 2005

 Source: http://wb.attac.be/Grande-Bretagne-La-fin-de-l-habeas.html


Au Royaume Uni, des procédures d’exception peuvent désormais être appliquées à des ressortissants nationaux soupçonnés d’activités terroristes.


Ce que G.W. Bush n’a pas réussi à imposer au niveau des Etats-Unis, la possibilité pour le gouvernement de prendre, dans le cadre de la lutte antiterroriste, des mesures remettant en cause le droit des citoyens de disposer d’eux-mêmes, Tony Blair est parvenu à l’imposer au sein du Royaume-Uni. Aux Etats-Unis, les procédures permettant d’étendre aux ressortissants nationaux les dispositions du Patriot Act autorisant l’emprisonnement à durée indéterminée, sans charges et sans inculpation, de tout étranger suspecté de terrorisme, n’ont pas été adoptées. Le projet, connu sous le nom de Patriot II , qui voulait retirer leur nationalité aux Américains accusés de terrorisme et, ainsi, placer ces personnes sous le régime réservé aux étrangers, a toujours été repoussé. En faisant voter une modification de la partie 4 du Terrorism Act 2001, qui permet également la détention illimitée d’étrangers, sans preuves et sans jugement, le premier ministre anglais est parvenu à étendre aux individus disposant de la nationalité britannique, toute une série de procédures d’exception qui remettent en cause les libertés individuelles de tous les britanniques. Afin de justifier son projet Tony Blair a fait appel à la peur. Il a affirmé "Cette loi est réclamée par la police et les services de sécurité. La repousser, c’est mettre en danger la sécurité du pays"

La fin de l’Habeas Corpus

La nouvelle loi, The Prevention of Terrorism Bill, finalement votée le 11 mars 2005, autorise le ministre de l’Intérieur à prendre des mesures de contrôle pouvant conduire aux arrêts domiciliaires d’une personne, lorsqu’il « a des raisons fondées de soupçonner qu’un individu est ou a été impliqué dans une action liée au terrorisme » (article 1 (1) (a)). Il pourra également lui interdire l’utilisation d’un téléphone mobile, limiter son accès au Net, l’empêcher d’avoir des contacts avec certaines personnes, l’obliger à être chez lui à certaines heures, autoriser la police et les services spéciaux à avoir accès à toute heure à son domicile. Il a également la possibilité de limiter son accès à un emploi ou à une occupation. (article1(3)) Ces dispositions pourront être prises lorsque le ministre de l’Intérieur considère que l’individu présente un danger pour la sécurité nationale, mais que les éléments en sa possession ne lui permettent pas de porter l’affaire devant un tribunal. Le ministre de l’Intérieur a déclaré que les mesures de contrôle peuvent être prises sur « base d’un avis fondé donné par les services de sécurité qu’il y a une suspicion raisonnable qu’un individu est ou a été concerné par le terrorisme »

Ce qui justifie la décision de placer une personne sous contrôle ne se trouve pas dans des éléments objectifs mais dans le soupçon qui porte sur elle ou dans l’intention qui lui est attribuée. L’activité terroriste est définie comme « la commission, la préparation ou l’investigation d’actes de terrorisme », mais aussi « quand elle est conduite pour donner aide ou assistance à des individus dont on sait ou on pense qu’ils sont impliqués dans des activités ayant rapport au terrorisme » ou quand elle a pour but "d’encourager la commission, la préparation ou l’investigation de tels actes" ou d’encourager celui "qui a l’intention de le faire". (article 1(8)) Ainsi la loi ne porte pas sur des actes définis, mais punit l’aide à des personnes qui sont simplement soupçonnées d’actions ou d’intentions liées au terrorisme. Cette notion est particulièrement indéterminée et subjective. Son champ d’application est très large, quasiment illimité et totalement incontrôlable. Qu’est une activité liée au terrorisme ? Est ce, par exemple, avoir hébergé des personnes, qui plus tard seront soupçonnées de participer ou d’avoir eu l’intention de participer à des actions terroristes désignées comme terroristes ou faire partie d’un comité de soutien de prisonniers politiques ?

La réaction de la Chambre des Lords fut problématique pour le gouvernement. Elle a d’abord rejeté le projet en considérant le texte comme une atteinte aux libertés. Elle finit par l’accepter après trente heures de débat et après avoir obtenu que les mesures de contrôle soient prises avec l’aval d’un tribunal. Surtout, la Chambre haute a imposé que le vote de la loi soit assorti d’une clause (sunset clause) de révision d’un an. Ainsi, la loi sera soumise de nouveau à la discussion en juillet 2006. Les travaux d’une commission indépendante, chargée de suivre l’application de la loi, doivent servir de base aux futurs travaux parlementaires.

Un état d’exception généralisé

Si la décision est prise par le ministre de l’intérieur en accord avec un tribunal, cette garantie judiciaire, obtenue par la chambre des Lords, n’a rien a voir avec une procédure judiciaire classique qui garantit les droits de la défense. Ici, la défense n’a pas accès au dossier comprenant les éléments à charge et n’a aucune possibilité de contester ces éléments. Seuls ont accès à ces données le juge et des "avocats spéciaux » désignés par le ministre de l’Intérieur. Ces derniers sont chargés de transmettre le point de vue de la défense, sans fournir à celle-ci les éléments de "preuve » retenus contre elle et sans lui donner la possibilité de les contredire. La décision est prise en l’absence de la personne incriminée. Contrairement à ce qu’affirme le ministre de l’Intérieur, cette procédure d’exception n’a rien à voir avec la détention préventive de longue durée, telle qu’elle est appliquée en matière de terrorisme, par des pays comme l’Espagne ou l’Allemagne. Dans ce cadre, la détention est uniquement ordonnée par un juge, la personne incriminée peut connaître les charges qui sont retenues contre elle. La défense a la possibilité de contester les preuves ou les raisons de la détention.

Les mesures de contrôle peuvent être prises sur base de renseignements fournis par un service de sécurité. Cette source peut être étrangère au Royaume-Uni et provenir, par exemple, des Etats-Unis. Lors des débats au sein de la Chambre des Lords, le gouvernement avait concédé que l’accusation ne pourrait pas utiliser des éléments à charge obtenus par le biais de la torture. Cependant, le gouvernement ne semble pas avoir renoncé à utiliser de tels renseignements. Le quotidien The Independent a relaté les déclarations du ministre des affaires étrangères affirmant que si « la torture est complètement inacceptable, le pays ne peut pas ignorer les renseignements obtenus par ce biais par les Américains, surtout si la vie de 3000 personnes est en jeu » . Le sort réservé par le gouvernement aux prisonniers de nationalité anglaise incarcérés à Guantanamo est un bon exemple d’application anticipée de cette loi. Quatre Britanniques, détenus à Guantanamo depuis plus de trois ans, ont été libérés en janvier 2005. Après avoir été interrogés par la police antiterroriste anglaise, ils furent libérés un jour plus tard. Aucune charge ne fut retenue contre eux. Ce fait n’empêche pas le ministre de l’Intérieur de les considérer comme présentant un danger terroriste pour la Grande-Bretagne. Il a pris, à leur égard, des mesures de contrôle, telles que l’interdiction de voyager à l’étranger et l’impossibilité d’obtenir un passeport. Il justifia ces mesures sur base de renseignements obtenus lors d’interrogatoires à Guantanamo . Ainsi, sur base de « renseignements » donnés par les Etats-Unis, obtenus dans des conditions de torture ou de mauvais traitements, et sans possibilité de vérification ou de contestation, les prisonniers libérés de Guantanamo, demeurent dans un système international de non droit.

The Prevention of Terrorism Bill 2005 fait suite à un jugement émis, le 16 décembre 2004, par la Cour d’appel de la Chambre des Lords. La Cour s’est prononcée à une écrasante majorité de huit juges contre un. Le jugement résulte d’une saisie opérée par 9 détenus. Aucun des requérants n’était l’objet de poursuites judiciaires, ni incriminé d’aucune charge. La plus haute instance judiciaire britannique considérait comme illégale et contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme la détention illimitée, sans inculpation et sans procès, d’étrangers soupçonnés d’activités terroristes . Il considérait également comme discriminatoire la distinction entre étrangers et nationaux. Le jugement est un simple avis sans force contraignante. Le gouvernement pouvait ne pas en tenir compte. Mais, celui-ci a finalement considéré que la prise en considération du jugement était une bonne occasion de légitimer la généralisation de dispositions d’exception à l’ensemble de la population. The Prevention of Terrorism Act 2005, se présente comme non discriminatoire, puisqu’il concerne tout autant les citoyens britanniques que les étrangers. L’élément le plus significatif de cette nouvelle loi est le fait qu’elle généralise la suspension du droit aux nationaux. Elle met fin à un double système d’organisation juridique : Etat de droit pour les nationaux et violence pure pour les étrangers. La suppression de l’habeas Corpus est genéralisé à l’ensemble des habitants. On entre dans un état d’exception généralisé.

Etat d’exception ou dictature

A travers les attendus du jugement de la Cour des Lords condamnant le Terrorism act 2001, apparaît clairement l’opposition entre une définition classique de l’état d’exception défendue par la Cour, une disposition limitée dans le temps et objectivement définie, et celle du gouvernement, qui veut installer une suspension indéfinie et incontrôlable des garanties constitutionnelles. Le jugement stipule que ce type d’incarcération, illimitée et sans jugement, autorisée par le Terrorism Act 2001, est bien en contradiction avec l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit la liberté des personnes. Le jugement invalide, par la même, la dérogation établie par le gouvernement à cet article de la Convention. La Cour rejoint l’argument présenté par les requérants selon lequel, les dérogations à l’articles 5, étant étroitement circonscrites aux situations de guerre ou d’urgence mettant en péril la vie de la nation, ne sont pas applicables à la situation présente. Pour la Cour, l’état d’exception est limité dans le temps. Il doit faire face à un danger imminent ou à des circonstances exceptionnelles, qui doivent être objectivement déterminées. La Cour s’oppose à l’argumentation présentée par l’Attorney General (ministre de la Justice), pour qui une situation d’urgence n’est pas nécessairement temporaire et peut couvrir un nombre considérable d’années . Pour lui, il est du ressort du pouvoir exécutif de protéger les populations Il se doit donc de résister « à l’imposition de limites temporelles artificielles » aux procédures d’exception. Pour le pouvoir exécutif, la question de la suspension des libertés est « d’ordre purement politique », dans le sens étroit du terme, c’est à dire qu’elle relève de sa propre initiative et du "contrôle" du Parlement. Comme, « c’est la fonction du politique, et non celle d’instances judiciaires, de résoudre des questions politiques », la question de la dérogation au droit doit échapper aux différentes instances judiciaires. A cette position, le tribunal opposait la conception selon laquelle le rôle des Cours consiste dans le contrôle de la légalité des actes des différents pouvoirs.

En imposant une clause de révision au Prevention Security Act 2005, en permettant que la loi soit évaluée après un an, la Chambre des Lords maintient celle-ci dans le cadre formel d’un état d’exception, puisque ces mesures pourront être abrogées à cette date. Le gouvernement ne voulait fixer aucune limite temporelle, la lutte antiterroriste étant conçue comme une guerre de longue durée contre un ennemi multiforme. Il n’a cependant aucunement renoncé à son projet et veut profiter de la procédure de révision pour faire adopter les mesures de contrôle libérées de leurs contraintes temporelles.

L’assassinat d’Abou Jihad en Tunisie (1)

Défendons l’indépendance de la Tunisie !

Arrêtons l’agent sioniste Ben Ali !

Jugeons-le pour haute trahison, complicité dans l’’assassinat d’’Abou Jihad et pour crimes de torture !

Le sionisme ne souillera pas la Tunisie !

par Mondher Sfar

L’invitation de Sharon ne m’a pas ému outre mesure. Depuis le 7 novembre 1987, ou plutôt depuis janvier 1984, je savais que la Tunisie était tombée entre les mains d’un agent secret du renseignement au service de l’Amérique et d’Israël opérant contre son pays et trahissant l’honneur de sa patrie.

Nous avons la certitude aujourd’hui de l’implication personnelle de Ben Ali dans la grande opération israélienne d’assassinat d’Abou Jihad dans la nuit du 15 au 16 avril 1988. Les déclarations élogieuses et insistantes des présidents américains sur le rôle de Ben Ali dans le ‘processus de paix’ amenant l’acceptation par l’OLP de l’entité sioniste en tant qu’Etat, l’inauguration de relations diplomatiques, économiques… avec Israël, et la révélation par l’ennemi sioniste de l’invitation secrète du criminel Sharon par Ben Ali constituent autant d’indices qui ne trompent guère sur l’ampleur de la trahison de cet agent.

L’étude sommaire de l’assassinat d’Abou Jihad en avril 1988, suffit à démontrer la participation personnelle active et passive de Ben Ali au crime. Il ressort de notre enquête que Ben Ali a été averti bien à l’avance du moment de l’opération. Il a reçu des consignes de ne pas bouger de son bunker de Carthage, de ne pas réagir et de laisser faire jusqu’à la fuite des exécuteurs. Ce qu’il a fait en ‘bon élève’. Il s’est même permis de demander à Ganzoui, responsable de la sécurité publique, d’opérer une rafle mémorable à Sidi Bousaïd, village où résidait Abu Jihad, quelques heures avant l’assassinat, question de vider les rues et de ne laisser circuler que le commando dans les ruelles désertes et sans témoins gênants.

Quand le Boeing 707 israélien à bord duquel se trouvaient ses amis Ehud Barak et sans doute Sharon s’est présenté la nuit du 15 au 16 avril 1988 vers 1h30 au large des côtes de Sidi Bousaid, à 3 Kms du Palais présidentiel de Carthage, pour superviser les opérations qui se déroulaient sur la colline de Sidi-Bou avoisinante, Ben Ali pouvait les observer, sans bouger.Alors que l’avion ennemi violait l’espace aérien de Sidi Bousaïd-Carthage présidence, aucun ordre n’a été donné aux forces armées pour l’attaquer : Ben Ali s’est contenté d’observer la scène, lui et certaines unités militaires tunisiennes, qui se sont contentées de relever consciencieusement la nationalité israélienne de l’appareil, étant frappé de l’étoile de David, et son immatriculation : ‘4×977’. Elles étaient empêchées d’agir par des consignes venues de Ben Ali, chef des forces armées.

La version tunisienne de l’enquête rapportée par les journaux gouvernementaux, affirme même que les forces ennemies (le Boeing 707) ont coupé les téléphones de la villa d’Abou Jihad et du commissariat de police du village. Ainsi, bizarrement, le téléphone du Palais de Carthage – qui abrite le commandement suprême des forces armées tunisiennes, et se situant au beau milieu de l’opération militaire israélienne – ce téléphone n’a pas été interrompu !

Cependant, la consigne que Ben Ali a reçue de ses patrons israéliens de ne pas bouger de son Palais, il l’a interprétée à la lettre : après la fin de l’opération, Ben Ali ne s’est même pas rendu à la villa d’Abou Jihad pour voir ce qui s’était passé à 3 kilomètres de son Palais, ni même pour consoler la femme et la fille du martyre palestinien durement éprouvées en cette sinistre nuit, lui à qui incombait pourtant la responsabilité de leur sécurité. Non, le vaillant Ben Ali a préféré se calfeutrer dans sa chambre à coucher, et charger son acolyte des opérations sérieuses Habib Ammar, d’aller sur place, car bien plus courageux que lui, comme lors du coup d’Etat du 7 novembre au cours duquel Ben Ali s’est tapi sous les meubles du ministère de l’Intérieur (alors qu’il était Premier ministre !), en attendant l’issue des opérations décisives d’occupation du Palais de Carthage menées par le même Habib Ammar. Ben Ali est resté plusieurs jours cloîtré dans son bunker à Carthage, attendant des consignes claires de ses maîtres israéliens.

Car Ben Ali ne comprend plus rien. Comment ses maîtres osent-ils opérer à sa barbe, lui intimer l’ordre de les laisser faire et de ne jamais réagir, et même de l’obliger à préparer le terrain en vidant les rues de Sidi Bousaid de ses passants, alors qu’il était entré depuis des années à leur service, notamment pour infléchir la direction palestinienne vers la reconnaissance d’Israël ? Or l’attaque israélienne ne pouvait que le mettre en porte-à-faux face à l’Armée, face à ses services de sécurité et face au peuple.

En outre, l’opération ne pouvait que le contraindre à faire semblant de s’attaquer publiquement à son allié Israël, et prendre ainsi le risque, même minime, de se l’aliéner à son corps défendant. Pour clarifier les choses, Ben Ali fit parvenir aux Israéliens un message de bonne volonté lors de l’intervention de son ministre des Affaires étrangères devant le Conseil de Sécurité, six jours après l’assassinat d’Abou Jihad, affirmant clairement sa crainte de voir remettre en question son choix stratégique pro-israélien : « Il est fort regrettable que cette agression soit intervenue à un moment où les initiatives et les bons offices se sont multipliés en vue d’apporter un règlement au problème du Moyen-Orient (…) Comme si les auteurs de cet acte ont voulu décourager ces efforts et annihiler l’effet de ces démarches de bonne volonté. » (La Presse de Tunisie, du 23 avril 1988, p. 4.)

Le message est clair : vous m’avez contraint à participer à l’assassinat, vous m’obligez seulement de gueuler contre vous en public, mais je suis toujours votre homme ; ne me laissez pas tomber.

Message reçu cinq sur cinq par Israël.

Naturellement, aucune enquête n’a été ordonnée par Ben Ali – même pas pour la forme – pour déterminer des responsabilités locales (hormis la sienne et celle de ses proches au ministère de l’Intérieur !), en dehors de l’enquête préliminaire qui n’en a pas été une puisque qu’elle puisait ses informations dans les journaux étrangers ! Beaucoup plus grave, quand l’enquête publiée neuf ans plus tard par le journal israélien Maariv du vendredi 4 juillet 1997 eut dénoncé la complicité active « de hauts fonctionnaires tunisiens » dans l’assassinat d’Abou Jihad, Ben Ali n’a pas cillé : l’information n’a jamais été révélée aux Tunisiens et naturellement aucune enquête n’a été ordonnée, ni publique, ni secrète. Et pour cause !

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il arrive à cet homme du renseignement, à ce « Monsieur sécurité », une pareille mésaventure où il dut agir activement et/ou passivement pour mettre la sécurité du pays en péril : sa participation au détournement de l’avion de Tunis Air du 12 janvier 1979, l’attaque de Gafsa de 1980 par un commando venant de Libye, l’attentat à l’explosif des hôtels à Sousse et à Monastir le 2 août 1987 et l’incendie criminel du local de Bab Souika le 2 mars 1991 : nous possédons aujourd’hui les preuves de son implication personnelle dans toutes ces opérations.

Ben Ali n’est pas ‘Monsieur sécurité’, c’est plutôt ‘Monsieur complot’. Et sans conteste, son plus grand complot, de loin le plus grave, ce n’est pas celui contre Bourguiba, c’est celui contre l’honneur et les intérêts supérieurs de la patrie, c’est celui contre la juste cause palestinienne, contre la cause du monde arabe auquel nous appartenons et contre la paix et la fraternité entre tous les peuples, y compris avec les juifs qui sont les premières victimes du sionisme mondial depuis sa création en 1897.

Le grand crime de Ben Ali est son alliance secrète et non secrète avec l’ennemi Israël, qui plus est reste l’auteur du bombardement sanglant de la Tunisie en 1984.

L’invitation secrète et personnelle de Ben Ali à Sharon est aussi un chef d’œuvre de duplicité et de complicité intime entre Sharon et Ben Ali. Elle a été planifiée par les chefs du sionisme mondial qui depuis quelques mois ont décidé de donner un coup d’accélérateur non pas à la normalisation de leurs rapports avec les dictateurs arabes, – une normalisation déjà largement acquise – mais seulement à l’officialisation de cette normalisation secrète et de fait. Pour pousser Ben Ali à cette extrémité, il y eut des rencontres secrètes entre les ministres des Affaires étrangères israéliens et tunisiens en Europe. Ces contacts ont été couronnés par une rencontre semi-secrète à Carthage entre Ben Ali et Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France, et un des leaders du sionisme mondial, venu accompagné d’une délégation israélienne de 60 personnes dirigée par Pierre Besnainou, trésorier du Congrès Juif Européen, filiale du Congrès Juif Mondial. Cette rencontre secrète qui eut lieu le mardi 7 décembre 2004 a fait l’objet d’un montage médiatique d’une rare duplicité. Elle a été maquillée officiellement en une simple rencontre de Joseph Sitruk avec Ben Ali à l’occasion d’une prétendue participation au colloque international qui se tenait à ce moment sur le soi-disant ’dialogue des civilisations’. Bien entendu Sitruk n’a pas mis les pieds dans ce colloque.

Aucun média tunisien, ni même étranger, n’a soufflé mot de cette rencontre entre les Israéliens et Ben Ali. Cette opération secrète a été menée rondement non seulement avec la complicité des médias tunisiens, ce qui est compréhensible, y compris le journal soi-disant indépendant Réalités, mais aussi avec celle de l’AFP et de l’Associated Press qui n’ont pas dit mot de la réalité de cette rencontre, se contentant de débiter la version officielle tunisienne, de toute évidence en accord avec la partie israélienne. Et comme dans l’affaire de l’assassinat d’Abou Jihad, c’est la presse israélienne – Guysen News – qui a éventé le secret, et publié la photo de Ben Ali avec Besnainou.

Ainsi, dans un article du 20 décembre 2004, soit deux semaines après les faits, l’agence Guysen News révèle les dessous de cette rencontre décisive avec de hautes personnalités israéliennes : il est bien évidemment question d’accélérer, suite aux recommandations israéliennes, le rythme du calendrier de la normalisation et de l’officialisation de la présence politique et économique d’Israël en Tunisie, par un progrès décisif sur le plan diplomatique. La délégation entendait convaincre Ben Ali de recevoir officiellement des membres du gouvernement israélien : « Les questions relatives à l’ouverture à Tunis d’une représentation israélienne, rapporte Guysen News, et la venue en Tunisie de Shimon Pérez leader du parti travailliste et de Sylvain Shalom, ministre des affaires étrangères de l’Etat Hébreu ont été abordées, et le premier tunisien, Président en exercice de la Ligue Arabe, a laissé de ce côté une porte entr’ouverte avec l’espoir que les échanges entre les deux pays pourraient, dans un avenir prévisible, se normaliser et qu’en tout état de cause ‘Ces dispositions sont à envisager dans le cadre d’un calendrier qu’il n’entendait pas bousculer’ »

Ce qui ennuie manifestement Ben Ali, ce n’est pas le principe de la normalisation, mais la seule peur des réactions populaires, autrement dit, le prix politique à payer pour cette trahison. D’autres doléances de moindre importance ont été abordées et satisfaites telles que la normalisation de la venue des touristes israéliens en Tunisie.

Depuis cette rencontre semi-secrète à Carthage, la machine israélienne s’est emballée, conformément aux consignes données par Sharon : il faut aller vite ! Guysen ne dit pas toute la vérité, mais il se peut bien que le principe de la venue de Sharon ait été abordé lors de la rencontre du 7 décembre 2004, et même conclu. Ce qui nous intéresse ici c’est encore la trahison des Israéliens de leur protégé tunisien : ils ont éventé l’accord de la visite de Sharon et ils sont allés jusqu’à publier la lettre de Ben Ali à son ami Sharon ! C’est la énième fois qu’ils poignardent leur allié Ben Ali dans le dos et dénoncent au grand jour sa complicité dans les crimes dans lesquels il a bien voulu s’associer avec eux. C’est semble-t-il une tradition chez les sionistes qu’on peut observer en œuvre dès la première guerre mondiale. Une fois qu’ils ont gagné la complicité de quelqu’un (ou d’un pays), ils le dénoncent auprès des siens pour l’obliger à s’allier encore plus fermement avec eux. C’est la situation actuelle de Ben Ali : son sort à lui et à son clan des Trabelsi, est lié intimement avec celui de la présence sioniste en Tunisie et sa mainmise stratégique sur le pays. La violence de la répression des manifestants anti-Sharon et le communiqué de soutien de la Ligue de Défense Juive soutenant Ben Ali contre le peuple, sont les signes qui ne trompent pas de ce que le sort de Ben Ali est désormais et plus que jamais lié à celui du sionisme en Tunisie.

Mais la Tunisie vivra et saura triompher de ses ennemis intérieurs et extérieurs. Son sort, comme pour les autres pays arabes, est aussi celui du peuple palestinien. Si nous acceptons la loi sioniste, nous n’aurons plus que 22 % de nos terres que nous gérerons sous le contrôle israélien. Nous serons des étrangers dans notre propre patrie, ce que nous sommes déjà avec le traître Ben Ali ! Que sera-t-on si l’on nous impose aussi la loi sioniste ? Vivre dans des bantoustans ?

C’est l’heure de vérité pour nous Tunisiens. Combattons pour notre droit à la vie et pour notre droit à la dignité, pour nous et pour les générations futures.xCombattons l’impérialisme sioniste comme nos pères ont combattu l’impérialisme français. Combattons aussi le cancer sioniste aux côtés de nos amis juifs antisionistes qui ont souffert comme nous de cette idéologie raciste et criminelle depuis plus d’un siècle.

Nous vaincrons ou nous disparaîtrons !

Mondher Sfar msfar@wanadoo.fr

Notes supplémentaires de Mondher Sfar sur les sources de son article:

La plus importante source, je l’ai citée : Maariv du vendredi 4 juillet 1997 qui a donné un compte rendu exhaustif de l’opération en indiquant que de hauts fonctionnaires tunisiens sont impliqués dans l’affaire, mais Ben Ali, apres ces révélations n’a pas bougé le petit doigt pour retrouver ces hauts fonctionnaires – bien plus il a imposé un embargo sur toutes ces revelations qu’aucun journal tunisien n’a rapportées.

Deuxième source : la Presse de Tunisie organe officieux et entièrement sous la coupe du régime qui a rapporté les faits jour après jour apres l’assassinat, où l’on peut relever d’importants détails troublants qu’il a relevés dans la presse étrangère ainsi que le discours du Ministre tunisien des affaires étrangères devant le Conseil de Securité revelant que l’avion Awacs a survolé le territoire tunisien. On voit très bien à travers les articles du journal, qu’au départ il n’était pas question de s’en prendre à Israël même s’il est plus ou moins clairement désigné. Puis un changement de ton suite aux dénonciations internationales arabes et palestiniennes y compris dans certains milieux prosionistes. Dans un des éditoriaux de ce journal officieux l’on est allé jusuq’à préciser dans son numéro du 20 avril 1988 que « Le Président Ben Ali, patriote, sérieux, jaloux de la souveraineté et de l’indépendance de son pays, est déterminé à utiliser tous les moyens pour faire avorter les objectifs israéliens. » Ces précisions sur le patriotisme de Ben Ali et sur sa détermination à faire quelque chose en disent long sur l’opinion publique tunisienne qui dès le début a commencé à mettre en doute la loyauté de son Président qui est allé jusqu’à interdire toute manifestation de rue en faveur des Palestiniens.

Enfin, le dossier publié par l’Audace du mois d’Août 1997 journal d’opposition tunisienne à Paris signé par Slim Bagga et Mondher Sfar, (pages 16 à 19) où Slim Bagga, directeur du journal, témoigne personnellement qu’il était à Sidi Bousaid le soir de l’attaque et qu’il a vu de ses propres yeux l’opération de nettoyage par rafles policières ordonnées par M. Ganzoui, l’intime des Ben Ali et qui travaille pour le Mossad selon les dernières révélations d’un agent de la sécurité du Parti au pouvoir du temps de Bourguiba M. Chadly Ayadi (voir article « Faut-il croire à Zine al-Abidine Ben Ali ? » à lire sur le site Tunisnews du 28 octobre 2003.) 

 

Communication d CEDETIM à la Commission DLH

COMMISSION DES DROITS DE L’HOMME 61ème session Point 9 de l’ordre du jour du programme provisoire Original : FRANCAIS QUESTION DE LA VIOLATION DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTES FONDAMENTALES OU QU’ELLE SE PRODUISE DANS LE MONDE Communication écrite présentée conjointement par le Centre Europe-Tiers Monde (organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif général) et l’Association américaine de juristes (organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif spécial) Le Secrétaire général a reçu la communication écrite suivante qui est distribuée conformément à la résolution 1996/31 du Conseil économique et social. [10 février 2005] De la reconstruction à la privatisation de l’Irak En dépit du fait que la coalition anglo-étasunienne n’avait strictement aucun droit sur l’Irak et ses ressources en tant que force occupante, elle a privatisé l’ensemble de l’économie de ce pays souverain, puis l’a livré aux sociétés étrangères, sous couvert de la politique de reconstruction. Paul Bremer, l’administrateur civil de l’autorité provisoire de la coalition nommé par le gouvernement Bush, a édicté durant ses 13 mois de pouvoir 100 ordonnances (Coalition Provisional Authority Orders). Elles font maintenant office de nouvelles lois nationales sans que le peuple irakien n’ait eu son mot à dire à un moment ou à un autre. Aucun contrôle démocratique n’a contre-balancé les décisions prises par la coalition qui vont pourtant changer diamétralement l’économie de l’Irak. Un véritable arsenal juridique a été mis en place pour imposer la privatisation de l’économie nationale et du secteur public au seul bénéfice des grandes sociétés étrangères. L’Irak devient une des économies les plus libérales du monde sans aucune forme de protectionnisme. Nombre de ses lois s’inspirent d’ailleurs d’accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux que les Etats-Unis imposent à leurs « partenaires » comme l’ALENA ou l’éventuelle future ZLEA . Ainsi, les sociétés étrangères jouissent d’une marge de manœuvre illimitée pour leurs affaires en Irak et n’ont de compte à rendre à personne. Des ordonnances contraire au principe de la souveraineté nationale La majorité de ces ordonnances sont en contradiction flagrante avec la Constitution irakienne de 1990 et les conventions de la Haye (1907) et de Genève, ratifiées par les Etats-Unis, qui stipulent toutes deux que l’Etat occupant doit respecter les lois du pays occupé. Elle sont de plus en violation de la propre loi étasunienne traitant de ce sujet The Law of Land Warfare (1956). Notre attention va se porter sur certaines de ces ordonnances, celles qui sont au cœur du processus de privatisation de l’Irak et qui violent de manière flagrante la souveraineté politique et économique de ce pays. La première ordonnance du 16 mai 2003, loin d’être symbolique, instaure la déba’athification de l’Etat et de toutes les structures de décision du pays et pousse au chômage des milliers d’Irakiens. Le taux de chômage toucherait près de 50% de la population active, voire 70% comme à Basra. Ouverture du marché national aux sociétés et investisseurs étrangers Parmi les ordonnances promulguées par l’administrateur civil se trouve l’ordonnance 39 qui porte sur les investissements étrangers. Celle-ci joue un rôle central dans la marche forcée de l’Irak vers le néolibéralisme. L’objet de cette ordonnance selon son préambule est de « faire évoluer l’Irak d’une économie planifiée et centralisée vers une économie de marché ». En fait, il s’agit d’enlever toute souveraineté ou prérogatives en matière économique aux futures autorités irakiennes. Cette ordonnance comporte 5 points principaux : 1) Elle permet aux investisseurs étrangers de jouir exactement des mêmes droits que les Irakiens pour l’exploitation du marché national. Ainsi, les gouvernements futurs ne pourront pas favoriser une société ou un investisseur irakien. Pourtant il est clair que jusqu’à maintenant ce sont les sociétés étasuniennes qui ont été privilégiées au détriment de leurs consoeurs irakiennes ; 2) Elle privatise l’ensemble du secteur public irakien. Ainsi, c’est plus de 200 compagnies nationales qui sont touchées : chemins de fer, réseau électrique, distribution et évacuation des eaux –infrastructures détruites en majorité par la coalition anglo-américaine-, télévisions et radios, hôpitaux –alors que les soins étaient gratuits-, téléphonie – il s’agirait d’imposer le standard étasunien pour les portables CDMA en Irak-, aéroports, etc. même les prisons pourraient être privatisées à terme ; 3) Elle permet une participation étrangère jusqu’à 100% dans une entreprise irakienne, à l’exception des secteurs pétroliers, de l’extraction minière, des banques et des compagnies d’assurance (ces deux dernières seront traitées dans des ordonnances séparées ) ; 4) Elle permet d’expatrier ou de réinvestir sans aucune restriction ou taxe l’ensemble des fonds investis ou placements financiers, ainsi que les profits ou dividendes réalisés sur le territoire irakien. Les sociétés étrangères peuvent donc investir où bon leur semblent et retirer leurs fonds selon leur volonté sans avoir de compte à rendre à quiconque. Ce point s’inspire clairement de l’Accord multilarétal sur les investissements (AMI) qui avait été combattu victorieusement par les mouvements sociaux au niveau international et que l’OCDE avait dû finalement abandonner ; 5) Elle permet de posséder des terres pendant 40 ans et avec la possibilité de renouveler le droit de propriété de manière illimitée. Grâce l’ordonnance 37 , les sociétés étrangères n’ont pas été imposées en 2003 et n’ont payé des impôts qu’hauteur maximum de 15% en 2004. L’ordonnance 12 a suspendu la collecte de toutes les taxes d’importation, droits de douane (par mer ou par ciel), etc. pour tous les produits qui sont rentrés ou sortis d’Irak en 2003. L’ordonnance 38 a réintroduit une taxe d’importation de 5% sur les marchandises, avec de très nombreuses exceptions, pour une période de deux ans. Ainsi, la nourriture, les médicaments et les vêtements entre autres sont exemptés de taxes d’importation, tout comme les forces de la coalition et leurs sous-traitants. Pour Paul Bremer ces mesures ont été prises pour favoriser la reconstruction du pays. Privatisation des semences et importation d’OGM Une nouvelle loi permet d’acquérir des brevets entre autres sur le vivant. L’ordonnance 81 sur « Les brevets, le design industriel, l’information non révélée, les circuits intégrés et la loi sur les variétés de plantes » est en totale contradiction avec la Constitution irakienne de 1990 qui interdisait la propriété privée sur les ressources biologiques . Cette ordonnance rend ainsi illégale la pratique traditionnelle et millénaire de sélection des meilleures semences par les agriculteurs et donne le champs libre aux compagnies étrangères pour imposer leurs semences brevetées et leurs prix. Elle permet aussi d’importer et de commercialiser des organismes génétiquement modifiés (OGM). La durée des brevets est de 20 ans pour les plantes agricoles et de 25 ans pour les vignes et les arbres. La souveraineté alimentaire du peuple irakien est gravement remise en cause par cette loi. De plus, on ne peut abstraire cette loi du contexte dans lequel elle voit le jour où la responsabilité de la coalition vis-à-vis du peuple irakien est fortement engagée : la situation alimentaire est réellement critique, voire catastrophique. Un Irakien sur quatre est dépendant du système public de distribution de nourriture. Selon le dernier rapport de l’ONG britannique Medact, 17% des enfants sont en dessous de leur poids normal et 32% en malnutrition chronique . En octobre dernier, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) annonçait une production céréalière de 2,4 millions de tonnes pour 2004, soit près de la moitié du volume de 2003 . Une grande partie du système de purification des eaux a été détruit ou saboté ce qui provoque de graves diarrhées chez les enfants et les personnes âgées et favorise la propagation des maladies. Dans cette situation, comment les agriculteurs irakiens pourront-ils faire face à la concurrence des sociétés transnationales de l’agro-alimentaire qui, de plus, comme indiqué, jouiront aussi d’une exonération totale des taxes d’importation ? Parallèlement profitant de son autorité, l’administrateur civil a fait les premiers pas en direction de l’adhésion de l’Irak à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en demandant le statut d’observateur pour ce pays (11 février 2004). La souveraineté de ce pays a une nouvelle fois été bafouée. Quant au gouvernement intérimaire irakien qui lui a succédé, après avoir été mis en place par les Etats-Unis, il a déposé officiellement une demande de candidature en octobre dernier soutenue par Washington. En huit mois seulement, l’Irak est passé du statut d’observateur à celui de candidat à l’adhésion alors qu’habituellement il faut au minimum cinq ans. Les pays membres de l’OMC ont donné leur feu vert le 13 décembre dernier à l’ouverture des négociations. Droit à la santé et à la vie La population irakienne a subi en 20 ans : trois guerres, des bombardements massifs à l’uranium appauvri et plus de dix ans d’embargo. Il y aurait, selon les chiffres les plus alarmants, plus de 100’000 victimes civiles irakiennes directes ou indirectes depuis l’offensive anglo-étasunienne le 19 mars 2003 . 18 mois après la fin de la guerre, « le risque de mourir à cause des violences […] est 58 fois plus élevé que 15 mois avant la guerre. Le risque de mourir de n’importe quelle cause est 2,5 fois plus élevé qu’avant l’invasion » selon l’ONG Medact . Depuis mai 2003, les forces de la coalition n’ont jamais été capables de protéger les civils – mais s’agissait-il encore d’un objectif ? A l’instar de la Colombie, l’Irak est un des pays les plus dangereux pour les syndicalistes. Le 4 janvier dernier, Hadi Salih, secrétaire international de la Fédération des syndicats irakiens (IFTU), a été assassiné chez lui. Le 27 janvier, le président du Syndicat des mécaniciens, de la métallurgie et des imprimeurs a été enlevé. Par ailleurs, à plusieurs reprises des soldats de la coalition ont arrêté ou tenté d’intimider des travailleurs syndiqués et la coalition n’a annulé la loi interdisant de former des syndicats dans le secteur public qu’en mars 2004 soit 10 mois après la prise de pouvoir de l’administrateur civil. Immunité totale pour les forces d’occupation et le personnel étrangers L’ordonnance 17 garantie l’immunité juridique aux occupants et à leurs sous-traitants en Irak. Elle donne aux Etats d’origine la responsabilité de les traduire en justice, mais le gouvernement Bush a déjà pris des dispositions pour leur assurer aussi l’immunité aux Etats-Unis. Grâce à l’Executive Order 13303 , les entreprises étasuniennes actives dans l’industrie pétrolière en Irak ne risquent aucune poursuite pour infraction à la législation si cette infraction a lieu dans le cadre de l’extraction pétrolière et du rétablissement de l’infrastructure pétrolière en Irak. Conclusion Les réformes économiques imposées par la coalition anglo-étasunienne ne visent pas à satisfaire les besoins et priorités du peuple irakien, la détérioration de la situation sanitaire et alimentaire depuis deux ans le démontrent aisément. Elles n’ont pour seule logique que le pillage des ressources de ce pays au profit des sociétés étrangères et de faire de l’Irak le fer de lance de l’économie néolibérale dans la région. De plus, les entreprises étrangères pratiquent souvent des tarifs prohibitifs comme le montrent certaines études. Pourtant elles ont été choisies à maintes reprises par l’administrateur civil au détriment des sociétés irakiennes. De plus, la gestion par la coalition et Paul Bremer du Fonds de développement pour l’Irak, crée par la résolution 1483 (2003) du Conseil de sécurité, et qui doit centralisé les bénéfices des ventes pétrolières et gazéifères, laisse aussi à désirer . Les décisions prises par l’administrateur civil sous mandat de la coalition sont contraires au droit international. La Convention IV de La Haye de 1907 dit clairement dans son article 43 que « l’autorité du pouvoir légal ayant passé de fait entre les mains de l’occupant, celui-ci prendra toutes les mesures qui dépendent de lui en vue de rétablir et d’assurer, autant qu’il est possible, l’ordre et la vie publics en respectant, sauf empêchement absolu, les lois en vigueur dans le pays. » et dans son article 55 que « l’Etat occupant ne se considérera que comme administrateur et usufruitier des édifices publics, immeubles, forêts et exploitations agricoles appartenant à l’Etat ennemi et se trouvant dans le pays occupé. Il devra sauvegarder le fonds de ces propriétés et les administrer conformément aux règles de l’usufruit. ». Ces ordonnances n’ont malheureusement pas été remises en cause par le gouvernement provisoire en place depuis 28 juin 2004, mais en avait-il le pouvoir ? Ses membres ont tous été « approuvés » par le gouvernement Bush et la résolution 1546 (2004) du Conseil de sécurité demande au gouvernement provisoire de s’abstenir « de prendre des décisions affectant le destin de l’Irak au-delà de la période intérimaire ». Cependant, l’administrateur civil a quant à lui pu modifier à sa guise et diamétralement le système économique irakien hypothéquant l’avenir de millions de personnes. Quant aux élections du 30 janvier 2005, les conditions de leurs tenues sont des plus étonnantes, nous faisant douter de leur réelle légitimité et légalité. Ainsi, plus de 70 partis les ont boycottés, la plupart des candidats étaient anonymes et sans programme électoral, les observateurs internationaux, nombreux en Ukraine, étaient pratiquement absents dans le pays et se trouvaient basés à Amman en Jordanie. Le Centre Europe – Tiers Monde et l’Association américaine de juristes estiment que la Commission des droits de l’homme, dans le cadre strict de son mandat, devrait adopter une résolution : 1) condamnant sans ambiguïté les violations du droit international et le droit humanitaire qui sont en train d’être commises en Irak depuis l’agression ; 2) favorisant une enquête concernant ces violations et la mise à la disposition de la justice de ses auteurs ; 3) favorisant une solution pacifique et démocratique avec la participation sans exclusion de tous les secteurs du peuple irakien dans le cadre du respect de la souveraineté et du droit à la libre autodétermination de l’Irak, solution qui requiert comme première priorité le retrait immédiat de l’armée d’occupation. 4) Demandant que le peuple irakien soit consulté sur les décisions prises par l’administrateur civil durant son mandat, ainsi que sur l’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du commerce. 5) Demandant qu’un audit soit mené sur l’utilisation des fonds gérés par le Fonds de développement pour l’Irak.